La Presse+ aurait-elle oublié quelque chose ?

La Presse+, 22 avril 2013

Le 18 avril, le quotidien montréalais la Presse a ajouté à son site Web et à ses applications pour téléphones dits «intelligents» une version du journal pour iPad, la Presse+.

Le projet avait été annoncé il y a de nombreux mois, toujours en insistant sur l’important financement nécessaire à ce passage d’un modèle éditorial à un autre. On a manifestement investi massivement en informatique et en ergonomie de lecture. En revanche, on paraît avoir oublié de réserver quelques sous pour les correcteurs.

Des exemples ?

@revi_redac, alias Mémère-la-virgule, repérait, le 19 avril, une «date» à laquelle il manquait un t.

L’Oreille tendue, elle, lisant l’édition du 22, est tombée sur un titre (!) mêlant «cauchemar» et «marde». Elle a aussi vu le mot «autobus» au féminin. Puis, elle a constaté qu’ailleurs on avait mis «si» au lieu de «se».

C’est ennuyeux.

P.-S. — Dans la version papier du journal, on a redonné son masculin à «autobus» (cahier Sports, p. 8), mais le «si» est resté un «si» (p. A13). Correction à deux vitesses ?

 

Précision» du 24 avril 2013]

Mea culpa de l’Oreille tendue : la faute repérée par Mémère-la-virgule, «dates» mis pour «dattes» dans un texte de Pierre Foglia, se trouvait dans la Presse papier et sur le site Web du journal (où elle n’a pas été corrigée); en revanche, elle n’apparaît pas dans la Presse+. Pour récapituler : une faute est dans l’édition pour tablette, mais pas dans l’édition papier («autobus»); une faute est dans l’édition pour tablette et dans l’édition papier («si» mis pour «se»); une faute est dans l’édition Web et dans l’édition papier, mais pas dans l’édition pour tablette («dates»). Ça devient un peu difficile à suivre.

 

[Complément du 26 avril 2013]

La mémoire est la faculté qui oublie : dès novembre 2010, l’Oreille s’interrogeait sur la correction de la Presse.

 

[Complément du jour]

La Presse+, édition du 26 avril 2013

Édition du 26 avril 2013

La Presse+, édition du 26 avril 2013

Édition du 26 avril 2013

La Presse+, édition du 28 avril 2013

Édition du 28 avril 2013

Adverbialement, donc

Limite, dans la phrase suivante : «Une nouvelle, limite insignifiante, capte mon attention» (le Compteur intelligent, p. 9).

Rare, dans ce tweet : «Les militants qui jouent à “mon parti est plus souverainiste que le tien”, c’est non seulement bête, mais c’est contreproductif rare» (@Hortensia68).

Ici, noir : «Au lieu de me regarder noir, selon la coutume, il me lâchait cent propos goguenards, auxquels je ne comprenais rien» (les Confessions, seconde partie, livre neuvième, p. 529).

Des mots qui ne sont pas des adverbes, mais qu’on utilise comme si.

 

Références

Rousseau, Jean-Jacques, les Confessions, Paris, Garnier, coll. «Classiques Garnier», 1980, cxlii/1094 p. Ill. Introduction, bibliographie, notes, relevé des variantes et index par Jacques Voisine, édition révisée et augmentée. Édition originale : 1782 et 1789 (posthume).

Sylvestre, Daniel, le Compteur intelligent. Carnets libres, volume II, Montréal, La mèche, coll. «Les doigts ont soif», 2013, 92 p. Ill.

Variation sur l’écœurement

L’Oreille tendue l’a souligné : au Québec, ce qui est écœurant est très très bien — ou pas du tout. Un gâteau écœurant est excellent — ou infect. Tout est affaire de contexte. Voir les entrées du 9 septembre 2011 et du 11 mai 2012.

Exemples (pour rappel)

«Une paire de patins était réellement écœurante […]» (Hockey de rue, p. 20).

«La rondelle a heurté le poteau. Le bruit le plus écœurant du monde ! C’est parfois plus amusant de frapper le poteau que de marquer un but» (Hockey de rue, p. 27).

En revanche, qui souffre d’écœurantite n’apprécie pas sa situation. Cet écœurant-là n’est jamais mélioratif.

Exemples

«Il y a l’écœurantite aiguë face à ce gouvernement qui n’est pas en mesure de mettre fin à cette crise sociale» (Léa Clermont-Dion, Je me souviendrai, p. 122).

«C’est tout le monde qui sort désormais pour crier son écœurantite» (Antoine Corriveau, Je me souviendrai, p. 147).

«il n’y a pas d’écœurantite aiguë comme à la fin de l’ère Dutoit» (le Devoir, 13-14 avril 2013, p. E9).

Synonymes

Souffrir de découragement. En avoir marre. Être tanné.

Remarque

On l’aura remarqué : il y a des degrés dans l’écœurantite, puisqu’elle peut être aiguë.

 

 

[Complément du 20 août 2018]

Lisant la Bête creuse (2017), de Christian Bernard, l’Oreille tendue découvre un autre synonyme : «Elle était revenue derrière son comptoir, l’œil biffé, subitement affligée d’une écœurite aiguë» (p. 86).

 

[Complément du 1er novembre 2020]

Exemple romanesque, tiré de Bermudes (2020), de Claire Legendre : «On avait vraiment une écœurantite aiguë du système» (p. 188).

 

Références

Bernard, Christophe, la Bête creuse. Roman, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 14, 2017, 716 p.

Collectif, Je me souviendrai. 2012. Mouvement social au Québec, Antony, La boîte à bulles, coll. «Contrecœur», 2012, 246 p. Ill.

Legendre, Claire, Bermudes. Roman, Montréal, Leméac, 2020, 214 p.

Skuy, David, Hockey de rue, Montréal, Hurtubise, 2012, 232 p. Traduction de Laurent Chabin. Édition originale : 2011.

Le courant continue à (ne pas) passer

Daniel Sylvestre, le Compteur intelligent, 2013, couverture

Le mot n’est pas nouveau.

Il est chez Jean-François Vilar en 1988, dans Djemila : des personnages «disjonctent».

Le Petit Robert (édition numérique de 2010) date de 1981 le sens que Vilar donne au verbe : «Perdre le contact avec la réalité.»

On le trouve aussi, en 2013, chez Daniel Sylvestre, dans le Compteur intelligent :

Ruby est une disjonctée sympathique du voisinage, mais je la trouve à son top, aujourd’hui (p. 42).

Son mari Manuel disjoncte, il refuse la moindre parcelle d’alu (p. 66).

Dans cette «chronique psychotronique» (dixit l’éditeur) où il est sans cesse question d’électricité, ce ne devrait pas être une surprise.

P.-S. — On rattachera sans peine disjoncter à l’hydrovocabulaire cher aux Québécois.

 

Références

Sylvestre, Daniel, le Compteur intelligent. Carnets libres, volume II, Montréal, La mèche, coll. «Les doigts ont soif», 2013, 92 p. Ill.

Vilar, Jean-François, Djemila. Roman, Paris, Calmann-Lévy, 1988, 166 p.