Effets de lames

Patiner — chacun le sait — est un des grands plaisirs de la vie. L’Oreille tendue pense bien sûr au patinage décontracté, et non au patinage «extrême» (la Presse, 28 janvier 2007, p. S8; le Devoir, 3-4 mars 2007, p. A6; le Devoir, 12 janvier 2010, p. A4).

Les sceptiques n’ont qu’à revoir la scène d’ouverture du film Mystery, Alaska (1999) : il faudrait avoir un cœur de glace pour ne pas être convaincu.

À Montréal, on peut patiner à l’intérieur — c’est toujours un brin compliqué — ou à l’extérieur. Dans la Presse du 22 janvier, Daniel Lemay, sous le titre «Sur les ronds de Montréal» (p. A18-A19), dresse un utile état des lieux. (Un reproche, cependant : il faudrait dire, et déplorer, que le patinage en silence est de plus en plus difficile, sinon carrément impossible, aujourd’hui, à Montréal, où la musique paraît être de rigueur sur beaucoup des plus belles patinoires, celle du lac aux Castors, par exemple.) On peut aussi cliquer ici pour une carte.

Pourquoi parler de «ronds» ? Parce que le mot désigne, au Québec, une patinoire extérieure, quelle qu’en soit la forme.

Le vocabulaire de la glace a aussi donné naissance à l’expression (ne pas) être vite sur ses patins. On imagine aisément qu’il vaut mieux l’être, que pas.

Si ne pas être vite sur ses patins existe au figuré, c’est que cela existe au sens propre. L’Oreille, en plein air et en pleine action, le démontre clairement ici. Âmes sensibles s’abstenir.

De Guy Lafleur

[Entrée mise à jour. 28 décembre 2010 : ajout de la vidéo de l’album de Guy Lafleur datant de 1979. 29 décembre 2011 : ajout de l’excellent portrait de Lafleur par Roy MacGregor en 1978. 22 avril 2013 : Guy Lafleur entre au musée. 2 janvier 2014 : deux livres publiés à la fin de 2013. 1er avril 2015 : Lafleur au théâtre.]

Le Devoir de ce matin publie un texte de l’Oreille tendue sur un joueur de hockey qui est aussi une icône culturelle, «De Guy Lafleur considéré comme un des beaux-arts» (p. E1). Le texte est disponible ici.

Un complément filmo-vidéo-icono-musico-bibliographique, même partiel, s’impose bien évidemment. Les non-fans peuvent passer leur chemin.

Filmo

Baillargeon, Paule et Frédérique Collin, la Cuisine rouge, long métrage de fiction, 1979. On peut voir un extrait du film, consacré à Lafleur, sur le site de Télé-Québec.

Vidéo

On peut (ré)entendre Robert Charlebois chanter «Champion» (1987), sur des paroles de Luc Plamondon et une musique de Jean Roussel, grâce (?) à YouTube.

On y trouve aussi «Bleu, blanc, rouge» (1981) de Michel Como, avec la participation de Tierry Dubé-Bédard et Éric Dubrofsky.

Une pièce de l’album de 1979 de Guy Lafleur y est aussi audible.

Icono

Le tableau «Le démon blond» de Benoît Desfossés est visible sur le site Web de l’artiste.

Les œuvres de Serge Lemoyne sont reproduites dans plusieurs ouvrages, par exemple le catalogue d’exposition rédigé par Marcel Saint-Pierre, Serge Lemoyne, préface d’Andrée Laliberté-Bourque, prologue de Normand Thériault, Québec, Musée du Québec, 1988, 236 p. Ill.

En avril 2013, le musée Grévin de Montréal ouvre ses portes. Guy Lafleur y est.

Guy Lafleur entre au musée Grévin de Montréal

Source : The Gazette, 17 avril 2013

Musico (par ordre chronologique)

Thiffault, Oscar, «La toune à Ti-Guy Lafleur», 1978

Lafleur, Guy, Lafleur !, 1979

Michel, Dominique, «Hiver maudit : j’hais l’hiver», 1979

Bouchard, Pierre Pinceau, «Tou toune», 1979

École Saint-François d’Assise, 4e année, «Le hockey, c’est la santé», 1979

Como, Michel, avec la participation de Tierry Dubé-Bédard et Éric Dubrofsky, «Bleu, blanc, rouge», 1981. La version anglaise s’intitule «Red, White, Blue».

Charlebois, Robert, «Champion», 1987

Boucher, Daniel, «Boules à mites», 1999

Wry Eel, «The Flower», 2000

Pullfinger, «One Timer», 2000

Les Mecs comiques, «Le hockey est malade», 2001

Les Cowboys fringants, «Le plombier», 2001

Brazeau, André, «Ti-Guy», 2002

Alain-François, «C’est pour quand la coupe Stanley ?», 2007

Mes Aïeux, «Le fantôme du Forum», 2008

Khan, Steve, Anthony Jackson et Dennis Chambers, «Guy Lafleur», 2008

Dompierre, François, «Les Glorieux», 2008

Loco Locass, «Le but», 2009

Biblio

April, Jean-Pierre, «Le fantôme du Forum», Imagine…, 7 (vol. 2, no 3), mars 1981, p. 29-47. Repris dans les Années-lumière. Dix nouvelles de science-fiction réunies et présentées par Jean-Marc Gouanvic, Montréal, VLB éditeur, 1983, p. 31-53 et dans Jean-Pierre April, Chocs baroques. Anthologie de nouvelles de science-fiction, introduction de Michel Lord, Montréal, BQ, coll. «Littérature», 1991, p. 161-184.

Bazzo, Marie-France, «Marc Tardif, ailier gauche et pédagogue», dans Marc Robitaille (édit.), Une enfance bleu-blanc-rouge, Montréal, Les 400 coups, 2000, p. 77-81.

Beaulieu, Victor-Lévy, «Un gars ordinaire, qui vise le sommet», Perspectives, 14 octobre 1972, p. 22, 24 et 27. Supplément au quotidien la Presse.

Brown, Kenneth, Life After Hockey, Toronto, Playwrights Union of Canada, 1985, 36 p. Texte polycopié. Repris, sous le titre «Alma’s Night Out», dans David Gowdey, Riding on the Roar of the Crowd. A Hockey Anthology, Toronto, Macmillan, 1989, p. 303-318.

Bujold, Michel-Wilbrod, les Hockeyeurs assassinés. Essai sur l’histoire du hockey 1870-2002, Montréal, Guérin, 1997, vi/150 p. Ill.

Germain, Georges-Hébert, Guy Lafleur. L’ombre et la lumière, Montréal, Art global / Libre Expression, 1990, 406 p. Ill. Traduction anglaise : Overtime. The Legend of Guy Lafleur, Markham, Viking, 1990, et Toronto, Penguin Books, 1992, 455 p.

Hébert, François, «La Bible de Thurso», Liberté, 152 (26, 2), avril 1984, p. 14-23. Repris dans Jean-Pierre Augustin et Claude Sorbets (édit.), la Culture du sport au Québec, Talence, Éditions de la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine et Centre d’études canadiennes, coll. «Publications de la MSHA», 220, 1996, p. 207-213. URL : <http://www.erudit.org/culture/liberte1026896/liberte1032063/30741ac.pdf>.

Kemeid, Olivier, Moi, dans les ruines rouges du siècle, Montréal, Leméac, coll. «Théâtre», 2013, 109 p. Idée originale : Sasha Samar et Olivier Kemeid. Voir la scène intitulée «11. Le démon blond» (p. 49-54).

Kinsella, William Patrick, «Truth», dans The Fencepost Chronicles, Don Mills, Totem Press, 1986, p. 1-12. Repris dans Doug Beardsley (édit.), The Rocket, the Flower, the Hammer and Me, Winlaw, Polestar Book Publishers, 1988, p. 25-37 et dans Doug Beardsley (édit.), Our Game. An All-Star Collection of Hockey Fiction, Victoria, Polestar Book Publishers, 1997, p. 153-160.

MacGregor, Roy, «A Flower for all Seasons : Guy Lafleur», Maclean’s, 16 octobre 1978. Repris dans Wayne Gretzky’s Ghost and Other Tales from a Lifetime in Hockey, Toronto, Random House Canada, 2011, p. 53-63.

MacGregor, Roy, Une dangereuse patinoire, Montréal, Boréal, coll. «Carcajous», 7, 2002 (1998), 151 p. Traduction de Marie-Josée Brière.

Norris, Ken, «Guy Lafleur and Me», dans In the House of No, Kingston, Quarry Press, 1991. Repris dans Kevin Brooks et Sean Brooks (édit.), Thru the Smoky End Boards. Canadian Poetry about Sports and Games, Vancouver, Polestar Book Publishers, 1996, p. 55.

Ouin, Christine et Louise Pratte, Guy Lafleur, Saint-Bruno-de-Montarville, Éditions Goélette, Minibios, 2010, 71 p. Ill. Voir les remarques de l’Oreille tendue sur cette courte biographie .

Pelletier, Pierre-Yvon, Guy Lafleur, la légende. L’album photo du démon blond, Montréal, Editions de l’Homme, 2013, 206 p. Ill.

Pozier, Bernard, «Génétique I» et «Postérité», dans Les poètes chanteront ce but, Trois-Rivières, Écrits des Forges, coll. «Radar», 60, 1991, 84 p., p. 30 et p. 70. Réédition : Trois-Rivières, Écrits des Forges, 2004, 102 p.

Richler, Mordecai, «The Fall of the Montreal Canadiens», dans Home Sweet Home. My Canadian Album, New York, Alfred A. Knopf, 1984, p. 182-209. Repris dans Dispatches from the Sporting Life, Foreword by Noah Richler, Toronto, Vintage Canada, 2003 (2002), p. 241-274.

Tremblay, Yves, Guy Lafleur. L’homme qui a soulevé nos passions, Brossard, Un monde différent, 2013, 208 p. Ill. Préface de Guy Lafleur. L’Oreille tendue a parlé de ce livre ici.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers

Au Québec, ce qui est tricoté serré est sans faille.

Il peut s’agir d’une société : «Et puis, c’est qu’on nous la sert monolithique et tricotée serrée, cette société québécoise. Tous blancs, mignons, sortis de la souche de nos aïeux défricheurs, les lofteurs. À d’autres, le fameux vote ethnique. Mais passons…» (le Devoir, 11-12 octobre 2003). Il peut aussi s’agir d’une de ses parties — «L’Asie métissée serrée à Montréal» (le Devoir, 10 août 2010, p. A2) — ou d’une de ses villes — «[La] Vieille Capitale — surtout au niveau des cercles dirigeants — est un petit milieu tricoté serré» (la Presse, 11 janvier 2001).

Laine oblige, l’expression s’appliquerait à l’équipe de hockey dite nationale, les Canadiens de Montréal : «Preuve que la Flanelle est encore tricotée serré dans le cœur des Québécois» (la Presse, 15 janvier 2004, p. S4).

Comme il arrive souvent dès qu’une expression devient populaire, celle-ci connaît de nouveaux emplois.

Soit on l’utilise dans des contextes étonnants, par exemple pour désigner un ensemble de voitures : «Multisegments. Une catégorie métissée serré» (la Presse, 22 avril 2008, cahier Auto, p. 4).

Soit on la modifie juste assez légèrement pour qu’elle reste repérable : on montre par là qu’on sait distinguer les clichés sans y sombrer. Dans Peaux de chagrins, Diane Vincent dit de sa masseuse et de son policier qu’ils sont «crochetés serré» (p. 25). Renald Bérubé évoque, lui, dans les Caprices du sport, des «obligations nombreuses et tressées bien serré» (p. 137). Dans un des quotidiens de l’Oreille tendue hier : «C’est de l’entre nous twitté serré» (le Devoir, 1er novembre 2010, p. B9).

Puis arrive le moment où on lit ceci, dans la Respiration du monde de Marie-Pascale Huglo : «Elle en connaissait un rayon, côté marine, son père était capitaine, elle savait distinguer les authentiques (tricotés serré) des copies et ne plaisantait pas là-dessus : Miss O’Hara ne plaisantait jamais sur la marchandise» (p. 8). Pour une fois que l’expression tricoté serré est utilisée pour désigner proprement des travaux d’aiguille, en l’occurrence un bonnet de marin, c’est à peine si on la reconnaît.

 

[Complément du 26 juillet 2014]

Dans la Presse+ du jour, rubrique cinéma, ceci :

La Presse+, 26 juillet 2014

 

[Complément du 12 mai 2015]

Existe également en version «Tressé serré» (la Presse, 9 mai 2015, cahier Arts, p. 16).

 

Références

Bérubé, Renald, les Caprices du sport. Roman fragmenté, Montréal, Lévesque éditeur, coll. «Réverbération», 2010, 159 p.

Huglo, Marie-Pascale, la Respiration du monde, Montréal, Leméac, 2010, 165 p.

Vincent, Diane, Peaux de chagrins, Montréal, Triptyque, coll. «L’épaulard», 2009, 236 p.

Trop extrême

[Lecteur, si tu aimes les textes brefs, passe ton chemin.]

«plusieurs ont écrit
que le Boxing Day est devenu
un phénomène trop extrême»
(la Presse, 31 décembre 2000).

En 2004, préparant le Dictionnaire québécois instantané, nous avions décidé, Pierre Popovic et l’Oreille tendue, d’octroyer des prix aux mots à succès au Québec, les «Perroquets» (d’or, d’argent, de bronze). Sans la moindre hésitation, nous avions choisi en première place le mot extrême.

Nous écrivions alors ceci : «Beaucoup, voire trop. Comme dans sport ~ (tennis ~, ski ~, golf ~, vélo ~, frisbee ~, marathon ~), mais pas seulement. […] Tout, en effet, est devenu extrême […]. […] Ce mot n’est pas nécessairement nouveau. Il reste cependant résolument à la mode.» Six ans plus tard, nous pourrions tenir exactement les mêmes propos : extrême est encore et toujours partout.

Le mot le plus fréquemment associé à extrême paraît être transformation : «Transformation extrême» (la Presse, 4 octobre 2005, p. S10); «Transformation extrême d’un modèle T.» (la Presse, 9 octobre 2005, Cahier L’auto, p. 4); «La transformation extrême de Gérald Tremblay» (la Presse, 5 novembre 2005, p. A34); «MusiquePlus : Transformation extrême» (la Presse, 19 mars 2008, cahier Arts et spectacles, p. 1); «Vous pourriez gagner la transformation extrême de votre garage !» (publicité par courriel de Bélairdirect, juillet 2005).

Des personnes peuvent être extrêmes : les pères (ou papas), les collectionneurs, les esthètes, les cow-boys, les patineurs, une biologiste (Pascale Otis).

La culture est extrêmement extrême : la télé-réalité, les saxophones, la radio, le patrimoine, un album trash, un documentaire, le cinéma, la littérature, un réalisateur, des courts métrages, la peinture, la chanson et des chansons. Claude Gauvreau était un «poète extrême» et Thomas Bernhard, un «Autrichien extrême»; il y aurait une «expérience extrême de Salvador Dali». Le cirque et l’humour, dont certains disent qu’ils sont des formes d’art, pourraient être extrêmes.

En matière de «culture de l’extrême», la palme revient cependant au «théâtre extrême». Il en est question dans la Presse du 25 mai 2006 (cahier Arts et spectacles, p. 6) et du 20 juin 2007 (cahier Arts et spectacles, p. 7), et dans le Devoir du 14 février 2008 (p. B7) et du 19 janvier 2009 (p. B7).

Le corps et l’âme sont l’objet d’attentions extrêmes. C’est vrai du piercing, de la chirurgie esthétique, du lifting, de la frustration, du yoga, de la modestie, du trouble narcissique, de la colère, de l’allaitement, du régime, de l’empathie, des nausées de grossesse, du bronzage. Les «crèmes extrêmes» (la Presse, 10 octobre 2005, cahier Actuel, p. 5) masquent ce que d’autres produits révèlent : «Commode turquoise prématurément vieillie grâce à une patine “extrême” chez Hanjel» (la Presse, 15 septembre 2007, cahier Mon toit, p. 1).

Quand on parle de «sexe extrême» — et on en parle —, cela concerne le plus souvent les humains. La «fornication extrême» dont parle la Presse du 24 mai 2006 occupe un cheval, Barbaro, qui reçoit 150 000 $ par saillie (p. S6).

Le mot a beaucoup été utilisé pour caractériser des activités physiques, notamment dans le monde du sport : patinage, performance et endurance, yoyo, pêche, baignade, shuffleboard, partisans, tennis, jonglerie. On ne s’étonnera donc pas de lire des choses comme les suivantes : «La gestion obligataire devient un sport extrême» (la Presse, 9 août 2004, cahier Affaires, p. 5); «Noël, sport extrême ?» (la Presse, 9 novembre 2006, p. A12); «Prêts pour le “sport cérébral extrême” de Télé-Québec ?» (la Presse, 6 décembre 2006, cahier Arts et spectacles, p. 4); «Faire un bébé, c’est grave, ne cessait-il de répéter sans être nécessairement convaincu que ce sport extrême était le chemin à suivre» (la Presse, 10 mai 2001).

S’il y a «pollution extrême», il y a nécessairement «écologie extrême», «vert extrême» et «écotourisme extrême».

Cela va de soi : il existerait une «langue “québécoise extrême”» (la Presse, 25 mars 2009). Elle aimerait, on peut le craindre, le trop extrême.

Trois citations, pour conclure.

De Jean Dion, dans le Devoir du 3-4 avril 2004 :

Ça n’a sans doute rien à voir, mais pour mesurer combien l’extrême est dans l’air, il existe un petit jeu pour toute la famille permettant de meubler les moments creux sans briser de matériel ni courir le risque de se faire mal. Vous allez dans l’annuaire téléphonique […] et vous trouvez le nom de tous les commerces qui ont le mot «extrême» dans leur nom. Fascination garantie. Il y en a des aisés à comprendre : chez Plaisirs extrêmes, on s’ennuie probablement assez peu. Plus mystérieux sont en revanche Location d’auto Extrême, Dépanneur Extrême, Déjeuners Extrême, Bronzage Extrême, L’Extrême Pita et Remorquage Extrême. Quant au salon de coiffure Studio Extrême Plus, j’imagine que si vous voulez changer considérablement de tête, vous n’avez pas à chercher plus loin.

De Jean-François Chassay, dans son roman Sous pression :

«Extrême», comme aiment dire ses étudiants dès qu’ils sortent du laboratoire et vont prendre un verre. Tout devient prétexte à être extrême. On se demande pourquoi. La Voie lactée est «extrême» : deux cents milliards d’étoiles. À côté de ça, on voit mal comment un film pour handicapés mentaux racontant les avatars d’un tueur psychotique qui découpe des femmes à la scie électrique peut être qualifié d’«extrême»» (p. 172-173).

De Nicolas Lévesque, dans son essai (…) Teen Spirit, s’agissant de l’adolescent :

Sports extrêmes, sexe extrême, blagues extrêmes, musique extrême, films extrêmes, n’importe quoi dont le beat bat plus fort que son propre cœur affolé. Le rythe fou de nos vies modernes est le rythme cardiaque d’un adolescent en colère ou en amour (p. 17).

P.-S. — Croix de bois, croix de fer (si l’Oreille ment, elle va en enfer) : tous les exemples sont réels.

Références

Chassay, Jean-François, Sous pression, Montréal, Boréal, 2010, 224 p.

Dion, Jean, «Extrêmement», le Devoir, 3-4 avril 2004, p. B2.

Lévesque, Nicolas, (…) Teen Spirit. Essai sur notre époque, Québec, Nota bene, coll. «Nouveaux essais Spirale», 2009, 147 p.

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.

Dictionnaire québécois instantanté, 2004, couverture

Condensation linguistique

En titre, dans la Presse du 18 septembre, pour décrire Anne-Marie Losique : «L’agace de bonne famille» (cahier Arts et spectacles, p. 19).

Le même jour, dans le même journal, une pub, pour le film Tout pour un A, dans un autre cahier : on y voit la photo de l’actrice Emma Stone, accompagné des mots «Flirt», «Facile» et «Agace» (cahier Cinéma, p. 9).

Agace ? Le mot étonnera un lecteur qui ne serait pas de souche. Traduction : allumeuse.

Son origine ? Avant l’agace, il y eut l’agace-pissette. (On notera que cette pissette n’est pas l’«Appareil de laboratoire produisant un petit jet liquide» dont parle le Petit Robert, même si elle sert aussi à émettre des liquides.)

Achdé & Lapointe, dans leur album les Canayens de Monroyal. La ligue des joueurs extraordinaires, n’avaient pas la pudeur de la Presse.

Les Canayens de Monroyal, p. 29

(Le s à pissettes laisse l’Oreille tendue songeuse.)

C’est également sous agace-pissette qu’on trouve le mot dans le Petit lexique de mots québécois […] d’Ephrem Desjardins :

Agace-pissette (n. f. et adj.) : La pissette étant le sexe masculin, c’est donc une allumeuse… On dit aussi une agace. Ou, comme adjectif : trop agace pour plaire aux garçons (ou aux filles). Il arrive qu’on utilise ce terme en s’adressant à un homme, mais le mot reste féminin : «Toé, Robert, t’es rien qu’une vraie agace…» À noter qu’en pareil cas — et ça va de soi — on ne dit pas agace-pissette… (p. 24-25).

Et pourquoi pas ? L’auteur a une conception bien restrictive de la séduction masculine.

 

[Complément du 15 février 2014]

Exemple romanesque, chez le Réjean Ducharme de l’Hiver de force (1973) :

Je veux partir toute seule dans ma petite Citroën, je veux arriver toute seule à mes rendez-vous, pas avec quarante-deux chaperons, comme Trudeau, Nixon, Mao, puis toutes les agace-pissette (p. 141).

 

[Complément du 20 février 2014]

Lisant les Déliaisons de Martin Robitaille (2008), l’Oreille découvre l’existence de «l’agace-chatte» (p. 87).

 

[Complément du 7 juin 2015]

Agace est surtout utilisé pour caractériser une personne. Plus rarement, on le voit associé à un inanimé : «C’était de nouveau un jour gris, sous une pluie fine, une pluie agace» (la Bête à ma mère, p. 203).

 

[Complément du 1er septembre 2016]

Que pratique l’agace-pissette ?

 

[Complément du 23 juin 2017]

Sur son blogue, J’air rien compris, Sophie Bédard évoque, en bande dessinée, l’agace, la pute, la fille facile et la fille semi-facile. C’est ici.

 

Références

Achdé & Lapointe, les Canayens de Monroyal. Saison 1. La ligue des joueurs extraordinaires, Boomerang éditeur jeunesse, 2009, 46 p. Couleur : Mel.

Desjardins, Ephrem, Petit lexique de mots québécois à l’usage des Français (et autres francophones d’Europe) en vacances au Québec, Montréal, Éditions Vox Populi internationales, 2002, 155 p.

Ducharme, Réjean, l’Hiver de force, Paris, Gallimard, 1973, 282 p.

Goudreault, David, la Bête à sa mère, Montréal, Stanké, 2015, 231 p.

Robitaille, Martin, les Déliaisons, Montréal, Québec Amérique, coll. «Littérature d’Amérique», 2008, 240 p.