Mort aux complexes !

«Ballerine décomplexée», la Presse+, 1er mars 2017

Depuis quelques mois, l’Oreille tendue s’est mise à la chasse à l’épithète décomplexé. Elle a même prédit que ce pourrait être un des mots de 2017. Allons-y voir de nouveau.

Qu’est-ce qui peut être décomplexé ?

Une personne, bien sûr.

Une ballerine (la Presse+, 1er mars 2017).

Mais, surtout, des choses moins tangibles.

Des confidences (le Devoir, 1er mars 2017, p. B8).

La diversité (en colloque universitaire).

Une entrevue (@hugopilonlarose).

La prononciation du mot fuck (le Devoir, 31 décembre 2016, p. E1).

Des «paroles extrêmes» (la Presse+, 31 décembre 2016).

Une société (la Presse+, 16 décembre 2016).

Un style (la Presse+, 4 novembre 2016).

Des poètes (le Devoir, 1er-2 octobre 2016, p. C8).

Une écriture (@recruedumois).

Arrêtons-nous pour l’instant à ces dix occurrences, continuons à tendre l’oreille et restons décomplexés. Il semble que ce soit bien.

La dictée de l’Oreille tendue

Repassage extrême sur le Rivelin Needle (Rivelin Rocks)Toujours à l’affût des besoins de ses bénéficiaires, l’Oreille tendue leur a préparé une dictée. Elle dure deux minutes trente secondes et on peut l’entendre ici :

À ton crayon.

Illustration : Repassage extrême sur le Rivelin Needle (Rivelin Rocks) près de Sheffield au Royaume-Uni en 2001 (source : Wikimedia).

 

[Complément du 1er mars 2017]

Corrigé

Là, là, les étudiants et les étudiantes, tu t’installes pour la dictée. Tu prends ton p’tit crayon, pis ton p’tit papier, pis tu tends bien l’oreille. T’es prêt ? On commence.

«Hier soir, j’ai quitté plus tôt que d’habitude. Je suis allé au bar à repassage. Il y avait un tournoi de repassage extrême. Ce tournoi se voulait à saveur compétitive. Le prix à gagner était un voyage dans la capitale urbaine du swag. Je me sentais décomplexé. Au niveau de mon repassage, ma problématique était bonne. À la fin du tournoi, les juges se sont assis et ils ont voté. On parle d’une décision difficile pour l’estime de soi.» [Il n’y avait évidemment pas de virgule dans la dernière phrase; c’était un piège.]

Bon, c’est fini, les étudiantes et les étudiants. Tu me donnes ta p’tite dictée, pis tu vas dans le parc-école. Je te dirai tout à l’heure si t’as un privilège ou si t’as une conséquence.

Le niveau baisse ! (1835)

«D’où vient qu’une partie des élèves qui ont achevé leurs études, bien loin d’être habiles dans leur langue maternelle, ne peuvent même pas en écrire correctement l’orthographe ?»

Source : L.-G. de Lacombe, Un coup-d’œil sur l’état actuel de l’enseignement en France, Paris, A. Jeanthon, 1835.

Pour en savoir plus sur cette question :

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture

Le niveau baisse ! (1947)

«Par ailleurs, le directeur [en 1947 du journal étudiant le Quartier latin, Camille Laurin] se montre particulièrement exigeant en ce qui concerne l’écriture de la publication. […] Il ajoute que si l’orthographe, la syntaxe et la correction française n’ont plus leur place dans la plus grande université française d’Amérique, il vaudrait décidément mieux regagner l’Europe, où, malgré beaucoup de tares, ces humbles choses sont encore respectées. Il s’étonne également que, après huit années de cours classique et deux ou trois ans d’université, on puisse encore ignorer jusqu’aux rudiments de l’art d’écrire.»

Source : Jean-Claude Picard, Camille Laurin, l’homme debout, Montréal, Boréal, 2003, 528 p., p. 81.

Pour en savoir plus sur cette question :

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

P.-S. — Oui, ce Camille Laurin-là, le père de la Loi 101.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture