Lectrice faillible

Jo Nesbø, Pølice, 2014, couverture

L’Oreille tendue est une lectrice sage, voire scolaire. Quand elle lit un livre, même un roman policier, elle lit tous les mots, dans l’ordre, sans jamais aller voir à la fin comment l’intrigue sera résolue. Ces derniers jours, elle a failli.

Jusque-là, elle avait lu sans déplaisir, mais sans enthousiasme, cinq romans de Jo Nesbø. Elle sort tout juste d’un sixième, Police : elle a lu tous les mots, dans l’ordre, mais en allant constamment voir comment les intrigues seraient résolues.

La narration de Nesbø est du grand art : mystères lentement éclaircis, croisement d’intrigues — meurtres en série et viols dans la Norvège d’aujourd’hui —, fausses pistes, vraies pistes abandonnées puis reprises, scènes à double entente, fin ouverte.

De la très belle ouvrage.

Référence

Nesbø, Jo, Police. Une enquête de l’inspecteur Harry Hole, traduction d’Alain Gnaedig, Paris, Gallimard, coll. «Folio policier», 762, 2014 (2013), 670 p.

Les zeugmes du dimanche matin et de Jo Nesbø

Jo Nesbø, Macbeth, 2018, couverture«Certains avaient affirmé qu’il était mort, d’autres qu’il s’était enfui à l’étranger, qu’il avait changé d’identité et coupé ses nattes claires, pour savourer sa vieillesse et ses cigarillos tout fins sur une terrasse en Argentine» (p. 14).

«Duff soupira. Qu’est-ce qu’elles voulaient, ces femmes ? Avaient-elles toutes besoin de le lier pieds et poings, de l’attacher aux montants du lit, de le nourrir dans la cuisine pour pouvoir traire son portefeuille et ses testicules afin de le noyer sous la progéniture et la mauvaise conscience ?» (p. 146)

«Andrianov eut le temps de tendre le bras vers le pistolet avant que sa vie et son raisonnement soient interrompus par la balle qui pénétra son front, son cerveau et le dossier du fauteuil pour ne s’arrêter qu’en rencontrant le mur au papier peint à fils d’or que Lady avait acheté à Paris pour une somme exorbitante» (p. 176).

Jo Nesbø, Macbeth, traduction de Céline Romand-Monnier, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 2018, 617 p.

Typographie du nez

Jo Nesbø, Macbeth, 2018, couverture«À la table la plus proche étaient assises quatre personnes. Celle qui avait la parole était un machiniste bruyant avec un léger embonpoint, des avant-bras poilus, un tee-shirt Esso maculé de sueur et de cambouis, et une casquette tigrée du Hull City AFC. Il soufflait par le nez avant de parler et après, comme des guillemets oraux. Et ce qui se trouvait entre ces guillemets portait systématiquement et sans exception atteinte à ceux qui occupaient une place moins élevée dans la hiérarchie.»

Jo Nesbø, Macbeth, traduction de Céline Romand-Monnier, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 2018, 617 p., p. 407.

L’oreille tendue de… Jo Nesbø

Jo Nesbø, Macbeth, 2018, couverture«Seyton laissa Olafson passer. Il referma violemment la porte derrière lui et resta lui-même à l’intérieur. L’oreille tendue dans l’obscurité. Jusqu’à ce que Duff pense que le danger était passé et se détende.»

Jo Nesbø, Macbeth, traduction de Céline Romand-Monnier, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 2018, 617 p., p. 359.

Subtil distinguo du jour

Jo Nesbø, Macbeth, 2018, couverture«Duff insista sur le mot “décision”. Il aurait bien sûr pu dire “choix”. Mais un “choix”, n’importe quel imbécile était contraint de le faire, alors qu’une “décision”, c’était un processus actif, qui requérait de la réflexion, du caractère, qui était le fait d’un dirigeant.»

Jo Nesbø, Macbeth, traduction de Céline Romand-Monnier, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 2018, 617 p., p. 50.