Soyons agiles !

Publicité d’un gestionnaire de portefeuilles, Montréal, mai 2016

L’Oreille tendue a découvert que le mot agilité pouvait être une valeur universitaire à l’automne 2007. Elle se souvient très bien du lieu et de son interlocuteur.

Plus récemment, elle l’a beaucoup entendu dans son université, «transformation institutionnelle» oblige.

Le mal n’est pas que local. Que demande le doyen de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal ? «Ce dont on a besoin, c’est d’être agile[s], et nos structures administratives actuelles sont hyper lourdes.»

Les gestionnaires de portefeuilles aussi s’y mettent; voyez la publicité ci-dessus.

On n’arrête pas le progrès.

 

[Complément du 17 mai 2016]

On ne s’étonnera pas de sentir ici l’influence de l’anglais, comme le laissent penser le commentaire de Patrick Coleman ci-dessous et ce tweet :

Surtout pas local

Qui veut se distinguer recourt à l’adjectif international. C’est banal, et depuis longtemps. Les exemples abondent

«Montréal, destination de calibre international ?» (la Presse, 23 mars 2005, cahier Actuel, p. 4)

«Les aliments d’ici au menu international» (la Presse, 23 juin 2012, p. A1).

«Faire du Québec un pôle international» (le Devoir, 21-22 mars 2015, p. J6).

«Cyclotourisme. Un circuit de calibre international au Québec» (la Presse, 17 août 2011, p. A7).

«Un début de mandat à saveur internationale» (la Presse+, 3 novembre 2015).

Il y avait donc international. Il y a aussi, et beaucoup, et de plus en plus, à l’international.

L’ami Yvan Leclerc, sur son blogue Son mot à dire, l’a bien vu, le 6 février, au moment de la mort de Pierre Sineux, le président de l’Université de Caen. Il déplore la langue de certain éloge funèbre : «Les abstracteurs de langue sont passés par là : les étudiants ont été dématérialisés en ressource estudiantine et le monde que l’on croyait à peu près rond s’est aplati à l’international

Ce à l’international touchait la langue des affaires.

«Poursuivre l’offensive à l’international» (la Presse+, 10 mai 2016).

«Investir à l’international grâce à Québec inc. ?» (la Presse, 1er octobre 2011, cahier Affaires, p. 6).

Il est maintenant courant à l’université, d’où l’appel à contribution que viennent de lancer les Recherches croisées Elsa Triolet/Aragon pour leur seizième livraison : «Aragon à l’international».

On n’arrête pas le progrès.

Autopromotion 240

L’Oreille tendue a été impliquée au cours des dernières années dans la reconnaissance de la recherche-création dans son université.

Elle en parlera aujourd’hui à la radio de Radio-Canada durant la deuxième heure de l’émission de culture scientifique les Années lumière.

La journaliste Myriam Fimbry s’est notamment inspirée de ce dossier pour préparer son reportage.

 

[Complément]

On peut (ré)entendre l’entretien ici.

La perte du souci philologique

Soit le graffiti suivant, dans un ascenseur de l’Université de Montréal :

Graffiti, Université de Montréal, 14 avril 2016

Malgré les erreurs de transcription, on peut y reconnaître un extrait de la chanson «Ne me quitte pas» de Jacques Brel :

Je f’rai un domaine
Où l’amour s’ra roi
Où l’amour s’ra loi
Où tu seras reine

Le souci philologique n’est plus ce qu’il était, jusques et y compris à l’université.

Chronique nécrologique du jour

Chercheur reconnu localement, le professeur X a mené une carrière résolument monodisciplinaire. Il a peu publié, mais toujours dans des revues mal cotées, voire pas cotées du tout. Il a occupé des postes dans diverses universités, aucune n’ayant jamais figuré dans quelque classement international que ce soit. Enseignant apprécié, dit-on, il n’a laissé aucune empreinte sur les générations d’étudiants qui ont assisté à ses cours. De même, ses collègues au sein des rares comités où il a été nommé ne gardent pas de souvenir de lui. Cet intellectuel plus petit que nature a été, et restera, ignoré des médias. Sa contribution au monde des savoirs a été rapidement oubliée, de son vivant même.

Il nous manquera.