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	<title>L’oreille tendue &#187; Lectures recommandées</title>
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	<description>« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).</description>
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		<title>L’art du portrait, toujours</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Sep 2010 09:17:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits]]></category>

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		<description><![CDATA[«Léonard [de Vinci] ne passa que ses trois dernières années au Clos Lucé. Le bâtiment est en briques, avec un pignon à redans de genre flamand, si je me souviens bien. La dame qui nous conduisit, et qui était plus vraisemblablement une vieille demoiselle, avait les cheveux tirés et portait des lunettes, ce qui lui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>«Léonard [de Vinci] ne passa que ses trois dernières années au Clos Lucé. Le bâtiment est en briques, avec un pignon à redans de genre flamand, si je me souviens bien. La dame qui nous conduisit, et qui était plus vraisemblablement une vieille demoiselle, avait les cheveux tirés et portait des lunettes, ce qui lui donnait un air de sévérité. Elle était en pantoufles. Quoi qu’il en fût, je savourais son langage châtié, précis, assez monotone au demeurant. Elle utilisait le passé simple avec facilité.</p>
<p>Elle me fit voir quantité d’objets précieux : une page d’évangéliaire illustrée par Fouquet, trois plats de Bernard Palissy, et même des petits automates qu’elle fit distraitement fonctionner. Rien ne la déridait.»</p>
<p>Henri Calet, <em>Cinq sorties de Paris</em>, Paris, Le Tout sur le tout, 1989, 96 p., p. 43.</p>
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		<title>Tabarnak et tabarnaque</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Sep 2010 09:41:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jurons]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[[Attention, lecteur : entrée inhabituellement longue.]
J’ai aperçu avant-hier quelques ex-étudiants de mon cours d’histoire de la littérature au théâtre Espace libre. Je n’ai pas eu l’occasion de leur demander ce qu’ils ont pensé de la conférence et de la pièce auxquelles nous venions d’assister. Je me demande s’ils partagent une partie de mon scepticisme.
Artiom Koulakov a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>[Attention, lecteur : entrée inhabituellement longue.]</p>
<p>J’ai aperçu avant-hier quelques ex-étudiants de mon cours d’<a href="http://www.mapageweb.umontreal.ca/melancon/fra1027.html">histoire de la littérature</a> au théâtre Espace libre. Je n’ai pas eu l’occasion de leur demander ce qu’ils ont pensé de la conférence et de la pièce auxquelles nous venions d’assister. Je me demande s’ils partagent une partie de mon scepticisme.</p>
<div id="attachment_1997" class="wp-caption aligncenter" style="width: 234px"><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/09/koulakov.jpg"><img class="size-medium wp-image-1997" title="Artiom Koulakov" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/09/koulakov-224x300.jpg" alt="" width="224" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Source : Voir, 26 août 2010 (http://www.voir.ca/)</p></div>
<p>Artiom Koulakov a 24 ans. Il a commencé à apprendre le français à l’âge de six ans. Il enseigne cette langue à l’Université d’État de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Saratov">Saratov</a>, à 723 km au sud-est de Moscou. Et il s’intéresse aux <a href="http://oreilletendue.com/2010/08/29/cuisine-quebeco-russe/">jurons québécois</a>, les sacres. (<em>Sacres québécois</em> est pléonastique, précise-t-il, ce qui est bien vu.)</p>
<p>Pourquoi ? Pour deux raisons. On se penche régulièrement dans son université, autour de Vassili Klokov, sur les variations régionales du français, dont le «français canadien». Depuis la chute de l’empire soviétique, on travaille beaucoup en Russie sur le juron : c’est le signe tangible d’un vent de libéralisation, langagière, mais pas seulement. Koulakov raconte cela sourire en coin, ponctuant son propos de <em>icitte</em> et de <em>tabarouette</em> (juron euphémisé), autour desquels on entend toujours des guillemets, malgré une bonne volonté évidente d’adaptation à son public local.</p>
<p>Quelles sont les particularités des jurons québécois suivant Koulakov, dont l’ampleur du répertoire mérite l’admiration ?</p>
<p>La première n’étonne pas : le gros des jurons, au Québec, provient du catholicisme (noms de personnes, objets du culte, etc.). L’identité nationale québécoise serait doublement religieuse : le catholicisme a marqué le développement de la nation (pratiques religieuses, institutions, etc.); il lui a donné ses sacres.</p>
<p>La seconde est que le sacre, qui est toujours, du moins à l’origine, une interjection, est, au Québec, l’objet d’une proliférante relexicalisation. Koulakov démontre cela avec le juron <em>crisse</em> (Christ); je préfère <a href="http://oreilletendue.com/2010/09/01/tabarnac-tabarnac/"><em>tabarnak</em></a> (tabernacle). On peut l’utiliser à plusieurs sauces : <em>tabarnak</em>, <em>mon tabarnak</em>, <em>tabarnak de x</em>, <em>tabarnaker quelque chose</em>, <em>s’en tabarnaker</em>, <em>s’en contre-tabarnaker</em>, <em>s’en contre-saint-tabarnaker</em>, etc. Cette relexicalisation est non seulement largement répandue au Québec, mais elle fonctionne aussi de façon particulière : à sa base, il y a l’interjection (<em>câlice</em> donne <em>câlicer</em>), alors qu’ailleurs c’est plutôt le substantif (<em>emmerdement</em> vient de <em>merde</em> substantif, pas de l’interjection).</p>
<p>Voilà des exemples de la «jurologie» qu’il expose ces jours-ci au théâtre Espace libre de Montréal, ainsi que dans plusieurs médias québécois — de Radio-Canada à <a href="http://www.voir.ca/publishing/article.aspx?zone=1&amp;section=11&amp;article=72664"><em>Voir</em></a> et à <a href="http://www.cyberpresse.ca/arts/spectacles-et-theatre/theatre/201008/23/01-4308840-sauce-brune-sauce-sacree-salee.php"><em>la Presse</em></a> —, qui raffolent du sujet et de l’exotisme du chercheur. Un souhait nourrit sa position : puisque la société québécoise a un inventaire de jurons beaucoup plus étendu que d’autres, il est du devoir de chacun, au Québec, de maintenir vivant l’intérêt pour les sacres et de les utiliser. C’est un bien national. Au Mexique, ne surnomme-t-on pas les Québécois Los Tabarnacos (et non Los Poutinistas, en l’honneur de la <a href="  http://fr.wikipedia.org/wiki/Poutine_%28plat%29">poutine</a>, plat quasi national) ?</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/09/koulakov_sauce.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-1998" title="koulakov_sauce" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/09/koulakov_sauce-175x300.jpg" alt="" width="175" height="300" /></a></p>
<p>À Espace libre, on a organisé la visite de Koulakov pour qu’elle coïncide avec la reprise de <a href="http://www.espacelibre.qc.ca/sacree-sauce-brune"><em>Sauce brune</em></a> (2009), une pièce écrite, mise en scène et produite par Simon Boudreault.</p>
<p>L’argument dramatique tient en quelques mots. Dans les cuisines d’une cantine scolaire, quatre femmes discutent en préparant les repas, en douze scènes, du lundi au vendredi, puis de nouveau le lundi. Armande, la plus vieille, est la «chef-cook» et tient à la rester. Sarah médit. Martine, l’ingénue, se fait violenter par son Charlot. Cindy raconte ses prouesses sexuelles. Le décor — tables métalliques, néons, ustensiles de cuisine — et les costumes — tabliers, filets pour les cheveux — sont réalistes. Et les quatre femmes sacrent à n’en plus finir. J’ouvre le texte de la pièce au hasard. C’est Armande qui parle :</p>
<blockquote><p>Y aiment crissement ça, tabarnak. Si j’fais pas ça, stie d’tabarnak, quessé m’as faire, crisse ? C’est mon ostie d’job d’être la tabarnaque de chef-cook, câlisse. On sert à d’quoi, icitte, crisse de tabarnak. On pourrait pas m’laisser tranquille une crisse de fois d’estie d’tabarnak ? Ça s’pourrait tu ça, câlisse de crisse ? (p. 81)</p></blockquote>
<p>C’est comme ça à toutes les pages — à toutes les répliques. (On notera que la graphie des jurons n’est pas fixée : <em>tabarnak</em> / <em>tabarnaque</em>.)</p>
<p>On aurait pourtant tort de lire (d’entendre) le texte de Boudreault comme une œuvre naturaliste. De la même façon que les comédiennes triturent d’un bout à l’autre de la pièce une curieuse matière brune (comme la sauce du titre) d’origine manifestement artificielle, elles parlent une langue inventée, où chacune a un registre clairement délimité (p. 6). Pareille accumulation de jurons n’a plus rien à voir avec une quelconque hiérarchie sociale des niveaux de langue : Simon Boudreault a lardé leurs répliques de tant de gros mots qu’on ne saurait croire à la «vérité» réaliste de ce qu’on entend dans leur bouche. «J’ai voulu créer une langue québécois surréaliste où les sacres prennent toute la place» (p. 8), écrit-il. Armande, Sarah, Martine et Cindy sont d’une autre planète linguistique que le commun des mortels. C’est ce qui rend d’autant plus admirable le travail des comédiennes : leur capacité d’adaptation lexicale vaut le déplacement, particulièrement celle de Johanne Fontaine (son Armande éructe, et pas uniquement contre les «osties d’l’ostie d’comité d’osties d’parents» [p. 17]) et de Catherine Ruel (sa Martine a un fort monologue sur la violence qu’elle subit [p. 56-59]).</p>
<p>Au-delà de cette inventivité verbale, je ne suis pas convaincu par le texte de Boudreault. Le hasard fait que le soir où j’ai assisté à la pièce Michel Tremblay se trouvait dans la salle, et son influence — en l’occurrence celle de ses premières pièces — est manifeste dans les situations dramatiques de <em>Sauce brune</em> (distribution féminine, enfermement, stratification sociale, violences et larmes, crudité). J’aurais aimé savoir ce qu’il pensait du travail de Boudreault, notamment de l’utilisation ponctuelle des monologues, si proche de son propre univers dramatique : à écouter les quatre cantinières, il est difficile de ne pas entendre ses personnages, par exemple ceux d’<em>À toi, pour toujours, ta Marie-Lou</em> (1971) — mais des personnages beaucoup plus portés sur la scatologie que les siens.</p>
<p>Pour résumer, peut-être un peu injustement, ma pensée, je dirais les choses ainsi : chez Tremblay, on est dans la tragédie; chez Boudreault, dans le drame. Comment mesurer l’écart ? Par le fait, notamment, que la surenchère linguistique et scatologique de la pièce entraîne inévitablement les spectateurs vers le rire — il est difficile de ne pas rire dans <em>Sauce brune</em> — et qu’ils arrivent difficilement à en sortir. Le chapelet d’horreurs débité par les quatre personnages dérobe à ceux-ci leur aliénation, et par là leur humanité, réduites que sont les quatre femmes sont à empiler les bons mots — les mots cruels, les gros mots, les mots crus — les uns sur les autres, comme autant d’assiettes sales.</p>
<p>Références</p>
<p>Boudreault, Simon, <em>Sauce brune</em>, Montréal, Dramaturges éditeurs, 2010, 137 p.</p>
<p>Tremblay, Michel, <em>À toi, pour toujours, ta Marie-Lou</em>, Montréal, Leméac, coll. «Théâtre canadien», 21, 1971, 94 p. Introduction de Michel Bélair.</p>
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		<title>Une belle parenthèse et un beau point d’interrogation</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Aug 2010 09:29:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[Peu après la Deuxième Guerre mondiale, le narrateur de l’Italie à la paresseuse reçoit un télégramme : «Un ami de Rome me demandait de rallier Padoue de toute urgence pour représenter la presse française à un congrès du “gaz combustible”» (p. 19). Ce «faux journaliste» — il ne sait rien de ce «gaz combustible», qui se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Peu après la Deuxième Guerre mondiale, le narrateur de <em>l’Italie à la paresseuse</em> reçoit un télégramme : «Un ami de Rome me demandait de rallier Padoue de toute urgence pour représenter la presse française à un congrès du “gaz combustible”» (p. 19). Ce «faux journaliste» — il ne sait rien de ce «gaz combustible», qui se révélera être le méthane — accepte néanmoins la proposition, et il en profite pour devenir un «faux touriste» (p. 92).</p>
<p>Le voyage demande quelques préparatifs, ce qui oblige le narrateur à quitter son voisinage habituel, en l’occurrence le XIVe arrondissement de Paris : «Mes occupations (?) me conduisent rarement sur les Grands Boulevards» (p. 26).</p>
<p>Cette parenthèse et ce point d’interrogation disent tout le rapport au monde d’Henri Calet. Ils me ravissent.</p>
<p>Référence</p>
<p>Calet, Henri, <em>l’Italie à la paresseuse. Journal de voyage</em>, Paris, Le Dilettante, 1990 (1950), 189 p.</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/08/calet_1990.gif"><img class="aligncenter size-full wp-image-1981" title="Henri Calet, l'Italie à la paresseuse, 1990 (1950)" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2010/08/calet_1990.gif" alt="" width="312" height="475" /></a></p>
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		<title>La détente de l’oreille</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2010/07/31/la-detente-de-l%e2%80%99oreille/</link>
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		<pubDate>Sat, 31 Jul 2010 09:17:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[Selon Réjean Ducharme, «Finalement, on a tous besoin de se ressourcer à un moment donné» (p. 116).
L’Oreille tendue va donc se ressourcer. De retour après la pause.
Référence
Ducharme, Réjean, Dévadé, Paris et Montréal, Gallimard et Lacombe, 1990, 257 p.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Selon Réjean Ducharme, «Finalement, on a tous besoin de se ressourcer à un moment donné» (p. 116).</p>
<p><em>L’Oreille tendue</em> va donc se ressourcer. De retour après la pause.</p>
<p>Référence</p>
<p>Ducharme, Réjean, <em>Dévadé</em>, Paris et Montréal, Gallimard et Lacombe, 1990, 257 p.</p>
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		<title>Méchante distinction</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2010/07/28/mechante-distinction/</link>
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		<pubDate>Wed, 28 Jul 2010 09:35:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chanson]]></category>
		<category><![CDATA[Divergences transatlantiques]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Publicité]]></category>

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		<description><![CDATA[Grâce à @Hortensia68, je découvre un texte de deux linguistes français en vue de la «Construction d’un lexique affectif pour le français à partir de Twitter». Il s’agit d’une proposition de communication pour le congrès Traitement automatique des langues qui vient de se tenir à Montréal.
J’y lis la phrase suivante : «Les auteurs ont commencé par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Grâce à <a href="http://twitter.com/hortensia68">@Hortensia68</a>, je découvre un texte de deux linguistes français en vue de la «<a href="http://j.mp/cqCogU">Construction d’un lexique affectif pour le français à partir de Twitter</a>». Il s’agit d’une proposition de communication pour le congrès <a href="http://www.groupes.polymtl.ca/taln2010/index.php">Traitement automatique des langues</a> qui vient de se tenir à Montréal.</p>
<p>J’y lis la phrase suivante : «Les auteurs ont commencé par deux types d’adjectifs germes : positifs (comme “bonne”, “agréable”, “excellent”, etc.) et négatifs (“mauvais”, ”méchant”, etc.).» Au Québec, il faudrait nuancer : «méchant» n’est pas toujours négatif. En fait, c’est un intensif fort prisé dans la Belle Province.</p>
<p>Les publicitaires s’en servent :</p>
<blockquote><p>«Les Méchants Mardis sont de retour et Stéphane Pelletier tentera sa chance au concours du Méchant Million» (2003).</p>
<p>«Méchante offre de Fido» (<em>la Presse</em>, 24 septembre 2008, p. A10).</p></blockquote>
<p>Les écrivains aussi :</p>
<blockquote><p>Nicolas Charette : «Je sais pas, c’est un hasard ! Un méchant hasard !» (p. 10)</p>
<p>François Lepage : «Je commençai à craindre qu’il se mette à boire à même la bouteille, ce qui aurait déclenché un méchant scandale» (p. 82).</p>
<p>Diane Vincent : «Méchants maniaques !» (p. 113)</p></blockquote>
<p>Les chanteurs ne sont pas en reste, Shaka (2001) en tête :</p>
<blockquote><p>Méchants pétards, méchants pétards, méchants pétards</p>
<p>Méchants pétards, méchants pétards, méchants pétards</p></blockquote>
<p>On ne confondra donc surtout pas le «méchant»<em> affectif</em>, négatif et assez banal, et le «méchant» <em>intensif</em>, plus neutre, mais ô combien populaire, et d’usage varié.</p>
<p>Références</p>
<p>Charette, Nicolas, <em>Jour de chance</em>, Montréal, Boréal, 2009, 225 p.</p>
<p>Lepage, François, <em>le Dilemme du prisonnier</em>, Montréal, Boréal, 2008, 151 p.</p>
<p>Vincent, Diane, <em>Peaux de chagrins</em>, Montréal, Triptyque, coll. «L’épaulard», 2009, 236 p.</p>
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		</item>
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		<title>Confession du jour</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2010/07/24/confession-du-jour/</link>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 09:17:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[Le téléphone sonne (ça arrive encore). Je réponds : «Oui.» On s’étonne, parfois.
Puis des écrivains s’en mêlent.
Réjean Ducharme :
Elle ne répond pas allô, elle répond oui, sans point d’interrogation, sans hésitation, sans condition. Ça me coupe le sifflet (p. 234).
Rex Stout :
«Yes ?» He has never answered a telephone right and never will (p. 43).
Soudain, je suis troublé.
Références
Ducharme, Réjean, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le téléphone sonne (ça arrive encore). Je réponds : «Oui.» On s’étonne, parfois.</p>
<p>Puis des écrivains s’en mêlent.</p>
<p>Réjean Ducharme :</p>
<blockquote><p>Elle ne répond pas allô, elle répond <em>oui</em>, sans point d’interrogation, sans hésitation, sans condition. Ça me coupe le sifflet (p. 234).</p></blockquote>
<p>Rex Stout :</p>
<blockquote><p>«Yes ?» He has never answered a telephone right and never will (p. 43).</p></blockquote>
<p>Soudain, je suis troublé.</p>
<p>Références</p>
<p>Ducharme, Réjean, <em>Dévadé</em>, Paris et Montréal, Gallimard et Lacombe, 1990, 257 p.</p>
<p>Stout, Rex, <em>The Mother Hunt : A Nero Wolfe Novel</em>, New York, Viking Press, 1963, 182 p.</p>
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		</item>
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		<title>Leçons d’anatomie</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2010/07/14/lecons-d%e2%80%99anatomie/</link>
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		<pubDate>Wed, 14 Jul 2010 09:35:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divergences transatlantiques]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[J’ai un peu de mal.
Selon mon Petit Robert, le cerveau est la «Masse nerveuse contenue dans le crâne de l’homme, comprenant le cerveau (2o), le cervelet, le bulbe et les pédoncules cérébraux» ou la «Partie antérieure et supérieure de l’encéphale des vertébrés formée de deux hémisphères cérébraux et de leurs annexes (méninges).» Il ne paraît [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai un peu de mal.</p>
<p>Selon mon <em>Petit Robert</em>, le cerveau est la «Masse nerveuse contenue dans le crâne de l’homme, comprenant le cerveau (2<sup>o</sup>), le cervelet, le bulbe et les pédoncules cérébraux» ou la «Partie antérieure et supérieure de l’encéphale des vertébrés formée de deux hémisphères cérébraux et de leurs annexes (méninges).» Il ne paraît donc pas être un muscle, cette «Structure organique contractile qui assure les mouvements.» Si tant est qu’une crampe soit bel et bien une «Contraction douloureuse, involontaire et passagère d’un muscle ou d’un groupe de muscles», on ne devrait donc pas avoir de <em>crampe au cerveau</em>.</p>
<p>Ce n’est pas l’avis du journal <a href="http://www.cyberpresse.ca/sports/soccer/201007/10/01-4297166-pourquoi-les-pays-bas-pourraient-gacher-la-fete.php"><em>la Presse</em></a> : «La crampe au cerveau [du Brésilien] Felipe Melo, dont l’expulsion pour avoir cramponné Arjen Robben a forcé les Auriverdes à finir le match à 10, a certes aidé les Néerlandais» (cahier Sports, 10 juillet 2010, p. 3).</p>
<p>Mais il y a plus délicat.</p>
<p>Les définitions du cerveau qu’on vient de lire sont classées sous la rubrique «Concret». Il y a aussi une rubrique «Abstrait», dans laquelle on trouve la définition suivante : «Le siège de la vie psychique et des facultés intellectuelles», laquelle est suivie des synonymes <em>esprit</em>, <em>tête</em>, <em>cervelle</em>.</p>
<p>Peut-on imaginer une <em>crampe de l’esprit</em> ? Oui, si l’on en croit Tanguy Viel, dans <em>Insoupçonnable</em> (p. 81).</p>
<p>Mon cerveau, je crois, n’arrive pas à tout bien suivre.</p>
<p>Référence</p>
<p>Viel, Tanguy, <em>Insoupçonnable</em>, Paris, Éditions de Minuit, coll. «Double», 59, 2009 (2006), 138 p.</p>
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		<title>Dehors !</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Jul 2010 09:33:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divergences transatlantiques]]></category>
		<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[En français, les façons de parler de congédiement (au Québec) ou de licenciement (outre-Atlantique) ne manquent pas.
On peut mettre quelqu’un à pied ou à la porte, le virer, le renvoyer, le remercier (parfois de ses services), le jeter dans la prochaine charrette de congédiements, s’en séparer, se priver de lui et de ses services, supprimer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En français, les façons de parler de <em>congédiement</em> (au Québec) ou de <em>licenciement</em> (outre-Atlantique) ne manquent pas.</p>
<p>On peut mettre quelqu’un <em>à pied</em> ou <em>à la porte</em>, le <em>virer</em>, le <em>renvoyer</em>, le <em>remercier</em> (parfois <em>de ses services</em>), le jeter dans la prochaine <em>charrette de congédiements</em>, s’en <a href="http://oreilletendue.com/2010/03/03/euphemisme-delicat-de-la-semaine/"><em>séparer</em></a>, se <em>priver de lui</em> et de<em> ses services</em>, <em>supprimer son poste</em> (et <em>lui</em> avec). Les employeurs peuvent <em>rationaliser</em>, <em>restructurer</em>, <em>sous-traiter</em>, <em>délocaliser</em> ou <em>couper dans le gras</em>. Au Québec, on entendra aussi <em>donner son 4 % à quelqu’un</em>. (Cette allusion à une prime de séparation peut même être employée en contexte amoureux : «Céline a donné son 4 % à René.»)</p>
<p>L’anglais n’est pas moins riche. Uniquement dans un récent roman de Michael Connelly, on trouve <em>Reduction in Force</em> (<em>RIF)</em>, <em>involuntary separation</em>, <em>downsized</em>, <em>pink-slipped</em>, <em>involuntary reduction in force</em>.</p>
<p>Partout, l’euphémisme délicat règne.</p>
<p>Référence</p>
<p>Connelly, Michael, <em>The Scarecrow</em>, New York, Little, Brown and Company, 2009. Édition électronique (iBooks).</p>
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		<title>Citation autrichienne du jour</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Jul 2010 09:31:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[«De sa grand-mère maternelle, il avait, lui, Glenn [Gould], appris l’allemand qu’il parlait couramment, comme je l’ai déjà indiqué. Par son élocution, il faisait honte à nos condisciples allemands et autrichiens qui parlaient une langue allemande complètement détériorée et qui parlent leur vie durant cette langue allemande complètement détériorée parce qu’ils ne sont pas sensibles [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>«De sa grand-mère maternelle, il avait, lui, Glenn [Gould], appris l’allemand qu’il parlait couramment, comme je l’ai déjà indiqué. Par son élocution, il faisait honte à nos condisciples allemands et autrichiens qui parlaient une langue allemande complètement détériorée et qui parlent leur vie durant cette langue allemande complètement détériorée parce qu’ils ne sont pas sensibles à leur langue. Mais comment un artiste peut-il ne pas être sensible à sa langue maternelle ! a souvent dit Glenn.»</p>
<p>Thomas Bernhard, <em>le Naufragé</em>, traduction de Bernard Kreiss, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 2445, 1993 (1983), 187 p., p. 30.</p>
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		<title>Crise d’identité(s)</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Jul 2010 09:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[Il y eut les Canadiens, qui devinrent des Canadiens français, puis des Québécois; ce sont les francophones.
De l’autre côté de la frontière linguistique, il y a des Anglais, des Canadians, des Canadiens anglais; ce sont les anglophones.
Quand ils habitent au Québec, ces derniers sont des Anglo-Québécois; ils sont minoritaires. En revanche, ils constituent la majorité [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y eut les <em>Canadiens</em>, qui devinrent des <em>Canadiens français</em>, puis des <em>Québécois</em>; ce sont les <em>francophones</em>.</p>
<p>De l’autre côté de la frontière linguistique, il y a des <em>Anglais</em>, des <em>Canadians</em>, des <em>Canadiens anglais</em>; ce sont les <a href="http://oreilletendue.com/2010/02/02/bourassisme/"><em>anglophones</em></a>.</p>
<p>Quand ils habitent au Québec, ces derniers sont des <em>Anglo-Québécois</em>; ils sont minoritaires. En revanche, ils constituent la majorité canadienne, celle du <em>ROC</em>, le <em>Rest of Canada</em>.</p>
<p>Les uns et les autres, géographie continentale oblige, sont <em>américains</em>. Ils ont tous un passeport <em>canadien</em>. On ne doit pas les confondre avec leurs voisins du Sud, les <em>États-Uniens</em>.</p>
<p>Le Thomas Bernhard du <em>Naufragé</em> vient compliquer les choses. Qui est le pianiste Glenn Gould ? Un «cyclone canadien américain» (p. 120), un «Canadien-Américain» (p. 174) qui ne cache pas la vérité, d’où sa «franchise typiquement canadienne-américaine» (p. 163), sa «manière canadienne-américaine, rude et franche et cependant salutaire» (p. 163) et sa «manière bien canadienne-américaine» (p. 170).</p>
<p>On comprend qu’on puisse s’y perdre.</p>
<p>Référence</p>
<p>Bernhard, Thomas, <em>le Naufragé</em>, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 2445, 1993 (1983), 187 p. Traduction de Bernard Kreiss.</p>
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