Autopromotion 545

Benoît Melançon, «Parlons local», la Presse+, 7 janvier 2021, illustration

Récemment, l’Oreille s’est tendue devant des publicités télévisuelles québécoises. Elle n’a pas aimé ce qu’elle a entendu. C’est dans la Presse+ du jour.

P.-S.—Vous trouvez que cela ressemble à une montée de lait ? Vous n’avez pas complètement tort.

 

[Complément du 8 janvier 2021]

On peut entendre l’Oreille discuter de ce texte (et d’autres questions concernant la langue au Québec) à l’émission de radio Que la Mauricie se lève. C’est ici.

 

[Complément du 14 janvier 2021]

Rebelote aujourd’hui, mais à l’émission Plus on est de fous, plus on lit !, de la radio de Radio-Canada. C’est .

Un dimanche après-midi devant le poste

Pub de Tremfya : «Chérie, est-ce qu’on a des assiettes à quelque part ?» «À quelque part» ? Non, jamais : «quelque part» suffit.

Pub de Sonnet : «Vous avez de l’eau dans la cave.» On est toujours le feu de plancher de quelqu’un.

Les Steelers de Pittsburgh — c’est du football américain — jouent mal ? «La chaîne a débarqué.» (Malheureusement, leur chaîne a rembarqué.)

La société Audible annonce un livre audio. Ce n’est pas étonnant. Karine Vanasse, qui fait la publicité, ne prononce pas Audible à l’anglais, mais à la française. Ça, c’est étonnant.

Pub du gouvernement du Québec : «Mais comment le Père Noël facteur va faire pour m’amener mes cadeaux ?» Apporter mes cadeaux, non ?

Pub de Loto-Québec, donc du gouvernement du Québec : «Les câbles, c’est moi qui les a.» Non : «les ai».

Pub de poulet : «Bon, ben, coudonc. On soupe.»

Souffrances de lecteur

Cela commence par des «Remerciements». Pourquoi ?

La publication de ce livre s’est révélée un projet impliquant plusieurs intervenants qui ont chacun apporté une contribution appréciée.

Autrement dit, moins scolairement et moins tautologiquement : «Je vous remercie.»

C’est suivi d’une préface dans laquelle on peut lire ceci :

Je préférais considérer que, si la poursuite de la félicité vise celle qui est promise par la foi au-delà de la vie sur terre, la mise à l’Index des littératures en rupture avec le dogme officiel peut en effet constituer, à cet égard, une garantie ou, du moins, un fort espoir d’une heureuse après-vie.

Si l’Oreille tendue comprenait ce que cette phrase veut dire, elle pourrait l’inviter dans sa «Clinique» — mais elle n’y comprend rien.

Arrive l’introduction surmontée d’une épigraphe de «Didedrot» (pour Diderot).

Dans le premier chapitre, «sociétal» est utilisé, deux fois, alors que «social» aurait parfaitement fait l’affaire. On y trouve aussi une apposition mal construite :

Professeur à l’Université de Wittenberg, ses études sur les épîtres de saint Paul l’amènent à élaborer sa doctrine du salut par la foi seule.

Ses «études» étaient «Professeur» ? Encore : «brûlot accusatoire», ça sent le pléonasme; il n’y a pas lieu de confondre «provocant» (l’épithète) et «provoquant» (le participe).

On ne doit pas s’étonner qu’un «traitement» ait «traité» (troisième chapitre); c’est ce qu’on attend de lui.

Des passages malades auraient pu être traités à peu de frais : «La dualité entre le concept du Bien opposé à celui du Mal» peut devenir sans perte «La dualité entre le Bien et le Mal»; «y est liée non seulement la foi dans une croyance religieuse et le salut futur de l’âme, mais, pendant des siècles, toute la structure sociale des individus» devrait être «y sont liés non seulement la foi dans une croyance religieuse et le salut futur de l’âme, mais, pendant des siècles, toute la structure sociale des individus»; la phrase «La réponse réside peut-être dans la représentation et les symboliques octroyées aux livres interdits» peut être ramenée à «La réponse réside peut-être dans la représentation et les symboliques des livres interdits»; «se révèlent être» ne dit rien de plus que «se révèlent».

Non, la «participation» de Diderot à l’Histoire des deux Indes n’est pas «probable». Elle est avérée depuis le XVIIIe siècle.

Peut-on vraiment dire de Samuel von Pufendorf qu’il est un «philosophe des Lumières», lui qui est mort en 1694 ?

Une «pérennité» ne peut pas «faire en sorte que».

Etc.

Il y a des auteurs qui ne méritent pas leurs lecteurs.

P.-S.—Donner deux dates de fondation pour le même établissement, ce n’est jamais une bonne idée.

P.-P.-S.—Pourquoi faudrait-il employer «comme étant» quand «comme» suffit ? Pourquoi «voire même» au lieu de «voire» ?

Lectures de fin de semaine

Le Canada privé de l’or par la Finlande, titre de presse, 26 mai 2019

Comme tout un chacun, l’Oreille tendue consomme de l’information. Ces derniers jours, dans des médias locaux, elle est tombée sur trois phrases qui l’ont poussée à se poser des questions.

Dans «Aujourd’hui, une nouvelle gauche, passée du social au sociétal, met en procès la civilisation occidentale pour cause de racisme, de sexisme et de nationalisme», quelle est la différence entre «social» et «sociétal» ?

Dans «Il a beau être le plus grand stade d’Europe avec ses presque 100 000 sièges, le Camp Nou de Barcelone s’affiche avant tout en catalan», quel est le lien logique entre les deux éléments de la phrase ?

Dans «Le Canada privé de l’or par la Finlande», faut-il comprendre que le Canada était assuré de gagner au Championnat du monde de hockey et qu’il a été «privé» de ce qui lui était dû ? «La Finlande bat le Canada et gagne la médaille l’or», ce n’aurait pas été plus juste ?

Paris, op. 2

(suite de l’entrée d’hier)

Vendredi, le 5 avril, spectacle solo, Céline. Derniers entretiens, au Théâtre de poche Montparnasse, avec Stanislas de la Tousche. Fragment d’autoportrait à retenir : Qu’est-ce qu’un styliste ? Un «branleur de virgules».

Le lendemain, au café, lecture du premier tome de l’Histoire de la littérature récente (2016) d’Olivier Cadiot. Ceci, p. 41 de l’édition de poche de 2017, dans un passage sarcastique : «Céline, attaque-t-il avec une voix de basse, pas le marchand de chaussures, non, notre admirable styliste !»

On n’aime pas les doubles consonnes sur les trottoirs parisiens.

«Suprimé» pour «Supprimé», Paris, avril 2019

(Encore une fois, il aurait fallu écouter Martine Sonnet.)

Heureusement, il y a de la Pelforth brune au Café de la Comédie. L’Oreille va-t-elle devoir changer ses habitudes ?

Pelforth brune, Café de la Comédie, Paris, avril 2019

Si elle était au Café de la Comédie, c’était pour attendre le début du spectacle les Damnés à la Comédie-Française. (Compte rendu du spectacle à venir.)

À la table derrière elle : «Du coup, c’est, voilà.» Adaptation proposée par @machinaecrire :

Il y a une station de tramway Ella-Fitzgerald à Paris depuis 2012. Ce n’est que justice : «I love Paris / Why oh why / Do I love Paris ? / Because my love is near

Station de tramway Ella-Fitzgerald, Paris

À votre service.

«Beakfast» n’est pas «Breakfast», Paris, avril 2019

Georges Simenon est mort en 1989. Pour marquer ce trentième anniversaire, les bibliothèques de la Ville de Paris organisent toutes sortes d’activités. Dans le Marais, l’Oreille a ainsi pu voir une jolie petite exposition consacrée à un seul texte de Simenon. Description officielle :

Dans le roman Maigret s’amuse, publié en 1957, le commissaire et sa femme décident de prendre des vacances, tout en restant secrètement à Paris pour profiter de la ville, désertée au mois d’août. Ils se promènent dans les rues de Paris, vont au restaurant et au cinéma, s’attablent aux terrasses des cafés.

Guidée par des citations du roman de Simenon, l’exposition illustre les lieux qu’ils fréquentent de photographies d’époque et de documents divers provenant des collections de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Ceux-ci nous restituent l’atmosphère particulière de ce roman malicieux, où Maigret se fait piéton de Paris, suivant incognito une enquête criminelle.

Ça se visite en quinze minutes, avec plaisir.

Fin de séjour. Au revoir à vous aussi.

«Bye Benoît», affiche, Paris, avril 2019

Que lire, sans lire, pendant un vol entre Paris et Montréal ? Pourquoi pas la version audio de Madame Bovary ?

Flaubert, Madame Bovary, livre audio, Air Canada, avril 2019

On n’arrête pas le progrès.

Référence

Cadiot, Olivier, Histoire de la littérature récente. Tome 1, Paris, P.O.L, coll. «Folio», 6371, 2017 (2016), 146 p.