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	<title>L’oreille tendue &#187; Lectures recommandées</title>
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	<description>« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).</description>
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		<title>Les seins de Ginette</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Feb 2012 10:23:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Apocop’]]></category>
		<category><![CDATA[Chanson]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est parfois difficile à croire, mais l’Oreille tendue a déjà été jeune. Dans ce temps-là, le groupe Beau dommage commençait sa carrière. Non seulement l’Oreille achetait ses disques — c’était bien avant l’audionumérique —, mais elle assistait à ses spectacles. Elle s’est donc un jour retrouvée dans un auditorium scolaire à écouter Michel Rivard, une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est parfois difficile à croire, mais <em>l’Oreille tendue</em> a déjà été jeune. Dans ce temps-là, le groupe <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Beau_Dommage">Beau dommage</a> commençait sa carrière. Non seulement <em>l’Oreille</em> achetait ses disques — c’était bien avant l’audionumérique —, mais elle assistait à ses spectacles.</p>
<p>Elle s’est donc un jour retrouvée dans un auditorium scolaire à écouter Michel Rivard, une des voix du groupe, chanter un de ses succès, «Ginette». Souvenez-vous : «Avec tes seins pis tes souliers à talon haut.» Mais pas ce jour-là, où Rivard remplaça «seins» par un synonyme, au grand plaisir de la foule boutonneuse : «Avec tes djos pis tes souliers à talon haut.»</p>
<p><em>Djos</em> ? Au Québec, dans la langue populaire, le mot est en effet synonyme de <em>seins</em>.</p>
<p>Ainsi, dans <em>Gros mots</em> (1999) de Réjean Ducharme, il est question de «djeaux» (p. 74, 83, 123, etc.) et de «rack-à-djeaux» (p. 74). Ce dernier terme est un synonyme de <em>soutien-gorge</em>, que Ducharme ramène parfois à sa plus simple expression : «Elle n’a plus non plus porté de soutien, que je jugeais superflu» (p. 64).</p>
<p>Cette synonymie entraîne trois remarques.</p>
<p>La graphie du mot n’est pas fixée : Ducharme choisit «djeaux» et <em>l’Oreille</em> a pensé spontanément à <em>«</em>djos», mais Léandre Bergeron propose «Jos (pron. djô)» (1980, p. 284).</p>
<p>Si <em>sein</em> peut être employé au singulier, cela ne paraît guère être le cas de <em>djos / djeaux / jos</em>.</p>
<p>Enfin, et surtout : quelle serait l’étymologie de ce mot ? Le mystère règne.</p>
<p>Références</p>
<p>Bergeron, Léandre, <em>Dictionnaire de la langue québécoise</em>, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.</p>
<p>Ducharme, Réjean, <em>Gros mots</em>, Paris, Gallimard, 1999, 310 p.</p>
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		<title>Le numérique et la langue des écrivains : esquisse de dictionnaire</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 10:25:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>

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		<description><![CDATA[Les écrivains qui mettent en scène des intrigues où le numérique joue un grand rôle utilisent le vocabulaire du numérique. C’est banal. N’en parlons pas. Attachons-nous plutôt à ceux qui font appel à ce vocabulaire, en français aussi bien qu’en anglais, dans des contextes où le numérique n’est pas mis en scène. Comme tout le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les écrivains qui mettent en scène des intrigues où le numérique joue un grand rôle utilisent le vocabulaire du numérique. C’est banal. N’en parlons pas.</p>
<p>Attachons-nous plutôt à ceux qui font appel à ce vocabulaire, en français aussi bien qu’en anglais, dans des contextes où le numérique n’est pas mis en scène. Comme tout le monde, ils ont intériorisé la langue de l’informatique.</p>
<p><strong>binary :</strong> «There was a generation waiting to inherit the earth, caring nothing for old-timers’ concerns : dedicated to the pursuit of the new, speaking the future&#8217;s strange, binary, affectless speach — quite a change from our melodramatic garam-masala exclamations» (Salman Rushdie, <em>The Moor&#8217;s Last Sigh</em>, Toronto, Vintage Canada, 1996 [1995], 437 p., p. 343).</p>
<p><strong>bogue :</strong> «J’aurais beau inventer, c’est toujours aux mêmes manques que la page me ramène, filles, frères, fantômes, du fond de ma tranchée, sous les images qui s’amoncellent, toujours aux mêmes bogues que je reviens, détails que le recul magnifie, petits mythes personnels, témoin tous ceux qui, de près ou de loin, me viennent de l’hiver» (Patrick Roy, <em>la Ballade de Nicolas Jones</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2010, 220 p., p. 89).</p>
<p><strong>copie de secours :</strong> «Joyce a l’impression de vivre en marge d’un monde précieux et insaisissable. De l’autre côté de cette fenêtre, les événements se produisent par eux-mêmes, sans que l’on puisse les arrêter ou infléchir leur logique propre. Chaque seconde, chaque instant se déroule pour la première et la dernière fois. Impossible d’interrompre ce processus, de revenir en arrière ou d’enregistrer une copie de secours» (Nicolas Dickner, <em>Nikolski</em>, Québec, Alto, 2006, 325 p., p. 241).</p>
<p><strong>deleter :</strong> «On doit se “deleter”, pour le bien de l&#8217;humanité, pour que l&#8217;humanité ait encore le droit à sa connerie» (Catherine Mavrikakis, <em>Ça va aller</em>, Montréal, Leméac, 2002, 155 p., p. 99); «Il faut que j’arrive à roupiller, à me coucher hébétée et à me deleter» (Catherine Mavrikakis, <em>Fleurs de crachat</em>, Montréal, Leméac 2005, 198 p., p. 113).</p>
<p><strong>disque dur :</strong> «“Oh !” said James, his eyes opening wide. He opened his mouth again, wordless. The language sector of his hard disk was spinning, inaccessible» (Russell Smith, <em>Noise</em>, Erin [Ontario], The Porcupine’s Quill, 1998, 266 p., p. 37); «Je voudrais tant apprendre à oublier, effacer tout mon disque dur» (Catherine Mavrikakis, <em>Fleurs de crachat</em>, Montréal, Leméac 2005, 198 p., p. 108); «le disque mou que j’ai dans ma tête» (Daniel Bourrion, <a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503762/19-francs"><em>19 francs</em></a>, livre électronique, Saint-Cyr sur Loire, publie.net, 2010); «Vers 14 h 10, hier, sur la Saint-Denis, j’ai croisé François Guérette (le reconnaissant après qu’il m’ait interpellé, mon disque dur de visage ayant pris du temps à trouver les correspondances baudelairiennes associées aux joues, mâchoires, yeux, barbe, sourire etc.)» (Bertrand Laverture, <a href="http://techniciencoiffeur.blogvie.com/2011/01/20/the-oolong-millesime-1968-et-bouillonnement-matinal-des-reflexions/">blogue <em>Technicien coiffeur</em></a>, 20 janvier 2011).</p>
<p><strong>données :</strong> «Ce cauchemar m&#8217;a court-circuité les neurones, une décharge qui a érasé des données impossibles à stocker» (Tonino Benacquista, <em>la Maldonne des sleepings</em>, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 2167, 1989, 249 p., p. 149).</p>
<p><strong>hyperlink :</strong> «my memory […] hyperlinks the two announcements» (Jaclyn Moriarty, <em>The Year of Secret Assignments</em>, Scholastic, 2005 [2004], 338 p., p. 195).</p>
<p><strong>interface : </strong>«“Lookee,” she said, “if we&#8217;re going to go on like interfacing together, you know, and why not, it&#8217;s a free country, why don&#8217;t we grab that little table in the corner, you know, before somebody else like beats us to it ?”» (Mordecai Richler, <em>Barney’s Version. With Footnotes and an Afterword by Michael Panofsky</em>, Toronto, Alfred A. Knopf, 1997, 417 p., p. 235).</p>
<p><strong>navigating :</strong> «His head, he realized, was like a computer game bristling with hidden lasers and fanged things; it was just a question of navigating the right path through the bad thoughts without getting zapped» (Russell Smith, <em>Young Men. Stories</em>, Toronto, Doubleday, 1999, 254 p., p. 119).</p>
<p><strong>programming :</strong> «But twelve years, that’s something else, every programming you ever received out of jail, from birth onward, will have been erased from your mind» (John Burdett, <em>The Godfather of Kathmandu</em>, New York, Alfred A. Knopf, 2010, 295 p., p. 120).</p>
<p><strong>ram :</strong> «He slid the key in and turned over the engine. The random access memory of his mind produced the image of the pizza delivery car he had seen earlier. A reminder that he was hungry» (Michael Connelly, <em>Chasing the Dime</em>, Boston, New York et Londres, Little, Brown and Company,  2002, 371 p., p. 323).</p>
<p><strong>réinitialisation :</strong> «Une expérience propice à la réinitialisation des valeurs, à l’introspection solitaire sous le regard des étoiles» (Julien Blanc-Gras, <em>Touriste</em>, Vauvert, Au diable vauvert, 2011, 259 p., p. 81).</p>
<p><strong>software :</strong> «I think the question is so far out of her range of knowledge she assumes I’m just another local whose mental software differs so far from the Australian that no understanding between us is possible» (John Burdett, <em>The Godfather of Kathmandu</em>, New York, Alfred A. Knopf, 2010, 295 p., p. 93).</p>
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		<title>Familles, je vous hais</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 10:26:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Néologie]]></category>

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		<description><![CDATA[On connaissait, en matière de décroissance démographique familiale radicale, le matricide, le parricide, l’infanticide, le fratricide. Plus récemment, le Québec a offert au monde les homicides intrafamiliaux. Dans la même catégorie, mais par anticipation, il ne faudrait oublier ni le spermicide ni le fœticide — «Éduquer pour contrer le fœticide en fonction du sexe», suggère [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On connaissait, en matière de décroissance démographique familiale radicale, le <em>matricide</em>, le <em>parricide</em>, l’<em>infanticide</em>, le <em>fratricide</em>. Plus récemment, le Québec a offert au monde les <a href="http://oreilletendue.com/2011/11/10/oui-mais/"><em>homicides intrafamiliaux</em></a>.</p>
<p>Dans la même catégorie, mais par anticipation, il ne faudrait oublier ni le <em>spermicide</em> ni le <em>fœticide</em> — «Éduquer pour contrer le fœticide en fonction du sexe», suggère d’ailleurs <em>le Devoir</em> du 23 janvier 2012 (p. A1).</p>
<p>Ajoutons encore l’<em>onclicide</em>, dont parlent Christian Gailly dans <a href="http://oreilletendue.com/2011/02/12/lexique-sylvicole/"><em>Dring</em></a> (1991, p. 106) et <a href="http://www.youtube.com/watch?v=bLgMGe0eAXM"><em>les Guignols de l’info</em></a> (2011), eux qui proposent aussi, s’agissant de Ratko Mladic, <em>tanticide</em>, <a href="http://oreilletendue.com/2009/07/21/l%e2%80%99art-d%e2%80%99etre-belle-mere/"><em>belle-mèreicide</em></a> et <em>grand-pèreicide</em>.</p>
<p><a href="http://philosophie-et-litterature.oboulo.com/familles-hais-gide-24704.html">André Gide</a> paraît avoir eu raison.</p>
<p>Références</p>
<p>Gailly, Christian, <em>Dring</em>, Paris, Éditions de Minuit, 1991, 153 p.</p>
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		<title>Conseil vestimentaire du jour</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jan 2012 10:17:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Alternance codique]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[Soit la phrase suivante, tirée des Corpuscules de Krause de Sandra Gordon (2010) : «Du point de vue de l’automobiliste, ça devait être quelque chose de faire pleins feux sur une flâneuse livide fringuée comme la chienne à Jacques, pince-monseigneur à la main, à dix heures du soir» (p. 202). «Fringuée comme la chienne à Jacques» ? [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Soit la phrase suivante, tirée des <em>Corpuscules de Krause</em> de Sandra Gordon (2010) : «Du point de vue de l’automobiliste, ça devait être quelque chose de faire pleins feux sur une flâneuse livide fringuée comme la chienne à Jacques, pince-monseigneur à la main, à dix heures du soir» (p. 202).</p>
<p>«Fringuée comme la chienne à Jacques» ? On y peut voir un exemple d’<a href="http://oreilletendue.com/category/alternance-codique/">alternance codique</a> entre variétés du français, du plus hexagonal («fringuée») au moins hexagonal («la chienne à Jacques»). Il faut surtout y entendre un conseil : qui que soit Jacques, il ne faut pas s’habiller comme sa chienne. Qui s’habille comme elle n’est <em>jamais</em> à son avantage.</p>
<p>On ne l’oubliera pas.</p>
<p>Référence</p>
<p>Gordon, Sandra, <em>les Corpuscules de Krause</em>, Montréal, Leméac, 2010, 237 p.</p>
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		<title>Citation violente du mercredi matin</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Jan 2012 10:19:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[«Dérision ou vrai piège à la retenir, sinon près de lui, à l’intérieur de lui, je dois tout exhumer mot à mot, piocher au fond du gâchis, des pattes de mouche et de cancrelat enchevêtrées, où ça se complique encore, bourré de fautes corrigées par des plus grosses ou des plus belles, trahissant en autres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>«Dérision ou vrai piège à la retenir, sinon près de lui, à l’intérieur de lui, je dois tout exhumer mot à mot, piocher au fond du gâchis, des pattes de mouche et de cancrelat enchevêtrées, où ça se complique encore, bourré de fautes corrigées par des plus grosses ou des plus belles, trahissant en autres efforts impuissants celui d’échapper à la contamination culturelle, aux façons de parler devenues des façons de vivre, aux mots qui vous servent moins à vous exprimer qu’on ne se sert de vous pour s’exprimer à travers eux.»</p>
<p>Réjean Ducharme, <em>Gros mots</em>, Paris, Gallimard, 1999, 310 p., p. 38.</p>
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		<title>Joueurs et lecteurs</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 10:42:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[Qui ne s’est pas un jour demandé ce que lisent les sportifs ? Plus précisément encore : les joueurs de hockey. En effet, les joueurs de hockey lisent. Dans l’excellent recueil de quelques-uns de ses articles que vient de faire paraître Roy MacGregor, Wayne Gretzky’s Ghost and Other Tales from a Lifetime in Hockey (2011), on trouve [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Qui ne s’est pas un jour demandé ce que lisent les sportifs ? Plus précisément encore : les joueurs de hockey. En effet, les joueurs de hockey lisent.</p>
<p>Dans l’excellent recueil de quelques-uns de ses articles que vient de faire paraître <a href="http://oreilletendue.com/2011/06/28/ergotons-sur-la-glace/">Roy MacGregor</a>, <em>Wayne Gretzky’s Ghost and Other Tales from a Lifetime in Hockey</em> (2011), on trouve des exemples de patineurs-lecteurs. L’inénarrable Don Cherry, aujourd’hui commentateur à la télévision, mais ci-devant joueur et entraîneur, raffole des livres d’histoire; il prétend même avoir lu tous les livres sur Horatio Nelson et la bataille de Trafalgar (p. 146). L’ex-gardien Gilles Gratton, un lecteur avide — «He reads constantly, even on the road» —, favorisait les livres d’astrologie, mais il ne dédaignait pas la lecture du <em>Seigneur des anneaux</em> (p. 158). <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Daigle">Alexandre Daigle</a> n’a pas eu la carrière qu’on lui promettait dans la Ligue nationale de hockey. Est-ce pour cela qu’il s’est mis à la lecture de Shakespeare et de Platon (p. 170 et 182) ? Ou l’inverse ?</p>
<p>Ken Dryden, qui fut gardien de but pour les Canadiens de Montréal avant de devenir député et ministre, a écrit des livres, dont un avec MacGregor (<em>Home Game. Hockey and Life in Canada</em>, 1989). En 1983, il publie <em>The Game</em>, un des rares classiques de la littérature sportive au Canada. Il y parle peu de ses propres lectures, bien qu’il cite Brecht (p. 128) et qu’il commente Freud (p. 190). En revanche, il décrit celles de ses coéquipiers Réjean Houle (des journaux et des biographies : Moshe Dayan, Martin Luther King, Pierre Elliott Trudeau [p. 69]) et Doug Risebrough (le même livre, ou une partie de celui-ci, durant toute une saison : <em>Wind Chill Factor</em> [p. 75]). Celles de <a href="http://oreilletendue.com/2010/12/04/de-guy-lafleur/">Guy Lafleur</a> ne sont pas abordées par Dryden, mais l’ailier droit en parle à Victor-Lévy Beaulieu en 1972 : «Je lis beaucoup de romans policiers, je lis toujours une centaine de pages avant de m’endormir. Je viens de terminer l’<em>Édith Piaf</em> de Simonne Berthaut, et <em>le Parrain</em> et <em>Papillon</em>» (p. 27).</p>
<p>L’actuel gardien des Flyers de Philadelphie aime bien exposer sa culture littéraire. C’est ce que souligne Jean Dion dans les pages du <em>Devoir</em> le 24 décembre 2011 : Ilya Bryzgalov trouverait réconfort «dans la lecture des philosophes grecs de l’Antiquité, Socrate (bien qu’il n’ait laissé aucun écrit), Platon, Aristote, chez Dostoïevski et Tolstoï» (p. C5).</p>
<p>Gratton, Dryden, Bryzgalov : ajoutons un quatrième «cerbère» — pour parler hockey — à cette courte liste, Jacques Plante. (On ne s’étonnera pas que les gardiens soient nombreux parmi les membres du peuple du livre hockeyistique : ils sont d’une espèce particulière.) Plante était connu tant pour avoir imposé le port du masque chez ses confrères que pour ses excentricités (il tricotait, il souffrait d’étranges troubles respiratoires, etc.). Il était dès lors attendu qu’il lise — mais à sa façon. S’il faut en croire Trent Frayne, dans <em>The Mad Men of Hockey</em> (1974), Plante, dans ses lectures, mêlait l’utile à l’agréable, tout en se méfiant de l’ennui :</p>
<blockquote><p>Il attachait à sa chaussure un haltère de seize livres. Il lisait trois pages de son livre, faisait une pause pour lever l’haltère trois fois, de nouveau trois pages, puis trois autres levées. Il passait ensuite à l’autre jambe et, au besoin, à un autre livre (p. 41, traduction maison).</p></blockquote>
<p>Plante pratiquait donc non seulement l’alternance des exercices, mais aussi des livres à lire. (Il s’agissait surtout de biographies, en anglais ou en français : Staline, Jacqueline Kennedy, Eisenhower, Churchill, Lénine, Khrouchtchev, Marx, Mao, Lester B. Pearson.)</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/2011/08/31/de-jean-beliveau/">Jean Béliveau</a> fut un des plus célèbres coéquipiers de Jacques Plante. La lecture joue un rôle important dans son image publique. On le photographie en train de lire, <a href="http://www.gettyimages.ca/detail/news-photo/ice-hockey-player-jean-beliveau-cigar-in-mouh-reading-a-news-photo/50653749">ici par exemple</a>. Il participe à des publicités pour la «Collection littéraire» des Éditions Marabout. Lecteur de romans policiers, Béliveau siège en 1956 au jury d’un prix québécois qui récompense un livre de Bertrand Vac, <em>l’Assassin dans l’hôpital</em>. Dans ses Mémoires, il se souvient de ses séances de lecture quand il habitait à Québec (p. 68 et 73), puis à Montréal (p. 136). Que lisait-il ? <em>Ma vie bleu-blanc-rouge</em> ne permet pas de répondre à cette question.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/01/lecteurs_hockey_beliveau.jpg"><img class="aligncenter  wp-image-6290" title="lecteurs_hockey_beliveau" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/01/lecteurs_hockey_beliveau.jpg" alt="" width="461" height="358" /></a></p>
<p><a href="http://www.lesyeuxdemauricerichard.com/">Maurice Richard</a> a joué avec Plante et Béliveau. On ne connaît pas avec beaucoup de précision ses lectures. S’il lui arrive d’être représenté un livre à la main, ce n’est jamais très instructif; sauf exceptions, on ne le dépeint qu’en présence de livres pour la jeunesse. Il signe la préface de quelques ouvrages, ce qui leur confère de la crédibilité, mais n’assure par qu’il les ait lus. Lorsque sa famille met à l’encan une partie de la collection particulière du Rocket, il n’y a que quelques revues disponibles et peu de livres; toutes ces publications portent sur lui-même. C’est peu pour un portrait du marqueur en lecteur. Signalons un cas singulier : Richard et sa famille vantant un… dictionnaire.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/01/lecteurs_hockey_richard.jpg"><img class="aligncenter  wp-image-6291" title="lecteurs_hockey_richard" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/01/lecteurs_hockey_richard.jpg" alt="" width="496" height="325" /></a></p>
<p>On se gardera de tirer des conclusions d’un aussi petit échantillon, mais on peut néanmoins émettre une hypothèse : sauf pour Richard, les livres sur le hockey ne paraissent pas tenir une grande place dans les lectures des hockeyeurs. Mais les plombiers lisent-ils des livres sur la plomberie ?</p>
<p>P.S.—<em>L’Oreille</em> a un fort vague souvenir de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rick_Chartraw">Rick Chartraw</a>, un joueur des années 1970-1980 pour les Canadiens, parlant de sa lecture de Camus — mais peut-être a-t-elle rêvé.</p>
<p>Références</p>
<p>Beaulieu, Victor-Lévy, «Un gars ordinaire, qui vise le sommet», <em>Perspectives (la Presse)</em>, 14 octobre 1972, p. 22, 24 et 27.</p>
<p>Béliveau, Jean, Chrystian Goyens et Allan Turowetz, <em>Ma vie bleu-blanc-rouge</em>, Montréal, Hurtubise HMH, 2005 (1994), 355 p. Ill. Préface de Dickie Moore. Avant-propos d’Allan Turowetz. Traduction et adaptation de Christian Tremblay.</p>
<p>Coucke, Paul, «Le prix du roman policier est décerné à Bertrand Vac», <em>la Patrie</em>, 31 janvier 1956, p. 24.</p>
<p>Dryden, Ken, <em>The Game. A Thoughtful and Provocative Look at a Life in Hockey</em>, Toronto, Macmillan of Canada, 1984 (1983), viii/248 p. Nombreuses rééditions et traductions.</p>
<p>Frayne, Trent, <em>The Mad Men of Hockey</em>, Toronto, McClelland &amp; Stewart Limited, 1974, 191 p. Ill. Autre édition : New York, Dodd, Mead and Company, 1974, 191 p. Ill.</p>
<p>MacGregor, Roy, <em>Wayne Gretzky’s Ghost and Other Tales from a Lifetime in Hockey</em>, Toronto, Random House Canada, 2011, xx/369 p. Ill.</p>
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		<title>Les gardiens, bis</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Jan 2012 10:17:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Grogne du pion]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Typographie]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a un an (et quatre jours), l’Oreille tendue consacrait quelques lignes au métier de correcteur. Elle notait alors le fait qu’on trouve peu de textes sur cette figure de l’édition. Ces jours-ci, elle découvre un article de Sophie Brissaud sur cette espèce en voie de disparition, tout à la fois portrait psychologique, hommage, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a un an (<a href="http://oreilletendue.com/2010/01/10/les-gardiens/">et quatre jours</a>), <em>l’Oreille tendue</em> consacrait quelques lignes au métier de correcteur. Elle notait alors le fait qu’on trouve peu de textes sur cette figure de l’édition. Ces jours-ci, elle découvre un article de Sophie Brissaud sur cette espèce en voie de disparition, tout à la fois portrait psychologique, hommage, élégie et «grand appel au secours» (p. 38).</p>
<p>Qui est le correcteur ? Un «phénomène de foire» (p. 39), un «mammouth» (p. 39), un «buvard humain doté de caractéristiques psychologiques bizarres (folie de persécution, fatalisme, ironie désabusée, souci maniaque du détail)» (p. 40), un «éboueur» de l’édition» (p. 42). Être «un humble traqueur de coquilles» est «plus qu’un métier : c’est une névrose» (p. 39). En effet, le correcteur «est défini non par son savoir mais par sa psychologie» (p. 39). C’est dit : «Le vrai correcteur ne sait rien et doute de tout» (p. 40).</p>
<p>Sophie Brissaud évoque un «désastre» (p. 39), mais avec humour : «en tant que graphiste, j’aime aussi passionnément la belle typo, mais je veux qu’elle ait les sous-vêtements qu’elle mérite» (p. 42).</p>
<p>La situation de cette «corporation utile» (p. 42) ne s’est pas améliorée depuis 1998.</p>
<p>[Complément du 17 janvier 2012]</p>
<p>Si l’on en croit Morgan Bourven, la situation s’est même détériorée. Voir son article «À qui la faute ?».</p>
<p>Références</p>
<p>Bourven, Morgan, «<a href="http://t.co/SlO1uwDy">À qui la faute ?</a>», <em>Que choisir</em>, 499, janvier 2012, p. 42-44.</p>
<p>Brissaud, Sophie, «<a href="http://cahiers.gutenberg.eu.org/cg-bin/article/CG_1998___31_38_0.pdf">La lecture angoissée ou la mort du correcteur</a>», <em>Cahiers GUTenberg</em>, 31, 1998, p. 38-42. Suivi d’une «Réponse d’un amateur», Jacques André (p. 43-44).</p>
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		<title>Actualité numérique de Voltaire</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Jan 2012 10:19:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y a quelques mois, l’Oreille tendue découvrait, grâce à Nicholson Baker, que des citations de Voltaire apparaissent dans le jeu vidéo Modern Warfare 2. La semaine dernière, par un tweet de @BillydeMtlCity, découverte semblable, dans un autre jeu, inFamous : «Mais dans le calme, il est coupable de tout le bien qu’il ne fait pas.» [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quelques mois, <em>l’Oreille tendue</em> découvrait, grâce à Nicholson Baker, que des citations de Voltaire apparaissent dans le jeu vidéo <em>Modern Warfare 2</em>.</p>
<p>La semaine dernière, par un <a href="https://twitter.com/#!/BillydeMtlCity/statuses/155466385617719296">tweet</a> de @BillydeMtlCity, découverte semblable, dans un autre jeu, <em>inFamous</em> : «Mais dans le calme, il est coupable de tout le bien qu’il ne fait pas.»</p>
<p>On n’arrête pas le progrès.</p>
<p>Référence</p>
<p>Baker, Nicholson, «<a href="http://www.newyorker.com/reporting/2010/08/09/100809fa_fact_baker?currentPage=all">Annals of Technology. Painkiller Deathstreak. Adventures in Video Games</a>», <em>The New Yorker</em>, 86, 23, 9 août 2010, p. 52-59.</p>
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		<title>M &amp; M</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Jan 2012 10:17:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divergences transatlantiques]]></category>
		<category><![CDATA[Jurons]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Publicité]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>
		<category><![CDATA[Télévision]]></category>

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		<description><![CDATA[La revue de théâtre Jeu consacre le dossier de son plus récent numéro à un thème inattendu : «Le théâtre m’ennuie.» (L’Oreille tendue y collabore, mais c’est une autre histoire.) Jean-François Chassay y signe un texte, «Défection», sur les raisons pour lesquelles il fréquente maintenant si peu, lui qui les a beaucoup courus, les théâtres montréalais. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La revue de théâtre <em>Jeu</em> consacre le dossier de son plus récent numéro à un thème inattendu : «<a href="http://www.revuejeu.org/revue/141/le-theatre-m-ennuie">Le théâtre m’ennuie.</a>» (<em>L’Oreille tendue</em> y collabore, mais c’est une autre histoire.)</p>
<p>Jean-François Chassay y signe un texte, «Défection», sur les raisons pour lesquelles il fréquente maintenant si peu, lui qui les a beaucoup courus, les théâtres montréalais. Réfléchissant plus largement à la culture québécoise, il a ces mots :</p>
<blockquote><p>Lors des années 70, une bande d’épais incultes cherchaient à convaincre le chaland que le patois québécois était une langue, beaucoup plus dynamique que le français de l’Hexagone, qu’on ramenait à l’étroitesse d’esprit de l’Académie française. Nous disions «marde» alors qu’eux ne disaient que «merde». Quelle richesse que la nôtre (p. 91).</p></blockquote>
<p>L’ironie fait mouche. On aurait cependant tort de penser que cette remarque n’a de valeur qu’historique. Le mot <em>marde</em> fait encore partie du paysage linguistique québécois.</p>
<p>On l’a entendu dans le <em>Bye Bye 2011</em>, la <a href="http://oreilletendue.com/2012/01/02/modeste-suggestion-de-mise-en-garde/">pathétique revue télévisuelle de fin d’année</a> que vient de diffuser la société Radio-Canada.</p>
<p>Le mot est fréquent sous la plume de la juvénile narratrice du roman <em>Et au pire, on se mariera</em> de Sophie Bienvenu (2011). Il est employé comme substantif («toute cette marde qui est arrivée après», p. 15), avec ou sans article («treize ans de marde », p. 121). Il y a des cas où la forme <em>merde</em> est préférée («sa guitare de merde», p. 56; «une idée de merde», p. 63); ça se défend. Un passage est même fondé sur l’alternance :</p>
<blockquote><p>Merde, ça me donne des frissons rien que d’y penser. C’est mal, Aïcha. J’ai plus que deux fois ton âge ! Ça me mettrait dans marde, ça te fuckerait la tête… pis ma tête avec. T’as déjà réfléchi à ça ? Merde ! (p. 60)</p></blockquote>
<p>Ça se défend tout autant.</p>
<p>Le mot est couramment employé, mais il peut néanmoins marquer la rareté («Rare comme de la marde de pape»). Qui est «fou comme d’la marde» ne se contient plus, alors que qui touche «le bout d’la marde» est découragé ou a atteint ses limites. Avec <em>marde</em>, on peut aussi jurer («Maudite marde»), se plaindre («C’est d’la (grosse) marde», «Ça ne vaut pas d’la marde»), vitupérer quelqu’un («Je lui ai donné d’la marde») et mettre fin à une hésitation («D’la marde; j’y vas»). «Mange de la marde» est une expression bien commune, mais qu’il n’est pas bon d’utiliser n’importe où : une des vedettes du palais de justice de Montréal (<a href="http://vtele.ca/emissions/l-arbitre/">et du petit écran</a>), Anne-France Goldwater, a été convoquée en novembre 2011 par le Conseil de discipline du Barreau du Québec, un de ses collègues lui reprochant d’avoir utilisé l’expression en Cour supérieure. (Me Goldwater est anglophone : elle aurait dit «<a href="http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-faits-divers/201110/01/01-4453233-propos-crus-envers-un-collegue-me-goldwater-devant-le-barreau.php">mange la marde</a>».) <em>Marde</em> a une riche descendance, de <em>mardeux</em> (être peureux; être chanceux), qui est usuel, à <em>démarder</em>, qui est rare (<em>le Devoir</em>, 11 mars 2010, p. A1).</p>
<p>La <em>marde</em> serait souvent transportée dans un <em>char</em>, d’où <a href="http://oreilletendue.com/2010/02/24/les-chars-de-l%E2%80%99olympe/"><em>char de marde</em></a>, parfois ramené à sa plus simple expression : «la législature du Massachusetts lui avait répondu de manger un char» (<em>le Devoir</em>, 27-28 mai 2000); «j’eusse aimé que Salé et Pelletier […] enjoignissent messieurs dames les bonzes de l’International Skating Union de manger un char» (<em>le Devoir</em>, 13 février 2002). <em>Manger un steamer de marde</em> est un équivalent idiosyncratique et très expressif de cette locution figée (si l’on peut dire). On voit aussi, dans certaines familles, <em>manger un steamer de marde avec une braoule en fer blanc pour pas qu’ça rouille</em>. Cela a l’avantage de la taille (on imagine le <em>steamer</em> plus logeable que le <em>char</em>) et de la couleur locale (ainsi que le rappelait Léandre Bergeron en 1980, la <em>braoule</em> est une «pelle à fumier» [p. 96]).</p>
<p>Non moins poétiquement, Hervé Bouchard, dans son <em>Mailloux</em> (2002), a une fort jolie <a href="http://oreilletendue.com/2011/11/28/dixieme-article-d%e2%80%99un-dictionnaire-personnel-de-rhetorique/">allitération</a> jouant des variétés régionales du français : «tas de merde, t’es de marde» (p. 60).</p>
<p>L’utilisation la plus troublante du mot <em>marde</em> est cependant celle-ci.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/01/marde.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-6185" title="marde" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/01/marde.jpg" alt="" width="478" height="779" /></a></p>
<p>Ça ne s’invente pas.</p>
<p>Références</p>
<p>Bergeron, Léandre, <em>Dictionnaire de la langue québécoise</em>, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.</p>
<p>Bienvenu, Sophie, <em>Et au pire, on se mariera</em>, Montréal, La mèche, 2011, 151 p.</p>
<p>Chassay, Jean-François, «Défection», <em>Jeu. Revue de théâtre</em>, 141, 4e trimestre 2011, p. 88-91.</p>
<p><em>Mailloux, histoires de novembre et de juin racontées par Hervé Bouchard citoyen de Jonquière</em>, Montréal, L’effet pourpre, 2002, 190 p.</p>
<p>Melançon, Benoît, «Les effets surprenants de l’ennui», <em>Jeu. Revue de théâtre</em>, 141, 4e trimestre 2011, p. 38-41.</p>
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		<title>Accidents de travail</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 10:17:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[La vie universitaire a ses rites : l’examen de synthèse au doctorat, la soutenance de thèse, la leçon inaugurale, le colloque, la conférence. Il y a jadis naguère, l’Oreille tendue s’était amusée à croquer sur le vif quelques «Scènes de la vie de colloque» (en PDF ici). Cela lui est revenu en mémoire au début de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La vie universitaire a ses rites : l’examen de synthèse au doctorat, la soutenance de thèse, la leçon inaugurale, le colloque, la conférence.</p>
<p>Il y a jadis naguère, <em>l’Oreille tendue</em> s’était amusée à croquer sur le vif quelques «Scènes de la vie de colloque» (en PDF <a href="http://lepied.files.wordpress.com/2009/03/le-pied-fevrier-2008.pdf">ici</a>).</p>
<p>Cela lui est revenu en mémoire au début de <em>Betty</em> d’Arnaldur Indridason :</p>
<blockquote><p>Je ne me rappelle plus le sujet de la conférence au cinéma de l’université. Je ne me rappelle pas non plus le titre de mon intervention, d’ailleurs cela n’a pas d’importance. C’était quelque chose comme la situation des négociations des armateurs islandais à Bruxelles, quelque chose au sujet de l’UE et nos pêcheries. J’ai utilisé PowerPoint et Excel. Je sais aussi que j’aurais pu m’endormir (p. 10).</p></blockquote>
<p>Ce sont les risques du métier.</p>
<p>Références</p>
<p>Indridason, Arnaldur, <em>Betty</em>, Paris, Métailié, coll. «Métailié noir. Bibliothèque nordique», 2011 (2003), 205 p. Traduction de Patrick Guelpa.</p>
<p>Melançon, Benoît, «Scènes de la vie de colloque (extraits)», <em>le Pied</em> (journal de l’Association des étudiants du Département des littérature de langue française de l’Université de Montréal), 4, 29 février 2008, p. 12-13.</p>
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