Tintin, Bruxelles, mars 2016

Des attentats terroristes ont frappé la Belgique ce matin. Hergé a été appelé à la rescousse, notamment sur Twitter.

Mon coeur est à Bruxelles

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André-Philippe Côté, la Presse+, 23 mars 2016 :

Caricature, André-Philippe Côté, la Presse+, 23 mars 2016

 

La Presse+, 25 mars 2016 :

Photo prise à Prague, la Presse+, 25 mars 2016

 

P.-S. — Ce site peut être utile.

P.-P.-S. — Plusieurs médias ont évoqué ces représentations tintinesques : le Devoir (ici et ), Radio-Canada, le Huffington Post France.

Maintenant

Claude-Henri Grignon et Albert Chartier, Séraphin illustré, 2010, p. 101

Ses graphies sont multiples et son usage courant au Québec. Justin Laramée, dans le collectif la Fête sauvage (2015), intitule un texte «Astheure» : «Astheure toujours / Nous dirons toujours Astheure / Et nous porterons le maintenant mains tenantes» (p. 30). Le poète François Hébert écrit «à c’tte heure» (p. 93), dans Toute l’œuvre incomplète (2010), mais pas seulement : «astheure, nous aimons ce mot» (p. 89); «Derechef, comme astheure, est un étourdissant adverbe» (p. 97). Le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron a une entrée à «Astheure» et une à «Asthure» (1980, p. 51). C’est la première graphie qu’a retenue Jean-Claude Germain dans sa pièce Un pays dont la devise est je m’oublie, quand Louis Cyr s’adresse au hockeyeur Maurice Richard : «T’es Mau-ri-ce Ri-chard !… Ç’avait jamais été… pis ça sra jamais !… Çé !… Pis çé là astheure pour tout ltemps !» (1976, p. 136). Le dictionnaire en ligne Usito donne «astheure», «asteure» et «à c’t’heure».

L’expression n’est pas propre au français du Québec. Philippe Didion, dans ses Notules du 18 octobre 2015, emploie «asteure». Dès 1922, Joseph Dumais notait qu’elle existe en patois angevin («ast’ heure», p. 27). Le Belge Simenon, dans la Veuve Couderc (1942), écrit «à cette heure» (éd. de 2003, p. 1055).

Elle est ancienne, enfin. Elle est dans les Essais de Montaigne (III, 9), selon Mireille Huchon en 2002 («asture», p. 16). Jacques Chaurand, dans l’édition de 1987 de son Histoire de la langue française, la trouve en moyen français («asteure», p. 64).

Son sens ? Maintenant : «Astheure, les choses sont peut-être un peu plus claires.» Dans certaines constructions, le mot peut marquer l’exaspération : «Qu’est-ce qu’y a astheure ?» Son synonyme serait alors encore. Il peut former une conjonction de subordination : «Astheure que ce texte est écrit, passons à autre chose.»

P.-S. — Aux toutes premières lignes du roman Bonheur d’occasion (1945) de Gabrielle Roy, on lit : «À cette heure, Florentine s’était prise à guetter la venue du jeune homme qui, la veille, entre tant de propos railleurs, lui avait laissé entendre qu’il la trouvait jolie» (éd. de 1978, p. 11). Pierre Popovic a étudié cette tournure en 1999.

 

[Complément du 25 février 2016]

Trois réactions, sur Twitter, à ce texte.

@kwebek écrit que le mot est «Bien attesté aussi dans le Glossaire du parler français au Canada, qui en rappelle l’usage dans certaines régions de France». Ce Glossaire date de 1930.

@MichelFrancard signale l’existence d’asteûre en wallon.

@MFBernier rappelle qu’une chanson de Jean-Pierre Ferland s’intitule «À c’t’heure».

Puisqu’il est question de chanson, signalons celles-ci, qui toutes utilisent le mot astheure :

Oswald, «Les sports», 1960

Pierre Bertrand, «Hockey», 1978

Francine Raymond, «Tu peux t’en aller», 1993

Les Mecs comiques, «Le hockey est malade», 2001

Les Cowboys fringants, «Salut mon Ron», 2002

Oui, bien sûr, il s’agit uniquement de chansons qui portent sur le hockey, en tout ou en partie.

 

[Complément du 6 avril 2016]

Les Éditions du Boréal publient ces jours-ci des textes en français de Jack Kerouac sous le titre La vie est d’hommage. Leur éditeur, Jean-Christophe Cloutier, était interviewé dans le Devoir des 2 et 3 avril (p. F1-F2). Extrait :

Ayant étudié les révisions que Kerouac a faites dans ses manuscrits, le chercheur a pu constater son souci de corriger ses textes en supprimant certains anglicismes pour y insérer le bon mot en français. «Par exemple, il raye “la shoppe” et le remplace par “l’imprimerie”. Il peut choisir d’écrire “À cette heure” à un moment donné, et ensuite choisir une écriture phonétique changeante : “a s t heur”, “a s’t’heure” ou “astheure”» (p. F2).

 

Références

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

Côté, Véronique et un collectif d’auteurs, la Fête sauvage, Montréal, Atelier 10, coll. «Pièces», 06, 2015, 125 p. Ill.

Chaurand, Jacques, Histoire de la langue française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 167, 1987 (cinquième édition corrigée), 127 p.

Dumais, Joseph, le Parler de chez nous. Conférence donnée à l’Hôtel de ville de Québec, sous le patronage de la Société des arts, sciences et lettres, par M. Joseph Dumais. Professeur de diction française, directeur du Conservatoire de Québec, membre de la Société des auteurs canadiens et de la Société des arts, sciences et lettres, Québec, Chez l’auteur, 1922, ii/41 p. Préface d’Alphonse Désilets.

Germain, Jean-Claude, Un pays dont la devise est je m’oublie, Montréal, VLB éditeur, 1976, 138 p.

Hébert, François, Toute l’œuvre incomplète, Montréal, l’Hexagone, coll. «Écritures», 2010, 154 p.

Huchon, Mireille, Histoire de la langue française, Paris, le Livre de poche, coll. «Références. Inédit. Littérature», 542, 2002, 315 p. Ill.

Popovic, Pierre, «Le différend des cultures et des savoirs dans l’incipit de Bonheur d’occasion», dans Marie-Andrée Beaudet (édit.), Bonheur d’occasion au pluriel. Lectures et approches critiques, Québec, Nota bene, coll. «Séminaires», 10, 1999, p. 15-61.

Roy, Gabrielle, Bonheur d’occasion, Montréal, Stanké, coll. «10/10», 1978 (1945), 396 p.

Simenon, la Veuve Couderc, dans Romans. I, Paris, Gallimard, coll. «Bibliothèque de la Pléiade», 495, 2003, 1043-1169 et 1458-1471. Édition établie par Jacques Dubois, avec Benoît Denis.

Société du parler français au Canada, Glossaire du parler français au Canada : contenant les mots et locutions en usage dans le parler de la Province de Québec et qui ne sont pas admis dans le français d’école, la définition de leurs différents sens, avec des exemples; des notes sur leur provenance, la prononciation figurée des mots étudiés, Québec, Action sociale, 1930, xix/709 p. Réimpression : Québec, Presses de l’Université Laval, 1968.

(Illustration d’Albert Chartier tirée de Claude-Henri Grignon et Albert Chartier, Séraphin illustré, préface de Pierre Grignon, dossier de Michel Viau, Montréal, Les 400 coups, 2010, 263 p., p. 101.)

Exporter le hockey

Sport-digest. Revue du sport dans le monde, 28, mars 1951, couverture

 

En 1951, le magazine parisien Sport-digest. Revue du sport dans le monde («Les meilleurs articles et les mieux documentés») présente le hockey nord-américain à ses lecteurs.

L’article a été confié à un journaliste québécois, Maurice Desjardins, «Directeur de “Sport Illustré”». Il est destiné à un public de néophytes, et dès son titre : selon David Adams Richards, qui dit «hockey sur glace» («hockey on ice»), au lieu de simplement «hockey», s’adresse nécessairement à quelqu’un qui n’est pas canadien.

De son «observatoire enneigé» (p. 13), Desjardins parle à ses «vieux camarades parisiens» (p. 9). Il leur décrit un match du samedi soir, à Montréal, dans «notre Forum» (p. 9) :

Il s’agissait d’un match de hockey de la Ligue Nationale (National Hockey League) la plus forte au monde. Quitte à surprendre et chagriner les lecteurs français de «Sport-Digest», je vais essayer d’établir dans cet article les énormes différences de calibre qui existent entre les différentes ligues de hockey sur glace au Canada, aux États-Unis et en Europe ! (p. 9)

Il classe les joueurs et les ligues, non sans cocasserie. Les Red Wings de Détroit gardent leur nom anglais, mais les Maple Leafs de Toronto deviennent les Feuilles d’érable (p. 10), nom qui n’est jamais utilisé par les amateurs et les commentateurs. L’économie du hockey et ses «mercantis» (p. 12) sont évoqués (longuement), de même que la violence du sport (brièvement).

Qui est le joueur le plus souvent nommé ? On ne s’étonnera pas que ce soit Maurice «Rocket» Richard, l’ailier droit des Canadiens de Montréal et la figure par excellence du hockey au Canada.

La couverture du numéro 28 de Sport-digest a été confiée au célèbre René Pellos. C’est également lui qui illustre les articles «Pourquoi ne peut-on pas tuer les arbitres ?» de Manuel de Laborderie (p. 44-48) et «Les jeux de nos aïeux» (p. 115-119). (Le «jeu de crosses», en Normandie, aurait eu de «nombreuses analogies» avec le hockey [p. 117].)

Le même numéro contient un article de Michel Lejard, «Hockey patinoires glaces en tous genres», qui propose «une véritable histoire de la glace» (p. 41).

Le contexte de tout cela ? Le Championnat du monde de hockey sur glace (Paris, Palais des sports, mars 1951).

P.-S. — En 1973, Maurice Desjardins publiera l’ouvrage les Surhommes du sport. Il y consacre un chapitre aux «Débuts de Maurice Richard» (p. 139-147).

Maurice Desjardins, «Les Canadiens maîtres du hockey sur glace», Sport-digest. Revue du sport dans le monde, 28, mars 1951, p. 9

Références

Desjardins, Maurice, «Les Canadiens maîtres du hockey sur glace», Sport-digest. Revue du sport dans le monde, 28, mars 1951, p. 9-13.

Desjardins, Maurice, les Surhommes du sport. Champions et légendes, Montréal, Éditions de l’Homme, coll. «Sport», 1973, 200 p. Ill. Préface de Jacques Beauchamp.

Lejard, Michel, «Hockey patinoires glaces en tous genres», Sport-digest. Revue du sport dans le monde, 28, mars 1951, p. 41-43.

Melançon, Benoît, les Yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle, Montréal, Fides, 2006, 279 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Nouvelle édition, revue et augmentée : Montréal, Fides, 2008, 312 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Préface d’Antoine Del Busso. Traduction : The Rocket. A Cultural History of Maurice Richard, Vancouver, Toronto et Berkeley, Greystone Books, D&M Publishers Inc., 2009, 304 p. 26 illustrations en couleurs; 27 illustrations en noir et blanc. Traduction de Fred A. Reed. Préface de Roy MacGregor. Postface de Jean Béliveau. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2012, 312 p. 42 illustrations en noir et blanc. Préface de Guylaine Girard.

Richards, David Adams, Hockey Dreams. Memories of a Man who Couldn’t Play, Toronto, Doubleday Canada, 1996, 238 p.

Les Yeux de Maurice Richard, édition de 2012, couverture