Autopromotion 145

On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Ce jeudi, le 20 novembre, à midi (heure de Montréal), l’Oreille tendue parlera de l’Oreille tendue dans le cadre du séminaire «Écritures numériques et éditorialisation» de Marcello Vitali-Rosati. Plus précisément, elle essaiera de voir en quoi l’Oreille tendue est, ou pas, un blogue de recherche, le thème de la séance étant «Entre blogue et revue savante : hybridation des pratiques de recherche»

À Montréal : Université de Montréal, CITÉ, porte V-13-1 du pavillon Roger-Gaudry.

À Paris, en duplex, 18 h : Centre Georges-Pompidou, salle Triangle.

Sur le Web : http://www.polemictweet.com/.

Argumentaire du séminaire : En démultipliant les formes de lecture et d’écriture dans la société non savante, le numérique a favorisé l’émergence de pratiques nouvelles où se mêlent communication, collection, archivage, littérature, etc. Dans ce contexte de fluidification des formes d’écriture, les pratiques des chercheurs se sont elles aussi diversifiées, empruntant souvent à des formes de production de contenus jusqu’alors inexistantes dans les méthodologies de la recherche. Cette hybridation des pratiques que l’on observe depuis peu semble ouvrir la recherche et la communauté des chercheurs à de nouvelles formes de production de savoir, bouleversant le processus classique de légitimation et de certification des connaissances. Les intervenants de la première séance seront Benoît Melançon, Joëlle Le Marec et Celya Gruson-Daniel.

Pour en savoir plus sur cette séance, c’est ici.

Sur le séminaire, c’est .

«J’ai pourtant le souvenir des guerres heureuses»

Soit les Années de guerre (2014), le premier recueil de poésie de Samuel Mercier.

Il a ses dates, par exemple le 11 septembre 2001 (p. 8, p. 37).

Il a ses strates historiques, ce «Pompéi de cabanons et de piscines hors terre» (p. 25) ou ce miniputt «construit […] sur le cimetière indien» (p. 26).

Il a ses objets : écrans (d’ordinateur, de télévision), diapositive, drones, cocotte-minute, cartouches, horloges («le temps est une charogne», p. 41).

Il a une considérable ménagerie : oies, chats, coyotes, rats, moutons, chameaux, vaches, espadons, effraies, chiens (et un chien-loup), hiboux, ours, oiseaux, hamsters, mouches.

Il a sa lumière (artificielle) :

tu traverses un corridor
enveloppée de lumières gouvernementales
auréole verdâtre cernée
de plafonds suspendus (p. 44)

Il a sa géographie — déserts, steppes et plaines gelées —, ses lieux — lointains (Bagdad, Kandahar, Rome, Carthage, Sebastopol, Hambourg, Spinazzola, Villach) comme proches, Rivière-du-Loup ou la Victoriaville du Printemps érable :

une fille tenait ses dents
dans ses mains
comme les perles
d’un collier brisé

pourtant même sans ses dents
elle était belle
dans l’air irrespirable
de Victoriaville (p. 46)

Il a ses souvenirs des langues toutes faites, notamment celle de la publicité et des médias, indistinctement : «le prix du brut est en hausse» (p. 13).

Il a ses reprises et variations (c’est un des traits les plus frappants du recueil). Que trouve-t-on d’une ville à l’autre ? Des Tim Hortons et des Walmart (p. 24 et p. 47). Là, des «pots de bégonias au centre des boulevards» (p. 24); ici, «des pots à fleurs / sur le terre-plein du boulevard» (p 46). Une «voisine» a bu «tout le pot de vernis à ongles» (p. 25); est-ce la mère de ces enfants qui «ont des dents / comme du vernis à ongles» (p. 50) ? Il y aurait des «guerres heureuses»; c’est dit deux fois (p. 22, p. 55).

Il a, pourtant, ses trous de mémoire :

j’ai depuis longtemps
pris l’habitude de vivre
avec des souvenirs empruntés (p. 7)

Il a ses (rares) particularismes : dans «le soir les frémilles / venaient brûler / sur les lumières / du terrain de baseball» (p. 15), que désignent «frémilles» ? Des fourmis ?

Il a ses prises de position nettes en matière de poésie :

nous n’avons plus besoin de poésie
ni d’épopée ni de rien (p. 18)

de toute façon il est trop tard
pour parler poésie (p. 40)

quand tout est à la déconfiture
et que les poèmes
ne parlent plus
que de poésie (p. 57)

Il doit avoir ses lecteurs.

Référence

Mercier, Samuel, les Années de guerre, Montréal, l’Hexagone, 2014, 60 p.

Les zeugmes du dimanche matin et de Laurent Mauvignier

«le hasard aura placé une hauteur, une corniche, un toit, un hasard à portée de main» (p. 36-37).

«en délaissant leurs cours et tout sens de la mesure» (p. 46).

«en désir de détourner le regard et ses pas des leurs» (p. 46).

«en y mettant le prix et un peu de lui-même» (p. 51).

«Parfois, on lui donnait un pourboire, parfois un sourire, parfois rien du tout […]» (p. 172).

Laurent Mauvignier, Autour du monde, Paris, Éditions de Minuit, 2014, 371 p. Ill.

Une langue universelle

«près du sofa, Stas trouvera un bout de papier plié en quatre, quelque chose au stylo-feutre rouge, comme un quadrillage, un plan de Moscou, quelques artères, des places et puis des indications, place Rouge, Kremlin, Gorki — et le papier restera dans sa main de longues minutes, puis, pendant de longues années, plié, à l’abri des regards, quelque part entre un guide de voyage de l’Asie et un minuscule dictionnaire d’anglais, comme en ont toujours sur eux les touristes qui ne sont ni anglais ni américains et visitent des pays dont l’anglais n’est pas la langue» (p. 168).

Laurent Mauvignier, Autour du monde, Paris, Éditions de Minuit, 2014, 371 p. Ill.

Sex-appeal de la tchén’ssâ

L’Oreille tendue tient à féliciter @Fabricemg pour la qualité de sa veille documentaire. Sans lui, elle n’aurait jamais découvert l’existence d’un nouveau mot (lumbersexuality), sa représentation visuelle (voir ici) et sa définition (c’est le double, en quelque sorte, du métrosexuel).

Le même @Fabricemg avait joué un rôle dans la mise en ligne d’une série de «photos souvenirs des membres de l’École de la tchén’ssâ».

Pour cette double contribution, il est fait membre honoraire de l’École de la tchén’ssâ. Il est le premier.

P.S.—L’Oreille en profite pour préciser que le lumbersexual existe en version féminine; voir les sites chickswithchainsaws et Chicks & Chainsaws, et ici même.