Divulgâchage érudit

George Sand, la Mare au Diable, 1846, couverture

George Sand, dans la Mare au Diable (1846), sème suffisamment d’indices (éd. de 1991, p. 127, p. 128) pour que ses lecteurs devinent que le futur maître de «la petite Marie» est une ordure (p. 133, p. 135).

Fallait-il que son commentateur le leur dise soixante pages à l’avance (p. 63), dans une note : «Le fermier vicieux lui offrira 100 francs» (p. 231) ?

Non. Le «vice» du «fermier» leur sera révélé bien assez tôt. Il y a des gens qui lisent les notes. Respectez leur héroïsme.

P.-S.—Oui, ce texte est lui-même une forme de divulgâchage. C’est comme ça.

 

Référence

Sand, George, la Mare au Diable, Paris, Gallimard, coll. «Folio», 892, 1991, 244 p. Édition originale : 1846. Préface et notes de Léon Cellier.

Mais bien sûr !

Philippe Manevy, La colline qui travaille, 2024, couverture

Proust et le rugby ? Il suffisait d’y penser. Philippe Manevy l’a fait dans La colline qui travaille (2024) :

Cette façon de conduire était associée dans mon esprit à son passé de rugbyman. Dès son adolescence, René avait pratiqué assidûment ce sport. Il avait commencé à jouer avec son grand frère Pierre, à qui sa carrure massive et sa force tranquille avaient valu la position de pilier — celui qui, pour assurer la solidité de la mêlée, encaisse les coups de boutoir de l’autre équipe. Plus fluet, plus rapide aussi, René officiait comme trois-quarts aile : il savait se faufiler entre les lignes adverses; bien souvent, c’est lui qui recevait la passe décisive à l’issue de l’action — cet échange long, complexe, plein de ruptures, de rebondissements, de retours en arrière et de brusques percées comme une phrase de Proust — et s’élançait vers la ligne pour plaquer au sol, dans un geste furieux et triomphant, le ballon ovale.

 

Référence

Manevy, Philippe, La colline qui travaille. Récit, Montréal, Leméac, 2024, 283 p. Édition numérique.

Les zeugmes du dimanche matin et de Pierre Lemaitre

Pierre Lemaitre, les Belles Promesses, 2026, couverture

«Colette, encore plus furieuse, s’apprêtait à entrer à sa suite dans l’établissement et à en découdre avec… mais elle changea soudain d’idée et de chemin lorsqu’elle s’aperçut, à travers la vitrine, que Philippe serrait la main d’un Edmond, gauloise au bec, souriant de toutes ses dents jaunes.»

«Gaston Rougier, délégué à l’innovation, se fendit d’un bref discours où il était question de “l’héroïsme, signe distinctif des entrepreneurs”, d’un “opportunisme qui a trop mauvaise presse” et même d’un audacieux appel à “lever à la fois nos verres et nos cœurs” qui fut très applaudi.»

Pierre Lemaitre, les Belles promesses. Roman, Paris, Calmann-Lévy, 2026, 512 p. Édition numérique.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

L’oreille tendue de… Marie-Hélène Lafon

Marie-Hélène Lafon, Hors champ, 2026, couverture

«Le plancher craque au-dessus de sa tête, elle tend l’oreille, Gilles est là-haut, à la grange, elle attend un peu, il descendra peut-être; elle ne peut pas savoir, on ne peut pas savoir ce que son frère pense, ce qui lui fait plaisir ou pas, si quelque chose lui fait encore plaisir.»

Marie-Hélène Lafon, Hors champ, Paris, Buchet/Chastel, 2026. Édition numérique.

Le zeugme du dimanche matin et de Clémentine Beauvais

Clémentine Beauvais, l’Affaire Petit Prince, 2025, couverture

«— Ça veut dire qu’ils m’ont viré. Ils trouvaient que je posais les mauvaises questions, que je ne protégeais plus l’honneur de la littérature, que les crimes dans les livres n’étaient pas de vrais crimes (on voit bien que ce n’étaient pas eux les victimes !), que j’étais un traître, un charlatan, un cancre même pas capable de distinguer un zeugme d’une métonymie.
— Et c’était vrai ? demanda Minuit-Pile.
— Pure calomnie ! barrit Bayard. Mais j’ai quand même dû prendre la porte et une retraite anticipée.»

Clémentine Beauvais, l’Affaire Petit Prince, Paris, Sarbacane, coll. «Pierre Bayard, détextive privé», 1, 2025, 259 p.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)