Du pétard

Paul Verchères, Meurtre au hockey, [1953], couverture

En 2001, Shaka les chantait :

Méchants pétards, méchants pétards, méchants pétards
Méchants pétards, méchants pétards, méchants pétards

En 1972, Trevanian parlait de «beau pétard» (p. 11).

Dans les deux cas, il s’agissait de louanger la plastique de personnes du sexe.

L’expression est plus ancienne encore. On la trouve en 1953 chez Paul Verchères :

Le grand vieux se pencha vers son compagnon et lui dit assez haut, pour que les filles l’entendent :
— Deux beaux pétards, hein Aristide (p. 25).

Ce sera tout pour l’instant.

P.S.—Il a été question du contact des langues chez Trevanian ici et de la langue de puck chez Verchères .

 

Références

Shaka, «Méchants pétards», disque audionumérique, étiquette Guy Cloutier Communications, PGC-CD-132 DJ, 2001, 3 minutes 1 seconde.

Trevanian, The Main, New York, Harcourt Brace Jovanovitch, 1972. Réédition : New York, Jove, 1977, 332 p.

Verchères, Paul [pseudonyme d’Alexandre Huot ?], Meurtre au hockey, Montréal, Éditions Police journal, coll. «Les exploits policiers du Domino Noir», 300, [1953], 32 p.

Le zeugme du dimanche matin et d’Eugène Cloutier

Anne-Marie Cloutier, Eugène Cloutier, 2021, couverture

«Me voilà chez moi, dans la région de Québec, aux abords de ma ville, de mon enfance, de mon adolescence, de mes vingt ans.»

Eugène Cloutier, le Canada sans passeport. Regard libre sur un pays en quête de sa réalité, Montréal, HMH, 1967, tome 2, p. 293, cité dans Anne-Marie Cloutier, Eugène Cloutier. Un Canadien errant, Montréal, Carte blanche, 2021, p. 166.

Il faut savoir raison garder

Fenêtre encyclopédique, Montréal

Hier, dans le quotidien montréalais le Devoir, Christian Rioux tonnait contre l’inclusion du pronom iel dans le Dico en ligne Le Robert“Iels” sont “fou.olles” !»). Dire de la chronique de Christian Rioux qu’elle est confuse serait faire insulte à la confusion.

Relevons quelques «arguments» (à défaut de terme plus juste) du journaliste.

L’inclusion de iel dans le dictionnaire par une équipe de lexicographes relèverait du «marketing». Preuve à l’appui ? Aucune. En l’occurrence, cette inclusion n’a pas été annoncée par les équipes du Robert; pour le sens du marketing, on repassera.

Dans quel contexte cet ajout apparaît-il ? «Car il en va aujourd’hui des dictionnaires comme des “chars”. À chaque année, son modèle.» Les éditeurs du Petit Larousse apprécieront ce «aujourd’hui», eux qui commercialisent une nouvelle mouture de leur ouvrage depuis des décennies, sans que personne ait jamais pensé à le leur reprocher.

Quelles sont les conséquences de cette mise à jour annuelle ? «Une centaine [de mots nouveaux] chaque année et la boucle est bouclée. Quitte à ce que la plupart ne vivent que ce que vivent les fleurs.» Exemple ? Aucun.

Pourquoi faudrait-il se méfier de cela ? Les langues «n’évoluent que sur le temps long». En matière de lexique, c’est évidemment faux. On crée de nouveaux mots tous les jours, dont «néobolchevisme» (voir ci-dessous).

Le pronom aurait été ajouté au Robert «pour vendre du papier». Ça tombe mal : le mot n’est pas dans le Robert papier; il n’est que dans la version en ligne; or cette version est gratuite.

Rioux passe ensuite à sa «théorie» (à défaut de terme plus juste) des pronoms et des genres : «Logiquement, le nouveau pronom devrait donc désigner ceux qui se reconnaissent à la fois dans le masculin et le féminin. Mais, pour des raisons encore mystérieuses, qui tiennent surtout à ce réflexe de colonisé qui cherche à copier le neutre anglais, il désignerait dit-on ceux qui ne se reconnaissent ni dans l’un ni dans l’autre. Comprenne qui pourra.» Manifestement, le chroniqueur n’a pas la moindre idée du contexte dans lequel ce mot est apparu ni de son évolution. Pour s’informer, il aurait pu, par exemple, aller écouter ceci ou cela. (Au passage, on appréciera le «Logiquement» initial et le «colonisé», qui fleurent, bon, l’un et l’autre, le discours posé.)

C’est toute l’entreprise dictionnairique du Robert qui aurait sombré : «Contrairement à l’Académie française, Le Robert s’était pourtant toujours défini comme “un observatoire, pas un conservatoire”, disait son ancien rédacteur en chef Alain Rey. Le voilà qui se rallie à une conception prescriptrice du dictionnaire, pour ne pas dire carrément militante.» Qu’ont fait les lexicographes du Robert ? Ils ont observé l’apparition d’un nouveau pronom et ils l’ont consignée, notamment pour répondre aux demandes de leurs utilisateurs. C’est précisément la mission d’un dictionnaire descriptif. Nulle part dans la définition de iel par le Robert l’usage de ce pronom n’est prescrit. C’est une invention pure et simple de Christian Rioux.

Arrive ensuite l’argument d’autorité : le «linguiste Bernard Cerquiglini» est contre. Cela demande plusieurs remarques.

Bernard Cerquiglini est certes un linguiste, mais c’est aussi le conseiller scientifique d’une entreprise rivale de celle du Robert, le Petit Larousse; en bonne rigueur journalistique, cela aurait dû être précisé, non ?

Il est vrai que Bernard Cerquiglini est contre l’entrée de iel dans la nomenclature. Il convoque pour justifier son refus des arguments historiques. Il a ainsi déclaré à BFMTV que ce pronom ne correspond pas au «système de la langue» tel qu’il existe «depuis 2000 ans» (c’est ici). On aimerait bien savoir de quelle langue il s’agit, le français n’existant pas il y a 2000 ans.

On rappellera enfin que le Dictionnaire des francophones accueille iel depuis quelque temps déjà. «Les orientations techniques et scientifiques» de ce dictionnaire «sont déterminées par son conseil scientifique», dont fait partie que préside… Bernard Cerquiglini.

«L’usage de ce pronom factice étant inexistant, son introduction dans le dictionnaire ne saurait donc représenter qu’un choix purement politique», affirme ensuite le chroniqueur. Ça tombe mal : l’usage existe et on peut essayer, avec toute la prudence nécessaire, de le mesurer (voir ). On peut discuter pareilles statistiques et le Robert lui-même est prudent, qui refuse de s’avancer : il dit du pronom qu’il est «rare». Une chose est sûre : il n’est pas «inexistant».

À ce point du «raisonnement» (à défaut de terme plus juste), on quitte la linguistique, si tant est qu’il en ait jamais été question dans la chronique. Rioux parle alors de «néobolchevisme» (Robert Redecker), de «déconstruction», de «relativisme postmoderne», de «marxisme inversé», de «gauche universitaire», avant d’évoquer la lutte des classes et «l’écriture dite “inclusive”» (dont il n’a manifestement aucune connaissance informée, cette écriture se pratiquant dans la francophonie depuis des décennies). Ça se termine par des «réflexions» (à défaut de terme plus juste) sur la façon de gérer la crise de la covid-19 dans les CHSLD du Québec. L’Oreille tendue rend les armes : elle serait bien incapable de répondre à pareil salmigondis.

Il est parfaitement légitime pour quiconque d’avoir une position sur les faits de langue; on s’étonne d’avoir à le dire. En revanche, avoir une position informée et nuancée, ce ne serait pas plus mal.

P.-S.—À la radio, lundi dernier, l’Oreille a présenté quelques éléments de réflexion sur iel. Elle s’excuse par avance : elle n’a pas prononcé une seule fois le mot «néobolchevisme».

L’oreille tendue de… Antoine Boisclair

Antoine Boisclair, Un poème au milieu du bruit, 2021, couverture

«Nous lisons un poème en silence, à l’écart de l’agitation quotidienne et du bruit, nous tendons l’oreille à la voix qui se tait au fond des mots. Dans Un poème au milieu du bruit, nous renouons avec cette langue où “les choses muettes nous parlent”, comme l’écrivait Hofmannsthal, de manière à mieux mesurer leur profondeur ou leur part d’ombre.»

Antoine Boisclair, Un poème au milieu du bruit. Lectures silencieuses, Montréal, Éditions du Noroît, 2021, quatrième de couverture.

La langue de puck en 1953

Paul Verchères, Meurtre au hockey, [1953], couverture

Au Forum de Montréal, dans le vestiaire des Castors, les «champions de la Ligue» (p. 3), quelques heures après un match contre les Flyers de Toronto, «leurs grands rivaux» (p. 3), on trouve le cadavre de Roméo Berthier, «le meilleur joueur de hockey du siècle» (p. 7), «le meilleur joueur de centre de tous les temps» (p. 14). Il est mort d’une «fracture du crâne causée par un instrument contondant» (p. 4). Alain de Guise, alias Paul Belzil, alias le Domino Noir, sa collaboratrice Monique Laflèche, le journaliste du Midi Benoit Augé et le sergent de police Fortin réussiront-ils à élucider le crime ? Oui, bien sûr.

On est en pleine littérature populaire : intrigue prévisible, dialogues qui n’ont aucun sens, bons sentiments, longs passages qui tournent à vide. Heureusement, tout est réglé en 32 pages.

Qu’en est-il de la langue du hockey dans ce texte de 1953 ? Les tirs sont des boulets (p. 9), les joueurs punis vont au cachot (p. 10), ceux qu’on n’utilise pas, les jambons (p. 17), réchauffent le banc (p. 12), même s’ils ont chaussé les patins (p. 14). L’important est évidemment, quand on leur en donne l’occasion, de trouver le fond du filet (p. 14). Les défenseurs sont des défenses, et les ailiers, des ailes.

Plus ça change, plus c’est pareil.

P.-S.—Il ne s’agit pas d’un texte à clés. Le nom du gérant (l’entraîneur), Dick Ivan, pourrait rappeler celui d’une figure connue de l’histoire des Canadiens de Montréal, Dick Irvin. Il devient cependant Nick Ivan en cours de récit, ce qui fait désordre.

P.-P.-S.—Vous pensez au fascicule le Hockey et l’amour. Roman d’amour mensuel, de Thérèse Loslier ? L’Oreille tendue aussi.

 

Références

Melançon, Benoît, Langue de puck. Abécédaire du hockey, Montréal, Del Busso éditeur, 2014, 128 p. Préface de Jean Dion. Illustrations de Julien Del Busso.

Verchères, Paul [pseudonyme d’Alexandre Huot ?], Meurtre au hockey, Montréal, Éditions Police journal, coll. «Les exploits policiers du Domino Noir», 300, [1953], 32 p.