Nouveau moratoire titrologique

Volodymyr Oleksandrovytch Zelensky a été élu président de l’Ukraine le 20 mai 2019. Il était auparavant comédien. Depuis l’agression russe contre son pays, la presse a beaucoup fait allusion au «rôle» qu’il est obligé de jouer aujourd’hui. Merci : vos lecteurs ont compris.

Zelensky et le rôle de sa vie, titre de de presse

 

L’oreille tendue de… Svetlana Alexievitch

Svetlana Alexievitch, La guerre n’a pas un visage de femmes, éd. de 2015, couverture

«Je suis jeune, elles sont vieilles. Elles m’expliquent les choses comme à une enfant. J’ai depuis longtemps remarqué que c’est avec les enfants que nous parlons le mieux : nous cherchons alors des mots neufs, parce qu’il nous est autrement impossible de franchir la frontière qui nous sépare de leur monde désormais pour nous inaccessible. Je vois souvent des femmes assises en face de moi tendre l’oreille à elles-mêmes. Au son qu’émet leur propre cœur.»

Svetlana Alexievitch, La guerre n’a pas un visage de femmes, dans Œuvres, Arles, Actes Sud, coll. «Thesaurus», 2015, 800 p., p. 23-24.

Défense des diacritiques

«Signe diacritique : signe graphique (point, accent, cédille) portant sur une lettre ou un signe phonétique, et destiné à en modifier la valeur ou à empêcher la confusion entre homographes» (le Petit Robert, édition numérique de 2010).

Quand on s’appelle Benoît (accent circonflexe souhaité) Melançon (cédille obligatoire), les diacritiques ont leur importance.

C’est ce que l’Oreille tendue se disait hier, après avoir expliqué à une employée de sa banque qu’elle comptait lui retourner plein de carnets de chèques pour cause de circonflexe et de cédille omis, malgré sa demande expresse. (Explication possible de ladite employée : l’imprimeur est anglophone.)

C’est ce que l’Oreille se disait aussi il y a quelques semaines, à la lecture d’un article de Frédérick Lavoie dans la Presse du 31 juillet, «Mettre les points sur les Ë» (p. A21). Il y fait le portrait de Viktor Tchoumakov, ce croisé de la septième lettre de l’alphabet cyrillique (ë, prononcée yo), qui veut voir revenir systématiquement le tréma sur le e dans les cas où il est aujourd’hui facultatif. Précision historique : «Le ë a connu son âge d’or entre 1942 et 1953, en raison d’un puissant partisan des deux points : le dictateur soviétique Joseph Staline.»

L’Oreille l’avoue : elle aurait préféré être en meilleure compagnie.