De l’âme linguistique

Publié le 27 août 2009

Imaginons pour un instant, et rien que pour un instant, qu’il existe une telle chose que l’âme, voir que l’âme nationale. C’est elle que deux journalistes italiennes, Francesca Predazzi et Vanna Vannuccini, sont allées chercher dans l’Allemagne réunifiée; c’est l’objet de leur Petit voyage dans l’âme allemande (2007).

Pour mettre en lumière cette âme supposée, elles proposent une galerie de portraits et d’entretiens, organisés en quinze chapitres, chacun correspondant à un mot (plus ou moins) récemment forgé :

  • Weltanschauung (vision du monde);
  • Nestbeschmutzer (souilleur de nid);
  • Querdenker (penseur latéral);
  • Schadenfreude (se réjouir des malheurs d’autrui);
  • Zweisamkeit (solitude à deux);
  • Vergangenheitsbewältigung (maîtrise du passé);
  • Männerfreundschaft (amitié virile);
  • Zweckgemeinschaft (union d’intérêt);
  • Mitläufer (marcher quand l’autre marche);
  • Feierabend (repos du soir);
  • Rechthaber (celui qui veut toujours avoir raison);
  • Quotenfrauen (femmes de quotas);
  • Wanderweg (chemin de randonnée);
  • Unwort (non-mot);
  • Zeitgeist (esprit des temps).

Pourquoi ces mots ? Parce qu’ils illustrent «la capacité infinie d’abstraction» (p. 11) et l’«amour de la taxinomie» (p. 88) de la langue allemande, cette langue qui multiplie les «petits chefs-d’œuvre d’analyse des comportements humains» (p. 87). Réputés «intraduisibles» (p. 14), les mots retenus par Predazzi et Vannuccini, ces mots qui «brillent par leur complexité et par leur précision» (p. 222), sont indispensables, écrivent-elles, à la compréhension de l’identité de l’Allemagne.

L’exergue, de Wilhelm von Humboldt, résume parfaitement cela : «L’homme voit les choses essentiellement ou plutôt exclusivement, de la façon dont la langue les lui propose» (p. 7). Oui.

Référence

Francesca Predazzi et Vanna Vannuccini, Petit voyage dans l’âme allemande, traduction de Nathalie Bauer, Paris, Grasset, 2007 (2004), 239 p.


2 réactions sur De l’âme linguistique

  • Dans certaines aires linguistiques, l’attention à la vie de la langue prend la forme de concours annuels. § En Allemagne, cela existe depuis 1971, sous l’égide de la Société pour la langue allemande (Gesellschaft für die deutsche Sprache). [...]

  • [...] L’Oreille tendue a donc décidé de profiter du débat d’hier soir pour rassembler quelques réflexions sur le français des quatre dirigeants, réflexions de groupe ou spécifiques à chacun. [...]

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