Archives mensuelles : octobre 2009

Stretching grippal

La Commission scolaire de Montréal conseille ceci, grippe A (H1N1) oblige : «tousser et éternuer dans le pli du coude ou de l’épaule».

Tousser et éternuer «dans le pli […] de l’épaule» ? L’Oreille tendue a essayé, sans succès. Va devoir faire ses exercices d’étirement avec plus de sérieux.

Interpeller, toujours

Il y a de ces verbes dont on se dit qu’ils vont bien finir par disparaître. Ainsi d’interpeller, si populaire il y a quelques années dans le lexique psychopop, du temps où tout un chacun était interpellé au niveau de son vécu. Pourtant, ce mot a la vie dure. Deux exemples récents.

«Comme mes prédécesseurs l’ont fait dans le passé, je vous interpelle en ce début d’année scolaire 2009-2010», écrivait la Commission scolaire de Montréal en septembre dernier aux parents de tous ses élèves. Écrire est d’une autre époque.

Circule actuellement dans l’université de l’Oreille tendue un document dont une partie a été rédigée par une firme de consultants. On peut y lire ceci : «Tout changement implique donc une démarche qui peut être interpellée à plusieurs égardsInterpeller, c’est bien; à plusieurs égards, c’est mieux.

On vient de rééditer le Répertoire des délicatesses du français contemporain (2000). Renaud Camus y écrit : «Interpeller a eu son heure de gloire ridicule, qui par chance paraît un peu passée» (éd. de 2009, p. 242).

Nous avons tort.

Référence

Camus, Renaud, Répertoire des délicatesses du français contemporain. Charmes et difficultés de la langue du jour, Paris, Points, coll. «Points. Le goût des mots», P2102, 2009 (2000), 371 p.

De Liège à Ajaccio

L’Oreille tendue a déjà eu l’occasion de citer ce souvenir de Christian Vandendorpe :

L’orateur s’éclaircit la gorge et commença : «Les Québécois et les Québécoises, les Français et les Françaises, les Suisses et les Suissesses ainsi que les Belges ont en commun une langue…». Ma voisine gloussa : «Qu’est-ce que c’est que ce peuple qui n’est même pas fichu d’avoir les deux genres ?» (p. 143).

Découvrant les exquises Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion, elle tombe sur ceci, où l’auteur parle d’une soirée électorale hexagonale à la radio et à la télévision :

j’aime les camemberts et les fourchettes, les estimations, les projections et les simulations, j’aime l’application politiquement correcte, c’est le cas de le dire, avec laquelle les candidats adressent leurs remerciements aux électrices et aux électeurs, aux Françaises et aux Français, aux Lorraines et aux Lorrains, aux Rhône-alpines et aux Rhône-alpins, aux Corses et aux Corses (p. 106).

Belges et Belges, Corses et Corses, unissez-vous !

Références

Didion, Philippe, Notules dominicales de culture domestique, livre numérique, Saint-Cyr sur Loire, publie.net, coll. «Temps réel», 2008, 355 p.

Vandendorpe, Christian, «Du fondamentalisme linguistique ou de la tentation de rectifier la pensée par le langage», Discours social / Social Discourse, vol. 7, no 1-2, hiver-printemps 1995, p. 135-152.

Autopromotion 001

«Cinq idées reçues sur la langue (au Québec)» est le titre d’une conférence que présentera l’Oreille tendue le 4 novembre prochain, à 12 h 30, dans le cadre des Journées du savoir, à la Bibliothèque publique d’Ahuntsic. Un journaliste de Forum, le journal de l’Université de Montréal, l’interviewe là-dessus ici.

Six détestations du lundi matin

1. Quitter employé sans complément. «Je dois quitter.»

2. S’attarder sur un sujet. «Je voudrais bien m’attarder sur ce sujet, mais je dois quitter.» (Non : s’attarder, c’est «Se mettre en retard» ou «Ne pas avancer, ne pas progresser normalement».)

3. La féminisation automatique. «Je voudrais bien m’attarder sur le sujet des Québécois et des Québécoises, mais je dois quitter.»

4. Faire en sorte. «Je voudrais bien m’attarder sur le sujet des Québécois et des Québécoises, mais je dois quitter, pour faire en sorte d’arriver à temps au salon funéraire.»

5. Décéder. «Je voudrais bien m’attarder sur le sujet des Québécois et des Québécoises, mais je dois quitter, pour faire en sorte d’arriver à temps au salon funéraire, parce que mon beau-frère est décédé.» (Non : les gens meurent.)

6. Problématique. «Je voudrais bien m’attarder sur le sujet des Québécois et des Québécoises, mais je dois quitter, pour faire en sorte d’arriver à temps au salon funéraire, parce que mon beau-frère est décédé. C’est ma problématique aujourd’hui.»