Minute touristique locale

Rawdon est une municipalité québécoise. «Géographiquement localisée à la limite des basses-terres du Saint-Laurent et de la chaîne de montagne des Laurentides dans Lanaudière», dixit le site municipal, «la Municipalité de Rawdon constitue un important carrefour routier situé à soixante (60) kilomètres au nord de Montréal […]». Elle compte 10 241 habitants.

La Commission de toponymie du Québec la présente ainsi, en insistant sur sa diversité ethnique :

Dans les premiers contreforts des Laurentides, à une altitude de plus de 150 m, a été implantée la municipalité bilingue et cosmopolite de Rawdon, près de Joliette. […] Le côté cosmopolite de Rawdon, marqué par les gentilés français et anglais reconnus Rawdonois et Rawdonite, est tributaire de l’origine des colons arrivés au début du XIXe siècle : Irlandais, Écossais (Montréal et New Glasgow), Anglais (Montréal et Terrebonne), Loyalistes américains. Si des terres ont été concédées aussi tôt que 1799 à des Loyalistes, ce n’est que vers 1830 que la colonie reçoit ses premiers colons francophones venus de Saint-Jacques-de-l’Achigan.

Puisque les deux mots y sont — «bilingue et cosmopolite» —, on peut supposer qu’ils ne veulent pas dire exactement la même chose. À y regarder de plus près, c’est un peu moins clair.

Au début du XIXe siècle, les colons parlent anglais; «vers 1830» arrivent les francophones : voilà pour le bilinguisme. Il existe même des «gentilés français et anglais reconnus», en l’occurrence «Rawdonois et Rawdonite».

Qu’en est-il du cosmopolitisme ? Ça se complique. Selon le Petit Robert (édition numérique de 2010), cosmopolite signifie «Qui comprend des personnes de tous les pays; qui subit des influences de nombreux pays (opposé à national). Ville cosmopolite.» Or il y aurait eu, à Rawdon, des Irlandais, des Écossais (du Québec : Montréal et New Glasgow), des Anglais (du Québec : Montréal et Terrebonne) et des Loyalistes américains — bref, pour l’essentiel, des Anglo-saxons proches. Les francophones, eux, arrivaient d’à côté, Saint-Jacques-de-l’Achigan. Il ne faudrait peut-être pas confondre Rawdon avec Paris ou New York.

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Auteur : Benoît Melançon

Professeur, chercheur, blogueur, éditeur, essayiste, bibliographe, chroniqueur radiophonique épisodique, conférencier. Préfère Jackie Robinson à Maurice Richard.

2 thoughts on “Minute touristique locale”

    1. Selon la Rawdon Historical Society, il y aurait en effet deux paroisses russes orthodoxes dans cette petite ville. Cela semble avoir échappé à la Commission de toponymie du Québec; pourtant cela aurait apporté de l’eau à son moulin (cosmopolite). (Le site de la RHS n’est pas tout à fait à jour : on y parle encore de Michael Ignatieff comme du «suave chef du Parti Libéral du Canada».)

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