En direct de la cour d’école 001

Les journalistes franco-québécois n’hésitent guère à employer le mot full (beaucoup, très). Ils le mettent parfois en italiques, histoire de le garder un peu à distance, mais, autrement, cela fait partie de leur vocabulaire. Ils montrent par là qu’ils sont sensibles à ce qu’ils imaginent être la langue des jeunes.

Un éditorial du Devoir sur la persévérance scolaire s’intitule «L’école full poche» (9 juin 2009, p. A6). Pour celui sur la non-persévérance écologique montréalaise, la Presse a choisi «Un plan full Kyoto» (19 mai 2007, cahier Plus, p. 7). Plus tôt, on y recommandait de «Vivre full éthique» (17 février 2005, p. 1).

De source sûre, l’Oreille tendue sait cependant que l’usage, dans les cours d’école, a changé : full de est devenu courant. On peut dire aussi bien full cool que full de cool, full mal que full de mal, full diff que full de diff (difficile).

Les linguistes du futur expliqueront peut-être cette construction par l’influence du modèle «full + nom» : T’as full de choses; Y a full de personnes; J’ai full de devoirs.

Quoi qu’il en soit, et en attendant, le fossé linguistique entre les générations se creuse sous nos yeux.

 

[Complément du 15 novembre 2012]

Il serait même possible — ô paradoxe des paradoxes ! — de dire, par exemple d’un frigidaire, qu’il est full vide, voire full de vide. L’Oreille tendue tient cette information d’une source sûre : les hautes sphères de l’Office québécois de la la langue française. Elle ne s’en étonne pas moins.

 

[Complément du 8 février 2015]

Version euphonique et féminine :

Bibliothèque de Cartierville, 7 février 2015

À tu et à toi 001

Paradoxe scolaire québécois…

Dans certaines écoles, le vouvoiement des enseignants redeviendrait la norme, après plusieurs années de tutoiement généralisé. À la maternelle, le fils cadet de l’Oreille tendue doit vouvoyer sa maîtresse. (Excellente chose.)

Quand il sort de classe pour aller au service de garde, les éducateurs s’adressent collectivement à son groupe à la deuxième personne du singulier : Là, le groupe, tu prends ton cerceau.

On pourrait être troublé à moins.

Oui 001

Il y a toutes sortes de façons de dire oui au Québec. La compagnie Coke l’a bien compris. Sur les autobus de Montréal, on voit actuellement une publicité annonçant le Coke Zéro : «Tout le goût du Coca-Cola, zéro calorie.» Ce texte est suivi d’un astérisque, et l’astérisque introduit une note, qui tient en un mot : «sérieux». C’est un oui meilleur qu’un oui. Sérieux.