De la douchette

Selon le Petit Robert (édition numérique de 2007), deux sortes de douchettes existent. Il y a l’«Appareil fixé à l’extrémité d’une alimentation en eau, percé de petits trous, qui permet la distribution de l’eau en pluie» et il y a l’«Appareil servant à la lecture des codes à barres».

Pourquoi le rappeler ?

Parce qu’Éric Chevillard aborde la question, et la chose, dans son recueil Dans la zone d’activité (p. 51), ce qui lui permet cette remarque linguistique plus générale :

C’est triste à dire mais le français moderne n’est pas moins décontenancé que le latin d’église lorsqu’il s’agit de nommer une réalité nouvelle, laquelle relève le plus souvent de la technique et nous arrive, telle Billy Holiday, inévitablement parée d’un nom américain. Le lexicologue de notre administration invente alors un vocable systématiquement malencontreux.

Démonstration, s’agissant du deuxième sens de douchette :

On croirait le cri du Québécois dans la tempête ou ce créole naïf de l’enfant qui se risque pour la première fois dans la langue.

Ça se discute.

Référence

Chevillard, Éric, Dans la zone d’activité, livre numérique, Saint-Cyr sur Loire, publie.net, 2008 (mise à jour le 21 septembre 2009), 66 p.

Du texto et de ses effets linguistiques, bis

Le texto annonce-t-il la mort de la maîtrise de l’orthographe ? Pas en anglais, si l’on en croit une équipe de chercheurs du Canada.

Written communication in instant messaging, text messaging, chat, and other forms of electronic communication appears to have generated a «new language» of abbreviations, acronyms, word combinations, and punctuation. In this naturalistic study, adolescents collected their instant messaging conversations for a 1-week period and then completed a spelling test delivered over instant messaging. We used the conversations to develop a taxonomy of new language use in instant messaging. Short-cuts, including abbreviations, acronyms, and unique spellings were most prevalent in the instant message conversation, followed by pragmatic signals, such use of emoticons, emotion words, and punctuation, and typographical and spelling errors were relatively uncommon. With rare exceptions, notably true spelling errors, spelling ability was not related to use of new language in instant messaging. The taxonomy provides an important tool for investigating new language use and the results provide partial evidence that new language does not have a harmful effect on conventional written language.

La conclusion est claire : «spelling ability was not related to use of new language in instant messaging» (la compétence en épellation n’était pas liée à l’utilisation d’un nouveau langage dans la communication instantanée).

Il n’y a pas de raison de penser que la situation serait différente en français.

Référence

Varnhagen, Connie K., G. Peggy McFall, Nicole Pugh, Lisa Routledge, Heather Sumida-MacDonald et Trudy E. Kwong, «lol: new language and spelling in instant messaging», Reading and Writing, mai 2009.

Citation géographique du jour

Jean Echenoz, Je m'en vais, 1999, couverture

«Vous allez sur Toulouse ? Lui demande Baumgartner.

La jeune femme ne répond pas tout de suite, son visage n’est pas bien distinct dans la pénombre. Puis elle articule d’une voix monocorde et récitative, un peu mécanique et vaguement inquiétante, qu’elle ne va pas sur Toulouse mais à Toulouse, qu’il est regrettable et curieux que l’on confonde ces prépositions de plus en plus souvent, que rien ne justifie cela qui s’inscrit en tout cas dans un mouvement général de maltraitance de la langue contre lequel on ne peut que s’insurger, qu’elle en tout cas s’insurge vivement contre, puis elle tourne ses cheveux trempés sur le repose-tête du siège et s’endort aussitôt. Elle a l’air complètement cinglée.»

Jean Echenoz, Je m’en vais, Paris, Éditions de Minuit, 1999, 252 p., p. 194.

La langue fait écrire

Dans le Monde des livres d’aujourd’hui, le 2 octobre, donc d’hier, quatre comptes rendus de livres sur la langue : sur l’orthographe (Olivier Houdart et Sylvie Prioul), sur la ponctuation (Érik Orsenna), sur Bossuet (Jean-Michel Delacomptée), sur l’invention du «français littéraire» au XIXe et au XXe siècle (sous la direction de Gilles Philippe et Julien Piat).

Pour celui de demain, le 3, donc d’aujourd’hui, on annonce un dossier spécial de quatre pages : «Une langue meurt en moyenne tous les quinze jours. Une grande enquête sur ces langues menacées d’extinction.»

Ouf.

Références

Houdart, Olivier et Sylvie Prioul, la Grammaire, c’est pas de la tarte !, Paris, Seuil, 2009, 190 p.

Orsenna, Érik, Et si on dansait ?, Paris, Stock, 2009, 130 p.

Delacomptée, Jean-Michel, Langue morte. Bossuet, Paris, Gallimard, coll. «L’un et l’autre», 2009, 198 p.

Philippe, Gilles et Julien Piat (édit.), la Langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Paris, Fayard, 2009, 576 p.

Citation juste du jour

 Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue, 1988, couverture

«Celui qui s’érige en gardien de la langue exerce par là une forme d’abus de pouvoir qui va contre la nature et la réalité du langage. Le purisme linguistique, la volonté de conserver à la langue une forme immuable — identifiable en fait à une élite de lettrés — alors que tout l’appelle à changer, est une attitude à la fois irrationnelle et irréaliste.»

Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue, Paris, Seuil, coll. «Points», série «Point-virgule», V61, 1988, 157 p., p. 95-96.