Les zeugmes du dimanche matin et d’Olivia Rosenthal

Olivia Rosenthal, Toutes les femmes sont des aliens, 2016, couverture

«attachée et protégée dans son placard et dans sa combinaison» (p. 29).

«il faut prévenir tout le monde, réunir les enfants, les emmener en rang et en silence» (p. 91).

«Elle est entrée à la fois dans la maison et dans la famille […]» (p. 95).

«elle perd sa prestance, son chignon, son sourire, son rôle de femme libre, de célibataire, d’épouse ou de mère» (p. 98).

Walt Disney «était encore suffisamment d’aplomb pour mettre au point et dessiner cette fameuse scène finale qui renverse le film, mes hypothèses et la nature hautement révolutionnaire du Livre de la jungle» (p. 143-144).

Olivia Rosenthal, Toutes les femmes sont des Aliens suivi de Les oiseaux reviennent et de Bambi & co, Paris, Verticales, coll. «Minimales», 2016, 148 p.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

Doublé épistolaire amoureux du samedi après-midi

Campagne postale en faveur des facteurs canadiens

Profitant de la parution des lettres de François Mitterrand à Anne Pingeot, Fabien Deglise, dans le Devoir du jour, publie un texte sur la lettre d’amour (p. F1-F2). Il a interrogé l’Oreille tendue, parmi d’autres, sur l’avenir (ou son absence) de cette forme.

S’agissant toujours d’épistolaire, @PhDidi1713 transmet cette citation de Marisha Pessl à l’Oreille (merci).

Ces lettres auraient charmé toute nouvelle élève ordinaire. Au bout d’un ou deux jours de résistance verbeuse, telle une vierge naïve du dix-huitième siècle, la fille se serait glissée sur la pointe des pieds dans le sombre Scratch en mordant d’excitation sa lèvre inférieure cerise pour y attendre Charles, l’aristocrate en perruque qui l’aurait conduite (jupe-culotte retroussée) à sa perte.

[…]

Papa avait un jour dit que les lettres manuscrites (désormais assimilables au triton crêté sur la liste des espèces menacées) étaient l’un des rares objets qui recèlent de la magie en ce monde : «Même l’idiot ou le faible, ceux dont on ne supporte à peine la présence, sont tolérables dans une lettre, et peuvent même y devenir modérément amusants.»

Pourtant, ces lettres me semblaient étranges et peu sincères, trop «Madame de Merteuil au vicomte de Valmont, Château de…», exagérément «Paris, 4 août 17…» (p. 123-124)

Alors, «espèce menacée» ou pas ?

 

Références

Mitterrand, François, Lettres à Anne. 1962-1995, Paris, Gallimard, coll. «Blanche», 2016, 1280 p.

Pessl, Marisha, la Physique des catastrophes, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 4835, 2009, 832 p. Traduction de Laetitia Devaux.

Lectures en questions

Antoine Brea et Patrick Nicol, couvertures

Les livres répondent à des questions. Quelles sont quelques-unes de ces questions pour les livres lus (avec plaisir et intérêt) récemment par l’Oreille tendue ?

Vox populi : Qu’est-ce que la parole (intime, publique) aujourd’hui ?

Récit d’un avocat : Qu’est-ce qu’un motif (pour agir, pour mourir) ?

Toutes les femmes sont des Aliens : Qu’est-ce qu’une mère ? À quoi ça sert ?

On n’est pas là pour disparaître : Qu’est-ce que cela représente que de donner son nom — et donc une durée — à une maladie de la mémoire perdue ? D’être un descendant d’Alois Alzheimer ? D’être Alois Alzheimer soi-même ?

 

Références

Brea, Antoine, Récit d’un avocat, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 100, 2016, 115 p.

Nicol, Patrick, Vox populi. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 98, 2016, 89 p.

Rosenthal, Olivia, On n’est pas là pour disparaître, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 4890, 2007, 235 p.

Rosenthal, Olivia, Toutes les femmes sont des Aliens suivi de Les oiseaux reviennent et de Bambi & co, Paris, Verticales, coll. «Minimales», 2016, 148 p.

Olivia Rosenthal, couvertures

Autopromotion 266

[L’ouvrage d’Alex Gagnon est désormais en librairie.]

L’Oreille tendue, à ses heures, est éditrice. Aux Presses de l’Université de Montréal, elle a lancé la collection «Socius» et, avec Florence Noyer, la collection «Profession».

Désormais, question de se tenir occupée, elle éditera également des livres chez Del Busso éditeur.

Le premier titre édité par ses soins est en production. Il s’agit de quinze textes initialement publiés par Alex Gagnon sur le blogue Littéraires après tout, revus et rassemblés sous le titre Nouvelles obscurités. Lectures du contemporain. L’ouvrage paraîtra au début de 2017.

P.-S. — Oui, il s’agit du même Alex Gagnon qu’ici.

 

[Complément du 12 décembre 2016]

En primeur, la couverture de l’ouvrage.

Alex Gagnon, Nouvelles obscurités, 2016, couverture

[Complément du 5 janvier 2017]

Le livre paraîtra au cours des prochains jours.

En attendant, trois choses…

Sa quatrième de couverture

«La fin du monde est annoncée, la liberté d’expression revient à l’ordre du jour et la jeunesse subit la fessée et l’arrogance de ses pères. Pendant ce temps, tout le monde devient un contribuable.»

La lecture du monde contemporain que propose Alex Gagnon est savante et rigoureuse mais sans hermétisme, libre et décontractée mais sans désinvolture. Elle emprunte à la critique littéraire, non pas ses objets habituels, mais sa démarche et son intérêt pour la manipulation des mots. Sa prose entre partout, dans la chambre à coucher d’Henriette Dessaulles comme dans celle de George Orwell. Elle croise des hommes féministes et descend dans la rue pour y entendre des manifestants. Elle visite aussi les urnes de notre système électoral pour se rendre jusqu’à l’Assemblée nationale, où elle se frotte aux discours de Philippe Couillard avant d’être happée par l’imagination romanesque de José Saramago.

Chercheur postdoctoral à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université Paris I, Alex Gagnon est l’auteur du livre La communauté du dehors. Imaginaire social et crimes célèbres au Québec (XIXe-XXe siècle), paru aux Presses de l’Université de Montréal en 2016.

Sa table des matières

Présentation

Première partie
Pathologies politiques de notre temps

1. Fictions et réalités de la politique. La lucidité de José Saramago

2. Quand définir, c’est faire. La politique comme acte de langage

3. La bijouterie ministérielle

4. Du citoyen au contribuable. L’image du dèmos dans le discours politique

5. Sens et non-sens du vote. Pour une sémiologie de l’acte électoral

6. Intermittences et disparitions du politique

7. Politique et imaginaire

Deuxième partie
Paysages du présent

8. Pour une éthique de la discussion. La liberté d’expression selon John Stuart Mill

9. La juvénophobie

10. Les nouveaux épicuriens

11. Nous sommes Santiago Nasar

12. La chambre d’Henriette Dessaulles

13. Alliés droits et alliés gauches. Hommes et féminisme

14. La disparition des «intellectuels»

15. Nous autres, cyniques

Remerciements

L’annonce de son lancement

Invitation au lancement du 25 janvier 2017

Les zeugmes du dimanche matin et de Stéphane Ledien

Stéphane Ledien, Sur ses gardes. Les phalanges d’Eddy Barcot, 2015, couverture

«L’homme en bleu, le même qui n’avait pas de ketchup ni d’humour, m’a fait sortir à la hâte de cette chambre avec vue sur le néant bétonné» (p. 141).

«Je lutte contre la fatigue et le vol» (p. 146).

«Nous marchons un peu et nous attablons à une terrasse de café réchauffée par des braseros et les allées et venues énergiques de gens pressés de dépenser leur argent dans les boutiques de luxe de la rue de la République» (p. 157).

«Il ronge son stylo, le laisse suspendu à ses lèvres en même temps que la question qu’il s’apprête à poser» (p. 168).

«Les gens lèvent la tête. Et moi, la voix» (p. 182)

Stéphane Ledien, Sur ses gardes. Les phalanges d’Eddy Barcot, Montréal, À l’étage, 2015, 283 p.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)