Les zeugmes du dimanche matin et de Serge Bouchard

Serge Bouchard, Un café avec Marie, 2021, couverture

«Il en veut toujours plus, des miettes et des cajoleries, des caresses et des finesses» (p. 155).

«Tout était pauvre, le quartier, les logements, les parents, et l’esprit même du gouvernement» (p. 191).

Serge Bouchard, Un café avec Marie, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 2021, 270 p.

Molson est réactionnaire

Publicité (fautive) de la bière Molson, 2021

En 1990, en France, des rectifications orthographiques ont été adoptées, puis la francophonie a suivi (l’Oreille tendue en causait notamment ici). Chez les promoteurs de ces rectifications, il y avait le désir de simplifier les choses en matière d’accents circonflexes, bref d’en enlever.

Un brasseur québécois pense exactement le contraire : il ne faut pas en utiliser moins; au contraire, il faut en ajouter, même là où c’est fautif («fûmé» au lieu de «fumé»).

Merci, Molson.

Autopromotion 563

«Écritures», gravure d’Aubin, deuxième volume des planches de l’Encyclopédie, Paris, 1763, planche XIV

La 466e livraison de XVIIIe siècle, la bibliographie de l’Oreille tendue, est servie.

La bibliographie existe depuis le 16 mai 1992. Elle compte 54 599 titres.

Illustration : «Écritures», gravure d’Aubin, deuxième volume des planches de l’Encyclopédie, Paris, 1763, planche XIV

Plus dure sera la chute

Jean-Claude Barey, l’Héritage d’un chûton, 2010, couverture

Soit ce bout de phrase, dans le Devoir du 31 mars dernier : «un régionalisme comme “chuton”, propre à Lanaudière».

Chuton, donc.

L’Oreille tendue a beaucoup entendu le mot dans la bouche de ses parents, dont une moitié provient, en effet, de Lanaudière.

Son sens est péjoratif, à la manière du jigon. Le Wiktionnaire offre comme définition «Personne mal élevée, rustre, peu soucieuse de son apparence». Le bien peu fiable Léandre Bergeron avance que le mot désigne un voyou (1981, p. 81); on peut ne pas partager son avis.

Au féminin, il donne chutonne.

Jean-Claude Barey, en 2010, penche pour l’accent circonflexe : chûton. Il donne les synonymes suivants : colons, bs, bougons, paumés, miséreux, itinérants.

Sur 4 ans de Festi-grunge, en 2005, Bouffons du roi chantait «Chuton», à Joliette — ce qui nous ramène à Lanaudière et au caractère bien peu reluisant du personnage.

 

Références

Barey, Jean-Claude, l’Héritage d’un chûton. Les tribulations d’une jeune démuni. Roman, Québec, Marcel Broquet éditeur, 2010, 288 p.

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise précédé de la Charte de la langue québécoise. Supplément 1981, Montréal, VLB éditeur, 1981, 168 p.

Le jubé et le balcon

Au Québec, terre longtemps catholique, on peut entendre l’expression monde à (la) messe. Elle désigne une grande quantité de personnes.

Exemple tiré du Devoir du jour : «C’est du monde à la messe, en bout de piste.»

Comme nous le faisions remarquer dans le Dictionnaire québécois instantané (2004, p. 136), on ne confondra pas monde à (la) messe et monde au balcon, même si les deux marquent une forte présence : le balcon n’est pas un jubé.

P.S.—Un show de chaises du cru s’intitule Y a du monde à messe.

 

Référence

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2019, 234 p.

Benoît Melançon, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, 2019, couverture