Numéro 1

Hervé Bouchard, Numéro six  (2014), couverture

Titre ? Numéro six d’Hervé Bouchard (2014).

Quoi ? Le passé hockeyistique (en quelque sorte) du narrateur. Atome. Moustique. Pee-wee. Bantam. Midget. (Local ou régional.) Première imbibition. Perte des dents (allusion à Bobby Clarke, p. 135). Perte de la virginité (le «jeu de notre reproduction», p. 145 et 151). «Ainsi s’achève le passage du six dans le hockey mineur» (p. 153).

Où ? Au Saguenay—Lac-Saint-Jean (Jonquière, Kéno[gami], Port-Alfred, Alma, Arvida, Sainte-Hedwige, Normandin, La Baie, Chicouti[mi], Métabetchouane).

Quand ? Fin des années 1960, début des années 1970. Avant la Zamboni, dans certains arénas.

Qui ? Le narrateur, le numéro six du titre, son père (le «montreur»), sa mère («la captive»), les filles (Pompon Julie, Mireille Carillon, dite «Clairon», une blonde aux «dents écartées», puis, enfin, l’«Anglaise»), des personnages au nom étonnant (au hasard, presque : Aquilin Néon ou Minier Desroches alias Sautillant Blanchon alias Roger Santillon).

Forme ? Fragmentaire et linéaire. Reprises et variations.

Organisation ? En neuf «passages».

Ton ? Ludique mais pas gai : «C’était en juillet quand le montreur entier des choses et la naine captive ont eu l’annonce du cancer à venir de l’un et de la cécité de l’autre» (p. 40); «Désormais tu n’es plus, ô matière vivante / Qu’un granit entouré d’une vague épouvante» (p. 93).

Ton, bis ? Non sans humour, comme dans ces cris confondus de deux spectateurs, «Premier bonhomme» et «Second bonhomme» : «Tue-le ! Enlevez-la-lui ! Tue-le ! Enlevez-la-lui ! Tue-le ! Enlevez-la-lui ! Tue-le ! Enlevez-la-lui ! Tue-le ! Enlevez-la-lui ! Tue-le !» (p. 140).

Langue ? Le Bouchard («J’ai connu la peur du ftougne», p. 32).

Langue, bis ? La langue de puck («C’est comme aller se refaire un temps dans la Ligue américaine des hommes pour réapprendre la vitesse du jeu en revenant à la base et retrouver le fond du filet», p. 120).

Ponctuation ? Personnelle : «J’ai couru dans la rue du Pow-wow devant l’abri des galériens à l’heure où les peupliers asséchés et cuits s’avançaient déguisés vers la caserne des hommes qui portaient des chemises à manches courtes et des lances à poignée» (p. 56).

Public ? Probablement pas les lecteurs des quotidiens montréalais qui consacrent plusieurs pages à l’absence de capitaine dans l’équipe des Canadiens de Montréal au début de la saison 2014-2015. Sûrement l’Oreille tendue.

P.S.— Zeugmes ? «De son vivant Minier Desroches avait des cils d’albinos et un rendez-vous chez le dentiste» (p. 46); «Ils couraient nus dans les corridors et dans la joie» (p. 49); «je lui mettrais des gants de caoutchouc et un sac de rechange dans la poche de son tablier et un sourire permanent malgré un dentier qui bouge du bas» (p. 99); «L’entraîneur a un diplôme en éducation physique et des mots pour dire les choses comme s’il les expliquait au lieu de les faire comprendre» (p. 115).

Référence

Bouchard, Hervé, Numéro six. Passages du numéro six dans le hockey mineur, dans les catégories atome, moustique, pee-wee, bantam et midget; avec aussi quelques petites aventures s’y rattachant, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 80, 2014, 170 p.

Les zeugmes du dimanche matin et de Jean-Paul Beaumier

«Prends bien soin de ton petit frère, et toi, écoute ta grande sœur, leur a-t-elle fait promettre avant de refermer la porte, ne laissant derrière elle que son parfum, une maison vide et deux enfants qui n’osaient la retenir de peur qu’un jour elle ne revienne pas» (p. 25).

«Et puis ils ont eu trente ans, des enfants, des déceptions professionnelles, des échecs amoureux» (p. 131).

Jean-Paul Beaumier, Fais pas cette tête. Nouvelles, Montréal, Éditions Druide, 2014, 135 p.

Dix livres

J. Cervon, l’Aiglon d’Ouarzazate, couverture

Dans la Presse+ du jour, le chroniqueur Pierre Foglia demande à ses lecteurs de dresser une liste de lectures : «Dans l’esprit du Bookbucket, sans réfléchir, les dix titres qui vous viennent, là, tout de suite.»

Voici ceux de l’Oreille tendue.

André Malraux, la Condition humaine

Jean Echenoz, Cherokee

Nicholson Baker, The Mezzanine

Philip Roth, The Great American Novel

Jean-François Vilar, Bastille Tango

J. Cervon, l’Aiglon d’Ouarzazate

Victor-Lévy Beaulieu, Monsieur Melville

Laclos, les Liaisons dangereuses

Mordecai Richler, Barney’s Version

Jacques Dubois, Pour Albertine

Accouplements 09

(Accouplements : une rubrique où l’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux textes d’horizons éloignés.)

À l’ère numérique, les notes (marginales, de bas de page, de fin de chapitre, de fin d’ouvrage) sont-elles encore utiles ?

Tim Parks, dans The New York Review of Books (13 septembre), croit que non, du moins pas dans tous les cas ni avec la même précision.

Do readers need to know that Yale University Press is based in New Haven and Knopf in New York ? How does this add to their ability to track down a quotation ? Once one has the title and the surname of the author, do we really need the author’s initials or first name […] ? But the real question is, are we never going to acknowledge that modern technology has changed things ?

Dans The New Yorker (5 septembre), Nathan Heller croit que si.

This augmentative beauty is what’s lost when back matter is banished to a third literary space like the Internet. Books are not a perfect technology — they may not even, at this point, be the best technology for reading — but they’re exquisitely compact. […] When you leave for a beach weekend, you do not need to pack a novel and its final chapters separately; no one spends hours searching her bookshelves for the endnotes to a volume in her hand. («I feel like I just saw them yesterday !») So why are publishers forcing readers to do that on laptops ? The reading of books, we’re often told, is imperilled. If that’s true, we ought not be driven toward increased distraction.

L’Oreille, elle, aime les notes — où qu’elles soient.