Ami ami

Déclaration de Michel Therrien sur Jacques Demers, la Presse+, 19 octobre 2016

Être l’ami de quelqu’un, c’est bien; être son ami personnel, ce serait mieux.

Vraiment ?

La Presse du 15 octobre 2007 parlait «des amis personnels de l’ancien premier ministre» Jean Chrétien (p. A10). Ce type de superamitié paraît particulièrement actif dans le milieu politique, mais ça ne semble pas y être un avantage dans toutes les occasions. On se méfie, dirait-on, de l’ami personnel, surtout de l’ami personnel du régime, toujours suspect de vouloir abuser de sa position.

Question, en passant : est-il des amis impersonnels ? Si oui, ils ne doivent pas être très amusants.

 

[Complément du 11 novembre 2014]

Moment d’illumination de l’Oreille tendue ce matin : et si l’ami personnel était en fait l’ami intime ? Voilà qui expliquerait tout (ou presque).

 

[Complément du 22 décembre 2014]

Faisons plus simple encore : ami proche.

 

[Complément du 25 mai 2015]

Dans un manuel célèbre aux États-Unis, On Writing Well, William Zinsser s’en prend au «clutter», ce qui alourdit la prose. Vous pouvez enlever des mots d’une phrase ? Enlevez-les : «Writing improves in direct ratio to the number of things we can keep out of it that shouldn’t be there. […] Examine every word you put on paper. You’ll find a surprising number that don’t serve any purpose.» Un exemple ? «The personal friend has come into language to distinguish him or her from the business friend, thereby debasing both language and friendship.» Ne dévalorisons ni le langage ni l’amitié; ne parlons plus d’ami personnel.

 

Référence

Zinsser, William, On Writing Well. 30th Anniversary Edition. The Classic Guide to Writing Nonfiction, New York, Collins, 2006. Livre numérique.

Trouvaille

Le lecteur de Townships. Récits d’origine de William S. Messier (2009) ne peut qu’être frappé par la dimension états-unienne de ce recueil de nouvelles : décor, musique, sport, langue. Beaucoup de mots anglais (tearjerkers) y sont en italiques. La plus grande création linguistique de Messier, elle, n’est pas mise en relief : «vomir jusqu’à se fouler une amygdale» (p. 46). Elle mérite pourtant d’être soulignée.

 

[Complément du 13 mai 2015]

C’est confirmé. Il se passe des choses violentes dans la bouche des personnages de Messier. Autre exemple, tiré de Dixie, paru en 2013 : «Ses cordes vocales lui fouettent les dents, tellement elle hurle […]» (p. 137).

 

Références

Messier, William S., Townships. Récits d’origine, Montréal, Marchands de feuilles, 2009, 111 p.

Messier, William S., Dixie, Montréal, Marchand de feuilles, 2013, 157 p. Ill.

Ordinaire ?

Qu’une chose ou une autre puisse être ordinaire — moche, déplaisante, ennuyeuse —, cela, au Québec, va de soi. Il peut même arriver qu’une chose soit assez ordinaire, ce qui, malgré les apparences, est pire. C’est du moins ce que pense le défenseur François Beauchemin des Ducks d’Anaheim — c’est du hockey —, qui n’a pas reçu de proposition de contrat pour la prochaine saison des dirigeants de son équipe : «J’ai trouvé ça assez ordinaire de leur part» (la Presse, 21 mai 2009, cahier Sports, p. 2). Ni très ni peu : assez.

 

[Complément du 28 mars 2017]

Titre dans la section des sports de la Presse+ du jour : «Nathan Beaulieu. “J’ai été assez ordinaire…”»