Prolégomènes à un essai de toponymie montréalaise

Carte du Québec adjacent, Dictionnaire québécois instantané, 2004

 

Une ville, c’est bien. Plusieurs villes dans la ville, c’est mieux. Ébauche de visite guidée de Montréal.

Adjacent

Terme de géographie urbaine montréalaise. Qui veut habiter un quartier à la mode et ne le peut pas émigre vers l’adjacent. «Westmount adjacent !» (la Presse, 7 mars 2002) «Toutes sirènes dehors, j’ai donc mis d’urgence le cap sur Rosemont, aussi connu sous le nom de “Plateau adjacent”» (le Devoir, 8 novembre 2002). «J’ai donc quitté le Plateau, quitté le nombril de l’île, pour le Mile-End, mon nombril adjacent préféré» (la Presse, 13 novembre 2002). «C.D.N. [Côte-des-Neiges], adj. Sanctuaire» (le Devoir, 12 juin 2003).

Griffintown : quartier célèbre pour ses chevaux (grâce notamment à Marie-Hélène Poitras et à son roman éponyme), en cours de remplacement par des condos.

HoMa ou Ho-Ma : Hochelaga-Maisonneuve

«Selon ta façon de nommer le quartier on peut savoir quelle sorte de personne tu es : Ho-Ma, Hochelag’, Hochelagai ou Hochelaga. #DLCL» (@DansLeChampL)

Mont Royal ou Montagne

Un Montréalais qui dit «À moi la montagne !» ne compte pas quitter sa ville. Il prépare plutôt une visite au centre de celle-ci, sur le mont Royal (environ 230 mètres au-dessus du niveau de la mer). On a les massifs centraux qu’on peut. (La montagne est appréciée des communautés culturelles, qui s’y rassemblent pour y savourer des mets ethniques et pour y pratiquer le soccer, qu’ils appellent le football, ou vice versa.)

N’Didji : Notre-Dame-de-Grâce

Petit Laurier : appellation d’origine récente (la Presse, 28 juin 2014, cahier Petites annonces, p. 3). Désigne une enclave au nord du Plateau. Il est probable que le nom est calqué sur celui de Petite patrie.

Plateau

Tous les Québécois le connaissent : le Plateau Mont-Royal — plus simplement : le Plateau —, ce quartier montréalais autour duquel tournerait l’univers connu. Les Québecquois — les habitants de la ville de Québec — ne l’aimeraient pas, dit-on, car l’univers connu tournerait autour. Pour le dire dans les mots du Devoir : «Montréal est constitué du Plateau Mont-Royal, centre, noyau et point d’ancrage de l’univers, et de quelques dizaines de Plateaux adjacents» (22-23 mai 2004).

A tendance à essaimer sur l’île de Montréal, voire à l’extérieur, jusque dans le 450 : «Saint-Henri, nouveau plateau ?» (la Presse, 6 janvier 2004, cahier Arts et spectacles, p. 3); «Un Plateau à Longueuil ?» (la Presse, 3 octobre 2005, p. A15); «Le prochain “Plateau”. Hochelaga-Maisonneuve ou le Sud-Ouest ?» (la Presse, 19 septembre 2009, cahier Mon toit, p. 2); «Employée#1 : Tu cherches toujours un appart ? Employée#2 : Oui et tannée des annonces qui repoussent les limites du Plateau au métro Frontenac» (@AscenseurRC).

Existe en version élargie : Regroupement des cuisines collectives du grand Plateau; Action Solidarité Grand Plateau.

Voit sa valeur patrimoniale s’affirmer : «Plateau Mont-Royal. Un quartier mythique au musée» (le Devoir, 19-20 octobre 2013, p. D4).

Habitant : le monarcoplatal (selon Pierre Popovic), le plateaunien (selon le matricule 728) ou le plateausard (la Presse, 13 mars 2010, p. A10).

Pointe Sainte-Charles : Bronx

S’étant égaré, un jour, en chemin vers la décharge municipale, l’Oreille tendue s’est retrouvée dans ce quartier de Montréal. Le policier auquel elle demandait son chemin lui a répondu : «C’est le Bronx ici.»

RPP ou RoPePa : Rosemont-Petite-Patrie

«RoPePa : l’acronyme trendy pour Rosemont/Petite Patrie. Quand ton quartier a un p’tit nom, ton hypothèque flambe !» (@mfbazzo)

Saint-Henri : quartier où l’on rit malgré tout, suivant le titre du recueil de nouvelles de Daniel Grenier.

Saint-Léonard : selon le jardinier de l’Oreille tendue, on y utiliserait du paillis rouge, ce qui ne se ferait jamais à N’Didji, où seul le paillis noir serait acceptable.

Village ou Village gai : situé à l’est du centre de la ville, quartier rose, sans homme rose, cette version locale de l’anti-macho.

Village Monkland : voir N’Didji

Vilmont ou Vilmo : Ville Mont-Royal. En anglais : ti-èm-âre (Town of Mount-Royal).

P.-S. — Wikipédia propose une liste des quartiers montréalais.

P.-P.-S. — Ce texte s’inspire de plusieurs entrées du blogue et de ces deux publications de L’Oreille tendue :

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.

Melançon, Benoît, «La glande grammaticale suivi d’un Petit lexique (surtout) montréalais», Cités. Philosophie. Politique. Histoire, 23, 2005, p. 233-241. URL : <http://www.cairn.info/revue-cites-2005-3-page-233.htm> et <http://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=CITE_023_0238>.

Références

Grenier, Daniel, Malgré tout on rit à Saint-Henri. Nouvelles, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 07, 2012, 253 p.

Poitras, Marie-Hélène, Griffintown, Québec, Alto, coll. «Coda», 2013 (2012), 209 p.

Popovic, Pierre, Liberté, 280 (50, 2), avril 2008, dossier «Dictionnaire culturel & politique du Québec», p. 21-24. URL : <http://www.erudit.org/culture/liberte1026896/liberte1038690/34680ac.pdf>.

Dictionnaire québécois instantané, 2004, couverture

 

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

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