Archives mensuelles : février 2011

Défense et illustration de la minuscule

Soit la phrase suivante de Christian Gailly : «c’était assez beau de voir cette grosse américaine s’engouffrer comme une folle chez ces gens» (p. 12).

Avec la minuscule, entendons : «la grosse voiture américaine».

Avec la majuscule, c’aurait été plus délicat : une «Américaine» peut préférer que l’on ne parle pas de son poids.

Référence

Gailly, Christian, les Évadés, Paris, Éditions de Minuit, coll. «Double», 65, 2010 (1997), 234 p.

Le zeugme (synonymique) du dimanche matin

«Serena était de ces filles-là, je m’en aperçus à la seconde où elle sonna à ma porte, un matin vers neuf heures, me tirant de mon lit et du sommeil, m’obligeant à ouvrir en chemise de nuit, à la faire entrer dans mon désordre artistique.»

Claire Legendre, la Méthode Stanislavski, Paris, Grasset, 2006, 373 p., p. 47-48.

Le simple et le compliqué

L’Oreille tendue a eu l’occasion de le dire : certains publicitaires aiment faire inutilement compliqué.

Nouveau cas, dans la Presse du 16 février, cahier Affaires, p. 10.

On l’aura compris : tout est dans le g qui manque à Négocier. Pour comprendre (?) cette absence, il faut aller jusqu’à la dernière ligne du texte au bas de la photo : «C’est là toute la force du G.»

Cette publicité vise un public strictement local et averti, celui qui se doute que le comptable général accrédité (CGA) n’est pas un comptable agréé (CA) : il a un G en plus; il ne doit donc pas faire le même travail. Voilà ce qu’il fallait mettre en lumière.

On pourrait imaginer démonstration plus simple.

P.S.—Même journal, même cahier, même page, le 23 février : Diriger perd son g.

C’est logique

Si, au Québec, s’asseoir est synonyme de parler, il va de soi que se rasseoir signifie recommencer à parler.

Exemple : «Négocier ? Trop tard ! Même s’ils rentrent au travail, les procureurs refusent de se rasseoir avec Québec et demandent la démission du directeur des poursuites» (le Devoir, 23 février 2011, p. A3).

[Complément du 18 mai 2012]

Autre exemple, pendant la grève étudiante québécoise de 2012 : «Ministres et étudiants sont responsables de l’échec de l’entente. Ils doivent se rasseoir» (la Presse, 8 mai 2012, p. A20).

Les paris sont ouverts

Le premier ministre Jean Charest présentait hier, à l’Assemblée nationale, le discours inaugural de la 2e session de la 39e législature du Québec. On peut en retenir au moins deux choses.

Le gouvernement a un ambitieux «Plan nord» : «Ce Plan, qui sera réalisé en partenariat avec les Premières Nations et les Inuits, entraînera des investissements de milliards de dollars et la création de dizaines de milliers d’emplois.»

Le même gouvernement souhaite par ailleurs réintroduire le vouvoiement dans les écoles.

Si elle avait à parier, l’Oreille tendue, à regret et malgré son cynisme envers les annonces gouvernementales en matière d’économie, miserait tout sur le «Plan nord».

P.S.—Merci à @Ant_Robitaille pour son compte rendu, sur Twitter et en temps réel, du discours du premier ministre.