Les chars de l’Olympe

Le chroniqueur Pierre Foglia, de la Presse, parlemente avec un surveillant pour entrer au Pavillon du Canada aux Jeux olympiques de Vancouver.

Vous parlez français, vous ? C’est le truc que j’ai trouvé. Quand ils ne parlent pas français, ils se sentent assez coupables, tu leur demanderais les clefs de leur char, ils te les donneraient. Anyway il m’a laissé entrer (23 février 2010, cahier Sports, p. 2).

Ce char est une voiture.

Jean Dion, du Devoir, s’interroge, lui, sur les négociations entre le président de la Ligue nationale de hockey et le Comité olympique international au sujet de la participation des joueurs professionnels, notamment russes, aux jeux de Sotchi dans quatre ans.

Il serait quand même joli de voir Ovechkin, Malkin, Markov, Kovalchuk et Semin dire au boss de manger un char (22 février 2010, p. A8).

Ce char n’est pas une voiture. Pour des raisons sur lesquelles l’Oreille tendue préfère ne pas se pencher, celui-là est plein de matières digérées expulsées (un char de marde).

On en conviendra : il y a char et char.

 

[Complément du 18 octobre 2015]

Exemples romanesques :

«Il tente d’ouvrir la boîte aux lettres avec un journal enroulé, donnant un char de marde à sa mère pour s’être stationnée trop loin de son objectif» (Dixie, p. 27).

«J’ai pas été capable de jouer au fin finot, de dire Mon mononcle est fâché, désolé, désolé. Ben oui, ben oui, ça m’fait plaisir de vous connaître, M’sieur Chose. Pas capable non plus d’i faire manger un char de marde» (la Même blessure, p. 203).

 

Références

Bouchard, Emmanuel, la Même Blessure, Québec, Septentrion, coll. «Hamac», 2015, 216 p.

Messier, William S., Dixie, Montréal, Marchand de feuilles, 2013, 157 p. Ill.

Le zeugme du samedi matin

Chloé Delaume, la Cri du sablier, éd. de 2003, couvertureVoici ce qu’en dit le Dictionnaire des termes littéraires :

Zeugme, zeugma (gr. lien) • Figure de construction qui consiste à faire dépendre d’un même mot deux termes disparates, qui entretiennent avec lui des rapports différents (dans la majorité des cas, il s’agit d’un verbe suivi de deux compléments d’objet). Le zeugme est souvent doué d’une intention humoristique. V. aussi syllepse. Ex. : «J’ai joué au tennis avec mon oncle et ma raquette» (B. Melançon); «Damoclès tira de sa poitrine un soupir et de sa redingote une enveloppe jaune et salie» (Gide) (p. 510).

(Ce que l’Oreille tendue fait là, à côté de Gide ? C’est une longue histoire.)

Autre exemple, chez Chloé Delaume, dans le Cri du sablier :

L’enfant parla fort tôt. On la jugea bavarde. Le seul mot qui manquait désignait classiquement le statut géniteur. Le père y remédia en exerçant la force. À chacun ses atouts. Il frappa rebelote jusqu’à lui décrocher le tandem de syllabes et sa menue mâchoire mais cela accessoirement (p. 20-21).

L’intention est un peu moins humoristique.

Références

Delaume, Chloé, le Cri du sablier, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 3914, 2003 (2001), 126 p.

Van Gorp, Hendrik, Dirk Delabastita, Lieven D’hulst, Rita Ghesquiere, Rainier Grutman et Georges Legros, Dictionnaire des termes littéraires, Paris, Honoré Champion, coll. «Dictionnaires & références», 6, 2001, 533 p.

Mystère impénétrable au Centre Bell

Bob Gainey n’est plus le directeur gérant des Canadiens de Montréal; c’est entendu.

Mais que lui est-il arrivé ? Le jour même, on s’interrogeait. Le lendemain, pas moins.

Le jour même, le 8 février, avant la conférence de presse officielle

Le site du Réseau des sports a d’abord écrit qu’il semblait que Gainey «se retirait», qu’il «démissionnait», qu’il «quittait ses fonctions».

Cyberpresse.ca, pour sa part, a cédé à la tentation du verbe quitter employé absolument, encore qu’au conditionnel : «Gainey quitterait à la faveur de Gauthier.» Non sans se poser la question toutefois : «A-t-on décidé de “démissionner” Gainey ? Il appert pour le moment que celui-ci aurait décidé de quitter de son propre chef, à trois semaines de la date-limite des transactions.»

Le lendemain

«Bob Gainey remplacé», titrait Radio-Canada. Ailleurs sur le site : «Gainey passe le flambeau

Le Devoir n’était pas moins neutre : «Gainey part, Gauthier arrive» (p. 1).

La une du Journal de Montréal pouvait, elle, porter à confusion : «Gainey lâche.» Verbe ou adjectif ?

Le site officiel des Canadiens se faisait positif : «Tandis que la formation est au plus fort de la course pour une place en séries, Gainey lègue donc les rênes de l’équipe à son bras droit Pierre Gauthier, qu’il continuera d’épauler en tant que conseiller spécial.»

Réjean Tremblay, dans la Presse, l’était beaucoup moins, quand il associait le départ de Gainey à celui de son prédécesseur : «Depuis, nous avons appris la vérité. André Savard avait été tassé de force de son job. Sans doute apprendrons-nous un jour que ce fut la même histoire dans le cas de Gainey» (cahier Sports, p. 5).

L’Histoire révélera la Vérité. (Mais Elle ne dira pas que Gainey a quitté.)

 

[Complément du 29 mars 2012]

Le successeur de Bob Gainey connaît le même sort que lui aujourd’hui. En début de journée, Pierre Gauthier était «relevé de ses fonctions». Par la suite, les choses ont été présentées autrement : «Geoff Molson congédie Pierre Gauthier.»  Le choix de verbe est meilleur.

Malheureusement pour lui, et pour le verbe quitter, Bob Gainey, qui était toujours associé aux Canadiens de Montréal, perd aussi son travail : «Gauthier congédié, Gainey quitte aussi.» Le choix de verbe laisse à désirer.

Probabilités

Jeux olympiques d’hiver oblige, les publicités sportives se multiplient. Parmi elles, celle de Samsung, qui lance «le pool de hockey le plus excitant que t’as jamais participé».

Quelles sont les meilleures probabilités ? En 2010, au Québec, de ne pas connaître le fonctionnement du pronom relatif ou, à Vancouver, de gagner ce pool ?

Au suivant

Aux footballs (le mondial, l’américain, le canadien) comme au hockey, les marqueurs aiment bien manifester leur joie, parfois sans la moindre retenue.

Ce n’est pas le cas de Mike Cammalleri, l’ailier gauche des Canadiens de Montréal.

Description d’un journaliste sportif du quotidien la Presse : «Si Alexander Ovechkin manque défoncer les baies vitrées chaque fois qu’il marque un but, Cammalleri, lui, est un modèle de discrétion : un demi-sourire, un petit geste de reconnaissance envers le coéquipier qui lui a refilé la rondelle et, hop, on passe à un autre appel» (30 janvier 2009, cahier Sports, p. 6).

Passer à un autre appel ? L’expression vient du vocabulaire des tribunes téléphoniques à la radio. Son sens : on passe à autre chose.

L’Oreille tendue va donc maintenant passer à un autre appel.

 

[Complément du 20 janvier 2014]

Le défenseur des Canadiens P.K. Subban a parfois des relations tumultueuses avec son entraîneur, Michel Therrien. À la suite du plus récent incident entre les deux hommes, le joueur a déclaré ce qui suit : «“On doit se remettre à jouer du hockey à notre façon”, a résumé P.K. Subban qui doit ardemment souhaiter que le Québec en entier passe à un autre appel» (la Presse+, 11 janvier 2014). «Le Québec en entier» : rien de moins.