Archives mensuelles : juillet 2012

Toute bonne chose a une interruption

Le plus souvent, l’Oreille s’amuse à être tendue.

À l’occasion, elle se dit, comme un personnage du roman Viande (1999) de Claire Legendre, qu’elle est «devenue une oreille à recueillir les déchets des gens» (p. 183).

Quoi qu’il en soit, elle a besoin, périodiquement, d’aller voir ailleurs si elle y est. Ce moment est arrivé.

De retour dans quelques semaines.

Référence

Legendre, Claire, Viande, Paris, Grasset, 1999, 187 p.

Mise en garde de saison

«À l’époque où il travaillait encore à la Voie publique, Maigret connaissait tous les voleurs à la tire, non seulement de Paris, mais ceux qui venaient d’Espagne ou de Londres à l’occasion des foires ou des grandes manifestations populaires.

C’est une spécialité assez fermée, qui comporte sa hiérarchie. Les as se dérangent seulement quand cela en vaut la peine, n’hésitent pas à traverser l’Atlantique pour une exposition universelle ou, par exemple, pour les Jeux Olympiques.»

Georges Simenon, le Voleur de Maigret, Paris, Presses de la cité, coll. «Maigret», 44, 1967, 182 p., p. 11.

Portrait de groupe avec vacances

Périodiquement — voir ici et —, l’Oreille tendue se demande ce que veulent ses concitoyens. Pour cela, elle s’appuie sur les titres de presse.

En vacances, disent ces titres, les Québécois

…«[sont] peu intéressés par les festivités [du bicentenaire de la guerre de 1812]» (la Presse, 1er octobre 2011, p. A25).

…«traversent chez les Américains» (le Devoir, 30-31 juillet 2011, p. C1).

…«s’éclatent au jardin» (la Presse, 23 avril 2011, cahier Mon toit, p. 2).

…«aiment les Caraïbes, les États-Unis et… la Birmanie» (le Devoir, 29 décembre 2011, p. A4).

…«vont dépenser autant que l’an dernier» (la Presse, 10 novembre 2011, cahier Affaires, p. 1).

…«sont de plus en plus nombreux à bord» (la Presse, 17 mars 2012, cahier Voyage, p. 27, publicité).

…«seront au Sommet des peuples» (le Devoir, 20 juin 2012, p. C1).

…«[sont] accablés par la chaleur» (la Presse, 16 juillet 2012, p. A8).

…«n’iront pas plus aux États-Unis» (la Presse, 16 juillet 2012, p. A8).

Mais il y a pire (ou mieux) : ils

…«sont de petits voyageurs» (la Presse, 4 avril 2012, p. A1).

S’en remettront-ils ?

Une chose est sûre : il y a bel et bien un «Tourisme distinct» (le Devoir, 24-25 avril 2004, p. D4).

Les gros mots dans le poste

Il arrive souvent à l’Oreille tendue d’être décalée télévisuellement. Elle est ainsi en train de regarder la quatrième saison de la série télévisée Damages, alors que la diffusion de la cinquième vient de commencer.

Dès les premiers épisodes de cette quatrième saison, l’Oreille a été frappée par ce qui lui semblait l’apparition de gros mots dans les dialogues, seuls («s*it», «*uck», «asshol*», «Je*us», «cock*ucker») ou en combinaison («m*therfucker», «Jesu* Christ»).

Elle s’est même demandée à haute voix, en présence de ses habituelles sources conjugales, si un changement de chaîne n’était pas la source de cette transformation linguistique.

Or, dixit Wikipédia, la série est en effet passée, après la troisième saison, de FX Network à DirecTV.

C’est bien la preuve qu’il est toujours utile de tendre l’oreille; on peut apprendre des choses (de peu de poids, il est vrai).

P.S.—À DirecTV, on accepte volontiers les gros mots et la nudité (surtout féminine).

Local ? Non, bien sûr

Déclaration du metteur en scène Robert Lepage dans la Presse du 21 juillet : «j’avais la confiance que Québec avait ce qu’il fallait pour créer un événement de calibre international» (cahier Arts, p. 19).

Le calibre international est une autre incarnation — un autre symptôme ? — de la manie québécoise de voir des capitales et des leaders partout.

Les exemples ne manquent pas.

«Montréal, destination de calibre international ?» (la Presse, 23 mars 2005, Actuel, p. 4).

«Cyclotourisme. Un circuit de calibre international au Québec» (la Presse, 17 août 2011, p. A7).

Évoquant le Montréal de 1969 dans son roman Mayonnaise (2012), Éric Plamondon a voulu rappeler la dimension (auto)publicitaire de l’expression calibre international (p. 103). Il ne se trompait pas. (Mieux encore, toujours chez Plamondon : une ville de calibre international est une ville qui vibre.)

Référence

Plamondon, Éric, Mayonnaise. Roman. 1984 — Volume II, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 49, 2012, 200 p.