Accouplements 91

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Certaines coquilles sont plus ennuyeuses que d’autres.

Sur Twitter, @LaDameAuChapal en a signalé une jolie :

Confusion, au Figaro, entre «baisse» et «baise»

En la voyant, les lecteurs de l’essayiste québécois André Belleau penseront sans doute à ce passage de «L’effet Derome» : «Considérons […] le Téléjournal comme un texte sonore. Certains soirs, le sens de ce texte n’est pas que les prix montent ou que Claude Ryan baisse (attention, typo !) mais plutôt que Bernard Derome sait l’anglais» (éd. de 1986, p. 110).

 

Référence

Belleau, André, «L’effet Derome ou Comment Radio-Canada colonise et aliène son public», Liberté, 129 (22, 3), mai-juin 1980, p. 3-8; repris, sous le titre «L’effet Derome», dans Y a-t-il un intellectuel dans la salle ? Essais, Montréal, Primeur, coll. «L’échiquier», 1984, p. 82-85; repris, sous le titre «L’effet Derome», dans Surprendre les voix. Essais, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1986, p. 107-114; repris dans Laurent Mailhot (édit.), l’Essai québécois depuis 1845. Étude et anthologie, Montréal, Hurtubise HMH, coll. «Cahiers du Québec. Littérature», 2005, p. 187-193; repris, sous le titre «L’effet Derome», dans Surprendre les voix. Essais, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact», 286, 2016, p. 105-112. https://id.erudit.org/iderudit/29869ac

In

Sophie Bienvenu, Autour d’elle, 2016, couverture

Qu’en est-il du mot out au Québec ? S’il faut en croire les narrateurs du roman Autour d’elle de Sophie Bienvenu (2016), il est commun.

«Faudrait que je déménage aussi, que Montréal passe au feu, que je me tape la tête contre tout ce qui passe pour que les chocs me fassent oublier, que plus jamais je dessaoule, parce que les seuls moments où j’ai pas pensé à toi, depuis que t’es plus là, les seuls moments où j’ai pas eu mal comme si on m’avait retourné la peau et vidé de mes tripes, c’est quand j’ai passé out à cause de l’alcool» (p. 88).

«Heille, guys, guys. Le plan de la soirée, c’était que mon chum se rappelle plus de rien le lendemain, pis là le soleil se lève, on est demain, et on dirait ben que c’est moi qui vas blacker out. C’est hot pareil» (p. 131).

P.-S.—Dans un cas comme dans l’autre, on notera que out est lié à une consommation excessive d’alcool.

 

Référence

Bienvenu, Sophie, Autour d’elle. Roman, Montréal, Le Cheval d’août, 2016, 206 p.

Pourquoi parler ?

Publicité pour Minitel, quotidien Libération, date inconnue

 

L’Oreille tendue ne l’a jamais caché : sa façon de répondre au téléphone peut laisser perplexes quelques-uns de ses interlocuteurs. Mais elle répond au téléphone. Cela la désigne comme une personne d’un autre âge.

La preuve ? Cette citation, tirée du roman Un parc pour les vivants de Sébastien La Rocque (2017) : «Son cellulaire vibre dans la poche de son pyjama. Qui peut bien lui écrire à cette heure ?» (p. 14)

Un téléphone, c’est fait pour écrire, pas pour parler.

 

Référence

La Rocque, Sébastien, Un parc pour les vivants. Roman, Montréal, Le Cheval d’août, 2017, 167 p.