On ne se refait pas : quand l’Oreille regarde du sport, elle reste tendue en matière de langue. Le cas le plus récent ? Le documentaire le Bus. Les Bleus en grève, sur Netflix, qui raconte la cascade de déconvenues causée par l’équipe de France à la Coupe du monde de football de 2010 en Afrique du Sud.
Une partie du scandale naît d’une déclaration jetée par un des joueurs étoiles de cette équipe, Nicolas Anelka, à l’endroit de son entraîneur, Raymond Domenech : «Va te faire enculer, sale fils de pute», rapportait alors le quotidien l’Équipe. Il n’est pas sûr que les paroles d’Anelka aient été exactement celles-là, mais tous s’entendent pour dire qu’il y a eu une altercation dans le vestiaire à la mi-temps entre les deux hommes. À quoi Domenech dit-il avoir immédiatement réagi ? «Il m’a tutoyé. Il ne me tutoyait jamais» (37e minute).
À la suite de l’expulsion d’Anelka par la Fédération française de football, ses coéquipiers ont fait grève d’un entraînement. Ils ont rédigé une déclaration pour expliquer leur geste. C’est leur entraîneur (!) qui la lit devant les médias. À quoi Domenech dit-il avoir immédiatement réagi ? «Putain, c’est pas eux qui ont écrit ça. Y a pas de fautes d’orthographe» (58e minute).
En quatre phrases, on voit la puissance de l’imaginaire linguistique hexagonal : le tutoiement et l’orthographe classent.




