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	<title>L’oreille tendue &#187; Histoire de la langue</title>
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	<description>« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).</description>
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		<title>Continuons le combat</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Nov 2011 10:38:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[À il et à elle]]></category>
		<category><![CDATA[Accent & prononciation]]></category>
		<category><![CDATA[Épistolarité]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>

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		<description><![CDATA[En 1988, Marina Yaguello faisait paraître son Catalogue des idées reçues sur la langue. Vingt-trois ans plus tard, voici Parlez-vous français ? Idées reçues sur la langue française de Chantal Rittaud-Hutinet. De ces idées reçues, il y en quatorze, regroupées en quatre parties : «Le “bon français”», «Les usagers», «Langue et histoire» et «Norme et variétés». On [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En 1988, Marina Yaguello faisait paraître son <em>Catalogue des idées reçues sur la langue</em>. Vingt-trois ans plus tard, voici <em>Parlez-vous français ? Idées reçues sur la langue française</em> de Chantal Rittaud-Hutinet.</p>
<p>De ces idées reçues, il y en quatorze, regroupées en quatre parties : «Le “bon français”», «Les usagers», «Langue et histoire» et «Norme et variétés». On y trouve des intitulés de chapitres tels «L’ordre des mots est : sujet-verbe-complément», «Les mots à la mode envahissent la langue française», «Autrefois, on savait le français !» ou «Il n’y a qu’à Paris qu’on n’a pas d’accent». Voilà les lieux communs à démonter.</p>
<p>Sur cette structure se greffent des encadrés et des annexes. Si certains encadrés sont particulièrement utiles — «À quoi sert la linguistique ?» (p. 36-38), «Le français vu par les Français» (p. 76), «L’Académie française» (p. 81) —, toutes les annexes n’ont pas le même intérêt. Le «Glossaire» contient des mots d’usage commun, pour lesquels aucune définition n’est nécessaire, mais aussi des termes spécialisés; il peut donc être utile. «Pour aller plus loin» est une courte bibliographie commentée; là encore, cela est justifié. En revanche, «Les sons et leurs différentes graphies» et «Piège de la langue française : l’accord du participe passé» ne paraissent avoir été retenus que pour faire la démonstration, une fois de plus, que les supposées «règles» de la langue française sont d’une incohérence qui défie parfois l’entendement. (Cette incohérence s’explique : «toutes les langues ayant une longue histoire présentent un système non homogène» [p. 127].) De la section «Enseigner le français langue étrangère», on aurait pu faire l’économie.</p>
<p>L’auteure est une spécialiste de l’oralité et de l’enseignement du français langue étrangère. Sans plaider «pour un laisser-faire illimité, pas plus que pour une réglementation féroce» (p. 10), elle décrit, explique, commente, met en contexte, ce qui vaut beaucoup mieux que les déclarations d’amour et les impressions linguistiques. Elle «n’a pas vocation à donner des leçons ni des recettes» (p. 26), même si elle n’apprécie pas le discours des «censeurs» (p. 16). Elle est sensible aux situations d’énonciation et à ce qui les distingue : oral / écrit, cadre formel / cadre informel, expression préparée / expression «spontanée» (mais elle montre que ce qui est en apparence spontané est toujours préparé [p. 19]). Ses exemples sont bien choisis : ils proviennent des médias aussi bien que de la littérature. (<em>L’Oreille tendue</em> sait reconnaître une oreille tendue quand elle en rencontre une.) «<em>Forwardé</em>» vous dérange ? Allez lire l’analyse proposée p. 114-115.</p>
<p>Le chroniqueur du <em>Devoir</em>, dans sa <a href="http://www.ledevoir.com/culture/livres/335255/essais-contre-les-idees-recues-sur-le-francais">recension de l’ouvrage</a> (5 novembre 2011), écrivait : «L’essai de Chantal Rittaud-Hutinet, qui n’évoque toutefois pas la situation québécoise comme telle, vient donc mettre un peu de rigueur scientifique dans une discussion qui en manque singulièrement.» En effet, la «rigueur scientifique» est au rendez-vous, mais la «situation québécoise», si elle n’est pas étudiée «comme telle», n’est pas absente du propos. Il est question de l’«inventivité [canadienne] en matière de langage» (p. 52), et des variétés lexicales (p. 105 et p. 119) et phonétiques (p. 139) du Québec. Cela étant, il est vrai que sur une question comme celle de la féminisation (p. 101-102) une réflexion sur l’expérience québécoise aurait pu nourrir la discussion.</p>
<p>Quelles conclusions retenir de la lutte de Chantal Rittaud-Hutinet contre les préjugés ? Que le «rêve […] d’un français unique» est «utopique» (p. 112). Qu’en matière de langue, «la diversité est la seule réalité» (p. 116), malgré ce que l’on entend et lit trop souvent en France :</p>
<blockquote><p>la vision uniformiste du français conserve en France une extension et une ampleur toutes particulières; plus que nulle part ailleurs, on y est convaincu que la pluralité est néfaste, et que l’état idéal d’une langue est de n’avoir qu’un seul visage (p. 116).</p></blockquote>
<p>Que, «face aux nouveautés langagières, le seuil de tolérance varie selon les personnes» (p. 128). Que le français est une langue comme les autres :</p>
<blockquote><p>L’évolution n’est nulle part un long fleuve tranquille. Toutes les langues sont semblables sur ce point, et le français n’a donc rien d’original dans ses irrégularités (p. 127).</p></blockquote>
<p>Roboratif.</p>
<p>P.S.—Dans la même collection, il existe un fort bien fait petit livre sur <em>l’Édition</em> (2009). <em>L’Oreille tendue</em> l’a prêté à son éditeur; elle ne l’a jamais revu.</p>
<p>Références</p>
<p>Legendre, Bertrand, <em>l’Édition</em>, Paris, Éditions Le cavalier bleu, coll. «Idées reçues», 2009, 126 p.</p>
<p>Rittaud-Hutinet, Chantal, <em>Parlez-vous français ? Idées reçues sur la langue française</em>, Paris, Le cavalier bleu éditions, coll. «Idées reçues», 2011, 154 p. Ill.</p>
<p>Yaguello, Marina, <em>Catalogue des idées reçues sur la langue</em>, Paris, Seuil, coll. «Points», série «Point-virgule», V61, 1988, 157 p.</p>
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		<title>Fil de presse 011</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 10:36:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[À tu et à toi]]></category>
		<category><![CDATA[Gastronomie & décoration]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>
		<category><![CDATA[Néologie]]></category>
		<category><![CDATA[Zeugme]]></category>

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		<description><![CDATA[Ci-dessous, quelques parutions (pas trop anciennes) en matière de langue, organisées en rubriques. Rubrique «Ce n’est qu’un début, continuons le combat» : Chantal Rittaud-Hutinet, Parlez-vous français ? Idées reçues sur la langue française (Paris, Éditions Le cavalier bleu, coll. «Idées reçues», 2011, 160 p.). À mettre en parallèle avec le livre de Marina Yaguello. Rubrique «C’est comme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ci-dessous, quelques parutions (pas trop anciennes) en matière de langue, organisées en rubriques.</p>
<p>Rubrique «Ce n’est qu’un début, continuons le combat» : Chantal Rittaud-Hutinet, <em>Parlez-vous français ? Idées reçues sur la langue française</em> (Paris, Éditions Le cavalier bleu, coll. «Idées reçues», 2011, 160 p.). À mettre en parallèle avec le livre de <a href="http://oreilletendue.com/2009/09/24/citation-juste-du-jour/">Marina Yaguello</a>.</p>
<p>Rubrique «C’est comme vous voulez» : <em>Tu ou vous : l’embarras du choix</em>, sous la direction de Bert Peeters et de Nathalie Ramière (Limoges, Éditions Lambert-Lucas, 2009, 300 p.). Table des matières, en PDF, <a href="http://www.lambert-lucas.com/WebRoot/ce_fr/Shops/185641/MediaGallery/Peeters_">ici</a>.</p>
<p>Rubrique «Ce serait pas un zeugme, ça ?» : <em>Dictionnaire national et anecdotique (1790)</em>, édition présentée et annotée par Agnès Steuckardt (Limoges, Éditions Lambert-Lucas, coll. «La lexicothèque», 2011, 220 p.).</p>
<p>Rubrique «On n’arrête pas le progrès» : Erin McKean, <a href="http://www.amazon.com/Aftercrimes-Geoslavery-Thermogeddon-Thought-Provoking-ebook/dp/B004K1F1P4/ref=sr_1_6?ie=UTF8&amp;qid=1318419545&amp;sr=8-6"><em>Aftercrimes, Geoslavery, and Thermogeddon. Thought-Provoking Words from a Lexicographer’s Notebook</em></a>, livre électronique, édition pour le Kindle (New York, TED Conferences, LLC, 2011). <em>L’Oreille tendue</em> en a parlé <a href="http://oreilletendue.com/2011/10/21/ca-ne-s%e2%80%99invente-pas-car-c%e2%80%99est-deja-invente/">là</a>.</p>
<p>Rubrique «Y a de quoi faire» : dossier «<a href="http://oreilletendue.com/2010/10/17/ecologie-linguistique/">Les langues de bois</a>», <em>Hermès</em>, numéro 58 (2011).</p>
<p>Rubrique «C’est maintenant la civilisation des loisirs» : Claude Hagège, <em>Parler, c’est tricoter</em> (La Tour d’Aigues, L’aube, 2011, 64 p.).</p>
<p>Rubrique «Faudrait bien aller voir ça» : Mario Bélanger, <em>Petit guide du parler québécois</em> (Montréal, 10/10, 2011, 279 p.).</p>
<p>Rubrique «Raconte-moi une histoire» : Magali Favre, <em>Si la langue française m’était contée</em> (Montréal, Fides, 2011, 400 p.).</p>
<p>Rubrique «Quand on aime, on ne compte pas» : Alex Taylor, <em>Bouche bée, tout ouïe… ou comment tomber amoureux des langues</em> (Paris, Seuil, coll. «Points. Le goût des mots», 2011, 256 p.).</p>
<p>Rubrique «Tiens, de nouveaux titres dans la collection “Les mots”» : Magalie Gobet et Emmeline Le Gall, <em>Le parfum «qui fortifie le cerveau et chasse cette légère rêverie qui accable l’esprit…» ?</em>, préface de Jean Pruvost (Paris, Honoré Champion, coll. «Les mots», 2011, 144 p.); Nicole Cholewka, avec la collaboration de Jean Pruvost, <em>Le chocolat «qui favorise la paresse et dispose à ces voluptés qu’inspire une vie langoureuse…» ?</em>, préface de Patrick Roger (Paris, Honoré Champion, coll. «Les mots», 2011, 144 p.).</p>
<p>Rubrique «Espérons que le livre est meilleur que le titre» : Gaétan Saint-Pierre, <em>Histoire de mots solites et insolites</em> (Sillery, Septentrion, 2011, 395 p.).</p>
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		<title>Citation géopoliticolinguistique du jour</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Oct 2011 09:17:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>

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		<description><![CDATA[«L’étude de la langue a quelque chose de plus plausible [pour comprendre l’orgueil des Français]; mais elle n’est point, comme on va le voir, une démonstration d’estime particulière. Lorsque la langue d’un peuple devient plus générale que celle d’un autre, nous n’en devons pas tant chercher la cause dans son excellence, que dans les considérations [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>«L’étude de la langue a quelque chose de plus plausible [pour comprendre l’orgueil des Français]; mais elle n’est point, comme on va le voir, une démonstration d’estime particulière. Lorsque la langue d’un peuple devient plus générale que celle d’un autre, nous n’en devons pas tant chercher la cause dans son excellence, que dans les considérations politiques qui peuvent opérer cet effet. Quand une grande nation brille avec éclat et étend sa puissance par ses conquêtes et ses établissements, il est naturel que le monde en prenne connaissance, et il s’ensuit nécessairement que l’usage de sa langue s’étende à proportion de la correspondance que ses acquisitions et la multiplicité des affaires forcent d’avoir avec elle. Ainsi, la langue latine devint universelle du temps des Romains et l’espagnol a été aussi à la mode que le français l’est aujourd’hui : mais on ne doit pas inférer de là que les nations française ou espagnole aient été en vénération chez leurs voisins, dès qu’on voit au contraire que leur politique les a fait détester. Rien que la nécessité de négocier avec elles, n’a pu obliger de parler leur langue, parce que leur interposition dans toutes les affaires la rendait la plus commune : d’où l’on peut conclure que l’extension de la langue française, ce motif si souvent plaidé en sa faveur, au lieu de nous convaincre de son excellence et de la préférence qu’elle mérite, a un effet contraire, et sert plutôt à nous rappeler l’ambition et l’inquiétude qui sont la vraie et injuste origine de cette vaste extension.»</p>
<p>Jean-Jacques Rutlidge, «Mauvais effet de la vanité et de l’insolence», dans <em>Essai sur le caractère et les mœurs des François comparés à ceux des Anglois</em>, Londres, 1776, 284 p., p. 268-269. Parution anonyme.</p>
<p>P.S.—Suggestion d’exercice : relire ce texte et remplacer partout «français» par «anglais».</p>
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		<title>Modeste contribution à l’histoire du juron au Québec</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 09:22:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bande dessinée]]></category>
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		<category><![CDATA[Jurons]]></category>
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		<category><![CDATA[Radio]]></category>

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		<description><![CDATA[Il était question ici, l’autre jour, de la première œuvre littéraire québécoise contenant le juron «hostie». Il s’agirait du Cassé, de Jacques Renaud, publié en 1964. L’Oreille tendue n’a mené aucune recherche visant à dater la première occurrence écrite de son sacre favori, «tabarnak», mais le hasard d’une de ses lectures récentes la pousse aujourd’hui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il était question <a href="http://oreilletendue.com/2011/10/10/hostie/">ici</a>, l’autre jour, de la première œuvre littéraire québécoise contenant le juron «hostie». Il s’agirait du <em>Cassé</em>, de Jacques Renaud, publié en 1964.</p>
<p><em>L’Oreille tendue</em> n’a mené aucune recherche visant à dater la première occurrence écrite de son sacre favori, «<a href="http://oreilletendue.com/2010/09/02/tabarnak-et-tabarnaque/">tabarnak</a>», mais le hasard d’une de ses lectures récentes la pousse aujourd’hui à contribuer modestement à l’histoire des gros mots au Québec.</p>
<p>Cela se trouve à la p. 68 de <em>Tintin et le Québec</em> (2010) de Tristan Demers. Le 7 avril 1965, le «tintinophile avoué» Réginald Martel, dans le cadre de l’émission <em>Partage du jour</em> de la radio de Radio-Canada, interviewe Hergé.</p>
<blockquote><p>Lorsque Martel rappelle à Hergé la présence d’un «Tabarnak» dans une histoire d’un récent numéro du <em>Journal Tintin</em>, Hergé corrige aussitôt l’animateur avec gentillesse. Ce juron ne provient pas d’une histoire de Tintin, mais plutôt de la plume d’Albert Weinberg, l’auteur de Dan Cooper, qui aime utiliser des expressions typiques du lieu où l’histoire se déroule. Hergé s’empresse d’ajouter qu’il n’est pas venu pour se familariser avec notre vocabulaire religieux, mais pour bien d’autres choses…</p></blockquote>
<p>On ne la fait pas à ce spécialiste du Haddock qu’est son géniteur. Le juron, ça le connaît.</p>
<p>Pareil emploi linguistique n’est certes pas courant à l’époque. Par exemple, dans la série de bandes dessinées <em>Séraphin illustré</em>, textes de Claude-Henri Grignon, dessins d’Albert Chartier, publiées par <em>le Bulletin des agriculteurs</em> de 1951 à 1970, on est bien plus réservé. Qu’y trouve-t-on en matière de jurons, si tant est que l’on puisse parler de jurons ? «Bouleau noir», «Viande à chiens» (au pluriel), «Beau bateau», «My Lord» ou «Arc-en-ciel». Un seul «tabarnak» vaut mieux que tout cela.</p>
<p>P.S.—«Tabarnak», dans une bande dessinée destinée à la jeunesse en 1965 au Québec ? <em>L’Oreille</em> rêve de voir cela de ses propres yeux.</p>
<p>Références</p>
<p>Algoud, Albert, <em>le Haddock illustré. L’intégrale des jurons du capitaine Haddock</em>, Bruxelles, Casterman, 2004 (édition revue et corrigée), 93 p. Ill. Édition originale : 1991.</p>
<p>Demers, Tristan, <em>Tintin et le Québec. Hergé au cœur de la Révolution tranquille</em>, Montréal, Hurtubise HMH, 2010, 159 p. Ill. Une idée originale de Christian Proulx.</p>
<p>Grignon, Claude-Henri et Albert Chartier, <em>Séraphin illustré</em>, Montréal, Les 400 coups, 2010, 263 p. Préface de Pierre Grignon. Dossier de Michel Viau.</p>
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		<title>Hostie, ostie, osti, estie, esti, astie, asti, stie, sti, etc.</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Oct 2011 09:17:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans un coin, ceux qui se demandent si la baisse radicale de la pratique religieuse au Québec ne risque pas d’y menacer la survie du juron d’origine religieuse. Le National Post se posait la question le 9 septembre 2011, sous la plume de Graeme Hamilton : «Can Quebec’s Church-based curse words survive in a secular age [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un coin, ceux qui se demandent si la baisse radicale de la pratique religieuse au Québec ne risque pas d’y menacer la survie du juron d’origine religieuse. Le <em>National Post</em> se posait la question le 9 septembre 2011, sous la plume de Graeme Hamilton : «<a href="http://news.nationalpost.com/2011/09/09/can-quebecs-church-based-curse-words-survive-in-a-secular-age/">Can Quebec’s Church-based curse words survive in a secular age ?</a>» (Réponse évidente : oui.)</p>
<p>Dans l’autre coin, ceux qui croient que l’héritage catholique est encore bien vivant au Québec. C’est la position d’un collègue théologien de <em>l’Oreille tendue</em>, Olivier Bauer. Il la défend dans ses deux plus récents livres. Dans <em>Une théologie du Canadien de Montréal</em> (2011), il écrit par exemple : «Aussi bizarre que cela puisse vous paraître, je crois plus à la présence à long terme du christianisme au Québec qu’à celle de la religion du Canadien» (p. 152). Le dernier chapitre de <em>l’Hostie, une passion québécoise</em> (2011), est sous-titré «L’Église catholique tente de reconquérir l’hostie — vingt et unième siècle»; il porte sur la place dans le Québec d’aujourd’hui de cette «Petite rondelle de pain azimé que le prêtre consacre pendant la messe» (<a href="http://www.diocesemontreal.org/accueil/dons/2006/index.htm">Diocèse de Montréal</a>, avril 2006).</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/10/hostie_diocese.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-5469" title="hostie_diocese" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/10/hostie_diocese.jpg" alt="" width="150" height="194" /></a></p>
<p>S’intéressant à l’hostie («le corps du Christ», dit la liturgie) au Québec, Olivier Bauer a nécessairement eu à réfléchir aux jurons qui lui sont rattachés. Il s’appuie sur le travaux de linguistes (Diane Vincent), d’historiens (René Hardy, Heinz Weinmann) et de lexicographes inégalement sérieux (Jean-Pierre Pichette, Gilles Charest, Léandre Bergeron) pour suivre l’histoire de ce sacre. Conclusion ? «Aussi surprenant que cela puisse paraître à des oreilles québécoises, il fallut entrer dans le vingtième siècle et attendre 1920 pour que “hostie” soit attestée comme sacre !» (p. 40) Pourquoi cette apparition tardive ? «On peut avancer deux explications : soit l’hostie était jusque-là trop sacrée pour devenir un sacre, soit elle était trop peu importante pour que les blasphémateurs aient l’envie d’en faire un sacre» (p. 40). En littérature, ce serait encore plus tardif. Bauer (p. 56), s’appuyant sur les travaux du Trésor de la langue française au Québec, affirme que la première occurrence du mot dans un texte littéraire date de 1964 : le mot apparaîtrait dans <em>le Cassé</em> de Jacques Renaud.<em> </em></p>
<p><em>L’Oreille tendue</em> aimerait se pencher autrement sur ce mot et ses dérivés (<em>ostie</em>, <em>osti</em>, <em>estie</em>, <em>esti</em>, <em>astie</em>, <em>asti</em>, <em>stie</em>, <em>sti</em>).</p>
<p>Comme <a href="http://oreilletendue.com/2010/09/02/tabarnak-et-tabarnaque/"><em>tabarnak</em></a> et <a href="http://oreilletendue.com/2011/09/26/crissement-riche/"><em>crisse</em></a>, dont il a longuement été question il y a une quinzaine, <em>hostie</em> et ses dérivés sont épicènes : ils ont la même forme au féminin et au masculin.</p>
<blockquote><p>Pierre met du Beatles dans l’gettho</p>
<p>I regarde déhors i fait pas beau</p>
<p>En face i a une grosse tour à bureau</p>
<p>Ça d’l’air qu’i a une ostie de vue d’en haut (Les Dales Hawerchuk, «Dale Hawerchuk», 2005)</p>
<p>Mon voisin se lève et <a href="http://oreilletendue.com/category/quitter/">quitte</a> en disant : — <em>Si je le revoué l’hostie, m’a y crisser ma main su a yeule !</em> (Georges Dor, <em>Anna braillé ène shot [Elle a beaucoup pleuré]. Essai sur le langage parlé des Québécois</em>, p. 28)</p></blockquote>
<p>Comme <em>tabarnak</em> et <em>crisse</em>, toujours, il s’agit d’une interjection.</p>
<blockquote><p>Je laçais mes bottes de travail, assis dans l’escalier du vestibule, lorsque je l’entendis pousser un «osti !» sonore et inattendu (les excès de langage de mon père étaient rarissimes) (Nicolas Dickner, <em>Tarmac</em>, p. 219).</p>
<p>Think big, stie (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Elvis_Gratton ">Elvis Gratton</a>).</p>
<p>Vas-tu souffler toutte le sac esti tu vas toutte te sécher en dedans (blogue <a href="http://lesfourchettes.blogspot.com/2011/10/les-outils.html "><em>les Fourchettes</em></a>, 4 octobre 2011).</p></blockquote>
<p>De la même façon qu’avec ses acolytes, on peut l’enchaîner avec jouissance :</p>
<blockquote><p>Calice de ciboire d’hostie ! (<a href="http://oreilletendue.com/2011/02/10/prolegomenes-a-une-encyclopedie-inutile-du-perifecal-en-hockey/">Roch Carrier</a>, <em>la Guerre, yes sir !</em>, p. 77)</p>
<p>Criss de tabarnak d’hostie de calice de ciboire d’étole de viarge, oussé kié le sacramant de calice de morceau de casse-tête du tabarnak ! (<a href="http://oreilletendue.com/2010/02/28/un-heritage-a-transmettre/">François Blais</a>, <em>Vie d’Anne-Sophie Bonenfant</em>, p. 124).</p></blockquote>
<p>Il est possible d’imaginer des usages affectueux d’<em>hostie</em> et de ses dérivés, mais le plus souvent on emploie ces mots pour invectiver. Ainsi de ses autocollants visibles dans les rues de Montréal durant la campagne électorale d’avril 2004, où l’on voyait une photo du <a href="http://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/">premier ministre Jean Charest</a> accompagnée des mots «Ostie d’<a href="http://oreilletendue.com/2011/10/03/de-la-crosse-au-quebec/">crosseur</a>».</p>
<p>On ne connaît pas de verbe construit avec <em>hostie</em>, alors qu’il y a<em> tabarnaker</em> et <em>crisser</em>. <em>Crissement</em> existe, mais pas <em>hostiment</em>. Cela manque, dans un cas comme dans l’autre.</p>
<p>Malgré ces (relatives) limites créatives, <em>hostie</em> aurait été le juron préféré des Québécois au début des années 1980, selon une étude de l’Office de la langue française préparée par la «sacrologue» Diane Vincent (1982) et que cite Olivier Bauer. <em>L’Oreille tendue</em> est un peu déçue.</p>
<p>P.S.—Un <a href="http://twitter.com/strem/statuses/23462566055387137">tweet</a> de <a href="http://twitter.com/#!/leroykmay">Leroy K. May</a> du 7 janvier 2011 nous apprend une chose intéressante : «RT @LaurentLaSalle: Le nom de domain ost.ie est disponible, mais à 117$ US annuel, ça coûte cher comme joke…» En effet.</p>
<p>Références</p>
<p>Bauer, Olivier, <em>l’Hostie, une passion québécoise</em>, Montréal, Liber, 2011, 81 p.</p>
<p>Bauer, Olivier, <em>Une théologie du Canadien de Montréal</em>, Montréal, Bayard Canada, coll. «Religions et société», 2011, 214 p. Ill.</p>
<p>Blais, François, <em>Vie d’Anne-Sophie Bonenfant</em>, Québec, L’instant même, 2009, 241 p.</p>
<p>Carrier, Roch, <em>la Guerre, yes sir !</em>, Montréal, Éditions du Jour, coll. «Les romanciers du Jour», R-28, 1970 (1968), 124 p.</p>
<p>Les Dales Hawerchuk, «Dale Hawerchuk», <em>les Dales Hawerchuk</em>, disque audionumérique, 2005, étiquette CPR2-2098 C4 Productions.</p>
<p>Dickner, Nicolas, <a href="http://www.editionsalto.com/catalogue/tarmac/"><em>Tarmac</em></a>, Québec, Alto, 2009, 271 p. Ill.</p>
<p>Dor, Georges, <em>Anna braillé ène shot (Elle a beaucoup pleuré). Essai sur le langage parlé des Québécois</em>, Montréal, Lanctôt éditeur, coll. «L’histoire au présent», 2, 1996, 191 p.</p>
<p>Hamilton, Graeme, «<a href="http://news.nationalpost.com/2011/09/09/can-quebecs-church-based-curse-words-survive-in-a-secular-age/">Can Quebec’s Church-based curse words survive in a secular age ?</a>», <em>The National Post</em>, 9 septembre 2011.</p>
<p>Vincent, Diane, avec la collaboration de Hélène Malo et Louise Grenier, <em>Pressions et impressions sur les sacres au Québec</em>, Montréal, Gouvernement du Québec, Office de la langue française, coll. «Langues et sociétés», 1982, 143 p.</p>
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		<title>Rétropromenade</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2011/09/16/retropromenade/</link>
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		<pubDate>Fri, 16 Sep 2011 09:20:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>

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		<description><![CDATA[L’Oreille tendue lit actuellement un ouvrage fort spitant sur le siècle des Lumières : le Promeneur à Paris au XVIIIe siècle de Laurent Turcot (2007). Elle y découvre que la promenade à pied, en l’honneur de Théodore Tronchin (1709-1781), a eu droit, pendant un certain temps, à un verbe, aujourd’hui tombé en désuétude : «tronchiner» (p. 117). [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Oreille tendue</em> lit actuellement un ouvrage fort spitant sur le siècle des Lumières : <em>le Promeneur à Paris au XVIIIe siècle</em> de Laurent Turcot (2007).</p>
<p>Elle y découvre que la promenade à pied, en l’honneur de Théodore Tronchin (1709-1781), a eu droit, pendant un certain temps, à un verbe, aujourd’hui tombé en désuétude : «tronchiner» (p. 117). Il est vrai que le médecin genevois «utilise la promenade, les régimes frugaux et les bains froids comme moyens d’acquérir et d’entretenir une bonne santé» (p. 117). Pour «tronchiner», on pouvait porter des robes spéciales, les «tronchines» (p. 120). Voilà qui devait égayer les «gens de pied».</p>
<p>Cela change du sadisme ou du marivaudage.</p>
<p>Référence</p>
<p>Turcot, Laurent, <a href="http://www.gallimard.fr/aparaitre/fiche.go?frm_id_code_article=A78366"><em>le Promeneur à Paris au XVIIIe siècle</em></a>, Paris, Gallimard, coll. «Le promeneur», 2007, 426 p. Ill. Préface d’Arlette Farge.</p>
<p>[Complément du 18 septembre 2011]</p>
<p>Dans les trésors de Gallica, <a href="http://twitter.com/#!/PimpetteDunoyer ">Pimpette Dunoyer</a> a repéré une gravure représentant une robe «à la Tronchine»; c’est <a href="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5558649c/f13">ici</a>. Merci.</p>
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		<title>Fil de presse 010</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2011/05/19/fil-de-presse-010/</link>
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		<pubDate>Thu, 19 May 2011 09:17:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Accent & prononciation]]></category>
		<category><![CDATA[Dicos]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelques lectures (historiques et néanmoins récentes) pour le mois de Marie. Une histoire du français ? Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, le Français, quelle histoire !, Éditions Télémaque, 2011. Une histoire de la langue de bois ? «Les langues de bois», numéro 58 de la revue Hermès (CNRS Editions, 2011). Une histoire de l’argot ? Jean La Rue, Dictionnaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quelques lectures (historiques et néanmoins récentes) pour le mois de Marie.</p>
<blockquote><p>Une histoire du français ? Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, <em>le Français, quelle histoire !</em>, Éditions Télémaque, 2011.</p>
<p>Une histoire de la langue de bois ? «Les langues de bois», numéro 58 de la revue <em>Hermès</em> (CNRS Editions, 2011).</p>
<p>Une histoire de l’argot ? Jean La Rue, <em>Dictionnaire d’argot et des locutions populaires. Version raisonnée et commentée à partir des éditions de 1894 et du début du XXe siècle</em>, Paris, Classiques Garnier, coll. «Classiques de l’argot et du jargon», 4, 2011, 521 p. Édition de Denis Delaplace.</p>
<p>Une histoire du libertinage (linguistique) ? Patrick Wald Lasowski, <em>Dictionnaire libertin. La langue du plaisir au siècle des Lumières</em>, Paris, Gallimard, coll. «L’infini», 2011.</p>
<p>Une histoire de ce qui n’existe pas ? Paolo Albani et Berlinghiero Buonarroti, <em>Dictionnaire des langues imaginaires</em>, Paris, Les Belles-Lettres, 2011 (1994), 576 p.</p>
<p>Une histoire de la phonétique ? Christophe Rey, <em>Nicolas Beauzée précurseur de la phonétique. Dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, la Grammaire générale et l’Encyclopédie méthodique de Panckoucke</em>, Paris, Honoré Champion, coll. «Mots et dictionnaires», 2011.</p>
<p>Une histoire de la langue au siècle des Lumières ? Ferdinand Gohin, <em>les Transformations de la langue française pendant la deuxième moitié du XVIIIe siècle (1740-1789)</em>, Genève, Slatkine reprints, 2011. Réimpression de l’édition de Paris, 1903.</p>
<p>Une histoire des dictionnaires ? Alain Rey, <em>Dictionnaire amoureux des dictionnaires</em>, Paris, Plon, 2011, 1005 p.</p></blockquote>
<p>N’est-ce pas le mois le plus beau ?</p>
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		<title>La langue du hockey à travers les âges (comme)</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2011/04/04/la-langue-du-hockey-a-travers-les-ages-comme/</link>
		<comments>http://oreilletendue.com/2011/04/04/la-langue-du-hockey-a-travers-les-ages-comme/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 04 Apr 2011 09:22:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>

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		<description><![CDATA[Je r’gardais tous ‘es matchs à tévé Ent’ mon père pis Lecavalier Pierre Bertrand, «Hockey» (1978) Il y a quelques mois, il était question, en ces écrans, de l’évolution du lexique du baseball. Aujourd’hui, parlons hockey. Les amateurs connaissent le rôle joué par l’annonceur René Lecavalier dans la popularisation d’un vocabulaire français pour décrire l’univers [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><em>Je r’gardais tous ‘es matchs à tévé<br />
Ent’ mon père pis Lecavalier</em><br />
Pierre Bertrand, «Hockey» (1978)</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/2010/11/04/la-langue-du-baseball-a-travers-les-ages-genre/">Il y a quelques mois</a>, il était question, en ces écrans, de l’évolution du lexique du baseball. Aujourd’hui, parlons hockey.</p>
<p>Les amateurs connaissent le rôle joué par l’annonceur <a href="http://www.ordre-national.gouv.qc.ca/recherche_details.asp?id=244">René Lecavalier</a> dans la popularisation d’un vocabulaire français pour décrire l’univers du hockey. Pour ses efforts, il a reçu en 1959 le prix Olivar-Asselin de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et on lui a décerné deux doctorats <em>honoris causa</em>, l’un de l’Université de Montréal, l’autre de l’Université du Québec.</p>
<p>René Lecavalier avait eu des prédécesseurs, par exemple l’abbé Étienne Blanchard.</p>
<p>Parmi les publications du prolifique abbé — <em>Stylistique canadienne</em>, <em>le Bon Français en affaires</em>, <em>Recueil d’idées</em>, <em>Dictionnaire du bon langage</em>, etc. —, on doit faire une place à part à ses imagiers, <em>1000 mots illustrés ou Gravures et mots</em> ou <em>2000 mots bilingues par l’image</em>, qui ont connu plusieurs incarnations.</p>
<p>Dans l’édition de 1920 comme dans l’édition de 1924 (en plus petit format) de <em>2000 mots bilingues par l’image</em>, le lexicographe a une section sur la «balle au camp» (le baseball) et une autre sur le «hoquet» (le hockey). En 1915, les deux sports étaient fondus, et l’un ne portait pas le même nom.</p>
<p>À la fin des années 1910, l’abbé Blanchard a en effet décidé de laisser tomber le terme <em>gouret</em> — qui désignait à la fois le bâton des joueurs et le sport dans son ensemble —, au profit de <em>hoquet</em>. Motif ? «Le mot <em>hockey</em> vient de l’ancien mot français <em>hoquet</em>. Nous sommes de l’avis du “Droit” [journal d’Ottawa], proposant de substituer ce mot à gouret» (<em>2000 mots bilingues par l’image</em>, p. 60).</p>
<p><em>Hockey</em> a aujourd’hui remplacé <em>hoquet</em>, sauf chez la Catherine Cusset du <em>Problème avec Jane</em>, qui évoque le «hoquet sur glace» (p. 173). Ce n’est pas le seul mot proposé par Étienne Blanchard à être tombé en désuétude; c’est ce que révèle l’illustration de la page 34 de l’ouvrage <em>1000 mots illustrés ou Gravures et mots</em>.</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/04/blanchard_1915_034.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-4290" title="blanchard_1915_034" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/04/blanchard_1915_034.jpg" alt="" width="340" height="502" /></a></p>
<p>Les <em>gourets</em>, sauf en ces contrées où l’on croit légitime de parler de <a href="http://oreilletendue.com/2011/02/10/prolegomenes-a-une-encyclopedie-inutile-du-perifecal-en-hockey/"><em>palets</em></a>, sont devenus des <em>bâtons</em> (fig. 18). Le <em>gauleur</em> est un <em>gardien</em>; quelques joueurs sont disparus (le <em>foncier</em>, le <em>milieu</em>), d’autres ont changé de nom (le <em>centre droit</em>, le <em>centre gauche</em>) (fig. 19). Les filets sont dorénavant bien tendus; plus besoin de <em>raidisseur</em> (fig. 20). On a toutefois conservé le <em>ruban gommé</em> (fig. 21) et la <em>jambière</em> (fig. 22). Plus loin dans l’ouvrage, on évoquera la <em>rondelle</em> ou le <em>disque</em>, mais également la <em>galine</em>, mot qui sortira progressivement de l’usage (p. 37).</p>
<p>Quelques années plus tard, dans <em>2000 mots bilingues par l’image</em> (p. 61), le <em>raidisseur</em> deviendra un <em>tendeur</em> (fig. 3) et on apprendra qu’on peut remplacer <em>ruban gommé</em> par <em>chatterton</em> (fig. 2) La <em>chevillère</em> semblait faire partie, en 1915, du lexique du baseball; en 1920 et en 1924, elle est passée sur la glace (fig. 4).</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/04/blanchard_1920_061.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-4291" title="blanchard_1920_061" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/04/blanchard_1920_061.jpg" alt="" width="333" height="504" /></a></p>
<p>L’abbé Blanchard était peut-être trop prolifique. En 1925, dans la sixième édition d’<em>En garde !</em>, il oublie de substituer <em>hoquet</em> à <em>gouret</em>. Le <em>gouret</em> de 1915, devenu <em>bâton de hoquet</em>, <em>hoquet</em> ou <em>canne (de hoquet)</em> en 1920 et 1924, est maintenant une (un ?) <em>cross</em> ou une <em>canne</em> (p. 40). La <em>chevillère</em> n’est plus; place au <em>protège-cheville</em> ou au <em>support-cheville</em> (p. 41). En 1915, en 1920 et en 1924, on joue sur <em>un patinoir</em> aussi bien que sur <em>une patinoire</em>; plus en 1925, où le masculin l’emporte (p. 40).</p>
<p>Mais il n’y avait pas que l’abbé Blanchard. En 1937 est publié le <em>Vocabulaire français-anglais des jeux de hockey[,] de tennis et de balle aux buts (base-ball)</em>. Ce lexique du hockey ressemble plus au nôtre que celui de Blanchard — <em>patinoire</em> est féminin, on tire la <em>rondelle</em> ou le <em>disque</em> avec un <em>bâton</em> —, mais il reste des différences : <em>pénitencier</em> (<em>banc des punitions</em>), <em>équipe d’as</em> (<em>équipe d’étoiles</em>), <em>pilote</em> (<em>entraîneur</em>), <em>point égalisant</em> (<em>but égalisateur</em>).</p>
<p>Remercions René Lecavalier d’avoir normalisé tout cela.</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/04/hockey_lecavalier.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-4292" title="hockey_lecavalier" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/04/hockey_lecavalier.jpg" alt="" width="200" height="152" /></a></p>
<p>Références</p>
<p>Blanchard, abbé Étienne, <em>1000 mots illustrés ou Gravures et mots</em>, Montréal, 1915, 111 p. Ill.</p>
<p>Blanchard, abbé Étienne, <em>2000 mots bilingues par l’image</em>, Montréal, L’Imprimerie des marchands limitée, 1920, 112 p. Ill.</p>
<p>Blanchard, abbé Étienne, <em>2000 mots bilingues par l’image</em>, Montréal, Imprimerie J. Tremblay &amp; fils, 1924, 112 p. Ill.</p>
<p>Blanchard, abbé Étienne, <em>En garde ! Termes anglais et anglicismes dans le commerce, les amusements, les professions, les métiers, les voyages, à la ferme, au parlement, etc.</em>, Montréal, Librairie Beauchemin, limitée, Bibliothèque canadienne, coll. «Montcalm», 413 B, 1925 (6e édition), 124 p.</p>
<p>Cusset, Catherine, <em>le Problème avec Jane</em>, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 3501, 2001, 458 p. Texte révisé par l’auteur.</p>
<p><em>Vocabulaire français-anglais des jeux de hockey[,] de tennis et de balle aux buts (base-ball)</em>, Québec, La librairie de l’Action catholique, 1937, 29 p. «Publié avec la bienveillante autorisation de la Société du parler français, qui a rédigé ce Vocabulaire.»</p>
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		<title>L’homme pressé</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2011/02/21/l%e2%80%99homme-presse/</link>
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		<pubDate>Mon, 21 Feb 2011 10:20:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[En 1869, rapporte Jacques Marchand dans son livre la Presse sportive, à Grenoble, le Vélocipède vise «les sportsmen et les vélocemen» (p. 10 et p. 16). En 1886, une revue s’appellera le Véloceman (p. 16). Le véloceman est-il plus rapide que le cycliste ? Une chose est sûre : à vélo, on ne peut faire autrement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En 1869, rapporte Jacques Marchand dans son livre <em>la Presse sportive</em>, à Grenoble, <em>le Vélocipède</em> vise «les sportsmen et les vélocemen» (p. 10 et p. 16). En 1886, une revue s’appellera <em>le Véloceman</em> (p. 16).</p>
<p>Le <em>véloceman</em> est-il plus rapide que le <em>cycliste</em> ? Une chose est sûre : à <em>vélo</em>, on ne peut faire autrement qu’être <em>véloce</em>.</p>
<p>Référence</p>
<p>Marchand, Jacques, avec la collaboration de l’Union syndicale des journalistes sportifs de France, <em>la Presse sportive</em>, Paris, Presse et formation. Éditions du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes, coll. «Connaissance des médias», 1989, 79 p.</p>
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		<title>Retour du tabarnac</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Feb 2011 10:17:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Accent & prononciation]]></category>
		<category><![CDATA[Bilinguisme(s)]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire de la langue]]></category>
		<category><![CDATA[Jurons]]></category>
		<category><![CDATA[Ma cabane au Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[Une image, une lecture et un tableau me donnent l’occasion de revenir sur un riche sujet, le juron québécois, plus précisément sur le mot tabarnac (orthographe non certifiée), dont j’ai eu souvent l’occasion de parler, par exemple ici. La photo provient du blogue de Jean-François Lisée sur le site du magazine l’Actualité. Elle montre la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une image, une lecture et un tableau me donnent l’occasion de revenir sur un riche sujet, le juron québécois, plus précisément sur le mot <em>tabarnac</em> (orthographe non certifiée), dont j’ai eu souvent l’occasion de parler, par exemple <a href="http://oreilletendue.com/2010/09/03/le-chant-du-tabarnack/">ici</a>.</p>
<p>La photo provient du blogue de <a href="http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/le-quebec-rayonne-a-paris/7496/">Jean-François Lisée</a> sur le site du magazine <em>l’Actualité</em>. Elle montre la vitrine du BHV parisien.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/02/retour_du_tabarnac_01.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3520" title="retour_du_tabarnac_01" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/02/retour_du_tabarnac_01.jpg" alt="" width="507" height="395" /></a></p>
<p>La <a href="http://oreilletendue.com/2010/04/05/publicite-fusion/">souche</a> a la vie dure.</p>
<p>La lecture, elle, est en fait une relecture, celle de <em>la Guerre, yes sir !</em> (1968) de Roch Carrier. Si, chez BHV, on choisit la graphie <em>tabarnak</em>, il n’en va pas de même chez le romancier, qui conserve leur orthographe d’origine aux nombreux sacres de son texte, qu’il emprunte au vocabulaire religieux : <em>tabernacle</em>, <em>ciboire</em>, <em>calice</em>, <em>hostie</em>, <em>christ</em>, etc. Exemples de concaténation : «Calice d’hostie de tabernacle !» (p. 18); «Calice de ciboire d’hostie !» (p. 77); «maudit ciboire de Christ !» (p. 78); «Christ de calice de tabernacle !» (p. 108).</p>
<p>Or qui les pratique sait que ces mots ne se prononcent que rarement suivant cette orthographe : <a href="http://oreilletendue.com/2011/02/09/s%E2%80%99instruire-par-les-oreilles/"><em>tabernacle</em></a> fait <em>tabarnac</em> (ou <em>tabarnak</em>), <em>ciboire</em> se mue en <em>cibouère</em>, <em>calice</em> exige un <em>â</em> long, voire un <em>o</em> ouvert, <em>stie</em> peut remplacer avantageusement <em>hostie</em>, dans <em>christ</em> il n’y a pas de <em>t</em> final (<em>criss</em>).</p>
<p>Plutôt que de reprocher à Carrier la faiblesse de son oreille, il faut peut-être se rappeler l’époque à laquelle il publiait son roman. Aujourd’hui, le sacre a droit de cité depuis longtemps en littérature : les modèles à suivre (ou à ne pas suivre, c’est selon) sont nombreux; on trouve même des exemples publics en France. Ce n’était pas vrai du temps de Carrier : ce pionnier a fait ce qu’il a pu avec les moyens du bord. Il faut lui en être reconnaissant.</p>
<p>Pas de circonstances atténuantes, en revanche, pour un tableau de 1998. (C’est un article de <em>la Presse</em> d’hier, sur la peinture et les Canadiens de Montréal, dans lequel je cause, qui m’y fait penser.) Inspirée de Chagall, «Rocket Scores» / «Le Rocket marque» est une toile de Saul Miller, peintre et expert en «performance» («<em>Performance Specialist</em>»). Des spectateurs y admirent <a href="http://www.lesyeuxdemauricerichard.com/">Maurice Richard</a>, l’ancien joueur des Canadiens. Il a un corps impossiblement allongé. Coiffé d’une auréole, il est en train de déjouer le gardien des Maple Leafs de Toronto, sous les yeux d’arbitres et de joueurs à tête d’animal, pendant que des oiseaux s’éloignent de la glace. Des bulles font entendre les deux langues officielles du pays : «Mon Dieu», «It’s the Rocket», «He scores» — et «Tabernac». Non, trois fois non.</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/02/retour_du_tabarnac_02.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-3521" title="retour_du_tabarnac_02" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2011/02/retour_du_tabarnac_02.jpg" alt="" width="500" height="409" /></a></p>
<p>Références</p>
<p>Carrier, Roch, <em>la Guerre, yes sir !</em>, Montréal, Éditions du Jour, coll. «Les romanciers du Jour», R-28, 1970 (1968), 124 p.</p>
<p>Laurence, Jean-Christophe, «<a href="http://www.cyberpresse.ca/sports/hockey/201102/10/01-4368882-peinture-moi-le-ch.php">Peinture-moi le CH… En 100 ans d’existence, le Canadien de Montréal a inspiré beaucoup de peintres du dimanche, mais très peu de vrais artistes</a>», <em>la Presse</em>, 10 février 2011, cahier Au jeu, p. 4.</p>
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