Autopromotion 617

Journée d’étude «Enseigner la littérature au collégial», 13 janvier 2022, affiche

Le 13 janvier 2022, le Laboratoire intercollégial de recherche en enseignement de la littérature (LIREL) tiendra sa cinquième journée d’étude.

Son thème ? «Enseigner la littérature au collégial : comment donner à lire l’altérité ?»

Son programme ? Ici.

L’Oreille tendue ? Elle y présentera quelques réflexions sur l’enseignement de Candide en 2022.

L’inscription est obligatoire.

Autopromotion 594

Pancarte des grèces étudiantes de 2012, photo de Lucie Bourassa

Dans le Devoir du 23 septembre, Émilie Nicolas consacre sa chronique à l’enseignement de la littérature. Elle y propose sa lecture du Candide de Voltaire.

L’Oreille tendue ne la partage pas. Elle s’en explique dans les pages du journal ce matin, sous le titre «Relire Candide».

 

Illustration : photo de Lucie Bourassa, Université de Montréal, 2012

 

P.-S.—Ce n’est pas la première fois que l’Oreille s’exprime sur l’enseignement de ce conte de 1759. Voyez ici.

Les zeugmes du dimanche matin et d’Antoine Hamilton

Antoine Hamilton, les Quatre Facardins, éd. de 2001, couverture

«On l’a donc délivrée sur-le-champ, et de la fosse, et de toutes ses appréhensions; le peuple l’est allé conduire chez ses parents, et tandis qu’on met le premier appareil à son œil, je viens ici vous conjurer de vous sauver, et de vous éloigner d’un pays où les montagnes sont pleines d’enchantements, les îles de lions, et le continent de coqs et d’habitants qui ne valent guère mieux» (p. 67).

«ce fut dans une de ces humiliations que je coupai la tête au maudit grand prêtre, sans respecter ni sa longue barbe, ni son caractère» (p. 123).

Antoine Hamilton, les Quatre Facardins, texte de 1730, édition présentée, établie et annotée par Georges May, Paris, Desjonquères, coll. «XVIIIe siècle», 2001, 155 p.

Feu d’artifice (presque) précoïtal

Mme de Villeneuve, la Belle et la Bête, éd. de 2010, couverture

«La Bête la remercia laconiquement, après quoi, voulant prendre congé d’elle, elle lui demanda à son ordinaire, si elle voulait qu’elle couchât avec elle. La Belle fut quelque temps sans répondre, mais prenant enfin son parti, elle lui dit en tremblant : “Oui, la Bête, je le veux bien, pourvu que vous me donniez votre foi, et que vous receviez la mienne. — Je vous la donne, reprit la Bête, et vous promets de n’avoir jamais d’autre épouse… — Et moi, répliqua la Belle, je vous reçois pour mon époux, et vous jure un amour tendre et fidèle.”

À peine eut-elle prononcé ces mots, qu’une décharge d’artillerie se fit entendre; et pour qu’elle ne doutât pas que ce ne fût en signe de réjouissance, elle vit de ses fenêtres l’air tout en feu par l’illumination de plus de vingt mille fusées, qui se renouvelèrent pendant trois heures. Elles formaient des lacs d’amour : des cartouches galants représentaient les chiffres de la Belle, et on lisait en lettres bien marquées, VIVE LA BELLE ET SON ÉPOUX. Ce charmant spectacle ayant suffisamment duré, la Bête témoigna à sa nouvelle épouse qu’il était temps de se mettre au lit.»

Madame de Villeneuve, la Belle et la Bête, texte de 1740, édition établie et présentée par Martine Reid, Paris, Gallimard, coll. «Folio 2 €», série «Femmes de lettres», 5068, 2010, 141 p., p. 86-87.

Écho voltairien

L’Oreille tendue, quelques années après tout le monde, s’est mise à la série télévisée Mad Men. Elle y repère, comme tout le monde, des allusions littéraires.

Elle avait noté, dans le sixième épisode de la première saison, une allusion à Marshall McLuhan, dans la bouche de Joan Halloway : «The medium is the message», disait la curviligne secrétaire à une collègue, Peggy Olson. Par là, les créateurs de la série pensaient faire réaliste. (C’est un anachronisme, mais ne chipotons pas.) C’est également dans «Babylon» qu’on voit le personnage principal, Don Draper, lire Exodus de Leon Uris. Son patron, l’excentrique Bert Cooper, ne jure que par Atlas Shrugged d’Ayn Rand.

Dans le dernier épisode de cette première série, le treizième, «The Wheel», il y a mieux, du moins pour qui apprécie le XVIIIe siècle français. La scène réunit le jeune publicitaire Pete Campbell, qui ne parle pas, sa femme Trudy et les parents de celle-ci, Tom et Jeannie Vogel.

Tom. — I was just saying that work isn’t everything, you know. It’s like that song says : Um, tend your own garden.

Trudy. — What song is that, Daddy ?

Tom. — Uh, I don’t know. People say it. It’s true.

Jeannie. — It is true.

Tom. — Yeah. Tend to your own garden. That means… you know, start growing things.

Trudy. — Daddy ! You’re embarrassing us…

Tom, en parlant de Jeannie. — Well it’ll be the best Christmas present this one ever had.

Une chanson contiendrait donc les mots «Tend your own garden» ? L’Oreille tendue ne sait pas si cette chanson existe, mais une chose est sûre : ces mots évoquent pour plusieurs le «il faut cultiver notre jardin» du XXXe chapitre de Candide.

Voilà Voltaire à la télé américaine, à côté de McLuhan, Uris et Ayn Rand, comme adjuvant conjugal (en contexte, «start growing things» a une forte dimension générative). On pourrait être étonné à moins.

 

[Complément du 27 septembre 2013]

Ce texte a été repris en revue : Melançon, Benoît, «Enquête sur la réception de Candide (X). Coordonnée par André Magnan», Cahiers Voltaire, 11, 2012, p. 215-216.

 

[Complément du 11 juin 2020]

L’Oreille a repris ce texte, sous le titre «Mad Men et Candide», dans le livre qu’elle a fait paraître au début de 2020, Nos Lumières.

 

Référence

Melançon, Benoît, Nos Lumières. Les classiques au jour le jour, Montréal, Del Busso éditeur, 2020, 194 p.