Lionel Duval (1933-2016)

Arsène et Girerd, On a volé la coupe Stanley, p. 13

Après Richard Garneau (1930-2013) et Gilles Tremblay (1938-2014), c’est au tour du journaliste sportif Lionel Duval (1933-2016) de mourir. Les trois étaient nés dans les années 1930 et ils avaient travaillé à la Soirée du hockey, à la télévision de Radio-Canada.

Dans la culture québécoise, Lionel Duval n’a pas eu droit au même traitement que René Lecavalier (1918-1999), un des présentateurs les plus célèbres du Québec, mais il est devenu, au fil des ans, une figure connue des amateurs de hockey.

On prononce son nom dans la pièce la Coupe Stainless de Jean Barbeau (1974).

Il apparaît dans la bande dessinée On a volé la coupe Stanley (1975, p. 13), aux côtés de Guy Lapointe (voir l’illustration ci-dessus), et dans un documentaire de l’Office national du film, Peut-être Maurice Richard (Gilles Gascon, 1971).

Christine Corneau l’a chanté en 1988 :

Quand j’entends la Soirée du hockey
Avec la voix de Lionel Duval
Qui m’parle en direct du Forum de Montréal
Quand j’entends la Soirée du hockey
La foule en délire
C’est plus fort que moi
[Choriste : C’est plus fort que moi]
Ça m’fait souvenir

C’est aussi le cas de Vincent Vallières, en 2003 :

C’est écœurant, y a même Bobby Smith, entre la première pis la deuxième
Qui parle à Lionel Duval pis qui dit :
«Ah ! c’est difficile ! Ah ! c’est difficile !»

En 2001, Luc Bertrand raconte sa vie. Le titre de son ouvrage reprend une des phrases les plus connues de Duval : «Revoyons les faits saillants.»

Marc Robitaille l’évoque en 2013 :

Il y a aussi les conversations avec les joueurs et M. Lionel Duval. J’ai appris que le hockey est un jeu d’équipe, qu’on dira ce qu’on voudra mais que ça se joue sur la glace, qu’il faut jamais prendre les adversaires pour acquis, qu’il y a des soirs comme ça où il y a rien qui marche et que l’important c’est de revenir forts en troisième (p. 30).

Beaucoup, enfin, se souviendront de lui pour sa participation aux campagnes de publicité de Pepsi, avec Claude Meunier.

Références

Arsène et Girerd, les Enquêtes de Berri et Demontigny. On a volé la coupe Stanley, Montréal, Éditions Mirabel, 1975, 48 p. Premier et unique épisode des «Enquêtes de Berri et Demontigny». Texte : Arsène. Dessin : Girerd. Bande dessinée.

Barbeau, Jean, la Coupe Stainless. Solange, Montréal, Leméac, coll. «Répertoire québécois», 47-48, 1974, 115 p.

Bertrand, Luc, Lionel Duval. Revoyons les faits saillants, Montréal, TVA éditions, 2001, 192 p. Ill.

Corneau, Christine, «La soirée du hockey», En personne, 4 minutes 15 secondes, disque audionumérique, 1988, étiquette Analekta, SNP-9801 Sonophile.

Gascon, Gilles, Peut-être Maurice Richard, documentaire de 66 minutes 38 secondes, 1971. Réalisation : Gilles Gascon. Production : Office national du film du Canada.

Robitaille, Marc, Des histoires d’hiver avec encore plus de rues, d’écoles et de hockey. Roman, Montréal, VLB éditeur, 2013, 180 p. Ill.

Vallières, Vincent, «1986», Chacun dans son espace, 4 minutes 40 secondes, disque audionumérique, 2003, étiquette Productions BYC, BYCD130.

Ne dites pas. Disez

Ceci n’est pas un menu, la Presse+, 25 juin 2016

 

Pour l’Acéricultrice

Un menu ? Non : une proposition (la Presse+, 25 juin 2016).

Une pièce de théâtre ? Non : une proposition (le Devoir, 21-22 mai 2016, p. C7; le Devoir, 28 juillet 2016, p. B7).

Un spectacle de jazz ? Non : une proposition (le Devoir, 2-3 juillet 2016).

Une chorégraphie ? Non : une proposition (la Presse+, 26 juillet 2016).

Un film de fiction ? Non : une proposition (le Devoir, 2 septembre 2015; le Devoir, 23-24 juillet 2016, p. E4).

Un film documentaire ? Non : une proposition (le Devoir, 24 juillet 2016, p. E5).

Une œuvre d’art ? Non : une proposition (@Lesmatinsfcult; le Devoir, 17 juillet 2012).

Un spectacle de musique baroque ? Non : une proposition (le Devoir, 27 juin 2016).

Une entrée de blogue ? Non : une proposition.

Accouplements 61

«Pour la suite du monde», graffiti, Paris, 2016

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Au printemps 2012, des grèves étudiantes ont secoué le Québec. L’Oreille tendue avait alors rassemblé, sur Tumblr, les Pancartes de la GGI (grève générale illimitée). Elle leur a aussi consacré un texte ici.

Depuis le printemps 2016, des mouvements sociaux secouent la France. Un site Web rassemble «Les meilleurs graffitis du mouvement contre la Loi Travail».

Les rues parlent.

L’art de la vision périphérique

[Attention : ce texte suppose une lecture sur ordinateur. Sinon, il y a un PDF.]

 

À partir de la p. 10, le Guide des bars et pubs de Saguenay de Mathieu Arsenault (2016) est systématiquement découpé.

En page de gauche, un essai sur la façon de saisir le réel aujourd’hui. Arsenault y fait la genèse de son livre, il met en lumière ses enjeux, il réfléchit aux rapports entre les genres littéraires. Si on a cru à une époque que le «réel ordinaire» (passim) pouvait être saisi par le cinéma documentaire (le «cinéma direct») et sa «caméra-stylo» (p. 18), ce n’est plus le cas. D’une part, nous vivons à une époque où tout le monde se sait constamment en représentation. D’autre part, des lois ont considérablement restreint la possibilité pour l’artiste de saisir au vol des images sans autorisation.

En revanche, quelqu’un penché sur son téléphone peut maintenant noter ce qui passe autour de lui sans être inquiété. «J’ai passé un mois installé de cette manière à des comptoirs de bar, tête baissée, tête relevée, ayant l’air de texter une connaissance mais notant dans un document tout ce sur quoi mon attention tombait. J’attrapais des bouts de conversation, des postures, des traits de caractère, des éléments de décor, tout un matériau que l’écriture dépersonnalisait, décontextualisait : mes notes rendaient anonyme ce qui avait appartenu aux individus que je croquais» (p. 26-28). Le mot numérique n’est pas utilisé une seule fois dans l’ouvrage, mais c’est bien cette technique qui rend possible un projet comme le Guide des bars et pubs de Saguenay.

La saisie du «réel ordinaire» que pratique Arsenault s’appuie sur un refus du biographique, des «tropes d’existence» : «Mais mettre en récit les vies de gens dont on ne connaît presque rien en leur inventant des biographies trahit le rapport au réel, qui devient le prétexte à plaquer une forme d’existence sur des étrangers. Ces formes d’existence sont comme des tropes moraux dont sont cousus tous les récits» (p. 34). C’est un autre rapport à la «vie publique» (p. 38) que cherche — et trouve — Arsenault, mais dont il reconnaît les limites : «Il n’y a pas de matériau brut» (p. 46).

P.-S. — Saguenay ? Chicoutimi ? C’est expliqué ici.

Référence

Arsenault, Mathieu, le Guide des bars et pubs de Saguenay. Essai • Poèmes, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 97, 2016, 51 p.

 

 

 

 

 

 

En page de droite, des poèmes, sans ponctuation ni majuscule. Chacun est coiffé d’un titre, en l’occurrence le nom d’un bar, d’un pub ou d’un club. Ces endroits où boire, parler, danser, voir et être vu se trouvent à Saguenay, où Arsenault a passé un mois en résidence d’artiste à l’invitation du Centre Bang en septembre 2014. À la fin de l’ouvrage, il y a des «Notes prises dans les bars de Rimouski pendant le Salon du livre, en novembre 2014 et 2015». (Exemple ici.)

L’alcool tient une grande place dans les poèmes, comme la musique, que ce soit pour danser — «dans l’électropop des filles de l’aluminerie» (p. 17) — ou pour se donner en spectacle — «un couple chante céline dion en duo / sur le karaoké de l’inquiétude» (p. 27). La culture mondialisée (souvent anglophone) y côtoie la culture régionale et la langue vernaculaire : «c’est là que le buck a sorti / c’est là que le buck était / le buck était juste là» (p. 15). Y apparaissent aussi, mais plus rarement, des créateurs (Yves Boisvert, Daniel Leblanc-Poirier, Hervé Bouchard, Vickie Gendreau, Patrice Desbiens, Michel Faubert), dont on peut imaginer qu’ils forment communauté avec Arsenault. (Dans l’essai, on trouve aussi les noms d’Érika Soucy et d’Alexandre Dostie, et de nouveau celui de Patrice Desbiens.)

Ces poèmes sont donc écrits à partir de notes prises «in situ» (p. 10), dans son «téléphone-carnet» (p. 16). Ce «dispositif d’écriture» (p. 32) suppose une «grammaire du regard» particulière (p. 12). Il crée un «territoire du récit sans personnage ni intrigue» (p. 32). La «vision périphérique» (p. 34, p. 36, p. 48) de celui qui écrit est sans cesse sollicitée. Cela entraîne une double transformation : «Chaque texte est le résultat d’une rencontre entre deux altérités, un environnement et l’observateur qui devient étranger en observant» (p. 42).

Quelque chose d’important s’est passé là, et continue de se passer.

P.-P.-S. — Non, ce n’est pas un guide touristique.