Accouplements 186

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

André Belleau, «Discours de Marcel Duchamp ivre sur la condition des filles du boulevard Saint-Laurent», Liberté, 76-77 (13, 4-5), décembre 1971, p. 5-10; repris dans Montréal en prose. 1892-1992. Anthologie présentée par Nathalie Fredette, Montréal, l’Hexagone, coll. «Anthologies», 5, 1992, p. 288-294. URL : <http://www.erudit.org/culture/liberte1026896/liberte1028776/30676ac.pdf>.

À l’instar de ces bègues qui cessent de l’être tout à fait lorsqu’ils se mettent à chanter, Marcel ne bredouillait ni ne bafouillait comme à l’accoutumée. Il continua d’une voix claire et nette :
«Aussi bien ai-je envie de redire ici même et pour tous vos beaux noms scintillants que publie Montréal-Matin :
Presseuses
Assembleuses
Coupeuses de fils.
Filles expérimentées dans les uniformes de coton.
Contremaîtresses dans les robes, jupes et pantalons.
Opératrices de machine régulière, simple, à bords, à section, à boutons, à boutonnières, goose neck, Overlock, Singer à une seule aiguille, Union Spécial à deux ou trois aiguilles, à points cachés et même invisibles (p. 9).

Gilles Desjardins, Twitter, 25 avril 2022 : «1943. Montréal. Belle pub féministe : “Ces ’couturières’ qui ’cousent’ des chars d’assaut avec leurs lampes à souder, trouvent dans l’ASPIRIN un soulagement presque immédiat.”»

Publicité, Montréal, 1943

P.-S.—Sans oublier Couturière (2012), de Martine Sonnet.

Guy Lafleur publiciste

Les sportifs modernes sont des véhicules publicitaires prisés. Guy Lafleur, qui vient de mourir, ne faisait pas exception.

À qui a-t-il prêté son nom et son image ? Quelques exemples, parmi bien d’autres.

À des entreprises philanthropiques :

Publicité de Guy Lafleur pour le Centre hospitalier de l’Université de Montréal

Publicité de Guy Lafleur pour la Fondation des maladies mentales

Publicité de Guy Lafleur pour les scouts et guides du Québec
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Publicité de Guy Lafleur pour la lutte contre le cancer (Merck)

À des vendeurs de produits alimentaires ou alcoolisés :

Publicité de Guy Lafleur pour les produits Weston
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Publicité de Guy Lafleur pour les saucisses Lafleur
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Publicité de Guy Lafleur pour Yoplait

 

Publicité de Guy Lafleur pour la boisson énergisante Flower Power
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Publicité de Guy Lafleur pour la bière Molson
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Publicité de Guy Lafleur pour Molson
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Société des alcools du Québec, gin Guy Lafleur 10, 2020

Publicité de Guy Lafleur pour son propre vin
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À des sociétés (péri)(pseudo)médicales :

Publicité de Guy Lafleur pour Hairfax
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Publicité de Guy Lafleur pour Revitive
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À des équipementiers sportifs :

Publicité de Guy Lafleur pour les chaussures Bauer

Publicité de Bauer pour les produits de hockey BauerPublicité de Raymond Bourque et Guy Lafleur pour les bâtons de hockey Sher-Wood

 

À un fabricant de voitures :

Publicité de Guy Lafleur pour la Chevrolet Monte Carlo
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À un propriétaire de casino :

Publicité de Guy Lafleur pour un casino
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À une chaine de magasins :

Publicité de Guy Lafleur pour la chaîne de magasins Zellers
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À un salon de technologie :

Publicité de Guy Lafleur pour un salon de technologie

 

 

P.-S.—Si jamais vous aviez sous la main la publicité de Viagra par Lafleur, l’Oreille tendue serait évidemment preneuse. Discrétion assurée.

P.-P.-S.—Sur ce sujet, voyez les articles d’Olivier Bourque, «Idole des Québécois, icône des annonceurs», et de Frédéric Guindon, «27 des meilleures publicités mettant en vedette des hockeyeurs québécois».

Swift à toutes les sauces

En 1726 paraît Gulliver’s Travels de Jonathan Swift. Ces voyages imaginaires ont connu une fortune considérable, notamment au cinéma et à la télévision.

C’est aussi vrai du dessin d’humour, dans lequel on aime bien rejouer la scène où Lemuel Gulliver, sur l’île de Lilliput, se réveille couché sur le dos, retenu par des câbles. Le 1er décembre 2018, André-Philippe Côté a ainsi mis en scène le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford. Le 9 novembre 2020, Michael de Adder appliquait le même traitement au 45e président des États-Unis.

Grâce au magnifique site Wikia La BD de journal au Québec, l’Oreille tendue découvre une publicité illustrée parue dans la Presse le 8 mai 1943, en pleine Deuxième Guerre mondiale. Il s’agit d’encourager les lecteurs du quotidien montréalais à participer à l’effort de guerre et à acheter des Obligations de la Victoire : tout effort individuel, même modeste, contribuera à financer «la machine de guerre la plus puissante de l’histoire du monde».

Publicité pour les Obligations de la Victoire, la Presse, 8 mai 1943

La littérature et le dessin, armes de guerre ?

P.-S.—Oui, vous avez bien lu, l’Oreille tendue évoquait la caricature de Côté dans son livre Nos Lumières (2020).

 

Référence

Melançon, Benoît, Nos Lumières. Les classiques au jour le jour, Montréal, Del Busso éditeur, 2020, 194 p.

Votre arrière-grand-père et Voltaire

La semaine dernière, en goguette conjugale sherbrookoise, l’Oreille tendue a visité une exposition consacrée à Voltaire. Son attention a été attirée, entre autres choses, par une publicité de la bière Molson représentant l’écrivain.

Publicité de la bière Molson représentant Voltaire, 1954

Pourquoi citer Candide et parler d’«arpents de neige» ? C’est que Voltaire «était convaincu que le Canada ne valait pas qu’on se batte pour le conserver», dit l’annonce. Des «arpents de neige», cela vaudrait bien peu.

Intriguée, l’Oreille a mené enquête. Voici quelques découvertes préliminaires, grâce aux merveilleuses ressources numériques de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Cette publicité n’a pas paru que dans le quotidien montréalais le Devoir (9 avril 1954, p. 5), comme l’indique le musée diocésain de Sherbrooke; on la trouve aussi — recherche non exhaustive — dans l’Action catholique (23 juin 1954, p. 21) et dans le Droit (28 juillet 1954, p. 15).

Cette «réclame» s’inscrit dans «une série publiée par Molson’s», dit-on. Qu’y trouve-t-on ? Sous l’intitulé «Qui a dit… ?», d’autres personnages historiques sont associés à des phrases, parfois datées :

«Le temps c’est de l’argent !» («François» Bacon, 1620, le Bien public, 21 mai 1954, p. 6);

«Je répondrai par la bouche de mes canons» (Frontenac, 1690, le Droit, 21 avril 1954, p. 15 et 21 juin 1954, p. 15);

«Après moi le déluge» (Louis XV à Mme de Pompadour, le Droit, 28 mai 1954, p. 24 et 25 août 1954, p. 11);

«Une armée marche sur son ventre» (Napoléon, le Guide, 18 février 1954, p. 6; le Canada, 26 mai 1954, p. 8; le Clairon maskoutain, 28 mai 1954, p. 14);

«Les Canadiennes sont si jolies que ça repose les yeux lorsqu’on en rencontre une qui l’est moins» (Mark Twain, 1881, le Droit, 16 février 1954, p. 12 et 20 août 1954, p. 10);

«Le XXe siècle appartient au Canada» (Wilfrid Laurier, le Bien public, 18 juin 1954, p. 6).

Chaque publicité est illustrée par un portrait de la personne à qui on doit la citation, sauf pour Napoléon : au lieu d’une représentation d’époque, on a dessiné quatre militaires contemporains, sourire aux lèvres, remplissant leur plateau de victuailles.

Le slogan «La bière que votre arrière-grand-père buvait» ne correspond guère aux exigences de la publicité actuelle, laquelle préfère généralement l’ultramoderne à la tradition. Molson l’a pourtant utilisé pendant des décennies. Il apparaît en effet dès les années 1910 (la Presse, 30 mai 1916, p. 10).

Ce n’est pas la première fois que Molson fait appel à l’histoire pour vendre ses produits. En 1931, le XVIIe siècle était à l’honneur : Louis Hébert défrichant son champ en 1620 (le Nouvelliste, 24 octobre 1931, p. 5); Lambert Closse défendant l’Hôtel-Dieu en 1652 (la Presse, 16 juin 1931, p. 21); Louis Joliet quittant Lachine en 1673 (le Progrès du Golfe, 1er mai 1931, p. 4). Chaque réclame était accompagnée de sa vignette explicative.

En 1952, la campagne publicitaire porte sur les richesses contemporaines du Québec : le titane (le Journal de Waterloo, 1er février 1952, p. 2); le tourisme (le Guide, 24 avril 1952, p. 4); les ressources naturelles (le Guide, 1er mai 1952, p. 5); le cuivre (le Petit Journal, 24 juin 1952, p. 22). La perspective n’est plus historique, mais économique.

Nos «arrière-grands-pères» — nos «arrière-grands-mères» ? — s’instruisaient en buvant. Envions-les.

P.-S.—En matière de bière, on trouvera d’autres publicités québécoises illustrées ici.