Oui, il y a un problème

«C’est quoi le problème ?»
(4 juillet 2012)

Les exemples ne manquent pas : les Québécois préfèrent les problématiques aux problèmes (voir ici).

À une époque, une informatrice avisée de l’Oreille tendue, appelons-la encore l’Acéricultrice, se demandait si inconvénient n’allait pas aussi supplanter problème, désagrément, perturbation, dérangement : «Nous rénovons pour mieux vous servir. Désolé des inconvénients.»

Pas plus tard que le 23 décembre, un autre de ses informateurs, pas moins avisé, l’Oreille québecquoise, écrivait ceci à l’Oreille :

Il me semble que, par les temps qui courent, on entend souvent enjeu là où on attendrait problème ou difficulté. Des exemples ? François Legault hier soir : «Il n’y a pas d’enjeu de ce côté-là.» Notre entrepreneur dans les dernières semaines : «Il y a, ici, un enjeu d’espace.» On dit aussi parfois enjeux de société pour parler de réalités qui, il me semble, devraient plutôt être considérées comme des problèmes, voire des irritants (!).

Puis arrive la veille du Premier de l’an. Une alerte numérique fait planter plusieurs commandes d’un fournisseur de services télévisuels. De quoi s’agit-il ? «À la suite de l’alerte en lien avec le couvre-feu instauré par le gouvernement du Québec, certains de nos clients pourraient vivre un enjeu avec leur service de télévision» (tweet effacé depuis).

Si l’on se fie aux réactions des clients de ce fournisseur de services, il y avait, ce soir-là, un vrai problème, pas seulement un enjeu.

Le 1er janvier 2013, l’Acéricultrice écrivait ceci sur Twitter : «Ça veut dire quoi, “développer un enjeu” ? #PerplexitéDuNouvelAn.»

Pile-poil neuf ans plus tard, qu’écrit @machinaecrire, autre informateur de première ligne ? «Cette année, je vous souhaite de ne connaître ni enjeux, ni problématiques.»

Les informateurs de l’Oreille tendue ont un don de prescience.

P.-S.—Ce n’était pas mieux en anglais : les enjeux y sont des issues.

Tweet de Vidéotron, 31 décembre 2021

 

[Complément du 17 janvier 2022]

Distinguons : s’il faut en croire certain acteur gouvernemental québécois en matière de lutte contre la pandémie, il y a enjeu et enjeu nommé.

Exemple : «Ce n’était pas un enjeu nommé. […] C’est le 11 mars qu’on peut considérer […] qu’on parlait d’un enjeu exprimé par quelqu’un en autorité ou par un répondant de la santé publique» (Martin Simard).

C’est noté.