Une histoire de famille

Mauricio Segura, Oscar, 2016, couverture

«Décès de Daisy Sweeney, la professeure de piano d’une génération», titre le Devoir du jour (p. B7). Cette Montréalaise, qui vient de mourir à 97 ans, a enseigné le piano à des centaines d’élèves, dont son frère cadet, Oscar Peterson.

Aucun personnage du roman de Mauricio Segura Oscar (2016), inspiré par ce célèbre pianiste de jazz, ne porte le nom de Daisy, la sœur aînée du personnage principal s’appelant Prudence et ne lui donnant pas de leçons de piano. En revanche, on peut y lire ceci :

De tous les morceaux qu’il joua, celui qui du jour au lendemain lui permit de se hisser au zénith de la gloire fut un swing lent, tout en retenue, empreint d’espiègleries, scandé de staccatos et de legatos à se pâmer, intitulé Tenderly. Comment réussit-il le tour de force de transformer les cordes du piano en cordes vocales humaines à la grâce fragile ? Bah, firent ses frères et sœurs à quiconque leur posait la question, c’est de famille (p. 122).

En effet, c’était «de famille».

Référence

Segura, Mauricio, Oscar, Montréal, Boréal, 2016, 231 p.

Accouplements 95

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Entre les deux, le cœur de l’Oreille tendue balance.

Nikolaus Harnoncourt : «Je suis un pessimiste qui espère !» (Diapason, 10 juin 2013)

Michel Serres : «J’admets volontiers éprouver une méfiance instinctive à l’égard des pessimistes. Je sais bien que le catastrophisme est vendeur, mais, voyez-vous, j’ai des enfants, des petits-enfants et des étudiants. Cela explique sans doute que je pratique un optimisme de combat» (le Point, 14 juin 2012).

 

[Complément]

On attribue la phrase suivante à Gramsci : «Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté.» Et de trois.

Divergences transatlantiques 050

L’Oreille tendue ne l’avait jamais noté : il y a (au moins) deux sortes de bullshit.

Il y a la québécoise : la bullshit, toujours au féminin, affectueusement appelée bull («C’est de la bull»).

Il y a la française, au masculin — parfois ? toujours ? : le bullshit. C’est du moins ce que laissent croire les trois exemples suivants (et récents).

Le Monde, 9 août 2017 : «bullshit» au masculin

Wikipédia définit «le bullshit» (au masculin, donc) ici.

P.-S.—Bullshit a évidemment donné le verbe bullshiter, que l’on trouve, par exemple, dans la Nuit des morts-vivants de François Blais (2011) : «plutôt que de la bullshiter j’essayai de lui changer les idées» (p. 100).

Référence

Blais, François, la Nuit des morts-vivants, Québec, L’instant même, 2011, 171 p.