Séries linguistiques

On le sait : l’Oreille tendue s’intéresse à la langue du hockey, ce qu’elle appelle la langue de puck. Elle s’intéresse aussi aux discussions autour de la langue française et du hockey à Montréal.

Quand Nick Suzuki, le capitaine anglophone de l’équipe locale, les Canadiens, dit quelques mots en français, elle va volontiers en causer à la radio.

Elle est sensible aux campagnes publicitaires qui jouent sur la diversité linguistique. Cole Caufield, quand il vante les mérites d’un sandwich ou d’un hamburger, ne paraît pas particulièrement doué pour les langues étrangères. Sidney Crosby, des Penguins de Pittsburgh, mais qu’on aurait aimé voir dans l’uniforme du Tricolore, lui est supérieur («Pas dans maison !» lance-t-il dans un message pour une chaîne de restauration rapide). Le plus habile de tous est cependant le Russe Ivan Demidov : «Ça niaise pas avec la puck», assure-t-il, s’agissant d’un site de vente de billets.

 

 

Il est plus rare que des publicités mettent en scène des athlètes qui, tous deux francophones, ont du mal à communiquer dans leur langue. C’est pourtant ce qui arrive au Québécois David Savard, récemment retraité des Canadiens, et au Français Alexandre Texier, récemment recruté par la même équipe. Dans une série de messages pour une chaîne de restauration, les expressions du premier — avoir de la broue dans le toupet, sentir la coupe, rentrer au poste — paraissent incompréhensibles au second. On dira qu’ils représentent deux États séparés par une langue commune.

La Société de transport de Montréal a vu le bénéfice qu’elle pouvait tirer de l’engouement actuel pour les séries de la Ligue nationale de hockey. Elle a demandé à des joueurs de l’équipe montréalaise d’annoncer à ses passagers quelques-unes de ses stations en français, que ce soit ou non leur langue maternelle. Les interprètes sont inégalement doués.

 

@canadiensmtl

Entendez les joueurs des Canadiens dans le métro de Montréal (pour vrai!) pendant les séries ? Hear the Habs on the Montreal Metro during the playoffs (for real!) #Montreal #Metro

? original sound – Canadiens Montréal

Il faut enfin dire un mot de la langue de l’entraîneur Martin Saint-Louis. Plusieurs se sont amusés de certaines de ses expressions, notamment la célèbre «amener sa game dans la game». Hydro-Québec a d’ailleurs engagé Saint-Louis pour un message publicitaire où il utilisait son expression fétiche.

L’Oreille est toutefois sensible à un autre aspect du rapport de Saint-Louis avec le français. Ayant passé plusieurs années aux États-Unis, l’ex-joueur n’est pas aussi à l’aise dans cette langue qu’il le souhaiterait. Au lieu d’avoir systématiquement recours à l’anglais, il interroge les gens qui l’entourent — l’équipe de communication des Canadiens, les journalistes — quand il cherche un mot. «Comment on dit ça en français ?» «Est-ce que ça se dit en français ?» Cette absence de surmoi linguistique est rafraîchissante.

Tout est loin d’être optimal dans l’utilisation, par les joueurs des Canadiens de Montréal, de la langue officielle de leur communauté. Ne boudons pas notre plaisir pour autant.

P.-S.—Des mauvaises langues se sont demandées si la maestria linguistique d’Ivan Demidov ne devait pas quelque chose à l’intelligence artificielle. Que nenni, peut-on lire dans la Presse+ du 5 mai 2026.

 

[Complément du 9 mai 2026]

N’oublions pas ce petit jeu pédagogicolinguistique.

 

Référence

Melançon, Benoît, Langue de puck. Abécédaire du hockey. Édition revue et augmentée, Montréal, Del Busso éditeur, 2024, 159 p. Préface d’Olivier Niquet. Illustrations de Julien Del Busso.

Melançon, Benoît, Langue de puck, édition revue et augmentée de 2024, couverture

S’en servir

«Cocologie», spectacle de Coco Belliveau, affiche, métro de Montréal, 25 novembre 2025

Publicité, dans le métro de Montréal, pour le spectacle de l’humoriste Coco Belliveau. Son titre ? «Cocologie (n.f.)».

Cocologie ?

On l’a vu : le coco, dans le français populaire du Québec, c’est la tête. La cocologie, nom féminin (n.f.), c’est ce qui se trouve à l’intérieur de la tête : l’intelligence. Faire preuve de cocologie, c’est bien.

Bon spectacle.

 

[Complément du 8 avril 2026]

Exemple romanesque, chez le Réjean Ducharme de Va savoir (1994) : «On vaut ce qu’on veut. On n’est pas apprécié à ce qu’on mérite mais à ce qu’on coûte. C’est une tautologie qui n’entre pas dans toutes les cocologies» (éd. de 2022, p. 1604).

 

Référence

Ducharme, Réjean, Va savoir. Récit, dans Romans, Paris, Quarto Gallimard, 2022, 1951 p., p. 1547-1724. Édition originale : 1994. Édition établie et présentée par Élisabeth Nardout-Lafarge. Vie & œuvre par Monique Bertrand et Monique Jean.

Épluchage du jour

Publicité dans le métro de Montréal, 20 novembre 2025

Épluchons, si vous le voulez bien, cette publicité de la région de Lanaudière («Osez grand • Voyez grand»), vue dans le métro de Montréal.

Cette région est juste à l’extérieur des grands centres : l’air y est plus frais.

Il n’est donc pas étonnant que ses légumes, à leur tour, soient frais.

Qui a «l’air frais», dans le français populaire du Québec, n’est guère apprécié : ce peut être, en effet, un frais chié. C’est un peu plus inattendu.

À votre service.

 

P.-S.—Ce devait être à l’école primaire. Quelqu’un a reproché à l’Oreille d’avoir «l’air frais» («l’air fraîche» ?). Était-ce vrai ? Était-ce nécessaire ?

Autopromotion 825

«Go habs go», publicité des Canadiens de Montréal, 2021

L’Office québécois de la langue française n’apprécie pas que les autobus de la Société de transport de Montréal appuient les Canadiens de Montréal — c’est du hockey — en utilisant le verbe «Go» (voir ici, en français, et , en anglais).

L’Oreille tendue en causera vers 15 h 15, au micro d’Annie Desrochers, dans le cadre de l’émission le 15-18 de la radio de Radio-Canada.

 

Lecture recommandée : Laflamme, Élisabeth, «Go Habs Go ! Les Habitants, plus qu’un surnom, une légende !», Québec français, 129, printemps 2003, p. 103-105. https://id.erudit.org/iderudit/55765ac

 

[Complément du jour]

On peut (ré)entendre l’entretien de ce côté.

 

[Complément du 25 avril 2025]

Deux rebondissements (déjà).

Sur Twitter, à 11 h 10, Dominique Malack, la présidente-directrice générale de l’OQLF, déclare ceci :

Une intervention menée par l’Office québécois de la langue française auprès de la Société de transport de Montréal (STM) a été rapportée dans le journal The Gazette, hier, puis dans plusieurs autres médias.
Je tiens à m’adresser à vous à ce sujet. D’abord, en aucun cas, l’Office ne s’est opposé à l’usage de l’expression Go Habs Go, qui est ancrée dans notre histoire et fait partie de notre spécificité québécoise. Il m’apparaît important de distinguer cela du devoir d’exemplarité de l’État imposé par la Charte de la langue française pour tout organe de l’Administration.
Je me permets aussi de revenir sur la situation plus précise qui fait l’objet d’une grande attention médiatique. L’intervention auprès de la STM n’a pas été faite à l’initiative de l’Office, mais à la suite de la réception d’une plainte d’un citoyen concernant la diffusion du message «GO ! CF MTL GO !» sur un autobus. L’Office a alors communiqué avec la STM pour l’aviser de la plainte et lui rappeler ses obligations en lien avec la Charte.
Le terme go se trouve dans un dictionnaire français et fait partie de l’usage dans la langue courante. Toutefois, il s’agit d’un anglicisme. Or, la Charte exige que l’Administration soit exemplaire en matière d’utilisation du français. Un organisme de l’Administration, comme c’est le cas de la STM, ne peut utiliser que le français dans son affichage, sauf exception, par exemple pour des raisons de santé et de sécurité.
La Charte est claire quant aux obligations qui incombent à l’État en matière d’usage du français de façon exemplaire, et l’Office a le mandat de veiller à son application.
Bonne partie ce soir !

Quelques minutes plus, par le même canal, le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, lui répond :

Go Habs Go ! : une expression qui fait partie de notre ADN, notre identité !
Il est important pour moi de prendre la parole pour remettre les pendules à l’heure concernant l’utilisation de cette expression bien chère à tous les partisans du Canadien de Montréal, ainsi qu’à tous les Québécois.
Présentement, il y a des employés de l’OQLF qui reçoivent des menaces. C’est complètement inacceptable. Cela doit cesser.
Jamais l’OQLF n’a déconseillé l’utilisation de l’expression Go Habs Go ! Je tiens à le dire.
C’est une expression rassembleuse, ancrée dans notre histoire, qui s’inscrit dans notre spécificité culturelle et historique. Elle est utilisée depuis des décennies. C’est un québécisme et on en est fiers !
Après plusieurs échanges avec l’OQLF, il est clair pour nous que cette expression consacrée ne doit jamais être remise en doute. Je vous l’annonce, à l’avenir, si une plainte est adressée à l’OQLF concernant l’utilisation de cette expression, elle sera jugée comme non-recevable.
Maintenant que les choses sont claires, je souhaite une victoire du Canadien ce soir.
Go Habs Go !

Au moins, ils s’entendent quant au match de ce soir. (Mais la journée n’est pas finie.)

 

[Complément du 19 juillet 2025]

L’Oreille tendue a donné une entrevue à Maura Forrest, de la Presse canadienne, sur cette question. L’article qu’elle en a tiré a été repris par plusieurs médias, en français comme en anglais.

 

[Complément du 17 novembre 2025]

La société Hellman’s — celle de la mayonnaise — a vu le bénéfice publicitaire à tirer de cette polémique. Dans le métro de Montréal, il suffisait de remplacer le «Go» initial par «Goût» et le tour était joué.

Publicité d’Hellman’s, métro de Montréal, 15 novembre 2025

 

[Complément du 26 février 2026]

Les autobus reviendront finalement, mais très progressivement, au «Go Habs Go !» C’est le Devoir qui le dit.

Une société bilingue ?

Deux messages de la STM sur Twitter, 25 mai 2024

Depuis quelques décennies, un métro roule à Montréal. L’Oreille tendue l’utilise fréquemment.

Il arrive que des pannes nuisent au service. Comment connaître leur existence ? En suivant la Société de transport de Montréal (la STM) sur Twitter (que certains appellent X). Cela peut être utile.

Pourtant, il y a un problème, et de taille. La STM envoie tous ses messages en double, l’un en français, l’autre en anglais. Cette pratique contrevient évidemment à l’esprit de la Charte de la langue française, dont le premier article est clair : «Le français est la langue officielle du Québec. Seule cette langue a ce statut.»

La STM n’a que faire de l’esprit de la loi. C’est ennuyeux, pour le dire poliment.

P.-S.—Oui : l’Oreille continue à taper sur le même clou depuis plus de dix ans.