Archives mensuelles : mai 2011

Orthographe, typographie et règne végétal

Contrairement à ce qui s’est passé en France, l’aubergine du Québec n’est pas devenue une pervenche.

La preuve, en première page du Journal de Montréal du 27 mai (merci à @lesappendices).

Deux questions.

Le mot aubergine — que la fonction qu’il désigne soit occupée par un homme ou par une femme — est féminin. Comment expliquer le masculin de «Agressés», «Insultés», «Intimidés» ?

Pourquoi l’italique d’«aubergines» ? Le mot est au Petit Robert : «Contractuelle parisienne qui était vêtue d’un uniforme aubergine» (édition numérique de 2010). Le Journal de Montréal aurait-il inventé l’italique géographique (traduction libre : «Ce mot existe, mais il est plus français [«parisienne»] que québécois, d’où la nécessité de le souligner») ?

La langue du fleuron de l’empire de PKP mériterait une étude.

P.S.—Remarque étymologique, gracieuseté du même Petit Robert, à l’entrée «pervenche» : «Les pervenches étaient autrefois appelées aubergines.» Pas partout.

Deuxième article d’un dictionnaire personnel de rhétorique

Antimétabole

Définition

«Deux phrases font pour ainsi dire entre elles l’échange des mots qui les composent, de manière que chacun se trouve à son tour à la même place et dans le même rapport où était l’autre» (Gradus, éd. de 1980, p. 53).

Exemples littéraires

«Le bonheur de votre vie est entre mes mains; le bonheur de la mienne entre les vôtres. C’est un dépôt réciproque confié à d’honnêtes gens» (lettre de Diderot à Sophie Volland, 7 octobre 1760).

«Car ce qu’il fera pour son ami, il l’eût fait pour sa maîtresse; et je ne crois pas qu’il eût fait pour sa maîtresse, ce qu’il n’aura point eu la force de faire pour son ami» (lettre de Diderot à Sophie Volland, 27 juillet 1762).

«Je ne sçais si vous êtes content de la manière dont je vous aime; mais il est sûr que, d’une lettre écrite à ma maîtresse, en changeant très peu de chose, j’en ferois une lettre pour vous, et que d’une lettre pour vous, en y changeant très peu, j’en ferois une à ma maîtresse» (lettre de Diderot à Damilaville, octobre 1760).

Exemple visuel (saisi à New York, sur la porte des latrines de Central Park).

P.S.—La première entrée de ce dictionnaire personnel se trouve ici.

Références

Diderot, Denis, Correspondance, Paris, Éditions de Minuit, 1955-1970, 16 vol. Éditée par Georges Roth, puis Jean Varloot.

Dupriez, Bernard, Gradus. Les procédés littéraires (Dictionnaire), Paris, Union générale d’éditions, coll. «10/18», 1370, 1980, 541 p.

Il est interdit d’y penser

Soit l’objurgation suivante, tirée des Corpuscules de Krause (2010) de Sandra Gordon : «Lucie l’avait flingué des yeux : — Penses-y même pas» (p. 21). Au Québec, l’expression «Penses-y même pas» a une fonction nette : étouffer dans l’œuf.

Elle vient de l’anglais «Don’t even think about it». Exemple ci-dessous, photographié récemment sur un trottoir de Manhattan.

On se réjouit du sens de l’humour de la régie des transports new-yorkaise («Dept of Transportation»).

Référence

Gordon, Sandra, les Corpuscules de Krause, Montréal, Leméac, 2010, 237 p.

Le bois du petit matin

L’Oreille tendue, pas plus tard que le 13 mai, apportait sa pierre à l’érection du vocabulaire anglo-saxon de l’érection, s’agissant du basketteur Dennis Rodman.

Autre pierre, en quelque sorte, aujourd’hui, tirée d’un article du Scientific American du 20 mai 2011 signalé par @cynocephale sur Twitter : la tumescence matinale inopinée s’appellerait «the morning wood».

Il n’est jamais trop tard pour accroître son vocabulaire.