Où l’art du portrait croise celui du zeugme

 Timothy Hallinan, The Fourth Watch, 2008, couverture

N.B. : L’Oreille est surtout tendue en français, mais pas seulement. Voilà pourquoi il existe, en bas à droite, une catégorie «Langue de Shakespeare». Voilà aussi pourquoi elle ajoute le portrait suivant à sa collection (voir «Portraits»), d’autant qu’il contient un fort joli zeugme.

«He was un-evolved, one foot in the Mesozoic, and the other in his mouth» (ch. 25).

Timothy Hallinan, The Fourth Watcher. A Novel of Bangkok, HarperCollins, 2008. Édition numérique : iBooks.

Le zeugme du dimanche matin

Jean Echenoz, Des éclairs, 2010, couverture«Non qu’il soit ni se sente contraint par qui que ce soit de produire, trouver des idées nouvelles et inventer toujours, c’est juste que c’est plus fort que lui, étant à cet égard et à ses yeux — car détenant, il faut bien le dire, une assez haute idée de lui-même — plus imaginatif que tout le monde.»

Jean Echenoz, Des éclairs, Paris, Éditions de Minuit, 2010, 174 p., p. 43.

L’art du portrait, et un de plus

Jean Echenoz, Des éclairs, 2010, couverture

«Le siège de la Western Union : après un hall suivi de plusieurs autres halls kilométriques — lustres, marbres, tapis, statues, tableaux, tentures — ponctué d’huissiers, déjà fort longs à traverser, c’est en très lent travelling avant qu’apparaît enfin George Westinghouse en personne, installé derrière un bureau gothique au fond d’une pièce aux dimensions de stade. Homme à bajoues, haut et massif, tout en volume, dépourvu de transition entre tête et épaules, bardé de chaînes de montre et de moustaches de morse, économe de ses mots. Regard bleu froid plongeant n’ayant pas de temps à perdre, il désigne à Gregor un fauteuil de sa grosse main soignée, lestée d’une chevalière en fonte.»

Jean Echenoz, Des éclairs, Paris, Éditions de Minuit, 2010, 174 p., p. 34.

N.B.—On peut voir et entendre Jean Echenoz ici.

Le zeugme du vendredi matin

«Le but n’est pas de prouver que le plus détective des Belges s’est trompé, mais de montrer premièrement que ces éléments de doute introduisent du tremblé, du bougé dans le roman et qu’ils font à ce titre partie intégrante de l’art de la romancière, secondement que tout texte de valeur est un appel qui invite le lecteur à être créateur et de la partie.»

Pierre Popovic, «Le Survenant de Germaine Guèvremont : un plagiat», Spirale, 234, automne 2010, p. 17-18, p. 17. Compte rendu de Pierre Bayard, le Plagiat par anticipation, Paris, Éditions de Minuit, coll. «Paradoxe», 2009, 160 p. URL : <http://www.erudit.org/culture/spirale1048177/spirale1506010/61941ac.pdf>.

Cacophonie du dimanche matin

Lecture à voix haute l’autre soir, avec le fils cadet de l’Oreille tendue, de l’Attaque des Vikings de Mary Pope Osborne : «Si tôt ? s’étonne Tom» (p. 31); «Vous ne le gardez pas ? s’étonne Tom […]» (p. 47). En matière d’euphonie (to / to / to), peut mieux faire.

Référence

Pope Osborne, Mary, l’Attaque des Vikings, Paris, Bayard jeunesse, coll. «La cabane magique», 10, 2005 (1998), cinquième édition, 74 p. Traduction et adaptation de Marie-Hélène Delval. Illustration de Philippe Masson.