Travaillons à notre lexique pandémique

«Gargaricube», «gargarisme par auto prélèvement», gouvernement du Québec, 2022

En 2020, l’Oreille tendue a essayé de rassembler quelques néologismes sous le titre «Bref lexique de confinement». Elle a vite été ensevelie sous l’avalanche de mots nouveaux. Elle a quand même continué à prendre des notes. En voici dix.

Un athlète non vacciné ? Novax Djocovid (Patti Basler).

Un non-vacciné qui se tâte ? Un vaccinorécalcitrant (Patrick Lagacé).

Une ponction fiscale, à défaut d’être chirurgicale ? Un vaccimpôt (Daniel Paillé).

Les défenseurs du couvre-feu et autres mesures de restriction de mouvements ? Les enfermistes (Emmanuel Macron).

Ceux qui ne craignent pas le pire covidien ? Les rassuristes (Mario Girard).

Ceux qui tiennent à vous dire à l’avance ce que s’apprêtent à vous dire les responsables sanitaires ? Les COVIDivulgâcheurs (@AscenseurRC).

Vous prenez votre retraite, évidemment bien méritée, mais loin de votre milieu de travail ? Bonne téléretraite (R. Massicotte) !

Avec quoi faire un autoprévèlement ? Un gargaricube (Justine Mercier).

Vous affirmez souffrir de mascné (masque + acné) ? Guy Bertrand n’est pas d’accord avec la façon de construire ce mot.

Vous devez suivre des conférences hybrides (physique et numérique) ? Plaignez-vous du phymérique (CÉRIUM).

Ce sera tout pour aujourd’hui.

Portez-vous bien (dit-on).

À plus tard, du passé

Maxime Raymond Bock, Morel, 2021, couverture

À quelques reprises, en ces lieux, l’Oreille tendue a vu réapparaître des mots ou expressions de son passé : barda, ça fera, nono, poche, Rhodésien, trimpes, etc.

Elle est aussi retombée en enfance, façon de parler, en lisant, dans Morel (2021), de Maxime Raymond Bock, les phrases suivantes : «Vous vous reprendrez un autre tantôt, Jean-Claude. Va t’amuser» (p. 48). Elle n’avait pas entendu cet autre tantôt (mis pour autre fois) depuis des décennies.

Elle en a été émue.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté Morel le 12 janvier 2022.

 

Référence

Raymond Bock, Maxime, Morel. Roman, Montréal, Le Cheval d’août, 2021, 325 p.

Secours indispensable

Michel Tremblay, Bonbons assortis, éd. de 2017, couverture

De l’anglais au français de référence, le spare tire devient un pneu de rechange / de secours. En français populaire du Québec, on entendra aussi spare ou tire / pneu de spare, prononcé à l’anglaise (spère / spére).

Spare n’a pas qu’un sens automobile. Deux exemples.

Dans Morel (2021), Maxime Raymond Bock évoque une famille recomposée et son «grand-père de remplacement fort convenable, le grand-spare» (p. 193).

Dans Bonbons assortis (2002), Michel Tremblay décrit une mauvaise plaisanterie de Noël :

— Le père Noël avait peut-être une brique de spare
— Une brique de quoi ?
— J’voulais dire une deuxième brique. Une brique au cas où y perdrait la première… (éd. de 2017, p. 102).

Vous le voyez : il est bon d’être prévoyant.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté Morel le 12 janvier 2022.

 

Références

Raymond Bock, Maxime, Morel. Roman, Montréal, Le Cheval d’août, 2021, 325 p.

Tremblay, Michel, Bonbons assortis. Récits, Montréal, Leméac, coll. «Nomades», 2017 (2002), 152 p.

Portrait assassin du jour

Hervé Le Tellier, Toutes les familles heureuses, éd. de 2021, couverture

«Né fin 1931, Guy avait douze ans à la Libération de Paris, vingt-cinq quand les événements d’Algérie prirent de l’ampleur. Une génération chanceuse et pourtant bâtarde, à la jeunesse coincée entre l’Occupation et la guerre d’Algérie. Il était né trop tard pour collaborer, trop tôt pour torturer. Rien ne prouve qu’il eût fait l’un ou l’autre. Même pour des actes indignes, il faut un peu de trempe. Sans doute n’aurait-il pas su refuser de monter dans un mirador.»

Hervé Le Tellier, Toutes les familles heureuses, Paris, JC Lattès, coll. «Le livre de poche», 36181, 2021 (2017), 189 p., p. 16.