Les mettre s’impose(rait)

Le gouvernement du Québec dévoilera plus tard aujourd’hui son projet de Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement. (L’Oreille tendue a analysé le document qui a servi à préparer ce projet de loi : «Document d’orientation. Orientations gouvernementales en matière d’encadrement des demandes d’accommodement religieux, d’affirmation des valeurs de la société québécoise ainsi que du caractère laïque des institutions de l’État.» C’est ici.)

Une chose est sûre : le gouvernement du Parti québécois sera ferme. La preuve ? «On met nos culottes», a déclaré une «source gouvernementale» au journal le Devoir (6 novembre 2013, p. A1).

L’expression mettre ses culottes marque, au Québec, une volonté d’affirmation. Qui les met prend ses responsabilités. Mieux : c’est le signe qu’on serait proactif.

Autres exemples

Avril 2004, dans la Presse du 29 avril : «“Le conseil de Nortel a mis ses culottes”» (cahier Affaires, p. 4).

Avril 2013, Assemblée nationale du Québec, question de Nathalie Roy, de la Coalition avenir Québec, à la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy : «Alors, quand la ministre va-t-elle mettre ses culottes et cesser de sous-traiter aux commissions scolaires des augmentations de taxes ?» (Réponse de la ministre ici.)

 

[Complément du 29 août 2019]

Variation sur le même thème dans la Presse+ du jour : «Des maires des municipalités où sont publiés les journaux de Groupe Capitales Médias ont quant à eux fait la route vers l’hôtel du Parlement, hier, pour lancer un message aux politiciens : “Portez vos culottes” et taxez les géants du web.» Porter et mettre, même combat.

C’est tout

Comment, au Québec, dire que quelque chose est fini, et bien fini ?

«Jane’s Addiction : final bâton» (la Presse, 30 juin 2004, cahier LP2, p. 2).

«Fait que c’est ça qui est ça, final bâton» (Des histoires d’hiver […], p. 22).

Qui dit final bâton met un terme à la discussion.

N.B. Le second exemple est (quasi) pléonastique : «c’est ça qui est ça» a (presque) la même valeur que «final bâton» — une limite a été atteinte.

 

[Complément du 20 février 2017]

On peut même imaginer final bâton comme un terme, ainsi que le fait Marie-Pascale Huglo dans Montréal-Mirabel (2017) : «La mort circulait dans mon corps par tous les vaisseaux jusqu’à final bâton, je coulais» (p. 19).

 

[Complément du 27 juin 2019]

Variation musicale sur ce thème dans le Devoir du jour : «C’est Réal Desrosiers, le batteur de Beau Dommage, qui l’affirme sans hésiter une nanoseconde. Steve Gadd ? “Le meilleur batteur au monde, point final !” Final bâton, comme on disait. Final baguettes, en l’occurrence.»

 

[Complément du 3 novembre 2025]

Du même chroniqueur du Devoir, dans l’édition de la fin de semaine dernière, un emploi adjectival : «Rien ne dit que ce sera l’album final bâton d’une carrière chansonnière exemplaire.»

 

Références

Huglo, Marie-Pascale, Montréal-Mirabel. Lignes de séparation. Récit, Montréal, Leméac, 2017, 152 p.

Robitaille, Marc, Des histoires d’hiver avec encore plus de rues, d’écoles et de hockey. Roman, Montréal, VLB éditeur, 2013, 180 p. Ill.

Culture commune

Éric Plamondon, Ristigouche, 2013, couverture

Pour comprendre la Ballade de Nicolas Jones (2010) de Patrick Roy, il faut maîtriser plusieurs idiomes sportifs : du hockey (surtout), du baseball et du football. L’Oreille tendue en parlait, exemples à l’appui, le 2 mars 2011.

Rebelote, s’agissant du Ristigouche (2013) d’Éric Plamondon, l’auteur de la trilogie 1984 (voir ici et ). On y trouve les phrases suivantes :

La guerre de Sept Ans est un match entre Sa Majesté britannique George II, roi d’Angleterre, et Sa Majesté très Chrétienne Louis XV, roi de France. George III sera choisi comme releveur en 1760, et c’est lui qui terminera la partie, avec une excellente moyenne (p. 17).

Pour saisir le sens de ces phrases, il faut connaître la langue du baseball : le «releveur» est celui dont la tâche est de mettre fin au «match» (à la «partie»), en relève au lanceur qui l’a entrepris(e); souvent, il a une «excellente moyenne»; il est là pour assurer la victoire de son camp.

Yapadkoi.

P.-S. — Dans la même collection que Ristigouche, Patrick Roy fait paraître un excellent récit de voyage, les Singes de Gandhi (2013).

 

Références

Plamondon, Éric, Ristigouche, Montréal, Le Quartanier, coll. «Nova», 7, 2013, 52 p.

Roy, Patrick, la Ballade de Nicolas Jones. Roman, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 01, 2010, 220 p.

Roy, Patrick, les Singes de Gandhi, Montréal, Le Quartanier, coll. «Nova», 8, 2013, 68 p.

Commémoration

Le 30 octobre 2000, le fils aîné de l’Oreille tendue lançait son premier «Tabarnak !». Il n’avait pas encore trois ans.

Deux jours plus tard, c’était son premier «Pourquoi ?».

Voilà un garçon qui a le sens des priorités.

PP (parlons poil[s])

Le 25 septembre 2010, il était question ici des poils de grenouille à gosser.

Le 18 novembre 2010, du sens du poil.

Le 2 septembre 2012, du poil des jambes.

Le 27 avril 2013, du poil à couper.

Le 17 juillet 2012 et le 7 mai 2013, du poil en voie de raréfaction.

Ajout à cette liste incomplète, entendu dans la bouche d’Olivia de Lamberterie, le 27 octobre 2013, à l’émission le Masque et la plume de France Inter : avoir les poils signifierait avoir la chair de poule.