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	<title>L’oreille tendue &#187; Dicos</title>
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	<description>« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).</description>
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		<title>Tabarnac ? Tabarnac !</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Sep 2010 09:37:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Accent & prononciation]]></category>
		<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Divergences transatlantiques]]></category>
		<category><![CDATA[Jurons]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>

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		<description><![CDATA[J’aime beaucoup sacrer, et sacrer beaucoup. Je me targue d’un répertoire étendu de jurons, dans lequel «Tabarnac» et ses variantes occupent la place d’honneur.
J’aime les dictionnaires, en papier et en numérique, de toutes les variétés de français.
J’aime Apple, ses ordinateurs, ses iPods, ses iPhones, son iPad.
Je ne pouvais donc qu’être attiré par Tabarnac !, le dictionnaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’aime beaucoup sacrer, et sacrer beaucoup. Je me targue d’un répertoire étendu de jurons, dans lequel «Tabarnac» et ses variantes occupent la place d’honneur.</p>
<p>J’aime les dictionnaires, en papier et en numérique, de toutes les variétés de français.</p>
<p>J’aime Apple, ses ordinateurs, ses iPods, ses iPhones, son iPad.</p>
<p>Je ne pouvais donc qu’être attiré par <em>Tabarnac !</em>, le dictionnaire numérique français du Québec / français hexagonal disponible sur l’App Store. (Selon la fenêtre où on se trouve, on voit aussi <em>Tabarnac</em>, sans point d’exclamation.)</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/09/tabarnac_02.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-1990" title="Le logiciel Tabarnac !" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/09/tabarnac_02.png" alt="" width="192" height="288" /></a></p>
<p>Déceptions.</p>
<p>Déception typographique. Chaque apostrophe est précédée d’une espace : «d’accord» devient «d ’accord».</p>
<p>Déception graphique. Certaines définitions débordent du cadre de l’écran de mon iPhone et sont illisibles.</p>
<p>Déception orthographique. Le pluriel demande le <em>s</em> dans «ses responsabilité». En revanche, ce <em>s</em> ne devrait pas apparaître dans «sois-même» ou dans «sacrer son camps». L’«air d’aller» est une «erre». Il est le plus souvent préférable de «prendre le mors aux dents», plutôt que «le mort».</p>
<p>Déception de la nomenclature, enfin et surtout. Elle compte environ 240 mots; ce n’est pas beaucoup. C’est encore moins quand on s’aperçoit qu’il y a quatre entrées au mot <em>gras</em>, mais pour une seule définition, et que les mots commençant par <em>c</em> et par <em>j</em> apparaissent à leur place dans l’ordre alphabétique, puis de nouveau après la lettre <em>z</em>. Il faut de l’imagination pour découvrir que l’entrée «Sulption» renvoie à l’expression «<a href="http://oreilletendue.com/2010/07/26/des-pitons/">sul ’piton</a>» et «Wague», à «waque» (cri). À «charge», on lit «combien tu prend» (sans <em>s</em>) à côté d’une fleur de lys, et «combien tu prend» (toujours sans <em>s</em>) à côté d’un drapeau de la France, alors que ce devrait être l’inverse. Il vaut mieux ne pas confondre «crouser» («faire la cour») et «creuser» une fille (parfois appelée «chicks», au pluriel, même s’il n’y en a qu’une, parfois «chique», ce qui est plus dur à avaler). «Mornifle» et «couper les cheveux en quatre», pour prendre deux exemples au hasard, sont au <em>Petit Robert</em>; pourquoi les mettre ici ? Le logiciel s’appelle <em>Tabarnac !</em>, mais la nomenclature préfère <em>Tabernac</em>. Enfin, j’avoue avoir ignoré jusqu’à ce jour qu’un «coupe crotte» était un string, que «câler l’orignal» supposait un vomissement et qu’avoir «ses embacles [sans accent circonflexe] de lady» signifiait «avoir ses règles».</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/09/tabarnac_01.png"><img class="aligncenter size-full wp-image-1989" title="La définition de crouser dans le logiciel Tabarnac !" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/09/tabarnac_01.png" alt="" width="192" height="288" /></a></p>
<p>Trois remarques pour conclure.</p>
<p>On peut voter pour chaque définition, entre «C’est l’fun !» et «C’est plate !». C’est une catégorie de trop.</p>
<p>L’équipe qui revoit les logiciels soumis au <a href="http://www.applicationiphone.com/2010/07/ostie-dciboire-de-sainte-viarge-les-sacres-quebecois-ne-passent-pas-la-porte-de-lappstore-cette-fois/">App Store</a> a retardé le lancement de <em>Tabarnac !</em> Pas assez.</p>
<p>C’est bien ce qui s’appelle «Butcher son travail» (que l’on doit prononcer «Botcher», ce que ne dit pas le logiciel), soit «Faire un travail avec négligence». <em>Tabarnac !</em> coûte 0,99 $. Ça ne les vaut pas.</p>
<p>P.S.—Ai assisté hier à la conférence d’Artiom Koulakov sur les jurons québécois qui précédait la pièce <a href="http://oreilletendue.com/2010/08/29/cuisine-quebeco-russe/"><em>Sauce brune</em></a> de Simon Boudreault à l’Espace libre et ai suivi les conseils placardés sur les murs : ai acheté «Le tabarnak de livre», le texte de la pièce. (Ce que j’ai pensé de tout ça ? Ce sera pour demain.)</p>
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		<title>Fil de presse 007</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2010/06/17/fil-de-presse-007/</link>
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		<pubDate>Thu, 17 Jun 2010 09:38:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Néologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Le numérique a besoin de mots.
Philip B. Corbett tient le blogue After Deadline du New York Times. Il y conseille les journalistes, et les lecteurs, sur les questions de langue («grammar, usage and style»). Il recommandait récemment d’utiliser tweet — le substantif et le verbe — avec circonspection. (On le lui a reproché.)
En janvier dernier, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le numérique a besoin de mots.</p>
<p>Philip B. Corbett tient le blogue <em>After Deadline</em> du <em>New York Times</em>. Il y conseille les journalistes, et les lecteurs, sur les questions de langue («<em>grammar, usage and style</em><em>»)</em>. Il recommandait récemment d’utiliser <a href="ttp://topics.blogs.nytimes.com/2010/06/15/the-tweet-debate/?scp=2&amp;sq=tweet&amp;st=cse"><em>tweet</em></a> — le substantif et le verbe — avec circonspection. (On le lui a reproché.)</p>
<p>En janvier dernier, le secrétaire d’État français chargé de la coopération et de la francophonie a lancé le concours «Francomot», rapporte <a href="http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/03/30/tout-un-ramdam-pour-abandonner-le-mot-buzz_1326510_3224.html"><em>le Monde</em></a> du 30 mars : «les étudiants et élèves étaient invités à envoyer par mail [!!!] des équivalents français à cinq termes anglophones : “chat”, “buzz”, “tuning”, “newsletter” et “talk”». Les gagnants ? (On vous reprochera leur utilisation.) Ramdam (buzz), bolidage (tuning), éblabla et tchatche (chat), infolettre (newsletter) et débat (talk).</p>
<p>Comme à chaque année, les dictionnaires annoncent l’entrée de mots dans leur nomenclature. (On ne saurait le leur reprocher.) <a href="http://www.editions-larousse.fr/Service_Presse/Communique/PDF/PL2011_DossierPresse.pdf"><em>Le Petit Larousse</em></a> accueille, entre autres nouveautés lexiconumériques, agrégateur, carnet d’adresses, Google, nerd, pop-up et Wikipédia. Dans <a href="http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/06/08/97001-20100608FILWWW00704-mamavirus-smoothie-dans-le-petit-robert.php"><em>le Petit Robert</em></a> ? Geek et réalité augmentée.</p>
<p>La langue bouge, comme de toute éternité elle a bougé.</p>
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		<title>Citation dictionnairique du jour</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2010/05/23/citation-dictionnairique-du-jour/</link>
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		<pubDate>Sun, 23 May 2010 09:17:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>

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		<description><![CDATA[«J’ai fait cent fois réflexion, en écrivant, qu’il est impossible, dans un long ouvrage, de donner toujours les mêmes sens aux mêmes mots. Il n’y a point de langue assez riche pour fournir autant de termes, de tours et de phrases que nos idées peuvent avoir de modifications. La méthode de définir tous les termes, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>«J’ai fait cent fois réflexion, en écrivant, qu’il est impossible, dans un long ouvrage, de donner toujours les mêmes sens aux mêmes mots. Il n’y a point de langue assez riche pour fournir autant de termes, de tours et de phrases que nos idées peuvent avoir de modifications. La méthode de définir tous les termes, et de substituer sans cesse la définition à la place du défini, est belle, mais impraticable; car comment éviter le cercle ? Les définitions pourraient être bonnes si l’on n’employait pas des mots pour les faire. Malgré cela, je suis persuadé qu’on peut être clair, même dans la pauvreté de notre langue, non pas en donnant toujours les mêmes acceptions aux mêmes mots, mais en faisant en sorte, autant de fois qu’on emploie chaque mot, que l’acception qu’on lui donne soit suffisamment déterminée par les idées qui s’y rapportent, et que chaque période où ce mot se trouve lui serve, pour ainsi dire, de définition.»</p>
<p>Jean-Jacques Rousseau, <em>Émile ou de l’éducation</em>, Paris, GF Flammarion, coll. «GF», 117, 2001 (1966), 629 p., livre second, p. 133, note. Chronologie et introduction par Michel Launay.</p>
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		<title>Fil de presse 005</title>
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		<pubDate>Thu, 20 May 2010 09:32:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Publicité]]></category>

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		<description><![CDATA[Où l’on constate, une fois de plus, que l’analyse de texte est un art : quand Pierre Jourde, sur BibliObs, lit, avec brio, le dernier roman de Philippe Djian, Incidences. (À la fin, il n’en reste plus rien.)
Où l’on découvre que certaines sonorités ont actuellement la cote en anglais (numérique) : quand la lexicographe Erin McKean, la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Où l’on constate, une fois de plus, que l’analyse de texte est un art : quand Pierre Jourde, sur <a href="http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/pierre-jourde/20100420/19031/djian-baby-c-est-du-lourd-absolument#"><em>BibliObs</em></a>, lit, avec brio, le dernier roman de Philippe Djian, <em>Incidences</em>. (À la fin, il n’en reste plus rien.)</p>
<p>Où l’on découvre que certaines sonorités ont actuellement la cote en anglais (numérique) : quand la lexicographe Erin McKean, la fondatrice de <a href="http://oreilletendue.com/2010/01/02/de-la-lexicographie/">Wordnik</a>, s’attaque aux mots en <em>–ext</em>, par exemple <a href="http://www.boston.com/bostonglobe/ideas/articles/2010/04/18/the_joy_of_ext/"><em>Quebexting</em></a><em>.</em></p>
<p>Où l’on déplore la faiblesse grammaticale de certaines publicités : quand Éric Dupin, sur le blogue <a href="http://www.presse-citron.net/audi-la-marque-allemande-qui-parle-francais-comme-une-vache-espagnole">PresseCitron</a>, corrige la copie de Audi.</p>
<p>Où l’on s’incline devant la passion des utilisateurs de dictionnaires : quand on apprend qu’un physicien australien conteste la définition du mot <em>siphon</em> dans le <em>Oxford English Dictionary</em>, définition restée inchangée, et jugée fautive par <a href="http://www.brisbanetimes.com.au/entertainment/books/dictionary-mistake-goes-unnoticed-for-99-years-20100510-uoh2.html">Stephen Hughes</a>, depuis… 1911.</p>
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		<title>Nul(s)</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Apr 2010 09:32:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Accent & prononciation]]></category>
		<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Ma cabane au Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[Il nous arrive tous, un jour ou l’autre, pour ceci ou pour cela, d’être nul. Nous avons alors besoin d’aide. D’où une série de livres réputés nous dépanner.
L’oreille tendue, quand elle a voulu se refaire une beauté, a ainsi eu recours, avec profit, à WordPress pour les nuls, de Lisa Sabin-Wilson.
Pour qui se croirait nul [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il nous arrive tous, un jour ou l’autre, pour ceci ou pour cela, d’être nul. Nous avons alors besoin d’aide. D’où une série de livres réputés nous dépanner.</p>
<p><em>L’oreille tendue</em>, quand elle a voulu se refaire une beauté, a ainsi eu recours, avec profit, à <em>WordPress pour les nuls</em>, de Lisa Sabin-Wilson.</p>
<p>Pour qui se croirait nul en matière de langue française parlée au Québec, il existe désormais un «guide de conversation» qui permet de partir «à la découverte d’une langue attachante», <em>le Parler québécois pour les nuls</em> (2009). Les auteures, Marie-Pierre Gazaille et Marie-Lou Guévin, «sont québécoises et travaillent dans le domaine de la communication et de la rédaction» (4e de couverture). <em>L’Oreille tendue</em> leur a rendu visite.</p>
<p>On fait de véritables découvertes chez elles. Le mot <em>babines</em> (lèvres) «est apparu dans le parler québécois au XVe siècle» (p. 128). Ce n’est pourtant pas le mot le plus ancien : <em>bajoues</em> («Les belles joues rondes d’un enfant»), lui, date, «dans le langage québécois», du XIVe siècle (p. 130). Les médiévistes québécois se réjouiront d’avoir un nouvel objet d’étude.</p>
<p>Les auteures, non contentes de dater les mots et d’indiquer leur sens, n’hésitent pas à en proposer l’étymologie. Selon <em>le Petit Robert</em> (édition électronique de 2007), l’histoire d’<em>itou</em> serait la suivante : «début XVIIe; altération dialectale de l’ancien français <em>et atot</em>, <em>et otot</em>, <em>atot</em>, encore XVIe <em>à tout</em>, <em>atout</em> “avec”». Que nenni, rétorquent les auteures du <em>Parler québécois pour les nuls</em> : «Dérivé de l’anglais me too, qui signifie “moi aussi”» (p. 68). Il est vrai que cette seconde hypothèse est plus simple que la première, inutilement historique.</p>
<p>Datation, définition, étymologie; ajoutons à cela un peu de phonétique empirique. <em>Bomme peur</em> (<em>bumper</em>, pare-chocs), <em>mofleur</em> (<em>muffler</em>, silencieux) et <em>taï-eur de spère</em> (<em>tire de spare</em>, roue de secours) sont jolis (p. 170-171). On se demande cependant, pour s’en tenir aux mots venus de l’anglais, pourquoi on n’a pas jugé utile de donner la prononciation supposée de <em>sizer quelqu’un</em> (juger, jauger, p. 79), de <em>butcher</em> (effectuer un travail de manière négligente, p. 185) ou de <em>muffer</em> (échouer, ne pas réussir, p. 190). Il est bien vrai que «la façon d’exprimer ses émotions au Québec» est souvent «tintée» d’anglicismes (p. 44).</p>
<p>Dans le même ordre d’idées, le lecteur pinailleur pourra se demander pourquoi il faut dire <em>ça ne vaut pas cinq cents</em> (ça ne vaut rien, p. 146), mais <em>être proche de ses cennes</em> (être avare, p. 147) et <em>ne pas avoir une cenne</em> (être pauvre, p. 149). Mystère.</p>
<p>Chacun le sait : la langue est chose subtile. Tout passe parfois par une seule lettre. <em>Barguigner</em> a une lettre de trop dans la francophonie; au Québec, <em>barguiner</em> est plus vif (p. 143) — et mérite son entrée au dictionnaire. Pour qui risquerait de se tromper, on précise que dans la Belle Province on dit <em>faire du ch’val</em> et non <em>faire du cheval</em> (monter à cheval, p. 209); cela évitera bien des confusions. Le lecteur choisira entre <a href="http://oreilletendue.com/2010/03/29/chnoutte-vous-avez-dit-schnoutte/"><em>schnoutte</em></a> (p. 80) et <em>chnoutte</em> (p. 146); le livre ne tranche pas.</p>
<p>Certaine distinction est plus subtile encore. Si, en 2001, dans <em>le Village québécois d’aujourd’hui</em> (p. 123), et, en 2004, dans le <em>Dictionnaire québécois instantané</em> (p. 204), le <em>side-line</em> était défini comme un «Revenu périprofessionnel», sans trait d’union, il est devenu, en 2009, dans l’ouvrage de Gazaille et Guévin, un «Revenu péri-professionnel» (p. 191), avec trait d’union.</p>
<p><em>Le Parler québécois pour les nuls</em> est plein de choses inattendues sur le plan linguistique; ce n’est pas moins vrai sociologiquement. Le projet des auteures est en effet pédagogique : «Grâce à de nombreux encadrés, vous vous familiariserez avec la culture locale» (4e de couverture), son climat, ses routes, ses sports, sa cuisine (poutine et pâté chinois), le nombre de ses bises (deux). Le classement des mots et expressions est «thématique» (à défaut de meilleur terme). Deux exemples instructifs suffiront.</p>
<p>On ne prescrit pas la prononciation de <em>mouver</em>, mais on donne le sens du mot (déménager), en plus de fournir un exemple : «Le mois prochain Louise va mouver avec son chum dans un joli 41/2 de la rue Richard» (p. 162). Il existe donc au Québec des espaces d’habitation appelés «41/2».</p>
<p>Que font les Québécois pendant <em>le temps des sucres</em>, au printemps ? «Comme Pâques est à ce même moment de l’année, [ils] célèbrent souvent cette fête religieuse à la cabane à sucre» (p. 205). Voilà pourquoi Montréal était une ville déserte il y a dix jours. Tout s’explique.</p>
<p>On ne se lasse pas de citer pareil ouvrage. Malheureusement, il faut s’y résigner.</p>
<p>P.S.—Encore un coup, allez ! On élargira son savoir en étudiant l’étymologie de <em>zigonner</em> (perdre son temps, p. 73), de <em>bobettes</em> (sous-vêtement, p. 131) et de <em>gougounes</em> (sandales légères de plage, p. 136), en contrastant le chien qui <em>jappe</em> et celui qui <em>aboie</em> (p. 210), en découvrant le <em>court-circuit</em> à la <em>balle molle</em> (p. 202) ou en s’interrogeant sur les expressions <em>goaler un projet</em> (effectuer un travail de manière efficace, p. 187) ou <em>faire de la boulechitte</em> (produire un travail de piètre qualité, p. 196).</p>
<p>Références</p>
<p>Gazaille, Marie-Pierre et Marie-Lou Guévin, <a href="http://www.pourlesnuls.fr/catalogue/1616-langues/1617-langue-francaise/le-parler-quebecois-guide-de-conversation-pour-les-nuls-EAN9782754014762.html"><em>le Parler québécois pour les nuls</em></a>, Paris, Éditions First, 2009, xiv/221 p. Préface de Yannick Resch.</p>
<p>Melançon, Benoît et Pierre Popovic, <em>le Village québécois d’aujourd’hui. Glossaire</em>, Montréal, Fides, 2001, 147 p.</p>
<p>Melançon, Benoît, avec la collaboration de Pierre Popovic, <a href="  http://fides.qc.ca/dictionnaire_quebecois/"><em>Dictionnaire québécois instantané</em></a>, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.</p>
<p>Sabin-Wilson, Lisa, <a href="http://www.pourlesnuls.fr/catalogue/1622-informatique/1626-internet/wordpress-pour-les-nuls-EAN9782754014809.html"><em>WordPress pour les nuls</em></a>, Paris, Éditions First, 2009, xxi/477 p. Traduction de Stéphane Bontemps et Denis Duplan.</p>
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		<title>Fil de presse 003</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Feb 2010 10:42:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’être humain rêve. Il lui arrive même de faire des rêves linguistiques, d’où la dreamlinguistics. Celle-ci n’est pas réservée aux seul linguistes.
L’être humain fait confiance aux dictionnaires. Leurs auteurs souhaitent le servir le mieux possible. Pour cela, quoi de mieux qu’un dictionnaire qui contiendrait tous les mots du monde ? C’est le projet de Wordnik.
L’être humain [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’être humain rêve. Il lui arrive même de faire des rêves linguistiques, d’où la <a href="http://david-crystal.blogspot.com/2010/01/on-linguistic-dreams.html"><em>dreamlinguistics</em></a>. Celle-ci n’est pas réservée aux seul linguistes.</p>
<p>L’être humain fait confiance aux dictionnaires. Leurs auteurs souhaitent le servir le mieux possible. Pour cela, quoi de mieux qu’un dictionnaire qui contiendrait tous les mots du monde ? C’est le projet de <a href="http://blog.wordnik.com/a-random-walk-through-wordnik">Wordnik</a>.</p>
<p>L’être humain fait des fautes de langue. <a href="http://mauvaizelangue.blogspot.com/2010/01/une-page-dhistoire.html">Les Sumériens</a> auraient été les premiers.</p>
<p>L’être humain vieillit. (Cela aurait commencé avant les Sumériens.) Mais savait-il que sa vie professionnelle est à la merci d’un curseur ? C’est Xavier Darcos, le ministre du Travail de la France, qui le dit : «Il “faudra sans aucun doute toucher au curseur” de l’âge légal de la retraite», aurait-il déclaré selon l’<a href="http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gNN1YzYiEwkbnuRF47VG6A-CINYA">Agence France-Presse</a>. Il va plus loin : «le niveau d’emploi des salariés de plus de 50 ans en France est “bien moins bon que les pays comparables” du fait que les gens commencent à partir en retraite “quand approche le curseur des 60 ans”».</p>
<p>L’être humain tire parfois plaisir, voire profit, du malheur des autres. La <a href="http://www.cyberpresse.ca/international/201002/02/01-945385-les-lettres-damour-de-mesrine-ne-trouvent-pas-preneur.php">mise en vente avortée des lettres de Jacques Mesrine</a> rappelle qu’il existe un commerce des <em>murderabilia</em>, ces souvenirs de meurtriers.</p>
<p>L’être humain est bien peu de chose.</p>
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		<title>De la lexicographie</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2010/01/02/de-la-lexicographie/</link>
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		<pubDate>Sat, 02 Jan 2010 15:16:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>
		<category><![CDATA[Néologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Qu’est-ce que la lexicographie ? Deux réponses à cette question.
Celle de Marie-Éva de Villers dans Profession lexicographe, le petit livre qu’elle m’a fait le plaisir de signer dans «Profession», la collection que je dirige aux Presses de l’Université de Montréal.

Sa définition est la suivante :
La lexicographie est la branche de la linguistique appliquée qui a pour objet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Qu’est-ce que la lexicographie ? Deux réponses à cette question.</p>
<p>Celle de <a href="http://oreilletendue.com/2009/06/30/ne-quittez-pas-bis/">Marie-Éva de Villers</a> dans <a href="http://www.pum.umontreal.ca/ca/fiches/2-7606-2004-2.html"><em>Profession lexicographe</em></a>, le petit livre qu’elle m’a fait le plaisir de signer dans «<a href="http://www.pum.umontreal.ca/ca/coll.htm#profession">Profession</a>», la collection que je dirige aux <a href="http://www.pum.umontreal.ca/">Presses de l’Université de Montréal</a>.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-full wp-image-845 aligncenter" title="Profession lexicographe (2006)" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/01/de_villers_2006.jpg" alt="Profession lexicographe (2006)" width="127" height="240" /></p>
<p>Sa définition est la suivante :</p>
<blockquote><p>La lexicographie est la branche de la linguistique appliquée qui a pour objet d’observer, de recueillir, de choisir et de décrire les unités lexicales d’une langue et les interactions qui s’exercent entre elles. L’objet de son étude est donc le lexique, c’est-à-dire l’ensemble des mots, des locutions en ce qui a trait à leurs formes, à leurs significations et à la façon dont ils se combinent entre eux (p. 11).</p></blockquote>
<p>Une deuxième réponse : celle d’Erin McKean, dans le cadre des conférences TED, sous la forme d’une vidéo de quinze minutes tournée en mars 2007 à Monterey en Californie.</p>
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="446" height="326" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="wmode" value="transparent" /><param name="bgColor" value="#ffffff" /><param name="flashvars" value="vu=http://video.ted.com/talks/dynamic/ErinMcKean_2007-medium.flv&amp;su=http://images.ted.com/images/ted/tedindex/embed-posters/ErinMcKean-2007.embed_thumbnail.jpg&amp;vw=432&amp;vh=240&amp;ap=0&amp;ti=161&amp;introDuration=16500&amp;adDuration=4000&amp;postAdDuration=2000&amp;adKeys=talk=erin_mckean_redefines_the_dictionary;year=2007;theme=the_creative_spark;theme=how_we_learn;theme=words_about_words;event=TED2007;&amp;preAdTag=tconf.ted/embed;tile=1;sz=512x288;" /><param name="src" value="http://video.ted.com/assets/player/swf/EmbedPlayer.swf" /><param name="bgcolor" value="#ffffff" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="446" height="326" src="http://video.ted.com/assets/player/swf/EmbedPlayer.swf" flashvars="vu=http://video.ted.com/talks/dynamic/ErinMcKean_2007-medium.flv&amp;su=http://images.ted.com/images/ted/tedindex/embed-posters/ErinMcKean-2007.embed_thumbnail.jpg&amp;vw=432&amp;vh=240&amp;ap=0&amp;ti=161&amp;introDuration=16500&amp;adDuration=4000&amp;postAdDuration=2000&amp;adKeys=talk=erin_mckean_redefines_the_dictionary;year=2007;theme=the_creative_spark;theme=how_we_learn;theme=words_about_words;event=TED2007;&amp;preAdTag=tconf.ted/embed;tile=1;sz=512x288;" bgcolor="#ffffff" wmode="transparent" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
<p>Non seulement McKean présente le travail du lexicographe, mais elle s’intéresse aussi à l’évolution du dictionnaire.</p>
<p>Sur le plan lexicographique, elle est ouvertement descriptiviste : tous les mots sont égaux, et tous leurs sens doivent être décrits scientifiquement.</p>
<p>Sur le plan dictionnairique, elle est résolument tournée vers l’avenir, et cet avenir est numérique : «Paper is the enemy of words», affirme-t-elle, le papier ici évoqué étant celui des dictionnaires traditionnels. Pour rompre avec cette forme caduque, il faut se mettre à plusieurs, ramasser les mots — tous les mots —, retenir leur contexte. En un mot : «Make the dictionary the whole language.» Beau projet.</p>
<p>On peut suivre Erin McKean sur Twitter (#<a href="https://twitter.com/emckean">emckean</a>), lire son blogue, <a href="http://www.dictionaryevangelist.com/"><em>Dictionary Evangelist</em></a>, ou consulter son dictionnaire à collaborateurs multiples, <a href="http://www.wordnik.com/"><em>Wordnik</em></a>, «the most comprehensive dictionary in the known universe» («le dictionnaire le plus exhaustif de l’univers connu»).</p>
<p>P.S.—TED ? Il s’agit d’un organisme à but non lucratif créé en 1984 afin de faire dialoguer la technologie, le spectacle et le design : Technology, Entertainment, Design. Ses vidéos (gratuites) sont passionnantes. Ma préférée est <a href="http://www.ted.com/index.php/talks/arthur_ganson_makes_moving_sculpture.html">ici</a>.</p>
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		<title>Traquer le cliché</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2009/09/22/traquer-le-cliche/</link>
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		<pubDate>Tue, 22 Sep 2009 09:56:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[La sortie du plus récent livre de Dan Brown, The Lost Symbol, fait beaucoup de bruit.
Le compte rendu du New Yorker (numéro du 28 septembre) est dévastateur, et spitant. Adam Gopnik y écrit notamment ceci : «The clichés line up outside the dust jacket and are whisked in pairs to a table down front […].»
Mais comment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La sortie du plus récent livre de Dan Brown, <em>The Lost Symbol</em>, fait beaucoup de bruit.</p>
<p>Le compte rendu du <em>New Yorker</em> (<a href="http://www.newyorker.com/talk/comment/2009/09/28/090928taco_talk_gopnik">numéro du 28 septembre</a>) est dévastateur, et spitant. Adam Gopnik y écrit notamment ceci : «The clichés line up outside the dust jacket and are whisked in pairs to a table down front […].»</p>
<p>Mais comment reconnaître un cliché ? En consultant le <em>Dictionnaire des clichés littéraires</em>. Hervé Laroche y fait œuvre utile, et spitante, de «abandonner (s’)» à «zébrure». Tout ce qui concerne la poitrine féminine, par exemple, témoigne d’une attention fort soutenue : «Le front, les cuisses, les seins sont spécialement sujet au <em>galbe</em>. […] Pour les seins : éviter <em>le galbe des globes</em>» (p. 87). Les conseils sont en effet nombreux : <em>parer</em> — «Éviter : <em>Elle parut, parée d’un paréo</em>» (p. 129); <em>pâtir</em> — «À éviter si le héros est un pâtissier» (p. 130).</p>
<p>Après s’être amusé dans la nomenclature et avoir ri de la «logique littéraire» (p. 69), on admirera la concaténation des stéréotypes langagiers dans la «Mise en bouche» et on s’instruira à la lecture de l’excellente «Postface» : «Il faut une attention particulière pour repérer les clichés, et aussi une certaine énergie pour les éliminer» (p. 182). Oui.</p>
<p>Le mot de la fin ? <em>Guise</em> : «<em>en guise</em> de langue, du préfabriqué; <em>en guise</em> de poésie, des clichés» (p. 90).</p>
<p>Référence</p>
<p>Laroche, Hervé, <em>Dictionnaire des clichés littéraires</em>, Paris, Arléa, coll. «Arléa-poche», 80, 2003 (2001), 188 p.</p>
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		<title>Néologie(s)</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2009/07/27/neologies/</link>
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		<pubDate>Mon, 27 Jul 2009 13:25:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Néologie]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le Devoir des 25-26 juillet, entrevue de la comédienne française Christine Murillo par Fabien Deglise («Des mots pour alléger les tracas», p. A1 et A8). Avec Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann, Murillo est une des auteurs du Baleinié, ce dictionnaire en trois volumes (à ce jour) qui s’est donné pour mission d’inventer de nouveaux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans <em>le Devoir</em> des 25-26 juillet, entrevue de la comédienne française Christine Murillo par Fabien Deglise (<a href="http://www.ledevoir.com/2009/07/25/260420.html">«Des mots pour alléger les tracas»</a>, p. A1 et A8). Avec Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann, Murillo est une des auteurs du<em> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Baleini%C3%A9">Baleinié</a></em>, ce dictionnaire en trois volumes (à ce jour) qui s’est donné pour mission d’inventer de nouveaux mots pour exprimer les tracas du quotidien.</p>
<p>Les exemples ne manquent pas : <em>boulbos</em> («camion qui vous masque systématiquement le panneau sur l’autoroute»), <em>biclac</em> («coup de vieux pris par quelqu’un qui ne vous reconnaît pas non plus»), <em>chacard</em> («pied de table contre lequel vous vous heurtez violemment le petit orteil»), <em>ruiquer</em> («se couper les ongles de la bonne main avec la mauvaise»), <em>loustaner</em> («cacheter l’enveloppe avant d’inscrire l’adresse qui est sur la lettre à l’intérieur»), <em>belgoyer</em> («se pencher pour ramasser ses clefs et faire tomber stylo, lunettes, monnaie et téléphone potable»), <em>canaper</em> («arriver à l’heure mais arriver en sueur»), <em>faplaotir</em> («éternuer en doublant un camion»), <em>jouelle</em> («personne qui chante en même temps que le disque»), <em>cachtarque</em> («viande nerveuse sur assiette en carton»), <em>bibouplelouler</em> («mettre un jeton dans une auto-tamponneuse et s’apercevoir qu’on est seul sur la piste»), <em>davernude</em> («personne qui vous embrasse comme du bon pain et dont vous êtes incapable de vous souvenir du nom»), <em>néké</em> («guêpe qui vous suit partout où vous allez»), <em>xu</em> («objet bien rangé, mais où ?»), <em>oxu</em> («l’objet qu’on vient de retrouver et qu’on reperd aussitôt»), <em>agroude</em> («léger recul de votre animal domestique qui vous fait douter de votre haleine»), <em>balostre</em> («itinéraire qui se perd dans un pli de la carte Michelin»), <em>plute</em> («étiquette du prix oubliée sur un cadeau»).</p>
<p>La nécessité de plusieurs de ces mots est indubitable.</p>
<p>Devise des créateurs ? «Souffrir avec précision, c’est mieux savoir vivre mal.»</p>
<p>Le réseau anglais de la Société Radio-Canada s’était attelé à une tâche semblable, avec l’aide de ses auditeurs, il y a une dizaine d’années. Cela a donné deux livres, <em>Wanted Words</em> et <em>Wanted Words. 2</em>.</p>
<p>Comment désigner l’éternuement qui menace puis se retire ? C’est un <em>presqu’achoo</em>. Le fait de bailler est contagieux ? Il faudrait parler de <em>yawncore</em>. Vous avez perdu toutes les données de votre ordinateur ? Voilà une <em>datastrophe</em>. Si vous devenez anxieux quand vous entendez de la musique de Noël dès le début du mois de novembre, c’est que vous souffrez d’un mal particulier : <em>Le Peur Noël</em>.</p>
<p>Les deux projets ne sont pas identiques. <em>Le Baleinié</em> a une visée plus restreinte que <em>Wanted Words</em>, dans la mesure où ses auteurs ne cherchent qu’à couvrir un aspect du vocabulaire (le tracas). Il a trois auteurs, alors que des dizaines de personnes ont répondu aux invitations radiophoniques de Jane Farrow, l’éditrice des deux recueils. Surtout, pour le dire en termes techniques, les choix de Farrow sont explicitement <em>motivés</em>, ce que ne sont pas les néologismes de Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann. <em>Undercarment</em> («vêtement coincé dans la partie inférieure d’une portière d’automobile»), pour ne prendre que cet exemple, unit les trois éléments que le nouveau mot doit désigner : <em>sous</em> (<em>under</em>), <em>voiture</em> (<em>car</em>), <em>vêtement</em> (<em>garment</em>). On ne peut certes pas dire la même chose de <em>wewedem</em> («lutte discrète entre vous et votre voisin pour la possession de l’accoudoir»).</p>
<p>Peu importe ces différences. La langue bouge. C’est tant mieux.</p>
<p>Références</p>
<p>Murillo, Christine, Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann, <em>le Baleinié : dictionnaire des tracas</em>, Paris, <a href="http://www.editionsduseuil.fr/">Seuil</a>, 2003, 169 p. Ill. Dessins de Daniel Pudles.</p>
<p>Murillo, Christine, Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann, <em>le Baleinié : dictionnaire des tracas. 2</em>, Paris, <a href="http://www.editionsduseuil.fr/">Seuil</a>, 2005, 185 p. Ill. Dessins de Daniel Pudles.</p>
<p>Murillo, Christine, Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann, <em>le Baleinié : dictionnaire des tracas. 3</em>, Paris, <a href="http://www.editionsduseuil.fr/">Seuil</a>, 2007, 185 p. Ill. Dessins de Daniel Pudles.</p>
<p>Farrow, Jane (édit.), <em>Wanted Words. From Amalgamots to Undercarments — Language Gaps Found and Fixed</em>,<em> </em>Toronto, Stoddart, 2000, viii/131 p. Ill. Avant-propos de John Ayto. Introduction de Michael Enright.</p>
<p>Farrow, Jane (édit.), <em>Wanted Words. 2. From Armajello to Yawncore. More Language Gaps Found and Fixed</em>, Toronto, Stoddart, 2001, ix/132 p. Ill. Avant-propos de Shelagh Rogers. Illustrations de Five Seventeen.</p>
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		<title>Ne quittez pas bis</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2009/06/30/ne-quittez-pas-bis/</link>
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		<pubDate>Tue, 30 Jun 2009 09:38:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Quitter]]></category>

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		<description><![CDATA[Je pleurais il y a quelques jours mon combat perdu contre l’emploi absolu du verbe quitter. Je me réjouis de me (re)trouver des alliés.
Dans la Mèche courte. Le français, la culture et la littérature, Gilles Pellerin était clair : «Je ne cacherai pas que mon plaidoyer en faveur de la distinction entre le verbe quitter [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je pleurais <a href="http://oreilletendue.com/2009/06/18/ne-quittez-pas/">il y a quelques jours</a> mon combat perdu contre l’emploi absolu du verbe quitter. Je me réjouis de me (re)trouver des alliés.</p>
<p>Dans <a href="http://www.instantmeme.com/ebi-addins/im/ViewBooks.aspx?id=2572"><em>la Mèche courte. Le français, la culture et la littérature</em></a>, Gilles Pellerin était clair : «Je ne cacherai pas que mon plaidoyer en faveur de la distinction entre le verbe <em>quitter</em> […] et l’intransitif <em>partir</em> […] ne recueille que très peu d’adhésion» (Québec, L’instant même, 2001, 139 p., p. 57-58 n. 41). Mais plaidoyer il y avait.</p>
<p>Marie-Éva de Villers en a un aussi, mais plus neutre, dictionnaire oblige, dans la cinquième, et toute fraîche, édition de son <a href="http://www.quebec-amerique.com/00_TITRE/HTML_1000D/1098.html"><em>Multidictionnaire de la langue française</em></a> : «Au sens de “s’en aller, partir”, la construction intransitive (<em>il a quitté</em>) est vieillie» (Montréal, Québec Amérique, 2009, xxvi/1707 p., p. 1351).</p>
<p>Il est bon de se sentir moins seul.</p>
<div id="attachment_73" class="wp-caption alignleft" style="width: 457px"><img class="size-full wp-image-73" title="Multidictionnaire de la langue française, cinquième édition, 2009" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2009/06/mev.jpg" alt="Multidictionnaire de la langue française, cinquième édition, 2009" width="447" height="394" /><p class="wp-caption-text">Multidictionnaire de la langue française, cinquième édition, 2009</p></div>
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