Archives mensuelles : septembre 2009

Citation juste du jour

«Celui qui s’érige en gardien de la langue exerce par là une forme d’abus de pouvoir qui va contre la nature et la réalité du langage. Le purisme linguistique, la volonté de conserver à la langue une forme immuable — identifiable en fait à une élite de lettrés — alors que tout l’appelle à changer, est une attitude à la fois irrationnelle et irréaliste.»

Marina Yaguello, Catalogue des idées reçues sur la langue, Paris, Seuil, coll. «Points», série «Point-virgule», V61, 1988, 157 p., p. 95-96.

Traquer le cliché

La sortie du plus récent livre de Dan Brown, The Lost Symbol, fait beaucoup de bruit.

Le compte rendu du New Yorker (numéro du 28 septembre) est dévastateur, et spitant. Adam Gopnik y écrit notamment ceci : «The clichés line up outside the dust jacket and are whisked in pairs to a table down front […].»

Mais comment reconnaître un cliché ? En consultant le Dictionnaire des clichés littéraires. Hervé Laroche y fait œuvre utile, et spitante, de «abandonner (s’)» à «zébrure». Tout ce qui concerne la poitrine féminine, par exemple, témoigne d’une attention fort soutenue : «Le front, les cuisses, les seins sont spécialement sujet au galbe. […] Pour les seins : éviter le galbe des globes» (p. 87). Les conseils sont en effet nombreux : parer — «Éviter : Elle parut, parée d’un paréo» (p. 129); pâtir — «À éviter si le héros est un pâtissier» (p. 130).

Après s’être amusé dans la nomenclature et avoir ri de la «logique littéraire» (p. 69), on admirera la concaténation des stéréotypes langagiers dans la «Mise en bouche» et on s’instruira à la lecture de l’excellente «Postface» : «Il faut une attention particulière pour repérer les clichés, et aussi une certaine énergie pour les éliminer» (p. 182). Oui.

Le mot de la fin ? Guise : «en guise de langue, du préfabriqué; en guise de poésie, des clichés» (p. 90).

Référence

Laroche, Hervé, Dictionnaire des clichés littéraires, Paris, Arléa, coll. «Arléa-poche», 80, 2003 (2001), 188 p.

Extension du monarcoplatal

La Presse de ce samedi s’interroge : «Le prochain “Plateau”. Hochelaga-Maisonneuve ou le Sud-Ouest ?» (cahier Mon toit, p. 2).

La question n’est pas nouvelle : «Saint-Henri, nouveau plateau ?» (la Presse, 6 janvier 2004, cahier Arts et spectacles, p. 3); «Un Plateau à Longueuil ?» (la Presse, 3 octobre 2005, p. A15).

«Plateau» ? En fait, Plateau Mont-Royal : quartier de Montréal en demande, car jugé branché, jeune, pluri-tout. Constitue le centre de l’univers connu, et au-delà. A même droit à son mot — substantif et adjectif —, créé par Pierre Popovic : monarcoplatal.

On se l’arrache, intra et extra muros.

Référence

Popovic, Pierre, revue Liberté, 280 (vol. 50, no 2), avril 2008, dossier «Dictionnaire culturel & politique du Québec», p. 21-24.

Métadébat

Il y avait le débat.

Puis il y eut le débat de société : «Pour un débat de société sur l’agriculture» (le Devoir, 1er décembre 2003, p. A2).

Il y a dorénavant le colloque sur le débat de société : «Des couvents en héritage. Un colloque international sur un débat de société» (le Devoir, 18 septembre 2009, p. A5, publicité).

On n’arrête pas le progrès.

Avancez en arrière

Mêlez Facebook et une bonne dose de nostalgie, et vous vous retrouvez avec une nouvelle catégorie socialo-affective : le rétrosexuel. Définition de Slate.fr : «Le Boston Phoenix a […] inventé un terme pour ces personnes qui renouent avec leurs premiers amours [grâce à Facebook] : les “rétrosexuels”.»

Sous la plume de Claire Suddath, le magazine Time, dont s’inspire l’article de Slate.fr, parle de «recycled love». C’est un peu plus brutal.