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	<title>L’Oreille tendue &#187; Lectures recommandées</title>
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	<description>« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).</description>
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		<title>Histoire de la littérature québécoise contemporaine 101</title>
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		<pubDate>Sat, 19 May 2012 09:17:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[École]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Numérique]]></category>

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		<description><![CDATA[[Que les amateurs de statistiques le notent. Cette entrée est la millième du blogue.] &#160;  «[Samuel Archibald] aurait brandi une scie mécanique de marque Mikita au-dessus de sa tête» (Jean-Philippe Martel, Littéraires après tout, 12 février 2012). «Ce n’est pas une raison pour hurler à un “nouveau mouvement littéraire québécois” […]» (Pierre Lefebvre, Liberté, avril [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>[Que les amateurs de statistiques le notent. Cette entrée est la millième du blogue.]</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right"> «[Samuel Archibald] aurait brandi<br />
une scie mécanique de marque Mikita au-dessus de sa tête»<br />
(Jean-Philippe Martel,<em><br />
<a href="http://litterairesaprestout.blogspot.ca/2012/02/les-onze-plus-belles-histoires-damour.html">Littéraires après tout</a></em>, 12 février 2012).</p>
<p align="right">«Ce n’est pas une raison pour hurler à un<br />
“nouveau mouvement littéraire québécois” […]»<br />
(Pierre Lefebvre, <em>Liberté</em>, avril 2012).</p>
<p align="right">«Après une longue lutte, elle note sur le babillard :<br />
“Benoît, emprunter <em>chainsaw</em>”»<br />
(Danielle Phabeuf, <em>la Folle de Warshaw</em>, 2004).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pendant de nombreuses années, <em>l’Oreille tendue</em> a enseigné l’<a href="http://www.mapageweb.umontreal.ca/melancon/fra1003.html">histoire de la littérature</a> à l’université, des Grecs à aujourd’hui, en une trentaine d’heures. Il lui arrivait de parler d’écoles, de mouvements ou de périodes littéraires, encore que ce ne fût pas sa tasse de thé pédagogique.</p>
<p>Réfléchissant à des textes de la littérature québécoise récente, elle propose néanmoins aujourd’hui d’en regrouper les auteurs sous l’étiquette <strong>École de la tchén’ssâ</strong>.</p>
<p>(Qu’est-ce qu’une tchén’ssâ ? Qui n’est pas <a href="http://oreilletendue.com/2010/04/05/publicite-fusion/">de souche</a> ne sait peut-être pas qu’il s’agit du mot anglais [«<em>chainsaw</em>»] désignant la tronçonneuse, mais acclimaté en français du Québec.)</p>
<p>Cette école est composée de <strong>jeunes écrivains contemporains</strong> caractérisés par une <strong>présence forte de la forêt</strong>, la <strong>représentation de la masculinité</strong>, le <strong>refus de l’idéalisation</strong> et une <strong>langue marquée par l’oralité</strong>.</p>
<p><em>L’Oreille tendue</em> surplombe une station de métro de la fenêtre du bureau où elle écrit ceci et elle possède une tchén’ssâ, mais il reste que cet outil est surtout utile hors de la ville, en forêt. La tchén’ssâ est d’un maniement relativement aisé — encore que l’ajustement de sa chaîne demande du <strong>doigté</strong> —, elle est bruyante et salissante, et elle peut être dangereuse. Parmi les membres de l’école dont il est question, il y a ceux pour lesquels la tchén’ssâ sert essentiellement à abattre et à débiter des arbres; d’autres sont plutôt inspirés par le film <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_Texas_Chain_Saw_Massacre"><em>The Texas Chainsaw Massacre</em></a> (1974). Certains critiques préfèrent parler de <strong>néoruralité</strong>, de <strong>posterroir</strong> ou de <strong>néoterroir</strong> pour désigner ces <strong>écrivains de la région</strong> ou <strong>du bois</strong>.</p>
<p>Il n’est pas nécessaire d’être un homme pour faire partie de l’École de la tchén’ssâ, mais plusieurs personnages que représentent ses membres sont des <strong>hommes</strong>, saisis dans un <strong>décor non urbain</strong>, souvent un <strong>fusil</strong> à la main. Parfois, ils se contentent d’une <strong>canne à pêche</strong>.</p>
<p>L’<strong>écriture réaliste</strong> des auteurs tchén’ssâ ne recule devant aucune matière. Le <strong>sang</strong> coule dans leurs textes au moins autant que l’<strong>huile à moteur</strong>. (<a href="http://oreilletendue.com/2012/05/16/le-triomphe-du-differentiel/"><strong>École du pickup</strong></a> serait un synonyme tout à fait acceptable d’École de la tchén’ssâ.) Ce réalisme n’est évidemment pas incompatible avec la <strong>création de mythologies personnelles</strong> ou avec des <strong>passages proches de la littérature fantastique</strong>.<em></em></p>
<p>Les écrivains de l’École de la tchén’ssâ, enfin, aiment faire entendre la <strong>langue populaire québécoise</strong>. Pour eux, une tchén’ssâ s’appelle une tchén’ssâ, pas une tronçonneuse ou une scie mécanique, et il ne leur viendrait pas à l’idée de mettre ce mot <a href="http://oreilletendue.com/2011/11/29/souligner-ou-pas/">en italique</a> dans leurs textes.</p>
<p>Quels sont les membres de l’École de la tchén’ssâ ? Parmi ses figures emblématiques, on compte <a href="http://oreilletendue.com/2011/09/02/d%e2%80%99arvida/"><strong>Samuel Archibald</strong></a>, <strong>Raymond Bock</strong> et <a href="http://oreilletendue.com/2009/07/05/trouvaille/"><strong>William M. Messier</strong></a>, mais on pourrait aussi leur associer <strong>Daniel Grenier</strong>, voire <strong>Madame Chose</strong>.</p>
<p>Sur le <strong>plan biographique</strong>, on notera — sans en faire une règle absolue — que ces auteurs sont nés à la fin <strong>années 1970</strong> ou durant les <strong>années 1980</strong>, qu’ils ont commencé à publier durant la <strong>deuxième <a href="http://oreilletendue.com/2012/02/23/danger-dhyperspecialisation/">décennie</a> du XXIe siècle</strong> et qu’ils ont été associés, ou le sont encore, au Département d’études littéraires de l’<strong>Université du Québec à Montréal</strong>. Ils sont souvent publiés, à Montréal, par <strong>Le Quartanier</strong>.</p>
<p>De qui s’inspirent-ils ? Sans qu’on puisse toujours parler d’une filiation directe, il est possible de rapporter leur travail littéraire, du côté du roman, à celui de <strong>Louis Hamelin</strong>, d’<strong>André Major</strong> ou de <strong>Victor-Lévy Beaulieu</strong>, parfois de <strong>Réjean Ducharme</strong>. Pour la poésie, il faudrait plutôt penser à <strong>Patrice Desbiens</strong>.</p>
<p>Les membres de l’École de la tchén’ssâ sont d’abord <strong>prosateurs</strong>, mais on compte aussi <strong>des poètes</strong> parmi eux (<a href="http://doctorak-go.blogspot.ca/2012/02/alexandre-dostie-et-pierre-brouillette.html"><strong>Alexandre Dostie</strong></a> de <strong>Duo Camaro</strong>, <strong>Marjolaine Beauchamp</strong>, <strong>Érika Soucy</strong>). Ils pratiquent volontiers la <strong>nouvelle</strong> (Grenier), parfois appelée <strong>histoire</strong> (Archibald, Bock). Le numérique n’a pas de secret pour eux : on les lit dans la <strong>blogosphère</strong> (<a href="http://sthenri.wordpress.com/">Grenier</a>) ou dans la <strong>twittosphère</strong> (<a href="https://twitter.com/#!/MadameChos/">Madame Chose</a>). Ils ont leur exégète, <a href="http://doctorak-go.blogspot.ca/2012/05/la-20-vs-la-132.html"><strong>Mathieu Arsenault</strong></a>, le fondateur de l’Académie de la vie littéraire au tournant du 21e siècle et l’auteur d’un texte éclairant sur la «<strong>ruralité trash</strong>» (<em>Liberté</em>, 295, avril 2012).</p>
<p>On peut posséder une tchén’ssâ, sans pour autant être de cette école. C’est le cas d’un poète apprécié de <em>l’Oreille tendue</em>, <a href="http://oreilletendue.com/2009/07/02/le-rap-du-pas-rap%e2%80%99/"><strong>François Hébert</strong></a>.</p>
<p>On peut décrire des lieux non montréalais, sans non plus en être. Le Rivière-du-Loup de <strong>Nicolas Dickner</strong> ou le Shawinigan de <a href="http://oreilletendue.com/2010/02/28/un-heritage-a-transmettre/"><strong>François Blais</strong></a> ne nécessite pas qu’on y coupe du bois.</p>
<p><em>L’Oreille tendue</em> a bien cherché une façon de rattacher <a href="http://oreilletendue.com/2012/04/03/jubilatoire-malgre-tout/"><strong>Éric Plamondon</strong></a> à l’École de la tchén’ssâ — à cause de ses allusions à la pêche à la ligne et au tir à l’arc (sur écureuil) —, mais sans être elle-même parfaitement convaincue.</p>
<p><a href="http://oreilletendue.com/2011/08/30/septieme-article-d%e2%80%99un-dictionnaire-personnel-de-rhetorique/"><strong>Mélanie Vincelette</strong></a> écrit sur le Nord (<em>Polynie</em>, Paris, Robert Laffont, 2011), mais on ne lui confierait pas une tchén’ssâ; ce pourrait être risqué. En revanche, <strong>Catherine Mavrikakis</strong> ferait de beaux ravages avec un outil comme celui-là : qu’on se souvienne de ce qu’un de ses personnages est capable de faire avec une pelle au début de <em>Ça va aller</em> (Montréal, Leméac, 2002).</p>
<p><strong>Nicolas Langelier</strong>, l’auteur du roman <em>Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles</em> (Montréal, Boréal, 2010), se situe aux antipodes des auteurs rassemblés ici, même si son personnage se réfugie dans l’ex-chalet familial.</p>
<p>Les textes de l’École de la tchén’ssâ sont encore <strong>peu nombreux</strong>, et beaucoup de leurs auteurs en sont encore au <strong>début de leur carrière</strong>. L’historien de la littérature suivra leur évolution avec <strong>attention</strong> et <strong>bienveillance</strong>.</p>
<p><strong>Exercices</strong></p>
<p>1. Répartissez les tenants de l’École de la tchén’ssâ en deux catégories : auteurs possédant une tchén’ssâ; auteurs ne possédant pas de tchén’ssâ.</p>
<p>2. Démontrez pourquoi Gabriel Anctil (<em>Sur la 132</em>, Montréal, Héliotrope, 2012), Jean-François Caron (<em>Rose Brouillard, le film</em>, Chicoutimi, La Peuplade, 2012) ou Ariane Gélinas (<em>les Villages assoupis</em>, Montréal, Marchand de feuilles, 2012) se rattachent, ou ne se pas rattachent pas, à l’École de la tchén’ssâ.</p>
<p>3. Traduisez le passage suivant en français hexagonal : «Big Lé allait assez souvent aux États avec moi pour savoir que la frontière entre le Canada et les States était une passoire. Il a dit à Luis qu’il pourrait la passer, América, et la lui domper à San Francisco s’il y mettait le prix. Ils s’en sont parlé pas mal le temps que Big Lé était là-bas. C’est resté de même pis Lé est rentré au Québec» (<em>Arvida</em>, p. 84).</p>
<p>4. Complétez la citation suivante : «Tu peux pas comprendre si tu viens de __________» (Arvida Crew).</p>
<p><strong>Citations choisies</strong><strong></strong></p>
<p>Daniel Grenier : «Et quand elle veut se rendre d’ici au comptoir de la cuisine, pour aller chercher le Windex, parce qu’en <a href="http://oreilletendue.com/2010/09/25/scene-de-la-vie-familiale/">gossant</a> sur sa plaie encore molle, elle a fait gicler le pus dans le miroir de la salle de bain, quand elle veut se rendre d’ici à là-bas, elle s’aligne un peu à gauche, histoire de ne pas dériver, dériver, dériver» (<em>Malgré tout on rit à Saint-Henri</em>, p. 73).</p>
<p>Raymond Bock : «[…] Jason s’est soudain précipité pour aller chercher une pinte d’huile à moteur dans le coffre et est revenu détacher ce qui restait de Turbide, qui s’est écrasé au sol, des aiguilles de pin collées dans sa face tuméfiée. Jason a arraché les pantalons à plis beiges du vieux et lui a abondamment aspergé le derrière avec l’huile. J’ai cru qu’il voulait l’immoler. J’allais lui dire d’au moins l’éloigner de l’arbre, mais Jason bougeait plus, les shorts baissés à mi-cuisse, bandé comme un démon» (<em>Atavismes</em>, p. 21-22).</p>
<p>Conseils du jour de Madame Chose : «La jeune femme moderne devrait savoir faire du caramel et graisser un moteur» (Twitter, <a href="http://twitter.com/MadameChos/status/202726423910301697">16 mai 2012</a>); «La jeune femme moderne devrait savoir partir une génératrice en battant des cils» (Twitter, <a href="http://twitter.com/MadameChos/status/200911680027361280">11 mai 2012</a>); «La jeune femme moderne devrait savoir creuser une rigole et appliquer ses fards avec les doigts» (Twitter, <a href="http://twitter.com/MadameChos/status/200184927680081920">9 mai 2012</a>); «La jeune femme moderne devrait savoir faire un bas de pantalon et chasser l&#8217;outarde» (Twitter, <a href="http://twitter.com/MadameChos/status/199839546983190530">8 mai 2012</a>); «La jeune femme moderne devrait savoir déveiner un cerf et poser des rouleaux chauffants» (Twitter, <a href="http://twitter.com/MadameChos/status/197658067519807488">2 mai 2012</a>).</p>
<p><strong>Lectures recommandées</strong><strong></strong></p>
<p>Archibald, Samuel, <em>Arvida. Histoires</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2011, 314 p. Ill.</p>
<p>Bock, Raymond, <em>Atavismes. Histoires</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2011, 230 p.</p>
<p>Grenier, Daniel, <em>Malgré tout on rit à Saint-Henri. Nouvelles</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2012, 253 p.<em></em></p>
<p><em>Liberté</em>, 295 (vol. 53, no 3), avril 2012, p. 5-47 : dossier «Les régions à nos portes». Textes de Pierre Lefebvre, Raymond Bock, Samuel Archibald, William S. Messier et Mathieu Arsenault.</p>
<p>Messier, William S., <em>Townships. Récits d’origine</em>, Montréal, Marchands de feuilles, 2009, 111 p.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://oreilletendue.com/2012/05/19/histoire-de-la-litterature-quebecoise-contemporaine-101/chainsaw-2/" rel="attachment wp-att-7524"><img class="aligncenter  wp-image-7524" title="chainsaw" src="http://oreilletendue.com/wp-content/uploads/2012/05/chainsaw.jpg" alt="" width="459" height="584" /></a></p>
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		<title>Le triomphe du différentiel</title>
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		<pubDate>Wed, 16 May 2012 10:00:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[Soit les deux phénomènes suivants, indubitables l’un comme l’autre. Il arrive que les écrivains, des plus obscurs au plus célèbres, soient fascinés par un mot ou une expression. Samuel Archibald est, ces jours-ci, un des écrivains les plus célèbres au Québec. Encore cette semaine, il recevait le Prix des libraires pour son Arvida (2011). (L’Oreille [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Soit les deux phénomènes suivants, indubitables l’un comme l’autre.</p>
<p style="padding-left: 30px;">Il arrive que les écrivains, des plus obscurs au plus célèbres, soient fascinés par un mot ou une expression.</p>
<p style="padding-left: 30px;">Samuel Archibald est, ces jours-ci, un des écrivains les plus célèbres au Québec. Encore cette semaine, il recevait le <a href="http://voir.ca/venise-landry/2012/05/14/avoir-su-jaurais-gage/">Prix des libraires</a> pour son <em>Arvida</em> (2011). (<em>L’Oreille</em> parlait de ce recueil <a href="http://oreilletendue.com/2011/09/02/d%e2%80%99arvida/">le 2 septembre 2011</a>.)</p>
<p>Dès lors, une question se pose à l’exégète archibaldien : l’auteur d’<em>Arvida</em> a-t-il un mot fétiche ? Si oui, lequel. (Il n’y a pas de <em>sinon</em>.)</p>
<p><em>L’Oreille tendue</em> propose l’hypothèse suivante : Samuel Archibald a un faible pour <em>différentiel</em> (pas l’adjectif, le substantif).</p>
<p>Démonstration</p>
<p style="padding-left: 30px;">«C’est Jim qui conduit sur les chemins de bois quand son père est soûl. Il a aidé son père à monter dans le camion puis il a roulé lentement sur la route de la compagnie forestière. Son père ronflait à côté de lui quand c’est arrivé, juste avant la côte défoncée qui le rend toujours nerveux, la côte pleine de roulières où les camionneurs cassent souvent leur transmission et qu’ils appellent la côte du différentiel» (<em>Arvida</em>, p. 43).</p>
<p style="padding-left: 30px;">«J’ai acquis là-bas [dans une <em>shop</em>] une certitude en germe, qui est moins une posture politique à part entière que ma morale d’écrivain et d’enseignant : je n’ai pas le droit de demander aux gens de s’intéresser à ce que j’écris ou d’écouter ce que j’ai à leur dire si je ne les écoute pas moi-même et si je ne m’intéresse pas du tout à la fabrication du <a href="http://www.lesnoeuds.com/noeud-248-noeud-rapala.html">nœud Rapala</a>, au bon assemblage du tré-carré ou aux sensibilités particulières des différentiels» («Le néoterroir et moi», p. 25).</p>
<p>CQFD</p>
<p>Références</p>
<p>Archibald, Samuel, <em><a href="http://www.lequartanier.com/catalogue/arvida.htm">Arvida</a>. Histoires</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2011, 314 p. Ill.</p>
<p>Archibald, Samuel, «Le néoterroir et moi», <em>Liberté</em>, 295 (53 : 3), avril 2012, p. 16-26.</p>
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		<title>Divergences transatlantiques 022</title>
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		<pubDate>Tue, 15 May 2012 09:23:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divergences transatlantiques]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[Soit les deux phrases suivantes. «ils sont pressés, tous, courant à la sortie des bureaux, mangeant, lorgnant les montres et les téléphones, portant les sacoches» (Ceux d’à côté, p. 22). «Elle avait fait mine de fouiller dans sa sacoche, évitant de regarder dans sa direction, comme s’il avait été un mendiant» (Malgré tout on rit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Soit les deux phrases suivantes.</p>
<p style="padding-left: 30px;">«ils sont pressés, tous, courant à la sortie des bureaux, mangeant, lorgnant les montres et les téléphones, portant les sacoches» (<em>Ceux d’à côté</em>, p. 22).</p>
<p style="padding-left: 30px;">«Elle avait fait mine de fouiller dans sa sacoche, évitant de regarder dans sa direction, comme s’il avait été un mendiant» (<em>Malgré tout on rit à Saint-Henri</em>, p. 13).</p>
<p>La première sacoche, façon de parler, n’a pas de sexe : «Sac de cuir (ou parfois de toile forte) qu’une courroie permet de porter», dit <em>le Petit Robert</em> (édition numérique de 2010). En revanche, la seconde, au Québec, en a un, le féminin : «Sac à main (de femme)» (bis).</p>
<p>C’est comme ça.</p>
<p>Références</p>
<p>Grenier, Daniel, <em>Malgré tout on rit à Saint-Henri. Nouvelles</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2012, 253 p.</p>
<p>Mauvignier, Laurent, <em>Ceux d’à côté</em>, Paris, Éditions de Minuit, 2002, 156 p.</p>
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		<title>Les zeugmes du dimanche matin et de Saint-Henri</title>
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		<pubDate>Sun, 13 May 2012 09:17:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Zeugme]]></category>

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		<description><![CDATA[«Marion ramassait les restes du souper en me zyeutant par moments et par endroits, jamais vraiment plus haut que mon cou» (p. 118). «on est sortis de l’aéroport sous le soleil de l’autoroute, en nage, en trombe» (p. 130). Daniel Grenier, Malgré tout on rit à Saint-Henri. Nouvelles, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2012, 253 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>«Marion ramassait les restes du souper en me zyeutant par moments et par endroits, jamais vraiment plus haut que mon cou» (p. 118).</p>
<p>«on est sortis de l’aéroport sous le soleil de l’autoroute, en nage, en trombe» (p. 130).</p>
<p>Daniel Grenier, <em>Malgré tout on rit à Saint-Henri. Nouvelles</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2012, 253 p.</p>
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		<title>Citation de classe du jour</title>
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		<pubDate>Sat, 12 May 2012 09:17:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est «une qualité qu’on doit reconnaître aux bourgeois à l’ancienne de ne pas recourir à cette langue de bois et de dire qu’on est mort, pas décédé ou parti». Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, Paris, P.O.L., 2009, 309 p., p. 95.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est «une qualité qu’on doit reconnaître aux bourgeois à l’ancienne de ne pas recourir à cette <a href="http://oreilletendue.com/2010/10/17/ecologie-linguistique/">langue de bois</a> et de dire qu’on est <a href="http://oreilletendue.com/2009/06/19/laissez-les-mourir/">mort</a>, pas décédé ou parti».</p>
<p>Emmanuel Carrère, <em>D’autres vies que la mienne</em>, Paris, P.O.L., 2009, 309 p., p. 95.</p>
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		<title>Divergences transatlantiques 020</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2012/05/10/divergences-transatlantiques-020/</link>
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		<pubDate>Thu, 10 May 2012 09:17:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divergences transatlantiques]]></category>
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		<description><![CDATA[Soit la citation suivante, tirée de «Le voleur et le roi», de Pierre Lefevbre : Comme beaucoup de personnages qui peuplent la mythologie grecque, le roi Midas n’est plus tellement une référence aujourd’hui. C’est dommage, surtout que son histoire commence par une brosse. Une vraie, une grosse (p. 55-56). Qu’est-ce que cette brosse qui serait à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Soit la citation suivante, tirée de «Le voleur et le roi», de Pierre Lefevbre :</p>
<blockquote><p>Comme beaucoup de personnages qui peuplent la mythologie grecque, le roi Midas n’est plus tellement une référence aujourd’hui. C’est dommage, surtout que son histoire commence par une brosse. Une vraie, une grosse (p. 55-56).</p></blockquote>
<p>Qu’est-ce que cette brosse qui serait à l’origine d’un mythe grec ? S’agit-il d’une variété de celles dont parle <em>le Petit Robert</em> (édition numérique de 2010) ?</p>
<blockquote><p>1. Ustensile de nettoyage, formé d’un assemblage de filaments (poils, fibres végétales ou synthétiques, fils métalliques) fixés sur une monture perpendiculaire.</p>
<p>2. Pinceau de peintre.</p>
<p>3. Balai.</p>
<p>4. Rangées de poils sur les pattes ou le torse de certains insectes (notamment pour recueillir le pollen).</p></blockquote>
<p>Que nenni. Revenons au texte de Pierre Lefebvre :</p>
<blockquote><p>C’est Silène, un satyre, un soûlon, le père adoptif de Dionysos qui la prend (p. 56).</p></blockquote>
<p>Récapitulons : on <em>prend</em> une <em>brosse</em>; cela arrive à un <em>soûlon</em>. Voilà la clé de l’affaire : qui <em>prend une brosse</em>, donc, <em>s’enivre</em>. Même chez les Grecs.</p>
<p>Référence</p>
<p>Lefebvre, Pierre, «Le voleur et le roi. Troisième confession d’un cassé», <em>Liberté</em>, 295 (53 : 3), avril 2012, p. 48-59.</p>
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		<title>Beauté du mais</title>
		<link>http://oreilletendue.com/2012/05/09/beaute-du-mais/</link>
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		<pubDate>Wed, 09 May 2012 09:17:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Lumières]]></category>

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		<description><![CDATA[Certains ont le mais sexiste, par exemple au XVIIIe siècle : «Mais, mais&#8230;.. oh ! voilà le mais éternel des jolies femmes, &#38; des Auteurs» (la Manie des arts, p. 43-44); «Mon Frere est comme les femmes, il a toujours en réserve un perfide mais» (la Cinquantaine dramatique, p. 24). En revanche, d’autres ont le génie du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Certains ont le <em>mais</em> sexiste, par exemple au XVIIIe siècle : «Mais, mais&#8230;.. oh ! voilà le mais éternel des jolies femmes, &amp; des Auteurs» (<em>la Manie des arts</em>, p. 43-44); «Mon Frere est comme les femmes, il a toujours en réserve un perfide mais» (<em>la Cinquantaine dramatique</em>, p. 24).</p>
<p>En revanche, d’autres ont le génie du <em>mais</em>.</p>
<p>C’est le cas de <a href="http://oreilletendue.com/2009/10/20/citation-inimitable-du-jour/">P. Landry</a>.</p>
<p>Ou de Daniel Grenier : «On leur avait fait comprendre que ce niveau de français était excellent mais inacceptable et que des cours offerts par le ministère de l’Immigration étaient souhaitables mais obligatoires» (<em>Malgré tout on rit à Saint-Henri</em>, p. 113).</p>
<p>Références</p>
<p>Grenier, Daniel, <em>Malgré tout on rit à Saint-Henri. Nouvelles</em>, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2012, 253 p.</p>
<p><em>La Cinquantaine dramatique de M. de Voltaire, suivie de l&#8217;Inauguration de sa statue, intermède en un Acte, orné de Chants &amp; de Danses, par l&#8217;Auteur du Poeme du Luxe</em>, Aux Fossez; et se trouve à Paris, Chez Durand, Libraire, rue Galande, Despilly, Libraire, rue S. Jacques, 1774, 68 p. Texte d’Alexandre-Jacques Du Coudray.</p>
<p>Rochon de Chabannes, <em>la Manie des arts, ou la Matinée à la mode, comédie en un acte et en prose</em>, Paris, Sebastien Jorry, 1763, 66 p.</p>
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		<title>Exercice de traduction du mardi matin</title>
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		<pubDate>Tue, 08 May 2012 09:17:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>
		<category><![CDATA[Traduction]]></category>

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		<description><![CDATA[Henry Skrimshander, l’arrêt-court des Harpooners du collège Westish, dont on disait qu’il était destiné à une brillante carrière, devient incapable, du jour au lendemain, de lancer correctement la balle. C’est du baseball, et ça se passe dans le roman, déjà évoqué ici, The Art of Fielding de Chad Harbach (2011). Skrimshander souffrirait de la «Steve [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Henry Skrimshander, l’arrêt-court des Harpooners du collège Westish, dont on disait qu’il était destiné à une brillante carrière, devient incapable, du jour au lendemain, de lancer correctement la balle. C’est du baseball, et ça se passe dans le roman, déjà évoqué <a href="http://oreilletendue.com/2012/05/05/les-rats-du-ciel/">ici</a>, <em>The Art of Fielding</em> de Chad Harbach (2011).</p>
<p>Skrimshander souffrirait de la «<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Steve_Blass#Steve_Blass_Disease"><em>Steve Blass disease</em></a>». Cette maladie, à laquelle un lanceur des Pirates de Pittsburgh a donné son nom, touche des gens, notamment des sportifs, qui, pour une raison inconnue, ne parviennent plus à faire ce à quoi ils excellaient.</p>
<p>Le joueur des Harpooners prend progressivement conscience de son mal. Il en arrivera à ne plus <em>du tout</em> lancer la balle, mais, au départ, il commet surtout des erreurs : ses lancers sont trop faibles ou trop puissants, trop hauts ou trop bas.</p>
<p>Un jour, il oblige son joueur de premier but à sauter dans les airs pour attraper un lancer imprécis : Rick O’Shea — qui ne commettra heureusement pas de ricochet — «<em>snow-coned the ball with the fringe of his extra-long mitt</em>».</p>
<p>Traduction littérale : il attrape la balle à l’extrémité («<em>the fringe</em>») de son gant allongé de premier but («<em>his extra-long mitt</em>»); la balle, blanche, se détache du bout du gant, comme une boule de glace de son cornet («<em>snow-coned</em>»).</p>
<p>Quelqu’un veut se risquer à une traduction moins littérale ?</p>
<p style="text-align: left;">P.S.—Une autre occurrence ? «<em>He snow-coned the near half of the ball</em> […].»</p>
<p>Référence</p>
<p>Harbach, Chad, <em>The Art of Fielding</em>, édition numérique (iBooks), New York, Boston et Londres, Little, Brown and Company, 2012 (2011).</p>
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		<title>Citation à méditer du jour</title>
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		<pubDate>Mon, 07 May 2012 09:17:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Épistolarité]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>

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		<description><![CDATA[«Si j’écris un meilleur allemand que la plupart des écrivains de ma génération, je le dois en grande partie à une seule petite règle que j’observe depuis vingt ans. C’est la suivante : ne jamais utiliser le mot “je”, sauf dans les lettres» (Walter Benjamin, Écrits autobiographiques, 1990).]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>«Si j’écris un meilleur allemand que la plupart des écrivains de ma génération, je le dois en grande partie à une seule petite règle que j’observe depuis vingt ans. C’est la suivante : ne jamais utiliser le mot “je”, sauf dans les lettres» (Walter Benjamin, <em>Écrits autobiographiques</em>, 1990).</p>
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		<title>Les rats du ciel</title>
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		<pubDate>Sat, 05 May 2012 09:17:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoît Melançon</dc:creator>
				<category><![CDATA[Langue de Shakespeare]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures recommandées]]></category>
		<category><![CDATA[Sport]]></category>

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		<description><![CDATA[C’est le printemps : l’Oreille tendue lit donc un livre sur le baseball, The Art of Fielding (2011). Chad Harbach, son auteur, y bouleverse la faune atmosphérique. Les francophones ne sont pas étonnés qu’on leur parle de nuages qui moutonnent. Les anglophones le seront-ils de voir des nuages passer devant le soleil et faire fuir les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est le printemps : <em>l’Oreille tendue</em> lit donc un livre sur le baseball, <em>The Art of Fielding</em> (2011).</p>
<p>Chad Harbach, son auteur, y bouleverse la faune atmosphérique.</p>
<p>Les francophones ne sont pas étonnés qu’on leur parle de <em>nuages qui moutonnent</em>.</p>
<p>Les anglophones le seront-ils de voir des nuages passer devant le soleil et faire fuir les ombres sur l’herbe comme si c’était des rongeurs («<em>Shreds of cloud blew past the setting sun, causing shadows to scurry rodentially over the grass</em>») ?</p>
<p>Référence</p>
<p>Harbach, Chad, <em>The Art of Fielding</em>, édition numérique (iBooks), New York, Boston et Londres, Little, Brown and Company, 2012 (2011).</p>
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