Exemple à ne pas suivre

«Les enjeux linguistiques sont de différentes natures, mais ils convergent tous vers le même débat fondamental entre la domination et l’alliance des langues, ou plutôt entre une domination exercée par des êtres sociaux locuteurs, l’économie et la culture avec laquelle ils organisent les échanges à leur avantage sur des territoires réels et virtuels, appauvrissant ainsi l’ensemble, et une alliance qui devrait voir converger les activités de ceux qui ont pris conscience des enjeux.»

Le Français à l’Université, 14, 3, troisième trimestre 2009, p. 1.

En direct de la cour d’école 003

«l’inconnu avait des sourcils épais
formant une véritable barre
au-dessus de ses yeux»
Georges Simenon,
le Voleur de Maigret
, 1967

Le Petit Robert (édition numérique de 2007) de l’Oreille tendue ne le connaît pas, mais ses enfants et Wikipedia, si : le monosourcil, cette «paire de sourcils ayant entre eux une pilosité suffisamment forte pour donner l’illusion d’un seul long sourcil sous le front. Beaucoup de personnes, ne trouvant pas cela esthétique, se font épiler ou s’épilent eux-mêmes. Mais par contre si les sourcils sont très fournis, il n’est pas recommandé de se raser car cela se voit.»

On arrête difficilement le progrès : le lexical, le numérique — et le pilaire.

 

[Complément du 21 décembre 2012]

On voit aussi «unisourcil» (Sauce brune, p. 10).

 

[Complément du 26 décembre 2012]

Voici encore la chose, sans le mot : McCormack «n’était pas dans son assiette, piétinait plus lourdement que d’habitude, et ses sourcils broussailleux qui se rejoignaient formaient comme une dépression grise à la naissance de son nez» (l’Homme chauve-souris, p. 273).

 

[Complément du 7 septembre 2016]

Chez le Flaubert du «Dictionnaires des idées reçues», le monosourcil (permanent ? occasionnel ?) est un révélateur de l’intimité : «Jalousie. — Toujours suivie de effrénée. Passion terrible. Les sourcils qui se rejoignent, preuve de jalousie» (éd. de 1966, p. 363).

 

Références

Boudreault, Simon, Sauce brune, Montréal, Dramaturges éditeurs, 2010, 137 p.

Flaubert, Gustave, «Dictionnaire des idées reçues», dans Bouvard et Pécuchet, Paris, Garnier-Flammarion, coll. «GF», 103, 1966 (1880, posthume), 378 p., p. 333-378. Chronologie et préface par Jacques Suffel.

Nesbø, Jo, l’Homme chauve-souris. Une enquête de l’inspecteur Harry Hole, Paris, Gallimard, coll. «Folio policier», 366, 2012 (1997), 473 p. Traduction d’Élisabeth Tangen et Alex Fouillet.

Simenon, Georges, le Voleur de Maigret, Paris, Presses de la cité, coll. «Maigret», 44, 1967, 182 p.

Trop, c’est comme pas assez

Il y a ces mots qu’on économise,  dont l’Oreille a eu l’occasion de parler.

Il y a aussi ces mots de trop, qu’on devrait, eux, économiser. Exemples.

Dans 87,6 % des cas — statistiques provisoires —, faire que suffirait, là où l’on met faire en sorte que.

Quelque part, malgré les apparences médiatiques, n’a besoin ni de à (à quelque part) ni de en (en quelque part).

Un lecteur de l’Oreille tendue lui signale une tendance à l’abandon de l’élision devant les noms et prénoms de personnes commençant par une voyelle : le livre de André remplacerait fréquemment, sans raison, le livre d’André.

Dans la plupart des cas, attester est un verbe transitif et il se passe donc de de.

On parle d’un bouchon de quarante-cinq minutes ? Ce n’est ni plus ennuyeux, ni moins, qu’un bouchon de quarante-cinq minutes.

En toutes choses, le juste milieu, pourtant, ce n’est pas plus mal.

Stretching grippal

La Commission scolaire de Montréal conseille ceci, grippe A (H1N1) oblige : «tousser et éternuer dans le pli du coude ou de l’épaule».

Tousser et éternuer «dans le pli […] de l’épaule» ? L’Oreille tendue a essayé, sans succès. Elle va devoir faire ses exercices d’étirement avec plus de sérieux.