Accouplements 123

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

 

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L’avoir courte

Icône de bombe, MacintoshSoit les deux phrases suivantes :

«J’ai pas la mèche courte, madame, y’a pus de mèche, y’a le feu» (Venir au monde, p. 31).

«La journée s’annonçait longue et la patience de Brazeau avait déjà la mèche courte» (Coups de feu au Forum, p. 121).

Avoir la mèche courte, donc : «Réagir rapidement et fortement, être impatient», dit le Wiktionnaire.

Synonyme : prime.

Références

Brisebois, Robert W., Coups de feu au Forum, Montréal, Hurtubise, 2015, 244 p.

Olivier, Anne-Marie, Venir au monde, précédé d’un «Mot de la metteure en scène», Véronique Côté, suivi de «Contrepoint. Tenir bon», par Catherine-Amélie Côté, Montréal, Atelier 10, coll. «Pièces», 14, 2017, 101 p.

Accouplements 122

Marcel Rioux, les Québécois, 1974, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Avancer en arrière ou reculer en avant ? D’un Rioux l’autre.

Rioux, Marcel, les Québécois, Paris, Seuil, coll. «Microcosme. Le temps qui court», 1974, 188 p. Ill.

«En y regardant bien, on se rend vite compte que le Québécois est peut-être moins fait pour la production que pour la communication. C’est d’ailleurs en cela qu’à force d’être retardataire, il devient aujourd’hui d’avant-garde car la société contemporaine commence à valoriser davantage les contacts entre les individus que leur productivité» (p. 61).

Rioux, Christian, «Vu de loin», le Devoir, 5 octobre 2018, p. A3.

«Pourtant, de la Hongrie au Royaume-Uni, en passant par les États-Unis, l’identité est redevenue la grande question de l’heure. Comme si, à force d’avoir été en avance, le Québec se retrouvait aujourd’hui à la traîne.»

Les zeugmes du dimanche matin et de Gabrielle Roy

Gabrielle Roy, la Détresse et l’enchantement, éd. de 1986, couverture«Ce n’était pas seulement parce que nous venions de mettre le pied dans le quartier sans doute le plus affligeant de Winnipeg, cette sinistre rue Water voisinant la cour de triage des chemins de fer, toute pleine d’ivrognes, de pleurs d’enfants et d’échappements de vapeur, cet aspect hideux d’elle-même que l’orgueilleuse ville ne pouvait dissimuler à deux pas de ses larges avenues aérées» (p. 12-13).

«Il est vrai, nos publics, avant la télé, avant la Culture et les ministères des Affaires culturelles, étaient peu exigeants» (p. 146).

«Chaque phrase sombrait dans une sorte de doux bredouillement un peu timide. Puis le vieil homme avait de nouveau retrouvé le fil en sondant apparemment les plis soyeux de sa barbe, comme quelque vieux nid tout plein de jongleries, de souvenirs et de mots tendres» (p. 150).

«Un médecin coréen venu jusque-là Dieu sait du bout de quelle vie la soigna presque mieux qu’elle ne l’avait jamais été, l’apaisa avec des paroles sages et des remèdes pas trop durs» (p. 168).

Gabrielle Roy, la Détresse et l’enchantement, préface de Jean-Claude Guillebaud, avertissement de François Ricard, Paris, Arléa, 1986 (1984), 505 p.

L’oreille tendue de Christophe Bernard

Christophe Bernard, la Bête creuse, 2017, couverture«François a tendu l’oreille. Même accent de Yankee. Il en avait la chair de poule sous son veston, et pas parce que le tweed en était encore humide.»

Christophe Bernard, la Bête creuse, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 14, 2017, 716 p., p. 162.