Des ans l’irréparable outrage

À compter de septembre, l’Oreille tendue donnera un cours sur le théâtre français du XVIIIe siècle. Elle est donc à (re)lire nombre de textes de et sur le théâtre des Lumières. Par la force de choses, elle tombe souvent, dans les comédies, sur le mot barbon : «Homme d’âge plus que mûr», explique le Petit Robert (édition numérique de 2014).

Quand elle était jeune, au Québec, on aurait parlé de croulant.

Ces deux mots, plus guère d’actualité, s’appliquent désormais à elle.

Vous voulez que je vous dépose ?

Caraccioli, le Livre à la mode, éd. de 2005, couverture

Il est diverses façons de laisser quelqu’un à destination. On peut déposer cette personne. En registre plus familier, l’Oreille tendue connaît domper (to dump, en anglais). Le marquis de Caraccioli, dans le Livre à la mode, en 1759, a un verbe qui étonne, italique à l’appui : «Madame, voulez-vous, sans façon, accepter une place dans mon vis-à-vis, je vous vomirai là où bon vous semblera […]» (éd. de 2005, p. 70).

P.-S.—En effet, il a déjà été question de vomir ici.

Référence

Caraccioli, Louis-Antoine, marquis de, le Livre à la mode suivi du Livre des quatre couleurs, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne—Jean Monnet, coll. «Lire le dix-huitième siècle», 2005, 105 p. Textes présentés et annotés par Anne Richardot.

Accouplements 91

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Le XVIIIe siècle a été électrique, pour les idées comme pour les personnes.

Caraccioli, Louis-Antoine, marquis de, le Livre à la mode suivi du Livre des quatre couleurs, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne—Jean Monnet, coll. «Lire le dix-huitième siècle», 2005, 105 p. Textes présentés et annotés par Anne Richardot.

«Parlerons-nous maintenant des conversations, ci-devant languissantes, monotones et, qui pis est, savantes ? Elles étouffaient tout homme d’esprit, tandis qu’aujourd’hui, toutes spirituelles, toutes sémillantes, toutes badines, elles électrisent les personnes les plus sottes et en tirent des étincelles» (le Livre à la mode, 1759, p. 61).

Révéroni Saint-Cyr, Pauliska ou la Perversité moderne. Mémoires récents d’une Polonaise, Paris, Desjonquères, coll. «XVIIIe siècle», 1991, 221 p. Édition de 1798. Édition établie et présentée par Michel Delon.

«Après quelques instants de préparatifs, je vis amener les deux enfants désignés, nus, âgés à peu près de six ans et d’une figure touchante. Ces pauvres petits êtres tremblaient de tout leur corps à l’aspect de Saviati, dont la figure noire et ridée, encadrée dans une perruque blanche, avait quelque chose des ministres du Tartare. Une immense machine électrique était au milieu du cabinet. “C’est bien cela que j’avais demandé, baron, dit-il à M. d’Olnitz; vous avez parfaitement saisi la forme de l’appareil, et il est bien exécuté. Vous allez en voir les effets.” À ces mots, il prend ces petits enfants, il les lie avec quatre courroies de cuir aux poteaux qui supportaient la grande roue de verre, et en face des coussinets de frottement. Il les dispose dos contre dos, de manière que le bas des reins se touche parfaitement et forme un frottoir naturel, séparé par la seule épaisseur de la roue de verre. Il tourne ensuite la grande roue avec vivacité; bientôt le mouvement rapide du verre échauffe ces chairs délicates, les étincelles jaillissent; on reconnaît à l’agitation de ces enfants la cuisson que ce contact brûlant leur cause» (p. 189-190).