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L’autre poche

Il y a jadis naguère, l’Oreille tendue s’interrogeait sur la persistance de l’adjectif poche dans son acception québécoise. Plus récemment, une publicité lui a rappelé un des sens, également québécois, du substantif.

L’Oreille se trouvait dans des lieux d’aisances universitaires. Elle se tenait devant l’urinoir quand son attention a été attirée par un autocollant au sol, celui-ci :

Publicité, Université de Montréal, avril 2015

Quelle est donc cette «belle poche», accompagnée d’un pimpant point d’exclamation ? Elle peut désigner aussi bien un produit commercial, celui annoncé par l’autocollant, en l’occurrence un t-shirt décoré d’une poche de couleur, que, dans la langue populaire québécoise, l’«enveloppe cutanée des testicules», d’où sa position publicitaire stratégique.

On appréciera. Ou pas.

Nouvelles (des) capitales

Mercier, capitale du vol de voitures

Il y a jadis naguère, l’Oreille tendue aimait collectionner les capitales et leurs variantes (voir ici). Depuis, elle s’est (un peu) calmée. Pas complètement.

«Montréal, capitale des effets visuels» (la Presse+, 27 janvier 2015).

«Montréal, capitale de l’investissement responsable» (le Devoir, 20-21 septembre 2014, p. G1).

«Montréal pourrait devenir la capitale mondiale du numérique» (le Devoir, 26-27 octobre 2013, p. C8).

«Montréal métropole financière» (la Presse +, 27 mai 2013).

«Montréal nouvelle Mecque des effets spéciaux» (la Presse, 23 février 2013, cahier Affaires, p. 1).

«Technologie. Montréal, métropole isolée» (la Presse, 22 février 2013, cahier Affaires, p. 1).

«Montréal sacrée “Métropole amie des aînés”» (la Presse, 20 octobre 2012, cahier publicitaire «Chez soi 55+»).

«Montréal, champion des embouteillages» (la Presse, 12 octobre 2012, cahier Affaires, p. 1).

«Montréal, métropole universitaire : la communauté montréalaise se mobilise pour soutenir ses universités» (@chambredemontreal).

«Montréal, métropole culturelle du 21e siècle ? Le verdict de mi-parcours bientôt !» (@culturemontreal).

Et ça, ce n’est que pour Montréal. Ouf.

P.S.—Merci à @machinaecrire pour la première des deux illustrations.

Montréal, capitale des remorquages

 

Je ne veux pas pinailler, mais…

L’Oreille tendue a déjà lu, avec plaisir, des textes de Catherine Bertho Lavenir, par exemple «L’échappée belle» (1998) ou «La découverte des interstices» (2001). Il lui est même arrivé de participer, avec profit, à un séminaire avec elle, «Questions d’histoire culturelle : rencontre avec Pascal Ory» (Université de Montréal, 23 février 2007).

La même Oreille a écrit un livre sur Maurice Richard, le plus célèbre joueur de la plus célèbre équipe de hockey, les Canadiens de Montréal : les Yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle (2006).

Dans un article de 2012, «La biographie en histoire culturelle», Catherine Bertho Lavenir mentionne, deux fois, ce livre. Les deux fois, elle se trompe dans le sous-titre : elle écrit Une biographie culturelle au lieu d’Une histoire culturelle (p. 188). C’est ennuyeux, surtout pour un livre dont la première phrase est «Ceci n’est ni un livre de fan, ni un livre d’amateur de hockey, ni une biographie de Maurice Richard».

Il y a des jours où on pourrait se fâcher.

Références

Bertho Lavenir, Catherine, «L’échappée belle», Cahiers de médiologie, 5, 1998, p. 117-129. URL : <http://mediologie.org/cahiers-de-mediologie/05_bicyclette/bertho02.pdf>.

Bertho Lavenir, Catherine, «La découverte des interstices», Cahiers de médiologie, 12, 2001, p. 129-140. URL : <http://mediologie.org/cahiers-de-mediologie/12_automobile/bertho.pdf>.

Bertho Lavenir, Catherine, «La biographie en histoire culturelle», Globe. Revue internationale d’études québécoises, 15, 1-2, 2012, p. 183-199.

Melançon, Benoît, les Yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle, Montréal, Fides, 2006, 279 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Nouvelle édition, revue et augmentée : Montréal, Fides, 2008, 312 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Préface d’Antoine Del Busso. Traduction : The Rocket. A Cultural History of Maurice Richard, Vancouver, Toronto et Berkeley, Greystone Books, D&M Publishers Inc., 2009, 304 p. 26 illustrations en couleurs; 27 illustrations en noir et blanc. Traduction de Fred A. Reed. Préface de Roy MacGregor. Postface de Jean Béliveau. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2012, 312 p. 42 illustrations en noir et blanc. Préface de Guylaine Girard.

Changez-en

Un collègue de l’Oreille tendue, Pierre Popovic, le dit depuis des années : en études littéraires, il faudrait cesser de parler inconsidérément de posture.

Deux exemples lus ces jours-ci ?

Dans le plus récent numéro de la revue Liberté (306, hiver 2015) — par ailleurs excellent —, l’une parle de «non-posture» (p. 46), l’autre de «posture temporelle singulière» (p. 55).

On crée un moratoire ?

P.S.—Un de ces jours, l’Oreille ajoutera le mot posture ici.

 

[Complément du 22 décembre 2014]

Dès le 21 août 2011, Pierre Assouline moquait les «experts en posturologie». (Merci à @revi_redac pour le lien.)

Citation universitaire du jour

«Parallèlement, dans chaque société, l’université voit son rôle réduit au nom de prétendus impératifs fonctionnels : rentabiliser des investissements énormes, former la main-d’œuvre spécialisée que la société technologique réclame. Gouvernements, milieux des affaires, médias de retrouvent pour une fois d’accord : les universitaires n’ont pas le sens des responsabilités; leur poursuite désintéressée de la connaissance et leurs idéaux d’éducation libérale ou humaniste appartiennent à un stade dépassé de l’histoire» (p. 125).

Cette citation de Robert Melançon date de 1991. On a pu tenir des propos semblables en 1996. On en tient encore en 2014.

Référence

Melançon, Robert, «Du bon usage des colloques», Études françaises, 27, 3, 1991, p. 119-127. URL : <http://www.erudit.org/revue/etudfr/1991/v27/n3/035862ar.pdf>.