Les «mots en»

Depuis quelques semaines, il est beaucoup question, au Québec, du mot en n-. Cette forme d’euphémisation commence à fleurir dans d’autres domaines.

Le mot en a- : austérité (le Devoir, 14-15 décembre 2020, p. B5).

Le mot en s-: systémique, comme dans racisme systémique (le Devoir, 12 novembre 2020, p. A3).

Le mot en t- : torchon (le Québec maintenant, 98,5, 16 novembre 2020).

Le mot en t- : tramway (le Soleil, 10 novembre 2020).

À suivre. Tendons l’oreille.

La clinique des phrases (kkk)

La clinique des phrases, logo, 2020, Charles Malo Melançon

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Prenons, au hasard, le compte Twitter d’un grand diffuseur radiophonique national. Retenons dix tweets.

Pourrez-vous repérer ce qui cloche dans chacun d’entre eux ? (Réponse demain dans les commentaires.)

«L’association négaWatt travaille a élaboré un scénario de transition énergétique pour la France.»

«Femme de tête et de cœur, le public n’a jamais cessé de l’aimer.»

«Chefs militaires, hommes d’État, mais aussi écrivains, ces deux grandes figures du XXe siècle ont laissé derrière elles des mémoires de guerre éclairantes.»

«La question est posée mais même si digitalisation pousse vers les nouveaux moyens de paiement […].»

«La jeune norvégienne a complètement transformé sa pratique, autrefois mondaine et en jupe longue, pour en faire une véritable discipline artistique !»

«Il a mis sur les rails la bande-dessinée française.»

«Le 1er février, l’Abbé Pierre lance un appel vibrant sur les ondes de Radio-Luxembourg […].»

«Édouard Philippe, couteau Suisse de la Macronie ?»

«Dans “Bouvelards de la mort”, le dialogue y est étiré jusqu’à ce que la brutalité et l’incongruité d’une action puisse soudain exploser à la face du spectateur.»

«Longtemps relégué au second plan, voire même diabolisé, il faudra attendre 2017 pour qu’un manuel scolaire propose un schéma scientifiquement exact du clitoris.»

Autopromotion 530

Benoît Melançon, «Faire son travail», la Presse+, 21 octobre 2020, illustration

Une chargée de cours de l’Université d’Ottawa, Verushka Lieutenant-Duval, est suspendue par son administration à cause d’un mot qu’elle a utilisé en classe. Elle est ensuite réintégrée, en quelque sorte, dans ses fonctions. L’affaire occupe beaucoup de monde au Canada ces jours-ci.

L’Oreille tendue aussi. Ça se lit ici, dans la Presse+ du jour.

 

[Complément du 22 octobre 2020]

Isabelle Maréchal, de la station de radio montréalaise 98,5, avait des questions sur ce texte. L’Oreille lui a répondu. C’est , à compter de la 33e minute.

Accouplements 158

Louise Dupré, Théo à jamais, 2020, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Dupré, Louise, Théo à jamais. Roman, Montréal, Héliotrope, 2020, 233 p.

«Quelques mois plus tôt, j’avais refusé de participer à une émission sur les adolescents, je ne me voyais pas parler d’Elsa et de Théo à la radio. La recherchiste avait semblé étonnée, tout le monde rêvait d’avoir quinze minutes de gloire, qu’est-ce qui n’allait pas chez moi ?» (p. 134)

Melançon, Benoît, «Un intellectuel heureux ?», dans Pour Jacques. Du beau, du bon, Dubois, Bruxelles, Labor, coll. «Espace Nord», 1998, p. 169-174.

«Il faut savoir apprécier la beauté de la chose : un professeur d’université deviserait à la télévision avec un imitateur tenant le rôle d’un comédien, lui-même jouant le rôle d’un dramaturge imaginé pour une pièce de théâtre de Sacha Guitry adaptée par Jean-Claude Brisville et filmée par Molinaro. (Le pauvre Beaumarchais aurait été absolument oublié dans cette galère.) Devant le refus du professeur de se prêter à cette mascarade, surprise — et panique : l’émission est le lendemain — de la recherchiste, qui semblait ne pas comprendre que l’on n’accepte pas d’emblée son invitation et que l’on se prive de l’occasion d’aller causer à la télé» (p. 170-171).

Autopromotion 520

Photo de Benoît Melançon, Université du troisième âge, Belœil, mars 2020, photo de Marie-France Abastado, Radio-Canada

Depuis 2007, l’Oreille tendue donne des conférences à l’Université du troisième âge. Sur quels sujets ? Le théâtre de Marivaux, Maurice Richard — c’est du hockey —, la langue (au Québec), Voltaire, l’Encyclopédie et Wikipédia, l’histoire des bibliothèques, Ella Fitzgerald.

Ce matin, on a pu l’entendre, à l’émission Désautels le dimanche de la radio de Radio-Canada, répondre aux questions de Marie-France Abastado au sujet de l’UTA.

Ça s’écoute ici.

 

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado