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	<title>L’Oreille tendue &#187; Cinéma</title>
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	<description>« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).</description>
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		<title>Images de Butch</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Apr 2012 09:40:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bande dessinée]]></category>
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		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Radio]]></category>
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		<description><![CDATA[[Lecteur, si tu ne t’intéresses pas aux relations du sport et de la culture, passe ton chemin.] Émile «Butch» Bouchard, l’ex-défenseur des Canadiens de Montréal de 1941 à 1956, est mort le 14 avril; il était né en 1919. Il n’occupe pas, dans les représentations culturelles du hockey, la même place que Maurice Richard, Jean [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>[Lecteur, si tu ne t’intéresses pas aux relations du sport et de la culture, passe ton chemin.]</p>
<p>Émile «Butch» Bouchard, l’ex-défenseur des Canadiens de Montréal de 1941 à 1956, est mort <a href="http://www.ledevoir.com/sports/hockey/347453/l-ex-defenseur-etoile-du-canadien-emile-butch-bouchard-est-decede">le 14 avril</a>; il était né en 1919. Il n’occupe pas, dans les représentations culturelles du hockey, la même place que <a href="http://www.lesyeuxdemauricerichard.com/">Maurice Richard</a>, <a href="http://www.ledevoir.com/sports/hockey/330370/jean-beliveau-le-gros-bill-a-80-ans">Jean Béliveau</a> ou <a href="http://www.ledevoir.com/culture/livres/312307/de-guy-lafleur-considere-comme-un-des-beaux-arts">Guy Lafleur</a>, voire que <a href="http://oreilletendue.com/2011/12/05/les-mysteres-de-la-memoire/">Lorne Worsley</a>, mais il a néanmoins été objet de discours.</p>
<p>C’est le cinéma qui lui a accordé le plus de place. Il apparaît notamment dans des films de Gérard Pelletier (<em>Passe-partout : «Le sport est-il trop commercialisé ?»</em>, 1955), de Gilles Gascon (<em>Peut-être Maurice Richard</em>, 1971), de <a href="http://www.onf.ca/explorer-tous-les-cineastes/jacques-payette">Jacques Payette</a> (<em>le Rocket / The Rocket</em>, 1998) et de Karl Parent et Claude Sauvé (<em>Maurice Rocket Richard</em>, 1998). Deux autres films méritent d’être présentés un peu plus longuement.</p>
<p>Parmi les lieux communs les plus récurrents sur l’histoire du hockey à Montréal, on trouve celui de l’exploitation économique des joueurs (souvent francophones) par leurs patrons (souvent anglophones). Un exemple parmi cent : «Maurice Richard était sous-payé et exploité parce qu’il était canadien-français», écrit Normand Lester en 2003 (p. 10). Les joueurs auraient été victimes de leurs employeurs. On peut relativiser ce type de jugement, et les déclarations filmées d’Émile Bouchard y contribuent.</p>
<p>S’il est vrai que Maurice Richard n’a pas toujours été payé à sa valeur (marchande) du temps qu’il était joueur, il ne faudrait pas oublier que son origine ethnique n’était peut-être pas la seule cause de cet état de fait. À l’époque de Richard, il y a eu au moins un joueur mieux payé que lui chez les Canadiens de Montréal, mais c’était lui aussi un Canadien français, Jean Béliveau, qui rappelle le fait dans ses <a href="http://oreilletendue.com/2010/09/06/a-ne-pas-oublier/">Mémoires</a> en 2005. Il y a donc lieu de se demander quelle est la part de responsabilité des joueurs eux-mêmes dans les négociations de travail.</p>
<p>Dans <em>Maurice Richard. Histoire d’un Canadien</em> / <em>The Maurice Rocket Richard Story</em> (1999), Jean-Claude Lord et Pauline Payette donnent la parole à l’ancien numéro 3 des Canadiens : «Dans ce temps-là, on était imbéciles», affirme-t-il. Pourquoi ? Parce que les joueurs ne discutaient pas entre eux de leur salaire, ce qui les privait du pouvoir de négocier. Arrive cependant le début de la saison 1947 : constatant qu’il y avait «un peu d’abus», Bouchard et Richard décident de faire «front commun» pour négocier leur contrat. Certains iront jusqu’à parler de <em>grève</em>. La leçon se sera pas immédiatement entendue ni par eux ni par leurs coéquipiers : Bouchard et Richard n’obtiendront pas gain de cause; les joueurs ne se rassembleront en syndicat que bien plus tard. Pourtant, quelque chose était peut-être en train de changer.</p>
<p><em>Maurice Richard. Histoire d’un Canadien</em> est un docudrame; <em>Maurice Richard / The Rocket</em> (2005), de Charles Binamé, est une fiction. Le personnage de Bouchard, joué par Patrice Robitaille, fait partie d’une série de personnages qui déterminent, plus qu’il ne le fait lui-même, les choix, sur la glace et hors de celle-ci, de Maurice Richard : sa femme, son entraîneur, Dick Irvin (d’abord et avant tout), son directeur gérant, Frank Selke, un représentant syndical, son coiffeur, son nègre (Richard était «<a href="http://oreilletendue.com/2011/01/07/les-experts/">joueurnaliste</a>» à ses heures). C’est son entourage qui dicte quoi faire au Rocket.</p>
<p>Cela est parfaitement clair quand il est question du statut social de Richard. Binamé propose une interprétation clairement nationaliste de la carrière de celui-ci. Richard est moqué à Montréal comme ailleurs parce qu’il ne parle pas anglais, lui qui est entouré d’anglophones, la plupart du temps en position d’autorité, qui ne lui veulent pas que du bien : le patron de l’usine où, jeune homme, il travaille, Dick Irvin, Frank Selke ou Clarence Campbell, le président de la Ligue nationale de hockey. Maurice Richard serait leur victime parce qu’il est canadien-français.</p>
<p>C’est le personnage d’Émile Bouchard qui, dans le film, est chargé de faire comprendre à Richard ce qu’il est pour les siens, et quelles responsabilités cela entraîne. La scène se déroule dans un train, la nuit, et Bouchard déclare ce qui suit à son coéquipier : «Toi, faut qu’tu donnes un sens à c’que tu fais.» On peut s’interroger sur le réalisme supposé de cet échange, mais il est reste que Binamé, comme Lord et Payette, fait d’Émile Bouchard la voix de l’affirmation des joueurs contre ceux qui les emploient. Voilà un leader.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://oreilletendue.com/2012/04/16/images-de-butch/bouchard/" rel="attachment wp-att-7206"><img class="aligncenter  wp-image-7206" title="bouchard" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/04/bouchard.jpg" alt="" width="324" height="411" /></a></p>
<p>Mais il n’y a pas que le cinéma.</p>
<p>Butch Bouchard est présent dans cinq <a href="http://oreilletendue.com/2010/11/15/chantons-sport/">chansons</a>. On y vante ses talents de passeur : «Quand sur une passe de Butch Bouchard i prenait le puck derrière ses goals» (Pierre Létourneau, «Maurice Richard», 1970); «Butch Bouchard à Savard vers Béliveau» (Loco Locass, «Le but», 2009). On apprécie la qualité de son jeu défensif : «Avec Butch à leurs côtés / Les goals seront bien gardés» (Denise Émond, «La chanson des étoiles du hockey», 1956). On notera qu’il n’est jamais représenté seul : «Maurice Richard qui part avec grand Butch Bouchard» (La famille Soucy, «Le club de hockey Canadien», 1954); «Morenz Joliat pis les deux Richard / Bonin Béliveau pis Geoffrion / Sans oublier not’Butch Bouchard / Hourra pour nos champions» (Oswald, «Les sports», 1960). Émile Bouchard, capitaine des Canadiens de 1948 à 1956, était, encore et toujours, un joueur d’équipe.</p>
<p>La peinture, à l’exception de <a href="http://www.bernardracicot.ca/ma_peinture.htm">Bernard Racicot</a>, ne s’est guère intéressée à Bouchard. En matière de sculpture — on se souviendra qu’il y a <em>quatre</em> statues de Maurice Richard à Montréal —, ce n’est guère mieux : une fresque en sept scènes, signée Jules Lasalle, orne la façade de l’<a href="http://www.longueuil.ca/vw/asp/gabarits/Gabarit_Popup_Comm.asp?ID_MESSAGE=20828&amp;CHANG_ARROND=0&amp;CHANGEMENT_LANGUE=FR">aréna Émile-Butch-Bouchard</a> de Longueuil. <em>L’Oreille tendue</em> ne connaît qu’un roman où il est question de Bouchard, <em>la Poussière du temps</em> (2005), de Michel David, mais c’est pour son restaurant, rue De Montigny, à Montréal (p. 400). Bill Templeman semble être le seul poète à avoir chanté le joueur, sur le mode de la nostalgie : «It used to be a game of skill and grace when the Rocket played / along with Geoffrion and Bouchard. Now it is a game of thugs» (p. 194). La bande dessinée ? Sur la couverture de <em>la Patinoire en folie</em> de <a href="http://oreilletendue.com/2011/12/28/bdhq-prolegomenes-%e2%80%94-troisieme-partie/">Pierre Huet</a> (2011), un personnage ressemble fort à Bouchard; il ne réapparaîtra pas dans l’intrigue.</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/2012/04/16/images-de-butch/bouchard_huet/" rel="attachment wp-att-7207"><img class="aligncenter size-full wp-image-7207" title="bouchard_huet" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/04/bouchard_huet.jpg" alt="" width="140" height="167" /></a></p>
<p>D’autres joueurs ont occupé plus de place qu’Émile Bouchard dans la culture québécoise. Il en a pourtant une, marquée par sa contribution à son équipe, à ses coéquipiers et à son sport, plus que par ses exploits personnels.</p>
<p>P.S.—<em>L’Oreille tendue</em> a donné un entretien sur ces questions à Franco Nuovo, à la radio de Radio-Canada, le 15 avril. On peut l’entendre <a href="http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBF/DessinemoiUnDimanche201204150910_2.asx">ici</a>.</p>
<p>Références</p>
<p>Béliveau, Jean, avec Chrys Goyens et Allan Turowetz, <em>Jean Béliveau. My Life in Hockey</em>, Vancouver, Greystone Books, 2005 (1994), xii/312 p. Ill. Foreword by Wayne Gretzky. Introduction by Allan Turowetz. Traduction : <em>Ma vie bleu-blanc-rouge</em>, Montréal, Hurtubise HMH, 2005, 355 p. Ill. Préface de Dickie Moore. Avant-propos d’Allan Turowetz. Traduction et adaptation de Christian Tremblay.</p>
<p>David, Michel, <em>la Poussière du temps. Tome I. Rue de la Glacière</em>, Montréal, Hurtubise HMH, 2005, 456 p.</p>
<p>Huet, Pierre, <em>la Patinoire en folie</em>, Montréal, Les 400 coups, coll. «Strips», 2011, 62 p. Avec la participation de Patrick Moerell.</p>
<p>Lester, Normand, «1. La discrimination dans le sport. Maurice Richard : la fierté d’un peuple», dans <em>le Livre noir du Canada anglais 3</em>, Montréal, Les Intouchables, 2003, p. 14-26.</p>
<p>Templeman, Bill, «They Don’t Play Hockey Here Any More : The Montreal Forum’s Chief Ghost Meditates Upon the History of the Game», dans Dale Jacobs (édit.), <em>Ice. New Writing on Hockey. A Collection of Poems, Essays, and Short Stories</em>, Edmonton, Spotted Cow Press, 1999, p. 194-197.</p>
<p>Sur le Web</p>
<p style="padding-left: 30px;"><a href="http://www.emilebutchbouchard.com/">Émile «Butch» Bouchard</a></p>
<p style="padding-left: 30px;"><a href="http://www.ecomusee.qc.ca/expo_tempo.html">Exposition <em>Bienvenue Chez Butch Bouchard !</em></a></p>
<p style="padding-left: 30px;"><a href="http://www.legendsofhockey.net/LegendsOfHockey/jsp/LegendsMember.jsp?mem=p196603&amp;page=bio&amp;list=ByYear">Temple de la renommée du hockey (Toronto)</a></p>
<p style="padding-left: 30px;"><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Bouchard">Wikipédia</a></p>
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		<title>Autopromotion 029</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Apr 2012 11:31:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce matin, entre 9 h et 10 h, l’Oreille tendue sera au micro de Franco Nuovo (Dessine-moi un dimanche), à la radio de Radio-Canada, pour parler des représentations culturelles de l’ex-défenseur des Canadiens de Montréal — c’est du hockey —, Émile «Butch» Bouchard (1919-2012). Il sera question de chanson et, surtout, de cinéma. [Complément] On [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce matin, entre 9 h et 10 h, <em>l’Oreille tendue</em> sera au micro de Franco Nuovo (<a href="http://www.radio-canada.ca/emissions/dessine_moi_un_dimanche/2011-2012/"><em>Dessine-moi un dimanche</em></a>), à la radio de Radio-Canada, pour parler des représentations culturelles de l’ex-défenseur des Canadiens de Montréal — c’est du hockey —, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Bouchard ">Émile «Butch» Bouchard</a> (1919-2012). Il sera question de chanson et, surtout, de cinéma.</p>
<p>[Complément]</p>
<p>On peut entendre l’entretien <a href="http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CBF/DessinemoiUnDimanche201204150910_2.asx">ici</a>.</p>
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		<title>Jubilatoire, malgré tout</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 09:34:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’Oreille tendue a eu l’occasion — c’était le 6 janvier 2010 — de rendre compte du pamphlet de Jean-Loup Chiflet, 99 mots et expressions à foutre à la poubelle (2009). Parmi ces mots et expressions, il y avait jubilatoire : Voilà, le nouveau ton de l’enthousiasme est donné. Plus question de se contenter de se réjouir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Oreille tendue</em> a eu l’occasion — c’était <a href="http://oreilletendue.com/2010/01/06/jetable/">le 6 janvier 2010</a> — de rendre compte du pamphlet de Jean-Loup Chiflet, <em>99 mots et expressions à foutre à la poubelle</em> (2009). Parmi ces mots et expressions, il y avait <em>jubilatoire</em> :</p>
<blockquote><p>Voilà, le nouveau ton de l’enthousiasme est donné. Plus question de se contenter de se réjouir avec réserve et discrétion. Non ! On se doit de commenter notre plaisir avec des cris plutôt qu’avec des chuchotements, des applaudissements et des vivats, qui peuvent même aller jusqu’à l’hystérie collective suivie de pâmoison (p. 79).</p></blockquote>
<p>Sans suivre Chiflet dans tous ses emportements, <em>l’Oreille</em> n’hésite pas à reconnaître que <em>jubilatoire</em> est beaucoup utilisé, voire trop.</p>
<p>C’est pourtant le mot qui lui vient à la bouche à la lecture des deux premiers titres de la trilogie romanesque <em>1984</em> d’Éric Plamondon, <em>Hongrie-Hollywood Express</em> (vol. I, 2011) et <em>Mayonnaise</em> (vol. II, 2012).</p>
<p>Pourquoi <em>1984</em> ? Parce que le nageur et acteur Johnny Weismuller, le «héros» du premier roman, meurt cette année-là, qui est aussi celle du suicide de l’écrivain Richard Brautigan, le héros du deuxième. 1984, c’est aussi l’invention du Macintosh : <em>Pomme S</em> (à paraître) mettra en scène <a href="http://oreilletendue.com/2011/11/11/exercice-d%e2%80%99admiration-diderot-jobs-gladwell/">Steve Jobs</a>.</p>
<p>Pourquoi jubilatoire ? <em>L’Oreille</em> aime l’utilisation par Éric Plamondon des listes et des énumérations. Elle aime son érudition, cinématographique notamment, mais pas seulement : technique, scientifique, historique, japonaise. Elle aime son refus de la linéarité. Elle aime l’Amérique qu’elle est invitée à parcourir (dans le temps, dans l’espace). Elle aime le choc entre eux des courts chapitres, prose ou vers, qui font les livres, et l’extravagance de leurs titres. Elle aime l’évident plaisir qu’a l’auteur à citer (des étiquettes aux textes littéraires), et sa croyance dans l’univers des correspondances. Elle aime qu’il ne tombe pas dans les travers linguistiques de l’époque (à quelques «<a href="http://oreilletendue.com/2009/10/08/au-niveau-de/">au niveau de</a>» près). Elle aime entendre la rumeur concrète du monde, mais sans souci exagéré de réalisme. Elle aime que la matière des mots soit matière à jeu («Détroit / Des trois, je préfère le dernier : / dessins, / des saints, / des seins», vol. I, p. 133). Elle aime que s’exprime, dans <em>1984</em>, une humanité sans épanchement ni narcissisme. Elle aime le soin apporté aux tables des matières, qu’aimait lui aussi Richard Brautigan (vol. II, p. 124-125). Elle aime l’art de l’absurde («Francis Ford Coppola bouge les lèvres sur l’écran. J’en conclus qu’il doit être question de cinéma ou d’autre chose», vol. II, p. 126) et le sens du rythme (répétitions, variations, reprises — anaphores).</p>
<p>Dans <em>Mayonnaise</em>, Michel Braudeau est cité, au sujet de <em>Tokyo-Montana Express</em>, de Brautigan :</p>
<blockquote><p>Cela tient du haïku et du croquis sur un bout de nappe, du vide-poche et de l’autoportrait de l’artiste en puzzle. Un long bouquet de ces feux d’artifice que Baudelaire appelait des fusées (p. 32).</p></blockquote>
<p>Aussi bien, voilà qui pourrait décrire les deux romans d’Éric Plamondon.</p>
<p>Jubilatoire, donc, oui, malgré tout.</p>
<p>Références</p>
<p>Chiflet, Jean-Loup, <em>99 mots et expressions à foutre à la poubelle</em>, Paris, Seuil, coll. «Points. Le goût des mots», Hors série, inédit, P 2268, 2009, 122 p. Dessins de Pascal Le Brun.</p>
<p>Plamondon, Éric, <em>Hongrie-Hollywood Express. Roman. 1984 — Volume I</em>, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 44, 2011, 164 p.</p>
<p>Plamondon, Éric, <em>Mayonnaise. Roman. 1984 — Volume II</em>, Montréal, Le quartanier, «série QR», 49, 2012, 200 p.</p>
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		<title>Scènes de la vie linguistique autoroutière</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Mar 2012 10:19:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Publicité]]></category>
		<category><![CDATA[Sur la route]]></category>

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		<description><![CDATA[Samedi 3 mars 2012, autoroute des Laurentides, direction nord. À Laval, à côté du Cinéma Colossus, un immeuble sur le fronton duquel on peut lire, dans une seule langue : «Sky Venture.» Autre exemple d’extraterritorialité lavalloise ? Quelques kilomètres plus loin, à Sainte-Thérèse, sur les murs d’un centre commercial : «Ici on wouf.» Au retour. Un panneau [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Samedi 3 mars 2012, autoroute des Laurentides, direction nord.</p>
<p>À Laval, à côté du Cinéma Colossus, un immeuble sur le fronton duquel on peut lire, dans une seule langue : «Sky Venture.» Autre exemple d’<a href="http://oreilletendue.com/2012/02/20/extraterritorialite-lavalloise/">extraterritorialité lavalloise</a> ?</p>
<p>Quelques kilomètres plus loin, à Sainte-Thérèse, sur les murs d’un centre commercial : «Ici on wouf.»</p>
<p>Au retour.</p>
<p>Un panneau publicitaire, encore à Laval : «Relaxe, prends ton Slow Cow.»</p>
<p>Entre plusieurs maux, faut-il nécessairement choisir le moindre ?</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Les zeugmes des lecteurs et du dimanche matin</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2012/02/19/les-zeugmes-des-lecteurs-et-du-dimanche-matin-2/</link>
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		<pubDate>Sun, 19 Feb 2012 10:17:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Zeugme]]></category>

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		<description><![CDATA[Deuxième livraison de zeugmes repérés ou créés par les lecteurs de l’Oreille tendue; la première est ici. I «Je ne suis pas certaine que j’avais déjà une poitrine et un avenir Juste un livre sous le bras» Jennifer Tremblay et Normand Cousineau, De la ville, il ne me reste que toi, Les éditions de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Deuxième livraison de zeugmes repérés ou créés par les lecteurs de <em>l’Oreille tendue</em>; la première est <a href="http://oreilletendue.com/2012/01/22/les-zeugmes-des-lecteurs-et-du-dimanche-matin/">ici</a>.</p>
<p align="center"><strong>I</strong></p>
<p>«Je ne suis pas certaine que j’avais déjà une poitrine et un avenir</p>
<p>Juste un livre sous le bras»</p>
<p>Jennifer Tremblay et Normand Cousineau, <em>De la ville, il ne me reste que toi</em>, Les éditions de la bagnole, 2011, non paginé.</p>
<p>Merci à <a href="https://twitter.com/#!/ljodoin">@ljodoin</a>.</p>
<p align="center"><strong>II</strong></p>
<p>«Il lui demanda si elle avait repris du poil de la bête. Elle lui répondit que, quitte à choisir, elle préférait finalement reprendre du thé» (<a href="https://twitter.com/#!/Centquarante">@Centquarante</a>, 11 février 2012).</p>
<p>À <a href="https://twitter.com/#!/desrosiers_j">@desrosiers_j</a>, qui se demandait s’il s’agissait d’un «zeugme écartelé», @Centquarante confirma : «D’un geste un rien brutal, il écartela un zeugme. Puis, il reprit son activité ordinaire de bourreau des mots.»</p>
<p align="center"><strong>III</strong></p>
<p>«à Épinay-sur-Orge, je dus lui donner un coup sur l’épaule pour le faire descendre de son rêve et sur le quai» (Gaston Leroux, <em>le Mystère de la chambre jaune</em>).</p>
<p>Merci à <a href="https://twitter.com/#!/JeanSylvainDube">@JeanSylvainDube</a>.</p>
<p align="center"><strong>IV</strong></p>
<p>Saint-Valentin oblige, cette photo, de Woody Allen et Romy Schneider (Paris, 1964), a circulé sur Twitter.</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/02/allen_schneider_1964.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-6551" title="allen_schneider_1964" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/02/allen_schneider_1964.jpg" alt="" width="300" height="443" /></a></p>
<p>Commentaire de <a href="https://twitter.com/#!/beloamig_">@beloamig_</a> : «Il l’embrasse non seulement sur une échelle, mais sur la bouche aussi.»</p>
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		<title>Autopromotion 021</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2012/01/24/autopromotion-021-2/</link>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 10:31:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Clichés]]></category>
		<category><![CDATA[Radio]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[À 13 h, l’Oreille tendue sera à l’émission Dans le champ lexical sur les ondes de CIBL. Elle y lira un texte sur les lieux communs du sport. Et elle chantera. [Complément] Cette lecture peut être réécoutée ici, dans les six premières minutes, chanson incluse. &#160; &#160;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>À 13 h, <em>l’Oreille tendue</em> sera à l’émission <a href="http://www.danslechamplexical.com/"><em>Dans le champ lexical</em></a> sur les ondes de <a href="http://www.cibl1015.com/">CIBL</a>. Elle y lira un texte sur les lieux communs du sport. Et elle chantera.</p>
<p>[Complément]</p>
<p>Cette lecture peut être réécoutée <a href="http://www.danslechamplexical.com/2012/01/episode-19-sport/">ici</a>, dans les six premières minutes, chanson incluse.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>L’Oreille trouve enfin un pouce</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2012/01/06/l%e2%80%99oreille-trouve-enfin-un-pouce/</link>
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		<pubDate>Fri, 06 Jan 2012 10:17:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Publicité]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[Le premier courriel provenait d’un lecteur du Dictionnaire québécois instantané (2004). Le second, de l’agent de l’Oreille tendue qui a infiltré la capitale de la Belle Province. Les deux parlaient du nouveau sens de l’expression faire du pouce (Nouveau sens ? Au Québec, faire du pouce ou partir sur le pouce revient habituellement à pratiquer l’autostop.) [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le premier courriel provenait d’un lecteur du <a href="http://fides.qc.ca/dictionnaire_quebecois/"><em>Dictionnaire québécois instantané</em></a> (2004). Le second, de l’agent de <em>l’Oreille tendue</em> qui a infiltré la <a href="http://oreilletendue.com/category/capitales/">capitale</a> de la Belle Province. Les deux parlaient du nouveau sens de l’expression <em>faire du pouce</em></p>
<p>(Nouveau sens ? Au Québec, <em>faire du pouce</em> ou <em>partir sur le pouce</em> revient habituellement à pratiquer l’autostop.)</p>
<p><em>L’Oreille tendue</em> avait noté la chose, mais elle n’avait jamais rencontré elle-même cette nouvelle acception. Depuis un <a href="http://twitter.com/cvoyerleger/statuses/154588647671345152">tweet</a> de <a href="https://twitter.com/cvoyerleger">@cvoyerleger</a> du 4 janvier, c’est chose faite : «Le spécialiste, c’est vous! Vraiment? <a href="http://www.cvoyerleger.com/2012/01/chagnon.html">http://t.co/tpHVU0ys</a> La Fondation Chagnon fait du pouce sur un lieu commun.» Voilà : <em>faire du pouce sur</em>. Mais qu’est-ce à dire ?</p>
<p>Les deux épistoliers de <em>l’Oreille</em> lui proposaient des définitions semblables : dans une réunion, qui <em>fait du pouce sur</em> quelqu’un reprend l’idée d’un autre, la prolonge, voire se l’approprie. C’est précisément à cela que pense Catherine Voyer-Léger dans ses réflexions sur la publicité de la Fondation Chagnon, celle à laquelle renvoie son tweet : «C’est que cette publicité fait du pouce sur un des lieux communs les plus nocifs à avoir cours dans l’espace public actuellement : l’idée que toutes les opinions, et, par le fait même, toutes les expertises, se valent.»</p>
<p>Un synonyme ? <em>Surfer</em>, peut-être, que Catherine Voyer-Léger utilise plus loin dans son texte : «Cette légitimation de la parole expérientielle au détriment de la parole spécialiste, c’est exactement ce sur quoi surfe le Sénateur Boisvenu dans le cadre du projet de loi C-10.»</p>
<p>En matière de pouce, <em>l’Oreille</em> avait besoin d’autres oreilles que la sienne. Merci à ces petites mains.</p>
<p>[Complément du 7 janvier 2011]</p>
<p>Cela est immortalisé sur <a href="http://www.youtube.com/watch?v=LzFYOwCsOZk">YouTube</a> : <em>l’Oreille tendue</em> n’est pas vite sur ses patins — au sens littéral du terme. Elle ne pourra jamais rejouer la fabuleuse <a href="http://www.youtube.com/watch?v=a80x06Wn91U">séquence d’ouverture</a> du fil <a href="http://www.imdb.com/title/tt0134618/"><em>Mystery, Alaska</em></a> (1999), et elle le déplore.</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/2011/01/28/effets-de-lames/">Au sens figuré</a>, elle espère ne pas l’être. Pourtant.</p>
<p>Partie hier en expédition de patin — ça ne s’invente pas — <a href="http://www.domainedelaforetperdue.com/">dans la nature</a>, avec sa progéniture, elle a eu une illumination tardive, sur l’autoroute. Un synonyme hexagonal de <em>faire du pouce sur</em> ? Bon sang : <a href="http://oreilletendue.com/2009/10/13/rebondir/"><em>rebondir</em></a> fait parfaitement l’affaire.</p>
<p>Le proverbe le dit : vieux motard que jamais.</p>
<p>Référence</p>
<p>Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, <em>Dictionnaire québécois instantané</em>, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.</p>
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		<title>Exercice d’admiration : Diderot, Jobs, Gladwell</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Nov 2011 10:30:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelque part durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans le Neveu de Rameau, Diderot s’interroge sur ce que la postérité retient des grands hommes. Il fait dialoguer ses personnages, Moi et Lui, au sujet du dramaturge Jean Racine. Les termes de l’alternative sont les suivants : Lequel des deux préféreriez-vous ? ou qu’il eût été un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quelque part durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans <em>le Neveu de Rameau</em>, Diderot s’interroge sur ce que la postérité retient des grands hommes. Il fait dialoguer ses personnages, Moi et Lui, au sujet du dramaturge Jean Racine. Les termes de l’alternative sont les suivants :</p>
<blockquote><p>Lequel des deux préféreriez-vous ? ou qu’il eût été un bonhomme […]; faisant régulièrement tous les ans un enfant légitime à sa femme, bon mari; bon père, bon oncle, bon voisin, honnête commerçant, mais rien de plus; ou qu’il eût été fourbe, traître, ambitieux, envieux, méchant; mais auteur d’<em>Andromaque</em>, de <em>Britannicus</em>, d’<em>Iphigénie</em>, de <em>Phèdre</em>, d’<em>Athalie</em> (éd. de 1984, p. 22-23).</p></blockquote>
<p>Pour le dire autrement : un génie, les yeux tournés vers le futur, peut-il faire peu de cas, non seulement de ses contemporains, mais de ses proches ?</p>
<p style="text-align: center;">•••••</p>
<p>Qui lit l’éclairante biographie de Steve Jobs par <a href="http://oreilletendue.com/2011/11/03/la-langue-des-machines/">Walter Isaacson</a> (2011) se trouve confronté précisément à la même question.</p>
<p>Dans sa vie professionnelle, Jobs (1955-2011) a bouleversé, sinon révolutionné, les mondes de l’informatique personnelle (d’abord et avant tout avec le Macintosh, mais aussi avec le iPad), du film d’animation (chez Pixar), de la musique (par la conjugaison iTunes / iPod), de la téléphonie (grâce au iPhone).</p>
<p>Comment y est-il parvenu ?</p>
<p>En concevant des produits dont les consommateurs ne savaient pas encore qu’ils en auraient un jour besoin. Pour lui, il fallait prévoir à long terme et non seulement réagir au contexte immédiat. Voilà pourquoi il citait cette phrase du joueur de hockey Wayne Gretzky : «Skate where the puck’s going, not where it’s been» (Patinez là où va la rondelle, pas où elle était). Sa créativité dépendait de sa capacité à imaginer.</p>
<p>En défendant bec et ongles un principe, celui de l’intégration totale du matériel (<em>hardware</em>), du logiciel (<em>software</em>) et du système d’exploitation (<em>operating system</em>). Ce que la société Apple mettait en marché était, par définition, peu hospitalier. La plupart des entreprises concurrentes, au premier rang desquelles Microsoft, jouaient la carte de l’ouverture et de la collaboration. Pas Jobs, qui fuyait comme la peste ce qui risquait, selon lui, de dénaturer ses produits.</p>
<p>En apportant une attention folle au détail : la teinte de bleu du iMac de 1998, la forme de la tête d’une vis, l’intérieur des ordinateurs, qu’il jugeait aussi important que l’extérieur. Il aimait raconter une leçon apprise de son père : il faut apporter autant de soin à la partie invisible d’un meuble qu’aux autres. Jonathan Ive, le designer des produits Apple depuis la fin des années 1990, partage la même obsession.</p>
<p>En tirant le plus — généralement, le meilleur — de ses collaborateurs, mais en les rudoyant, en les trompant, en les poussant dans leurs ultimes retranchements. Diderot disait «fourbe, traître, ambitieux, envieux, méchant». On trouverait des exemples de chacun de ces comportements dans le portrait que fait Isaacson de Jobs. Il faudrait encore ajouter impatient, égocentrique, grossier, mesquin. Cette biographie est <em>aussi</em> une théorie d’horreurs.</p>
<p>(Le biographe ne cache rien de ces horreurs, sans leur donner la première place dans son récit ni essayer de leur trouver une explication psychologique. Parmi celles qu’il rapporte, le fait que Jobs ait été un enfant adopté est souvent évoqué. Chrisann Brennan, la mère de la première fille de Jobs, affirmait par exemple que son adoption l’avait laissé «full of broken glass» [plein de verre brisé].)</p>
<p>Qui l’histoire retiendra-t-elle, le génie charismatique ou l’invectiveur puéril ?</p>
<p style="text-align: center;">•••••</p>
<p>Malcolm Gladwell a un sens du récit journalistique absolument fabuleux. Lisez les sept premiers paragraphes de «<a href="http://www.gladwell.com/2004/2004_11_25_a_borrowed.html">Something Borrowed</a>», son texte sur le plagiat. Mettez en parallèle le sort du père et du fils dans «<a href="http://www.gladwell.com/2001/2001_06_11_a_crash.htm">Wrong Turn</a>», quand il étudie la question de la sécurité routière aux États-Unis. Ou interrogez-vous avec lui sur la qualité principale de Steve Jobs, dans le <a href="http://www.newyorker.com/reporting/2011/11/14/111114fa_fact_gladwell?currentPage=all">compte rendu</a> qu’il vient de faire paraître du livre d’Isaacson dans les pages du <em>New Yorker</em>.</p>
<p>Dans les quatre premiers paragraphes, il présente des anecdotes tirées de l’«enthralling new biography of the Apple founder». Puis, son texte change complètement de direction : «One of the great puzzles of the industrial revolution is why it began in England.» Pourquoi, se demande Gladwell, la révolution industrielle a-t-elle débuté en Angleterre ? On vient de passer d’une «captivante biographie» («enthralling […] biography») à une énigme historique («One of the great puzzles»). S’il pose pareille question, c’est, bien sûr, qu’il a la réponse. La révolution industrielle a commencé en Angleterre, car on y trouvait un grand nombre d’artisans particulièrement habiles à perfectionner («tweak») les machines existantes pour les rendre de plus en plus performantes. Ces artisans étaient des «tweakers». Jobs était leur digne descendant, voire l’incarnation ultime de cette façon de créer, d’où le titre de l’article, «The Tweaker».</p>
<p>(Gladwell n’a pas simplement le sens du récit. Il a aussi un flair phénoménal pour découvrir l’article scientifique qui va exactement dans le sens de sa réflexion. Ici, il s’agit d’un article de deux économistes, <a href="http://www.nber.org/papers/w16993">Ralf Meisenzahl et Joel Mokyr</a>.)</p>
<p style="text-align: center;">•••••</p>
<p>À la fin de son livre, Walter Isaacson résume la personnalité de Jobs en une formule : «Was he smart ? No, not exceptionally. Instead, he was a genius.» Au lieu d’être simplement «smart» (intelligent / futé / malin / astucieux / habile — rayez les mentions inutiles, s’il y en a), c’était un génie. Lui et Gladwell s’entendent là-dessus. Ils s’entendent tout autant sur la façon d’être de Jobs avec les autres, cette brusquerie qui confinait fréquemment à la brutalité. Aucun des deux ne tranche la question de Diderot : «Lequel des deux préféreriez-vous ?».</p>
<p>Références</p>
<p>Diderot, Denis, <em>le Neveu de Rameau. Satires, contes et entretiens</em>, édition établie et commentée par Jacques et Anne-Marie Chouillet, Paris, Librairie générale française, coll. «Le livre de poche», 5925, 1984, 414 p.</p>
<p>Gladwell, Malcolm, «<a href="http://www.gladwell.com/2001/2001_06_11_a_crash.htm">Wrong Turn. How the Fight to Make America’s Highways Safer Went off Course</a>», <em>The New Yorker</em>, 11 juin 2011.</p>
<p>Gladwell, Malcolm, «<a href="http://www.gladwell.com/2004/2004_11_25_a_borrowed.html">Something Borrowed. Should a Charge of Plagiarism Ruin your Life ?</a>», <em>The New Yorker</em>, 22 novembre 2004.</p>
<p>Gladwell, Malcolm, «<a href="http://www.newyorker.com/reporting/2011/11/14/111114fa_fact_gladwell?currentPage=all">The Tweaker. The Real Genius of Steve Jobs</a>», <em>The New Yorker</em>, 14 novembre 2011.</p>
<p>Isaacson, Walter, <em>Steve Jobs</em>, édition numérique (iBooks), New York, Simon &amp; Schuster, 2011.</p>
<p>Meisenzahl, Ralf et Joel Mokyr, «<a href="http://www.nber.org/papers/w16993">The Rate and Direction of Invention in the British Industrial Revolution : Incentives and Institutions</a>», The National Bureau of Economic Research, NBER Working Paper No. 16993, avril 2011.</p>
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		<title>Hostie, ostie, osti, estie, esti, astie, asti, stie, sti, etc.</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Oct 2011 09:17:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
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		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans un coin, ceux qui se demandent si la baisse radicale de la pratique religieuse au Québec ne risque pas d’y menacer la survie du juron d’origine religieuse. Le National Post se posait la question le 9 septembre 2011, sous la plume de Graeme Hamilton : «Can Quebec’s Church-based curse words survive in a secular age [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un coin, ceux qui se demandent si la baisse radicale de la pratique religieuse au Québec ne risque pas d’y menacer la survie du juron d’origine religieuse. Le <em>National Post</em> se posait la question le 9 septembre 2011, sous la plume de Graeme Hamilton : «<a href="http://news.nationalpost.com/2011/09/09/can-quebecs-church-based-curse-words-survive-in-a-secular-age/">Can Quebec’s Church-based curse words survive in a secular age ?</a>» (Réponse évidente : oui.)</p>
<p>Dans l’autre coin, ceux qui croient que l’héritage catholique est encore bien vivant au Québec. C’est la position d’un collègue théologien de <em>l’Oreille tendue</em>, Olivier Bauer. Il la défend dans ses deux plus récents livres. Dans <em>Une théologie du Canadien de Montréal</em> (2011), il écrit par exemple : «Aussi bizarre que cela puisse vous paraître, je crois plus à la présence à long terme du christianisme au Québec qu’à celle de la religion du Canadien» (p. 152). Le dernier chapitre de <em>l’Hostie, une passion québécoise</em> (2011), est sous-titré «L’Église catholique tente de reconquérir l’hostie — vingt et unième siècle»; il porte sur la place dans le Québec d’aujourd’hui de cette «Petite rondelle de pain azimé que le prêtre consacre pendant la messe» (<a href="http://www.diocesemontreal.org/accueil/dons/2006/index.htm">Diocèse de Montréal</a>, avril 2006).</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/10/hostie_diocese.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5469" title="hostie_diocese" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/10/hostie_diocese.jpg" alt="" width="150" height="194" /></a></p>
<p>S’intéressant à l’hostie («le corps du Christ», dit la liturgie) au Québec, Olivier Bauer a nécessairement eu à réfléchir aux jurons qui lui sont rattachés. Il s’appuie sur le travaux de linguistes (Diane Vincent), d’historiens (René Hardy, Heinz Weinmann) et de lexicographes inégalement sérieux (Jean-Pierre Pichette, Gilles Charest, Léandre Bergeron) pour suivre l’histoire de ce sacre. Conclusion ? «Aussi surprenant que cela puisse paraître à des oreilles québécoises, il fallut entrer dans le vingtième siècle et attendre 1920 pour que “hostie” soit attestée comme sacre !» (p. 40) Pourquoi cette apparition tardive ? «On peut avancer deux explications : soit l’hostie était jusque-là trop sacrée pour devenir un sacre, soit elle était trop peu importante pour que les blasphémateurs aient l’envie d’en faire un sacre» (p. 40). En littérature, ce serait encore plus tardif. Bauer (p. 56), s’appuyant sur les travaux du Trésor de la langue française au Québec, affirme que la première occurrence du mot dans un texte littéraire date de 1964 : le mot apparaîtrait dans <em>le Cassé</em> de Jacques Renaud.<em> </em></p>
<p><em>L’Oreille tendue</em> aimerait se pencher autrement sur ce mot et ses dérivés (<em>ostie</em>, <em>osti</em>, <em>estie</em>, <em>esti</em>, <em>astie</em>, <em>asti</em>, <em>stie</em>, <em>sti</em>).</p>
<p>Comme <a href="http://oreilletendue.com/2010/09/02/tabarnak-et-tabarnaque/"><em>tabarnak</em></a> et <a href="http://oreilletendue.com/2011/09/26/crissement-riche/"><em>crisse</em></a>, dont il a longuement été question il y a une quinzaine, <em>hostie</em> et ses dérivés sont épicènes : ils ont la même forme au féminin et au masculin.</p>
<blockquote><p>Pierre met du Beatles dans l’gettho</p>
<p>I regarde déhors i fait pas beau</p>
<p>En face i a une grosse tour à bureau</p>
<p>Ça d’l’air qu’i a une ostie de vue d’en haut (Les Dales Hawerchuk, «Dale Hawerchuk», 2005)</p>
<p>Mon voisin se lève et <a href="http://oreilletendue.com/category/quitter/">quitte</a> en disant : — <em>Si je le revoué l’hostie, m’a y crisser ma main su a yeule !</em> (Georges Dor, <em>Anna braillé ène shot [Elle a beaucoup pleuré]. Essai sur le langage parlé des Québécois</em>, p. 28)</p></blockquote>
<p>Comme <em>tabarnak</em> et <em>crisse</em>, toujours, il s’agit d’une interjection.</p>
<blockquote><p>Je laçais mes bottes de travail, assis dans l’escalier du vestibule, lorsque je l’entendis pousser un «osti !» sonore et inattendu (les excès de langage de mon père étaient rarissimes) (Nicolas Dickner, <em>Tarmac</em>, p. 219).</p>
<p>Think big, stie (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Elvis_Gratton ">Elvis Gratton</a>).</p>
<p>Vas-tu souffler toutte le sac esti tu vas toutte te sécher en dedans (blogue <a href="http://lesfourchettes.blogspot.com/2011/10/les-outils.html "><em>les Fourchettes</em></a>, 4 octobre 2011).</p></blockquote>
<p>De la même façon qu’avec ses acolytes, on peut l’enchaîner avec jouissance :</p>
<blockquote><p>Calice de ciboire d’hostie ! (<a href="http://oreilletendue.com/2011/02/10/prolegomenes-a-une-encyclopedie-inutile-du-perifecal-en-hockey/">Roch Carrier</a>, <em>la Guerre, yes sir !</em>, p. 77)</p>
<p>Criss de tabarnak d’hostie de calice de ciboire d’étole de viarge, oussé kié le sacramant de calice de morceau de casse-tête du tabarnak ! (<a href="http://oreilletendue.com/2010/02/28/un-heritage-a-transmettre/">François Blais</a>, <em>Vie d’Anne-Sophie Bonenfant</em>, p. 124).</p></blockquote>
<p>Il est possible d’imaginer des usages affectueux d’<em>hostie</em> et de ses dérivés, mais le plus souvent on emploie ces mots pour invectiver. Ainsi de ses autocollants visibles dans les rues de Montréal durant la campagne électorale d’avril 2004, où l’on voyait une photo du <a href="http://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/">premier ministre Jean Charest</a> accompagnée des mots «Ostie d’<a href="http://oreilletendue.com/2011/10/03/de-la-crosse-au-quebec/">crosseur</a>».</p>
<p>On ne connaît pas de verbe construit avec <em>hostie</em>, alors qu’il y a<em> tabarnaker</em> et <em>crisser</em>. <em>Crissement</em> existe, mais pas <em>hostiment</em>. Cela manque, dans un cas comme dans l’autre.</p>
<p>Malgré ces (relatives) limites créatives, <em>hostie</em> aurait été le juron préféré des Québécois au début des années 1980, selon une étude de l’Office de la langue française préparée par la «sacrologue» Diane Vincent (1982) et que cite Olivier Bauer. <em>L’Oreille tendue</em> est un peu déçue.</p>
<p>P.S.—Un <a href="http://twitter.com/strem/statuses/23462566055387137">tweet</a> de <a href="http://twitter.com/#!/leroykmay">Leroy K. May</a> du 7 janvier 2011 nous apprend une chose intéressante : «RT @LaurentLaSalle: Le nom de domain ost.ie est disponible, mais à 117$ US annuel, ça coûte cher comme joke…» En effet.</p>
<p>Références</p>
<p>Bauer, Olivier, <em>l’Hostie, une passion québécoise</em>, Montréal, Liber, 2011, 81 p.</p>
<p>Bauer, Olivier, <em>Une théologie du Canadien de Montréal</em>, Montréal, Bayard Canada, coll. «Religions et société», 2011, 214 p. Ill.</p>
<p>Blais, François, <em>Vie d’Anne-Sophie Bonenfant</em>, Québec, L’instant même, 2009, 241 p.</p>
<p>Carrier, Roch, <em>la Guerre, yes sir !</em>, Montréal, Éditions du Jour, coll. «Les romanciers du Jour», R-28, 1970 (1968), 124 p.</p>
<p>Les Dales Hawerchuk, «Dale Hawerchuk», <em>les Dales Hawerchuk</em>, disque audionumérique, 2005, étiquette CPR2-2098 C4 Productions.</p>
<p>Dickner, Nicolas, <a href="http://www.editionsalto.com/catalogue/tarmac/"><em>Tarmac</em></a>, Québec, Alto, 2009, 271 p. Ill.</p>
<p>Dor, Georges, <em>Anna braillé ène shot (Elle a beaucoup pleuré). Essai sur le langage parlé des Québécois</em>, Montréal, Lanctôt éditeur, coll. «L’histoire au présent», 2, 1996, 191 p.</p>
<p>Hamilton, Graeme, «<a href="http://news.nationalpost.com/2011/09/09/can-quebecs-church-based-curse-words-survive-in-a-secular-age/">Can Quebec’s Church-based curse words survive in a secular age ?</a>», <em>The National Post</em>, 9 septembre 2011.</p>
<p>Vincent, Diane, avec la collaboration de Hélène Malo et Louise Grenier, <em>Pressions et impressions sur les sacres au Québec</em>, Montréal, Gouvernement du Québec, Office de la langue française, coll. «Langues et sociétés», 1982, 143 p.</p>
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		<title>De la crosse au Québec</title>
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		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 09:30:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[À il et à elle]]></category>
		<category><![CDATA[Accent & prononciation]]></category>
		<category><![CDATA[Chanson]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
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		<description><![CDATA[Crosse et ses dérivés sont populaires au Québec. Démonstration. Réglons tout de suite une chose : au hockey, on joue avec un bâton, pas avec une crosse, quoi qu’en pense le traducteur de la Dague de Cartier de John Farrow (2009, p. 28 et 114), pour ne prendre qu’un exemple. Restons un instant dans le monde [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Crosse</em> et ses dérivés sont populaires au Québec. Démonstration.</p>
<p>Réglons tout de suite une chose : au hockey, on joue avec un <em>bâton</em>, pas avec une <em>crosse</em>, quoi qu’en pense le traducteur de <a href="http://oreilletendue.com/2011/06/14/experience-notulienne/"><em>la Dague de Cartier</em></a> de John Farrow (2009, p. 28 et 114), pour ne prendre qu’un exemple.</p>
<p>Restons un instant dans le monde du sport : un des deux sports nationaux du Canada est <a href="http://www.pointstreaksites.com/view/cla-fr/propos/la-crosse-1/la-crosse-sport-national-d-t-du-canada">la crosse</a>. C’est une <a href="http://www.pch.gc.ca/pgm/sc/legsltn/n-16-fra.cfm ">loi du 12 mai 1994</a> qui le dit. Croyons-la.</p>
<p>Passons au sexuel. <em>Se crosser</em> désigne alors le geste de s’autosatisfaire. La forme réfléchie du verbe le dit clairement : cette activité s’exerce sur soi-même. La forme non réfléchie existe aussi : l’activité vise alors le plaisir de l’autre. Un exemple ? <a href="https://www.bookeenstore.com/fr/ebook/4d6e73ca86b5ec921a00097b/j%26#039irai-me-crosser-sur-vos-tombes"><em>J’irai me crosser sur vos tombes</em></a>, le roman d’Édouard H. Bond dont le titre rappelle celui de Boris Vian, <em>J’irai cracher sur vos tombes</em>.</p>
<p>Allons maintenant voir du côté de l’invective : dire de quelqu’un que c’est un <em>crosseur</em> signifie que cette personne est fourbe. Les exemples abondent.</p>
<blockquote><p>«Le président du Conseil de la souveraineté [Gérald Larose] traite Layton d’“imposteur”, les autres de “crosseurs professionnels”» (<em>le Devoir</em>, 28 avril 2011, p. A1).</p>
<p>«T’as assez d’misère à être pompiste, tu f’ras pas long feu comme crosseur» (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaz_Bar_Blues "><em>Gaz Bar Blues</em></a>, film de Louis Bélanger, 2003).</p>
<p>«Si [Dieu] a vraiment fait l’homme à son image, ça m’a l’air d’être un joyeux “crosseur”» (Jean-François Mercier, <em>l’Actualité</em>, 34, 12, 1er août 2009, p. 6).</p>
<p>«“Je ne veux surtout pas que tu penses que je suis un crosseur”» (Nadine Bismuth, <em>Scrapbook</em>, p. 141).</p></blockquote>
<p>S’agissant de <em>crosseur</em> en ce sens, que le mot soit un substantif ou un adjectif, le rapport à l’anglais est tout probable, où le verbe <em>to cross</em> désigne le fait se mettre sur le chemin de quelqu’un et où <em>double cross</em> signifie rouler, doubler ou trahir une personne. (<em>L’Oreille tendue</em> croit se souvenir que le dramaturge Jean-Claude Germain a naguère traduit <em>to double cross</em> par «double crosser», mais elle n’en mettrait sa main au feu.) Le verbe <em>crosser</em> est d’ailleurs attesté en ce sens. L’émission <em>Tout le monde en parle</em>, dans le cadre de sa spéciale du 31 décembre 2009, a monté une parodie, par le groupe Rock et belles oreilles, d’une chanson des Beatles (Les Bidules) : les fraudeurs (Vincent Lacroix, Earl Jones, Bernard Madoff, etc.), ces «<a href="http://oreilletendue.com/2009/12/31/le-temps-maudit-des-retrospectives/">criminels à cravate</a>», y «crossent l’univers».</p>
<p>La prononciation <em>crosseux</em> pour <em>crosseur</em> s’entend, mais elle est rare. Elle se lit aussi, mais pas plus souvent. On en trouve néanmoins une occurrence dans la revue littéraire <em>l’Inconvénient</em> (numéro 17, mai 2004, p. 125).</p>
<p>Le mot <em>crosseur</em> existait en français hexagonal, d’abord dans un sens sportif : «<em>crosseur</em> (XVIIe s., au sens de “personne qui joue à la crosse, qui chasse la balle avec une crosse”, enregistré par Acad. 1re; XIXe s., au sens de “querelleur”.)». Il a cependant été <a href="http://www.academie-francaise.fr/dictionnaire/supprimes.html ">supprimé du dictionnaire de l’Académie française</a>.</p>
<p>Le <em>crosseur</em> se livre évidemment à la <em>crosse</em> : «Il venait d’une tribu de voleurs pis de restants de crosse de la route Madoc qui défonçaient les chalets pis les garages à environ cent milles à la ronde» (p. 86), écrit par exemple Samuel Archibald dans une des «histoire» de son <a href="http://oreilletendue.com/2011/09/02/d%e2%80%99arvida/"><em>Arvida</em></a> (2011). C’est en pensant à ce sens du mot que <a href="http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2010/06/07/la-manchette-du-jour-et-peut-etre-meme-de-lannee/ ">Patrick Lagacé</a> relève la manchette suivante, en effet riche d’ambivalence : «<a href="http://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/general/fraude-a-l-association-canadienne-de-crosse/515425">Fraude à l’Association canadienne de crosse.</a>»</p>
<p>Beaucoup des dictionnaires de la langue parlée au Québec, les sérieux comme les autres, connaissent ce mot et ses dérivés. Léandre Bergeron (1980) aligne «crosse» (le sport), «crossage» («Masturbation» ou «Saloperie»), «crosser», «crosser (se)», «crossette» («Éjaculation provoquée par soi-même ou par un ou une autre», ce qui ouvre beaucoup de possibilités) et «crosseur» («Salaud») (p. 160-161). Ephrem Desjardins (2002) a «crosse», «crosser» (et notamment «crosser un client») et «crossette» (p. 72). Le <em>Dictionnaire québécois d’aujourd’hui</em> (1992, p. 279) de Jean-Claude Boulanger retient «crosser», «crossage» (notamment pour désigner une «perte de temps inutile»; exemple : «C’est du crossage de mouches», au pluriel), de même que «crosseur ou crosseux, euse» (exemple : «C’est un crosseur, mais pas un bandit»). Selon lui, le mot est toujours «vulgaire»; c’est assez peu contestable.</p>
<p>Le <em>Dictionnaire québécois français. Mieux se comprendre entre francophones</em> (1999) de Lionel Meney est le plus généreux des dictionnaires consultés par <em>l’Oreille tendue</em> en cette matière. Sous quatre entrées — «crosse», «crosser», «crossette» et «crosseur, crosseux» (p. 597-598) —, il multiplie les exemples et les sources. Il puise aussi bien dans la littérature (Jacques Renaud, Jean-Marie Poupart, Victor-Lévy Beaulieu, Réjean Ducharme, Yves Beauchemin, Gérald Godin, Francine Noël) et à la radio (Radio-Canada) que chez les chanteurs (Raymond Lévesque) et les humoristes (Claude Blanchard). Les synonymes pleuvent sous sa plume gaillarde.</p>
<p>En revanche, ni le <em>Dictionnaire historique du français québécois</em> (1998) publié sous la direction de Claude Poirier ni le <em>Multidictionnaire de la langue française</em> (2009) de Marie-Éva de Villers ne le définissent; c’est plus étonnant dans le premier cas que dans le second.</p>
<p>Résumons : <em>crosse</em> et ses dérivés font bel et bien partie du patrimoine linguistique québécois, qu’on les juge vulgaires — ce qui est le plus souvent le cas — ou pas. Il serait dès lors difficile de s’en passer, du moins dans certaines situations, qu’on choisira avec soin.</p>
<p>P.S.—Le mot pourrait paraître n’être que québécois. Si l’on en croit Pierre Foglia, il existe pourtant une telle chose que la «<a href="http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/pierre-foglia/201101/19/01-4361753-un-travail-comme-un-autre.php">crossette espagnole</a>» (<em>la Presse</em>, 20 janvier 2011).</p>
<p>Références</p>
<p>Archibald, Samuel, <em>Arvida. Histoires</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2011, 314 p. Ill.</p>
<p>Bergeron, Léandre, <em>Dictionnaire de la langue québécoise</em>, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.</p>
<p>Bismuth, Nadine, <em>Scrapbook</em>, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 176, 2006 (2004), 393 p.</p>
<p>Boulanger, Jean-Claude, <em>Dictionnaire québécois d’aujourd’hui. Langue française, histoire, géographie, culture générale</em>, Saint-Laurent, Dicorobert, 1992, xxxv/1269/343/lxi p. Cartes. Avant-propos de Gilles Vigneault.</p>
<p>Desjardins, Ephrem, <em>Petit lexique de mots québécois à l’usage des Français (et autres francophones d’Europe) en vacances au Québec</em>, Montréal, Éditions Vox Populi internationales, 2002, 155 p.</p>
<p>Farrow, John, <em>la Dague de Cartier</em>, Paris, Grasset, coll. «Grand format», 2009, 619 p. Pseudonyme de Trevor Ferguson. Traduction de Jean Rosenthal.</p>
<p>Meney, Lionel, <em>Dictionnaire québécois français. Mieux se comprendre entre francophones</em>, Montréal, Guérin, 1999, xxxiv/1884 p.</p>
<p>Poirier, Claude (édit.), <em>Dictionnaire historique du français québécois. Monographies lexicographiques de québécismes</em>, Sainte-Foy (Québec), Presses de l’Université Laval, 1998, lx/640 p. Ill.</p>
<p>Villers, Marie-Éva de, <em>Multidictionnaire de la langue française</em>, Montréal, Québec Amérique, 2009 (cinquième édition), xxvi/1707 p.</p>
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