Citation raisonnable du jour

Alain Vaillant, l’Histoire littéraire, éd. de 2017, couverture

«Il faut aussi se garder de ce qu’on pourrait appeler le littératurocentrisme. Même les historiens de la littérature convaincus qu’il faut sortir les textes de leur splendide isolement et les mettre en relation avec l’ensemble des savoirs et des pratiques culturelles risquent souvent de commettre une erreur de perspective. Spontanément et à leur insu, ils tendent à placer la littérature au centre de leur système puis ils font tourner autour d’elle les sciences, les arts et les autres pratiques culturelles — comme si l’écrivain jouissait d’une prééminence effective et avait le privilège de synthétiser le travail des philosophes, des peintres, des savants, des historiens, des psychologues… Or le monde ne tourne pas plus autour de la littérature que le soleil autour de la terre. La littérature n’est au centre de rien. Au sein de l’espace social, elle n’est elle-même qu’une institution, d’une importance très variable selon les époques, entretenant avec d’autres des relations complexes, mais ténues et plus ou moins périphériques : la première des illusions d’optique consiste à lui accorder a priori plus d’influence sociale et culturelle qu’elle n’en a effectivement et à fausser ainsi par avance la vision de la réalité.»

Alain Vaillant, l’Histoire littéraire, Paris, Armand Colin, coll. «U», 2017 (2e édition revue et augmentée), 408 p., p. 260.

Autopromotion 505

«Relieur», gravure de Robert Benard et Jean-Raymond Lucotte, septième volume des planches de l’Encyclopédie, Paris, 1769

La 427e livraison de XVIIIe siècle, la bibliographie de l’Oreille tendue, est servie.

La bibliographie existe depuis le 16 mai 1992. Elle compte 49 893 titres.

Illustration : «Relieur», gravure de Robert Benard et Jean-Raymond Lucotte, septième volume des planches de l’Encyclopédie, Paris, 1769

Les zeugmes du dimanche matin et de Régis Jauffret

Régis Jauffret, la Ballade de Rikers Island, 2014, couverture

«Il l’a appelée, elle s’est mise à courir. Il a fait quelques enjambées, mais déjà une femme arrêtée au feu rouge riait de ce gros bonhomme candidat à la chute et à la crise d’apoplexie» (p. 21).

«Un voile de tristesse sur son visage. Il avait la conscience en deuil, la bouche pâteuse, le gosier sec» (p. 187).

«Le vieux ne prie pas, il est trop replié sur sa peine pour entendre les bruits, à moins qu’il n’ait perdu la foi en même temps que sa famille dont il ne cherche plus que les cadavres» (p. 295).

«Au matin, il regrette ces vantardises et se propose d’entreprendre une cure de modestie et d’eau» (p. 306).

Régis Jauffret, la Ballade de Rikers Island. Roman, Paris, Seuil, 2014, 425 p.

L’oreille tendue de… Jean-Patrick Manchette

Jean-Patrick Manchette, le Petit Bleu de la côte ouest, 1976, couverture

«En attendant l’heure du déjeuner, tendant l’oreille pour saisir le bruit lointain des tronçonneuses et incapable de déterminer si c’était bien ce qu’il entendait, ou bien si c’était le vent dans les arbres, il se traîna sur le sol et s’empara des revues graveleuses. Le texte était en anglais, et fort pauvre des points de vue littéraire et même fantasmatique.»

Jean-Patrick Manchette, le Petit Bleu de la côte ouest, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 1714, 1976, 181 p., p. 103.

Citation emblématique du jour

Albert Camus, l’État de siège, éd. 1960, couverture

«Et le grand principe de notre gouvernement est justement qu’on a toujours besoin d’un certificat. On peut se passer de pain et de femme, mais une attestation en règle, et qui certifie n’importe quoi, voilà ce dont on ne saurait se priver !»

Albert Camus, l’État de siège. Spectacle en trois parties, Paris, Gallimard, 1960 (1948), 233 p., p. 102.