L’oreille tendue de… Pierre Michon

Pierre Michon, Vies minuscules, 1984, couverture«Peine perdue : elle parlait, les yeux requis au loin par on ne savait quoi, que j’avais peur de voir; et c’était aussi de dérobades qu’elle parlait, des corps disparaissants et de nos âmes toujours en fuite, des absences visibles dont nous suppléons l’absentéisme des êtres chers, leur défection dans la mort, dans l’indifférence et les départs; ce vide qu’ils laissent, elle le fécondait des mots pressés, jubilants et tragiques que le vide aspire comme le trou d’une ruche attire l’essaim, et qui dans le vide prolifèrent; elle créait de nouveau, pour elle-même, pour son petit témoin et pour un dieu dédommageant qui peut-être tendait l’oreille, pour tous ceux aussi qui dans les larmes avaient à ce jour tenu cet objet, elle fondait et consacrait, éternellement, comme l’avaient fait ses mères avant elle et comme je vais le faire ici une dernière fois, la sempiternelle relique.»

Pierre Michon, Vies minuscules, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 2895, 1984, 249 p., p. 34-35.

Autopromotion 309

Éditrice à ses heures, l’Oreille tendue a publié deux livres d’Alex Gagnon au cours des derniers mois, la Communauté du dehors. Imaginaire social et crimes célèbres au Québec (XIXe-XXe siècle), aux Presses de l’Université de Montréal, et Nouvelles obscurités. Lectures du contemporain, chez Del Busso éditeur.

Le premier de ces ouvrages a été plusieurs fois honoré au cours des derniers jours. Il a reçu :

le prix du concours Étudiants-chercheurs étoiles des Fonds québécois de recherche (Société et culture);

le prix Gabrielle-Roy de l’Association des littératures canadiennes et québécoises;

le prix l’Association canadienne des études francophones du XIXe siècle;

le prix de l’Association des professeur.e.s de français des universités et collèges canadiens (APFUCC) 2016-2017.

L’Oreille est heureuse.

Alex Gagnon, la Communauté du dehors, 2016, couverture

Méfions-nous d’eux

Catherine Dorion, les Luttes fécondes, 2017, couverture

L’Oreille tendue l’a dit à plusieurs reprises : elle a à l’œil le mot décomplexé (voir ici ou ).

Jusqu’à présent, sa besace s’emplissait d’occurrences où décomplexé est adjectif. Il faudra dorénavant chasser aussi le substantif. Pourquoi ?

À cause de phrases comme celle-ci, tirée du récent ouvrage les Luttes fécondes de Catherine Dorion :

Nous avons dans la vie de tous les jours la tête pleine de devoirs et de culpabilité, et cela agit sur nous comme une maladie auto-immune : tandis que nous nous rongeons de l’intérieur, nous demeurons hagards et affaiblis face à la poignée de décomplexés qui saccagent la planète et les cultures humaines (p. 58).

Tendons l’oreille, et la bonne.

 

Référence

Dorion, Catherine, les Luttes fécondes. Libérer le désir en amour et en politique, Montréal, Atelier 10, coll. «Documents», 11, 2017, 108 p. Ill.

Autopromotion 307

Affiche de la journée d’étude en l’honneur de Patrick ColemanAprès 42 ans d’enseignement, l’ami Patrick Coleman prend sa retraite du Department of French and Francophone Studies de la University of California, Los Angeles. Pour souligner l’événement, une journée d’étude s’y tient aujourd’hui : «From Author to Audience : Reflections on Editing, Translating, and Publishing Literature Today.»

L’Oreille tendue se réjouit fort d’en être. Le titre de son intervention ? «Scholarly Publishing Today : Notes From the Field.»