Divergences transatlantiques 054

L’espion qui m’a larguée / dompée, affiches, 2018The Spy Who Dumped Me (2018) est une comédie d’espionnage réalisée par Susanna Fogel. La version diffusée en France s’intitule L’espion qui m’a larguée. Au Québec, on a choisi le titre L’espion qui m’a dompée.

Deux questions simples. Quelqu’un pense-t-il vraiment que les Québécois francophones ne comprennent pas le verbe larguer et qu’il faut donc lui substituer une variante locale, d’un niveau plus populaire (domper, de l’anglais to dump) ? Fallait-il vraiment remplacer l’accroche «Elles vont gérer grave !» par un calque de l’anglais, «Elles sont en charge» ?

L’Oreille tendue préfère ne pas avoir de réponse à ces questions.

 

[Complément du 15 août 2018]

Dans un ordre d’idées proche, les éditions Tête[première] lancent ces jours-ci l’ouvrage collectif Larguer les amours. Domper les amours aurait moins bien sonné.

Voltaire, au Québec, en… 1837

Denis Héroux, Quelques arpents de neige, film, 1972, épigrapheEn 1972, le réalisateur Denis Héroux intitule Quelques arpents de neige son film de fiction sur les événements qui ont secoué le Bas-Canada en… 1837-1838. Que l’on parle de «troubles», de «révolte», voire de «guerre civile» pour désigner ces événements, on s’entend pour dire qu’il s’agit de luttes politiques entre francophones et anglophones. Elles seront coûteuses en vies humaines : les personnages principaux du film, des Canadiens français et des Bretons installés au Canada, mourront presque tous, par leur propre main ou par celle des Anglais, les «habits rouges».

Le film, tourné entièrement en hiver, dans un paysage enneigé, s’ouvre sur une citation, reproduite à l’écran, du Candide (1759) de Voltaire : «Vous savez que ces deux nations — la France et l’Angleterre — sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut. Voltaire, Candide, chapitre XXIII.» À un élément près, placé entre tirets («la France et l’Angleterre»), la citation, en lettres rouges sur fond blanc, est fidèle.

Plus loin dans le film, il sera question de quelques autres textes. Les personnages de Julie Lambert (jouée par Christine Olivier) et de Simon de Bellefeuille (Daniel Pilon) s’échangeront des répliques du Cid de Corneille («Je vais mourir, Madame»), devant des ouvrages religieux de la Collectio aveliana. Un curé (Roland Chenail) citera saint Augustin et un mandement épiscopal, et il essaiera d’évoquer en chaire «le philosophe de Genève», Jean-Jacques Rousseau, mais sans succès : les tenants de la Rébellion l’interrompront. En revanche, le nom de Voltaire et le titre de Candide ne seront jamais prononcés. L’évocation des «quelques arpents de neige», en titre, puis en épigraphe, suffit. C’est un lieu commun que tous devraient comprendre.

Daniel Pilon, la vedette masculine du film, vient de mourir à 77 ans.

P.-S.—Ce texte est tiré de l’article suivant :

Melançon, Benoît, contribution au dossier «Enquête sur la réception de Candide (XV). Coordonnée par Stéphanie Géhanne Gavoty», Cahiers Voltaire, 16, 2017, p. 174-175.

P.-P.-S.—Pour une vidéo sur la fortune de l’expression «Quelques arpents de neige» au Québec, on cliquera ici.

P.-P.-P.-S.—Dans sa version restaurée par le programme Éléphant. Mémoire du cinéma québécois, le film de Héroux est disponible pour location sur les plateformes Illico (Vidéotron) et iTunes (Apple).

Denis Héroux, Quelques arpents de neige, film, 1972, affiche

 

Vous en connaissez, vous ?

Logo original de la série télévisée Gossip GirlL’Oreille tendue donne actuellement un cours sur le blogue. Dans ce cadre, elle est à la recherche d’œuvres de fiction qui représentent cette pratique d’écriture.

Des exemples ?

Le blogue du docteur John Watson dans la série télévisée Sherlock.

L’épisode de The West Wing où Josh Lyman démontre qu’il ne comprend rien à cette forme d’expression.

Le film Julie & Julia de Nora Ephron (2009).

Les romans de la série Gossip Girl et les émissions de télévision qu’on en a tiré.

Le Compteur intelligent. Carnets libres, volume II de Daniel Sylvestre (Montréal, La Mèche, coll. «Les doigts ont soif», 2013, 92 p. Ill.).

Vous avez d’autres suggestions ? Les commentaires sont ouverts. Merci à l’avance.

P.-S.—Des livres tirés de blogues ? Non merci : pour l’instant, l’Oreille a ce qu’il faut sur ce plan.

Illustration : Logo original de la série télévisée Gossip Girl. L’élite de New York, disponible sur Wikimedia Commons

Le zeugme du dimanche matin et de Michel Tremblay

Michel Tremblay, les Vues animées, éd. de 2016, couverture«Pendant une grande partie de mon adolescence le cinéma Princess, aujourd’hui le Parisien, mettait à l’affiche chaque semaine deux films d’horreur ou de science-fiction à petit budget que je dégustais avec un plaisir sans bornes, un sac de chips Maple Leaf et un gros Coke.»

Michel Tremblay, les Vues animées. Récits, Montréal, Leméac, coll. «Nomades», 2016 (1990), 229 p., p. 153.

Néologisme carné du jour

«À bas les “partys de saucisses”», la Presse+, 26 avril 2018, illustrationQu’est-ce qu’un «party de saucisses» ? Une assemblée composée majoritairement ou uniquement d’hommes. Est-ce à dire que ces êtres seraient dotés de saucisses (métaphoriques) ?

Citation tirée de la Presse+ du 26 avril : «À l’interne [à l’émission de télévision Deux hommes en or], quand nous regardons le tableau des invité (e)s des émissions à venir, nous avons une expression pour décrire une émission où les femmes seront — ou risquent d’être — sous-représentées : “party de saucisses”.»

P.-S.—Il existerait, dit-on, un film intitulé Party de saucisses.