Insulte(s)

Un directeur de théâtre montréalais, associé au festival Juste pour rire, se montre grossier envers des internautes qui se sont plaints du fait qu’un de ses courriels publicitaires était écrit uniquement en anglais. Ce cas de «dérapage linguistique» a soulevé des vagues ces jours derniers; le Devoir résumait l’affaire vendredi dernier.

Hier, les Jeunes Patriotes du Québec appelaient à une manifestation pour dénoncer le signataire du courriel, sous le titre «Go Fuck Yourself». Extrait de leur invitation : «La situation du français à Montréal est précaire. La situation devient intenable et la population ne doit plus se taire. Nous devons exprimer haut et fort notre mécontentement sur toutes les tribunes et à chaque occasion qui se présente. […] Eric Amber, propriétaire du théâtre Sainte-Catherine a été trop loin. Celui-ci a insulter de manière très cavalière une troupe de théâtre demandant de la documentation en français […].»

«Insulter» au lieu d’«insulté» ? La faute est gênante. Est-ce pour cela qu’il n’y a eu qu’une trentaine de participants à la manifestation, selon le compte rendu du Devoir de ce matin ? Cela serait compréhensible.

Une fête nationale d’ici

En ce jour de la Fête nationale du Québec, deux mots.

Un néologisme

Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois, croit qu’il y a, chez les nationalistes francophones, des intolérants. (Profonde découverte.) Comment les appeler ? Sur le modèle des rednecks, il propose cous bleus. (Pourquoi bleus, demanderont les non-autochtones ? Parce que le bleu est, avec le blanc, la couleur officielle du gouvernement du Québec.) On permettra à l’Oreille tendue un pronostic : dans quelques mois, on ne souviendra guère de l’expression, car bien trop artificiellement construite et bien trop proche de col bleu.

Le d’ici

En 2004, au moment de faire paraître le Dictionnaire québécois instantané, l’Oreille était frappée par le succès du d’ici. Cinq ans plus tard, il ne se dément pas.

Exemples — de la publicité, des journaux.

Le premier est (quasi) pléonastique : «Le Québec de demain : portraits de la relève d’ici» (la Presse, 18 juin, p. A22, publicité). Autrement dit : ici, la relève vient d’ici.

Le même jour, dans le même journal, une lettre ouverte dénonce la position de ceux qui croient inacceptable, pour ne pas dire pire, la présence d’artistes chantant en anglais à un spectacle tenu dans le cadre des festivités de la Fête nationale : «De précieux alliés. Toutes langues confondues, les artistes d’ici font partie intégrante de la culture québécoise et de notre identité nationale» (18 juin, p. A25). D’ici a le désavantage (l’avantage ?) de brouiller les critères d’identité («langues confondues», «d’ici», «culture québécoise», «identité nationale» : ça tient comment, tout ça ?). Il a l’avantage (le désavantage ?) de permettre de parler des anglophones sans les nommer. (L’article est moins pudique.)

Une publicité de l’Université McGill, en 2007, faisait preuve de la même discrétion : «Une université d’ici, d’envergure mondiale !»

La palme revient cependant à un article de la Presse du 20 juin (p. A24) : «Des gens d’avant-goût. Portrait de producteurs d’ici» (en surtitre); «Les microbrasseries pensent québécois. Des ingrédients d’ici pour la bière d’ici» (en titre). On a compris, merci.

 

[Complément du 30 mai 2012]

Il y aurait dorénavant des cous rouges au Québec. Du moins, ils ont leur site.

 

[Complément du 20 décembre 2012]

Vue hier, dans le métro de Montréal, cette publicité :

Une campagne publicitaire dans le métro de Montréal

Deux questions. La prostate d’ici est-elle différente de celle de là ? Est-il bien recommandé de se représenter une prostate soutenue ?

 

[Complément du 12 août 2015]

Quels auteurs encourager aujourd’hui ?

Le livre d’ici

Cela va pourtant de soi : «Pleins feux sur les créateurs d’ici» (le Devoir, 7 février 2012, p. A1); «Les créateurs d’ici en vedette» (le Devoir, 6 février 2012, p. B8).

(Merci à @NieDesrochers pour la photo.)

 

[Complément du 16 février 2016]

Même le pétrole pourrait être local. Le d’ici lui conférerait-il une plus grande acceptabilité sociale ?

«Le pétrole d’ici»

 

[Complément du 18 septembre 2017]

Sur Twitter, @machinaecrire démontrait récemment que le succès du d’ici ne se dément pas.

 

Référence

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.

Dictionnaire québécois instantané, 2004, couverture