Y toucher ou pas

Pour la chroniqueuse gastronomique de la Presse

Dans notre Dictionnaire québécois instantané de 2004, respecter avait droit à deux définitions (p. 193).

1. Ne pas faire ça. Céline, ce soir, je vais te respecter.

(Faire ça ? «Forniquer», p. 87.)

2. Laisser quelqu’un croupir dans son cheminement. Je respecte ta décision.

Il faut aujourd’hui en ajouter une nouvelle.

3. Se soumettre au bon vouloir d’un aliment. Un vrai chef sait respecter son produit.

P.-S. — La nécessité impérieuse de cette troisième définition est venue à l’Oreille tendue à la lecture d’un tweet de @reneaudet. Merci.

 

[Complément du 5 décembre 2013]

Sur Twitter, @nicolasdickner écrit : «Ah oui, mais il faut “respecter *le* produit”, pas “respecter son produit”. L’article est capital.» Juste.

 

Référence

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2019, 234 p.

Benoît Melançon, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, 2004, couverture

Divergences transatlantiques 029

«Garnir (les claies d’élevage des vers à soie) de petites cabanes de branchage où les vers feront leurs cocons» ? Encabaner, dit le Petit Robert (édition numérique de 2014).

S’enfermer ? S’encabaner, entend-on parfois au Québec : il arrive qu’on s’y réfugie dans sa cabane (maison). Exemple publicitaire sur le modèle d’une prière : «Tu ne t’encabaneras point» (le Devoir, 25 novembre 2013, p. A5).

On ne confondra évidemment pas.

Les djis

À une époque, bro marquait, dans la conversation adolescente, des relations d’amitié (brother). Des sources jeunes et généralement fiables, du moins sur ce plan, ont confié à l’Oreille tendue qu’un synonyme de cet hypocoristique est maintenant courant, du moins dans certaines communautés : dji. Comme dans Yo, dji.

C’est comme ça.

Détruire disent-ils

Max Pacioretty sur la glace du Centre Bell

Le fils aîné de l’Oreille tendue rentre de l’école pas trop insatisfait de sa performance à son examen de mathématiques.

«J’ai détruit les premières questions.»

Sur Twitter, @PuckTaVie commente le jeu de Max Pacioretty, le joueur des Canadiens de Montréal (c’est du hockey).

«Bordel que je l’aime quand il détruit.»

Employé seul ou avec un complément, détruire désigne, au Québec, ces jours-ci, une forme de réussite, et de réussite triomphante par annihilation. Qui détruit ne fait pas dans la dentelle.

P.-S. — Vous croyez entendre là un écho de l’anglais (destroy) ? Ce n’est pas l’Oreille qui vous contredira.

Cas de conscience

Le syndicaliste Michel Arsenault, qui préside la Fédération des travailleurs du Québec, passe à autre chose. Ce qu’on entend à son sujet à la Commission d’enquête sur l’industrie de la construction, dite Commission Charbonneau, l’a sûrement aidé à prendre sa décision. Ce n’est pas jojo.

Pourtant, il ne semble pas avoir de remords. C’est du moins ce que rapporte la Presse : «Arsenault quitte “la conscience libre”» (26 novembre 2013, p. A6).

Le journal, lui, en aura, des remords, dès le lendemain. La caricature de Serge Chapleau est en effet intitulée «Michel Arsenault part “la conscience libre”» (p. A26).

Le dessinateur sait qu’il ne faut pas confondre le verbe transitif quitter et le verbe partir; ce ne sont pas des synonymes. Malheureusement, les correcteurs de la Presse l’ignorent.

P.-S. — Autre lecture possible du même titre : il a quitté sa conscience ? Mais ça explique tout !

 

[Correction]

Grâce au commentaire ci-dessous, l’Oreille tendue apprend que les correcteurs de la Presse, après la mise en ligne de ce billet ce matin, ont décidé d’ajouter une faute à la caricature de Chapleau. Il avait écrit, correctement, «part». On a remplacé ce «part» par un «quitte» fautif. Beau travail, la Presse !