Prendre la route 002

Un lecteur québecquois de l’Oreille tendue a bien ouvert l’œil pendant ses vacances.

Il a pu constater que l’urbanisation n’est pas un phénomène réservé à la langue française.

Urban Eatery, Charlottetown, août 2009
Charlottetown, août 2009
Urban Planet, Frederiction, août 2009
Frederiction, août 2009

De même, il a eu la preuve que l’utilisation intransitive de quitter peut à l’occasion traverser les frontières québécoises.

Parc national de l’Île-du-Prince-Édouard, août 2009
Parc national de l’Île-du-Prince-Édouard, août 2009

Enfin, il a découvert une capitale culturelle là où il ne la cherchait peut-être pas.

Fredericton, août 2009
Fredericton, août 2009

Il ne faut jamais l’oublier : les voyages forment la jeunesse.

Attention aux pharmaciens

Il existerait, au Québec, un lieu obscur où se prendraient les vraies décisions : les officines (toujours au pluriel).

Il y en aurait dans le monde du sport, au baseball (la Presse, 3 octobre 2004, p. S5) comme au football (Daniel Lemay, Montréal football. Un siècle et des poussières…, Montréal, Éditions La Presse, 2006, 240 p., p. 178).

Les plus importantes seraient cependant gouvernementales (le Devoir, 12 mai 2005, p. A3). Ce n’est jamais aussi clair que chez le romancier Robert Barberis, qui évoque, dans la Rencontre, «l’ambiance calfeutrée des officines gouvernementales de la Vieille Capitale» (Montréal, Éditions du fleuve, 1988, 89 p., p. 17).

Un Français serait étonné de cette vie de l’ombre, lui qui s’attend à trouver dans une officine, d’abord et avant tout, un pharmacien.

Capitale(s)

Le Québec aime tellement les capitales qu’il en compte plusieurs.

Il y a d’abord la Vieille Capitale, Québec : la capitale nationale de la province de Québec n’est en effet pas sa capitale économique ou culturelle. (Rien là d’étonnant : cela se voit ailleurs.) Il lui arrive de se faire «capitale mondiale de la planche à neige» (le Devoir, 16 mars 2007, p. B1) ou capitale gastronomique, selon le titre du livre d’Anne L. Desjardins (Montréal, Éditions La Presse, 2008). Son équipe de baseball s’appelle Les capitales.

Il y a aussi Drummondville, «capitale du monde» (la Presse, 17 juin 2005, cahier Arts et spectacles, p. 7). Cela a probablement quelque chose à voir avec son Mondial des cultures.

Trois-Rivières n’est pas en reste. Festival international de la poésie oblige, la ville serait la «capitale de la poésie».

Et Montréal ? La question de son statut, et notamment de sa place au palmarès géographique mondial, est récurrente et pourrait se formuler ainsi : «Montréal, destination de calibre international ?» (la Presse, 23 mars 2005, cahier Actuel, p. 4).

Par certains aspects, la ville ne s’en tire pas trop mal. Elle est la «capitale nord-américaine du papier journal» (la Presse, 30 janvier 2007, cahier Affaires, p. 1), «une capitale mondiale pour la danse» (la Presse, 17 décembre 2003, cahier Arts et spectacles, p. 3), une «grande capitale mondiale de la gastronomie» (la Presse, 3 juillet 2004, p. A1), la «capitale de l’animation numérique» (la Presse, 21 août 2006, cahier Affaires, p. 1), la «capitale mondiale de la gestion de projets» (le Devoir, 24 juillet 2006, p. A6), la «capitale mondiale du livre» (la Presse, 21 novembre 2004, p. A9), la «capitale des festivals» (la Presse, 22 juin 2005, cahier Arts et spectacles, p. 10). Tout ça n’est pas rien; du moins, on l’espère.

Parfois, c’est moins glorieux : «Montréal capitale du faible revenu» (la Presse, 25 octobre 2007, p. A13).

Surtout, la ville doute. «Montréal, la capitale du jeu électronique ?» (le Devoir, 7 février 2005, p. B7). «Montréal, capitale culturelle ? » (la Presse, 3 janvier 2004). «Pour que Montréal devienne une capitale mondiale de la culture» (le Devoir, 10-11 novembre 2007, p. H1).

Il arrive que cette interrogation prenne des formes assez alambiquées, s’agissant pourtant d’une même discipline. D’un côté, affirmations : «Montréal, capitale mondiale du design» (la Presse, 13 août 2004, p. A6); «Montréal est la capitale mondiale du design» (le Devoir, 21-22 mai 2005, p. H1). De l’autre, question : «Montréal, capitale du design mondial ?» (le Devoir, 22-23 mai 2004, p. I5). Il est vrai que l’on est passé de la capitale mondiale du design à la capital du design mondial. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

La Fontaine ? La fable «La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf» ? Vous croyez ?