Le zeugme du dimanche matin et de Lesage

«À l’égard de mes frères, quoiqu’ils fussent Officiers et mes aînés, je les mis sur un bon pied.»

Alain-René Lesage, les Avantures de Monsieur Robert Chevalier, dit de Beauchêne, capitaine de flibustiers dans la nouvelle France, Paris, Étienne Ganeau, 1732, t. I, p. 38.

Éloge d’un Rameau

André Magnan, Rameau le neveu, 1993, couverture

Ceux qui connaissent Jean-François Rameau (1716-1777) ne le connaissent généralement que par le Neveu de Rameau de Diderot. André Magnan lui a pourtant consacré un livre en 1993, Rameau le neveu, fruit d’une longue traque érudite pour (r)établir les faits le concernant. Le personnage était-il connu de ses contemporains ? Assez pour que le célèbre Jean-Philippe Rameau, «le grand compositeur et célèbre théoricien de l’harmonie» (p. 9), soit désigné de l’expression «RAMEAU, l’oncle» (p. 96) en 1760.

Jean-François Rameau étant né le 30 janvier 1716, André Magnan signait un nouveau texte sur lui il y a deux jours, «30 janvier 1716 – 30 janvier 2016 : Jean-François Rameau à la fête».

Ceux qui connaissent ce Rameau-là en pensent rarement du bien : un parasite, croient-ils. Pas André Magnan :

J’ai aimé ton tour d’esprit, ta dégaine, tes naïvetés, tes innocences, tes vagabondages, tes dévergondages, tes désarrois, tes faiblesses, tes peurs de vieil enfant. J’ai aimé tes inspirations subites, tes pitreries, les ruptures de logique, tes sautes de voix, tes improvisations à plusieurs personnages, tes pantomimes, tout ce happening de ton propre corps. J’ai aimé lire, relire et citer le portrait qu’a tracé de toi ce vieux cabot de Piron à la mort de l’Oncle. Tu étais fou égaré, tu te rappelles, plus rien n’avait de sens. Tu te laissais aller, tu ne voulais plus rien faire, le ne-veux de Rameau, un grand n’importe quoi […]. J’aurais peut-être pourtant quelques petites choses à te reprocher, si j’osais, du côté de la rigueur morale, du désintéressement, de la gratitude, de l’honneur des filles, et tu m’entends bien.

Cela change agréablement la perspective.

 

[Complément du 3 février 2016]

André Magnan ajoute aujourd’hui un copieux P.-S. à son texte.

 

Références

Magnan, André, Rameau le neveu. Textes et documents, Paris et Saint-Étienne, CNRS éditions et Publications de l’Université de Saint-Étienne, coll. «Lire le XVIIIe siècle», 11, 1993, 246 p. Ill.

Magnan, André, «30 janvier 1716 – 30 janvier 2016 : Jean-François Rameau à la fête», site Profession spectacle, 30 janvier 2016. URL : <http://www.profession-spectacle.com/30-janvier-1716-30-janvier-2016-jean-francois-rameau-a-la-fete/>.