Autopromotion 412

Dictionnaire de l’orthographe rationalisée du français, 2018, couverture

Pour Correspondance, la revue du Centre collégial de développement de matériel didactique, l’Oreille tendue vient de rendre compte de deux ouvrages sur la réforme de l’orthographe française :

Gruaz, Claude (édit.), Dictionnaire de l’orthographe rationalisée du français. «Cessons de considérer comme faute ce qui est logique.» Les consonnes doubles. Le x final. Les lettres grecques ou similaires, Limoges, Éditions Lambert-Lucas, coll. «Études pour une rationalisation de l’orthographe française d’aujourd’hui (ÉROFA)», 2018, 523 p. Ill. Préface d’André Chervel.

Gruaz, Claude (édit.), Études pour une rationalisation de l’orthographe française. Quatrième fascicule. L’accord du participe passé, Limoges, Éditions Lambert-Lucas, coll. «Le débat orthographique», 2013 (deuxième édition revue et corrigée), 49 p. Ill.

Ça se trouve ici.

Accouplements 132

Jo Nesbø, le Bonhomme de neige, 2008, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

L’accouplement du jour est une gracieuseté de Luc Jodoin.

Son tweet du 5 janvier 2019 : «“Il était sept heures et demie et trois cafés” Sérotonine, Houellebecq.»

Sa lecture du Bonhomme de neige de Jo Nesbø : «Gaspar Hagen s’était arrêté à la porte du restaurant Schrøder, et regardait autour de lui. Il était parti de chez lui exactement trente-deux minutes et trois conversations téléphoniques après le générique de Bosse» (éd. de 2008, p. 359).

Oui, ce sont des zeugmes. Ce ne sont pas les seuls de ce roman (voir ici et ).

Merci, Luc.

Référence

Nesbø, Jo, le Bonhomme de neige. Une enquête de l’inspecteur Harry Hole, traduction d’Alex Fouillet, Paris, Gallimard, coll. «Folio policier», 575, 2008 (2007), 583 p.

Personne n’est parfait

Georges-Émile Lapalme, Lecture, littérature et écriture, 2019, couverture

«On m’a demandé : “Pourquoi lisez-vous ?”
J’ai répondu : “Pourquoi mangez-vous ?”»

Georges-Émile Lapalme (1907-1985) a joué un rôle important dans le Québec du XXe siècle. Homme politique à Ottawa et à Québec, adversaire du premier ministre Maurice Duplessis, il a notamment créé le ministère des Affaires culturelles du Québec. On a honoré son nom par un prix, par un espace culturel, par des lieux publics.

Claude Corbo a beaucoup fait pour la (re)connaissance de Lapalme, grâce à une pièce de théâtre, Passion et désenchantement du ministre Lapalme, et à la publication de plusieurs de ses textes chez Del Busso éditeur. Pour Corbo, «Il n’est ni irrespectueux ni cruel de dire de Lapalme qu’il incarne la figure politique malheureuse du perdant» (2013, p. 277); or les «perdants peuvent jouer un rôle historique substantiel et significatif» (2013, p. 278). C’est le cas de Lapalme.

L’ouvrage que Corbo vient de faire paraître, Lecture, littérature et écriture, contient une sélection de textes que Lapalme a consacrés à une pratique qui l’a accompagné toute sa vie. On y trouve 41 de la centaine de chroniques qu’il a publiées dans Joliette journal entre 1947 et 1950, et environ un tiers du contenu d’un journal «littéraire» tenu en 1966-1967, Rayons muets du moment (ce titre est emprunté à Alain Grandbois), en plus d’une lettre sur ses «goût littéraires» adressée à son ami Maurice Riel (7 décembre 1979). Lapalme a aussi abordé ses lectures dans les trois volumes de ses Mémoires (le Bruit des choses réveillées, 1969; le Vent de l’oubli, 1970; le Paradis du pouvoir, 1972); ces textes ne sont pas repris ici. Qui parle dans Lecture, littérature et écriture ? Le 28 janvier 1948, Lapalme se définit comme un «lecteur moyen, c’est-à-dire […] celui qui cherche dans la lecture un dérivatif aux occupations quotidiennes et une chance d’agrandir le domaine de ses connaissances» (p. 62). Puis, le 26 mai 1966, il écrit :

Je suis bien loin d’être un intellectuel. J’aime lire, j’éprouve du plaisir à écrire, je ne suis pas indifférent devant la plastique de l’art, mais, par-dessus tout, je m’accroche à toutes les choses de la vie, à tout ce qui est action (p. 176).

Deux lignes de force se dégagent des textes de Lecture, littérature et écriture : «La littérature française constitue vraiment pour [Lapalme] la littérature de référence» (p. 22); «son jugement sur la littérature courante (française mais aussi, comme on le verra, québécoise) est le plus souvent sévère» (p. 28). En littérature française, le panthéon de Lapalme accueille des auteurs comme Gustave Flaubert, Marcel Proust, André Malraux, Paul Morand, Henry de Montherlant, Léon Daudet, André Gide, Georges Bernanos, Charles Péguy, Antoine de Saint-Exupéry et Paul Claudel. Pour le XIXe siècle, l’auteur qu’il apprécie le plus, et de loin, est Chateaubriand; pour le XXe, François Mauriac. Parmi les Québécois, Lapalme retient François-Xavier Garneau, «notre historien national» (p. 193), Émile Nelligan, Edmond de Nevers, Gabrielle Roy, Claire Martin, Marie Le Franc et Alain Grandbois, «notre seul vrai maître» (p. 162), «quel grand poète !» (p. 184), mais pas Saint-Denys Garneau (p. 219). Si ses opinions peuvent le faire associer à «un certain conservatisme culturel» (p. 49), il sait aussi s’ouvrir à des œuvres nouvelles (Marie-Claire Blais, Gaston Miron, Georges Perec, Réjean Ducharme, «ce sorcier littéraire» [p. 205]).

Racine est l’auteur du XVIIe siècle que cite le plus volontiers Lapalme, à côté de Corneille, de Molière, de Mme de La Fayette et de Mme de Sévigné. Ces noms sont souvent associés à une réflexion sur le classicisme et ils peuvent être rapportés à des souvenirs scolaires.

En revanche, le siècle des Lumières ne l’intéresse guère. Les allusions au XVIIIe siècle sont en effet fort rares dans ses textes, du moins dans la sélection que donne à lire Claude Corbo : «l’élève des classes d’humanités» traverse «laborieusement» le siècle de Louis XIV et «peine» sur le suivant (p. 67); l’«exotisme» de Bernardin de Saint-Pierre est «limité» (p. 67) et le «naturisme» de Jean-Jacques Rousseau «étriqué» (p. 67); André Chénier est ramené à un vers, que Lapalme juge faux (p. 114); dans les œuvres de Voltaire, il y a «un peu trop de verbiage et aussi de parti pris» (p. 207). Il y a des noms qui paraissent faire exception, mais ils sont eux aussi donnés en passant, sans développement, contrairement à ceux des époques plus proches : Saint-Simon (p. 88), Montesquieu (p. 210), peut-être Buffon (p. 117), Joseph de Maistre (p. 149, p. 168) et Mirabeau (p. 189). Écrire «Restif de la Bretonne, lui, nous a donné des indications sur la vie individuelle du Français sous l’Ancien Régime» (p. 88), puis parler de lui comme «chroniqueur» (p. 151), c’est ne pas voir ce qui peut intéresser un lecteur du XXIe siècle, l’étrangeté radicale du travail de cet écrivain. Jean Éthier-Blais, du quotidien le Devoir, est le «critique préféré» de Lapalme (p. 196), qui le prend cependant en défaut s’agissant de Benjamin Constant. Éthier-Blais parle d’une «âme sensible», alors que Lapalme le dit «cynique» (p. 196), avant de terminer l’entrée du 25 septembre 1966 par un jugement esthétique : «Faut-il se replier sur Adolphe ? Toute la littérature de l’époque est romantique et fausse. On admire le style, le reste n’est que fabulation» (p. 197). À côté des auteurs du XIXe et du XXe siècle auxquels Lapalme consacre plusieurs passages et auxquels il revient fréquemment, ces quelques allusions ont bien peu de poids.

Personne n’est parfait.

P.-S.—Quelques chroniques de Joliette journal portent sur la langue : là, le «conservatisme» est «certain».

Références

Corbo, Claude, Passion et désenchantement du ministre Lapalme, Québec, Septentrion, coll. «Les cahiers du Septentrion», 33, 2008 (3e version), 132 p.

Corbo, Claude, Enjeux de société. Essais, études et opinions sur l’éducation et les institutions politiques, Montréal, Del Busso éditeur, 2013, 426 p.

Lapalme, Georges-Émile, Discours et écrits politiques. 1945-1981, Montréal, Del Busso éditeur, 2018, 499 p. Sélection, édition et présentation de Claude Corbo.

Lapalme, Georges-Émile, Lecture, littérature et écriture, Montréal, Del Busso éditeur, 2019, 217 p. Textes choisis, présentés et édités par Claude Corbo.

Les zeugmes du dimanche matin et de Myriam Beaudoin

Myriam Beaudoin, Épiphanie, 2019, couverture

«Celui qui m’attendait avait la quarantaine, de légères lunettes rondes, une pilosité alarmante rasée du haut des joues jusqu’à l’encolure d’un t-shirt pâle usé, et un ton insupportable» (p. 35).

«Un jour, ce fut l’arrêt total du régime totalitaire pour la fécondité, la fin du courage et de l’acharnement, un terme à mes fréquentations avec de doux et gentils guérisseurs, et de froids médecins armés de stylos-billes et de statistiques cruelles» (p. 66-67).

«À notre demande, sœur Thérèse ouvrira le parloir et le dialogue» (p. 74).

«neuf fois sur dix elle perd pied et maison» (p. 129).

«Chaque jour au coin de ma rue j’ai croisé des parents funambules aux poches transpercées, vides de pain, de comptines, de baisers pour les grands chagrins» (p. 131).

Myriam Beaudoin, Épiphanie. Confession, Montréal, Leméac, 2019, 139 p.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 26 février.