L’oreille tendue de… James Renner

James Renner, Addict, 2017, couverture«Quand Sherlock Holmes avait besoin de renseignements, il demandait à une armée d’enfants des rues de tendre l’oreille. Les Irréguliers de Baker Street, il les appelait. Il savait que ces gamins étaient capables de couvrir plus de terrain que n’importe quel homme seul. J’en suis venu à considérer ces limiers d’Internet comme mes propres Irréguliers.»

James Renner, Addict. «Mon obsession pour l’affaire Maura Murray», Paris, Sonatine éditions, 2017, 317 p. Traduction de Caroline Nicolas. Format mumérique.

Éphéméride vilarienne

Jean-François Vilar, Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, 1993, couvertureVous le savez : l’Oreille tendue est une lectrice de l’œuvre de Jean-François Vilar.

Elle se réjouit donc que France Culture ait décidé d’adapter pour la radio, en trois livraisons, le roman Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués (1993).

La première livraison, dans le cadre de Fictions / Samedi noir, a été diffusée le 6 janvier 2018. On y entend le personnage de Victor Blainville lire le journal intime d’Alfred Katz que lui a mystérieusement remis Abigail Stern, la maîtresse d’Alex Katz, le fils d’Alfred. Qu’y trouve-t-on en date du 12 janvier (1938) ?

Café de la Boule d’or, place Saint-Michel, 16 h 15.
Je n’ai pas dormi de la nuit. À l’atelier, j’ai eu l’impression que la matinée n’en finirait pas. J’espère qu’on ne regardera pas mon travail de trop près. À la sortie, un copain m’attendait. Il m’a remis un paquet de tracts à diffuser pour ce soir — encore et toujours l’Espagne ! J’ai juste eu le temps de passer chez moi pour le déposer et me changer.
C’est ensuite, en marchant le Quartier latin, que l’impatience a fait place à l’affolement. Qu’est-ce qui m’a donc pris ? Comment ai-je pu être assez idiot pour croire que mes petits poèmes pourraient intéresser André Breton ? Maintenant je suis piégé. Dans moins de trois quarts d’heure, ce sera le verdict. Tant pis pour moi, je n’aurai pas volé la leçon (p. 106).

La suite demain soir.

Référence

Vilar, Jean-François, Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, Paris, Seuil, coll. «Fiction & Cie», 1993, 475 p.

 

Le zeugme du dimanche matin et de la chanson française

Soit la chanson «Tétèoù» (1984), paroles et musique de Boris Bergman et Alain Chamfort, interprétation de Lio et Jacky (Jacques Jakubowicz).

Première citation : «Ce jour-là, j’avais descendu 227 marches, trois maris en fuites et 17 Jack Daniels / On ne devrait jamais faire de mélanges.»

Seconde citation : «On a écumé les bars, bières, bistrots.»

Allez, tous en chœur !

Portrait emprunté

Fred Vargas, l’Homme aux cercles bleus, édition de 2001, couverture

L’Oreille tendue collectionne les portraits (voyez ici). Elle ne s’y était toutefois pas encore mise au moment de sa lecture de l’Homme aux cercles bleus (1996).

Or ce roman policier de Fred Vargas en contient un beau spécimen, que vient d’exhumer Luc Jodoin sur son blogue, BiblioBabil (merci, encore une fois, Luc).

Danglard, qui avait un bon coup de crayon, comme on lui disait, caricaturait ses collègues. Ce qui fait qu’il s’y connaissait un peu en visages. La gueule de Castreau, il ne l’avait pas ratée par exemple. Mais d’avance, il savait qu’il ne s’attellerait pas au visage d’Adamsberg, parce que c’était comme si soixante visages s’y étaient entrechoqués pour le composer. Parce que le nez était trop grand, parce que la bouche était tordue, mobile, sans doute sensuelle, parce que les yeux étaient flous et tombants, parce que les os du léger maxillaire étaient trop apparents, ça semblait un cadeau que d’avoir à caricaturer cette gueule hétéroclite, née d’un véritable bric-à-brac au mépris de toute harmonie un peu classique. On pouvait envisager que Dieu s’était trouvé en panne sèche de matière première quand il avait fabriqué Jean-Baptiste Adamsberg, et qu’il avait dû racler les fonds de tiroirs, recoller des morceaux qui n’auraient jamais dû se trouver ensemble si Dieu avait disposé de bon matériel ce jour-là. Mais du coup, il semblait que Dieu, conscient du problème, s’était donné de la peine en échange, et même beaucoup de peine, et qu’il avait fait un coup magistral en réussissant de manière inexplicable ce visage. Et Danglard, qui de mémoire n’avait jamais vu une tête pareille, pensait que la résumer en trois coups de plume eût été une trahison, et qu’au lieu que ses traits rapides en extraient l’originalité, ils fassent à l’inverse disparaître sa lumière.

Fred Vargas, l’Homme aux cercles bleus, Paris, J’ai lu, coll. «J’ai lu. Policier», 6201, 2002 (1996), 219 p., p. 18.

P.-S.—On s’inquiétera, légitimement, de la concordance des temps dans la dernière phrase de l’extrait.

P.-P.-S.—Ce n’est pas la première fois que l’Oreille a l’occasion de citer du Vargas (voyez ).