Archives pour la catégorie Clichés

Bibliothèque linguistique du lundi matin

L’Oreille tendue aime lire des livres sur la langue. Voici des suggestions de sa part. (Et les vôtres ?)

Balibar, Renée, Histoire de la littérature française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 2601, 1993 (deuxième édition corrigée), 127 p.

Du colinguisme : les langues — et les littératures — ne vivent jamais seules.

Belleau, André, Surprendre les voix, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 1986, 237 p. «Avertissement» de François Ricard et Fernand Ouellette.

Notamment pour le texte «Pour un unilinguisme antinationaliste» (p. 115-123), peut-être le plus grand texte jamais écrit sur la langue au Québec.

Bouchard, Chantal, la Langue et le nombril. Une histoire sociolinguistique du Québec, Montréal, Fides, coll. «Nouvelles études québécoises», 2002 (nouvelle édition mise à jour), 289 p.; Méchante langue. La légitimité linguistique du français parlé au Québec, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Nouvelles études québécoises», 2012, 171 p.

Le sport national des Québécois n’est pas le hockey, mais la langue.

Brunet, Sylvie, les Mots de la fin du siècle, Paris, Belin, coll. «Le français retrouvé», 1996, 254 p.

Parmi les passages à savourer, celui sur Patrick Bruel et le tutoiement.

Klemperer, Victor, LTI, la langue du IIIe Reich. Carnets d’un philologue, traduit de l’allemand et annoté par Élisabeth Guillot, présenté par Sonia Combe et Alain Brossat, Paris, Albin Michel, coll. «Agora», 202, 1996, 372 p.

Livre mal foutu — mais terrible et indispensable.

Klinkenberg, Jean-Marie, la Langue et le citoyen. Pour une autre politique de la langue française, Paris, Presses universitaires de France, coll. «La politique éclatée», 2001, 196 p.

Il n’y a pas que le lutétiotropisme dans la vie.

Laroche, Hervé, Dictionnaire des clichés littéraires, Paris, Arléa, coll. «Arléa-poche», 80, 2003 (2001), 188 p.

Voilà quelqu’un qui n’a pas l’oreille dans sa poche.

Pellerin, Gilles, Récits d’une passion. Florilège du français au Québec, Québec, L’instant même, 1997, 157 p. Ill.

Pour un retour aux textes (et aux images).

Predazzi, Francesca et Vanna Vannuccini, Petit voyage dans l’âme allemande, Paris, Grasset, 2007 (2004), 239 p. Traduction de Nathalie Bauer.

Porte d’entrée : les mots.

Rittaud-Hutinet, Chantal, Parlez-vous français ? Idées reçues sur la langue française, Paris, Le cavalier bleu éditions, coll. «Idées reçues», 2011, 154 p. Ill.

À lire avec Yaguello 1988.

Villers, Marie-Éva de, le Vif Désir de durer. Illustration de la norme réelle du français québécois, Montréal, Québec Amérique, 2005, 347 p. Ill.

La langue québécoise existe ? Non.

Wallace, David Foster, Consider the Lobster and Other Essays, New York, Little, Brown and Company, 2005. Ill. Édition numérique (iBooks).

Pour, entre autres choses, le texte «Authority and American Usage».

Winchester, Simon, The Professor and the Madman. A Tale of Murder, Insanity, and the Making of the Oxford English Dictionary, New York, HarperPerennial, 1999 (1998) xiii/242 p.

Assassin, et fou, mais lexicographe.

Yaguello, Marina, Catalogue des idées reçues sur la langue, Paris, Points, série «Point-virgule», V61, 1988, 157 p. Ill.

À lire avec Rittaud-Hutinet 2011.

L’Oreille tendue lit le journal

En première page du cahier B du Devoir des 29-30 mars 2014, un article intitulé «La torture, un mal persistant», accompagné d’une photo de victime de torture. En page B2, la suite de l’article, avec la photo d’un centre de torture dans le nord de l’Irak.

En page B4, on lit l’éditorial de Bernard Descôteaux, «Bilinguisme libéral». Ses premiers mots ? «Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, a été soumis littéralement à la torture dans le deuxième débat des chefs tenu à TVA jeudi.»

«Littéralement», dans ce contexte, n’était peut-être pas l’adverbe à utiliser.

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Dans le même quotidien, on a inséré un encart publicitaire des Éditions du Boréal. On y découvre que Katia Gagnon fait paraître Histoires d’ogre, «un roman qui se lit comme un polar» (p. 6). Question : existe-t-il des polars qui se lisent comme des romans ?

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La section des sports de la Presse du jour nous rappelle que les Canadiens de Montréal — c’est du hockey — jouent à l’extérieur de la ville : «Un long périple qui comprend deux matchs, ce soir contre les Panthers, puis mardi soir à Tampa Bay contre le Lightning» (p. 5). Bref, ils sont en Floride.

«Périple» est déjà exagéré. «Long périple», encore plus.

Il est vrai le même journal a déjà parlé de «petit périple».

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Trois de ses pages sont réservées au «charme renversant de la soupe ramen» (cahier Gourmand, p. 1-3). On y recommande le restaurant Momofuku de Toronto : «De l’asiatique-funky trippant» (p. 3). Bel exemple de langue de margarine.

L’Oreille se permet à son tour une recommandation, lexicale celle-là : le mot raménothèque.

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«Québec inc.» est un synonyme d’entrepreneuriat québécois. Le cahier «Affaires» de la Presse nous fait entrer dans sa psyché : «Souverainistes en affaires : le tabou du Québec inc.» (p. 3). Qu’on se le dise, mais qu’on n’en parle pas.

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Vive le quatrième pouvoir.

Langue de campagne (29) : la pensée historique de Philippe Couillard

«Ce n’est pas une mauvaise chose pour les politiciens en vogue,
il y a longtemps qu’ils grenouillent pour qu’on ne parle,
avec gros bon sens, que des vraies affaires.»
Raymond Bock

Le 5 décembre 2012, Philippe Couillard, qui était alors candidat à la direction du Parti libéral du Québec et qui en est devenu le chef depuis, signait, dans le quotidien le Devoir, un plaidoyer intitulé «Revenir aux sources de l’idée libérale. Les libéraux ont oublié qui ils sont. Pour se redéfinir, il leur faut plonger profondément dans leurs racines, jusqu’aux patriotes et à Wilfrid Laurier, entre autres» (p. A9). Il y défendait la tradition libérale en l’inscrivant dans l’histoire.

Le slogan de son parti dans l’actuelle campagne électorale, «Ensemble, on s’occupe des vraies affaires», témoigne d’un même attachement au passé. En effet, les vraies affaires — quoi que ce soit — ne datent pas d’hier.

«Les vraies affaires, ça presse !» (le Devoir, 25 janvier 2012, p. A7).

«Il y a tellement de vraies affaires dans cette vie que c’en est étourdissant» (le Devoir, 9-10 novembre 2002).

«La “vraie vie”, le “vrai monde”, les “vraies affaires”» (le Devoir, 19 février 2002).

«Il y a les discours officiels et il y a les vraies affaires» (la Presse, 19 août 2001).

«Évaluer et contrôler les vraies affaires» (le Devoir, 8 novembre 2000).

Les vraies affaires ne sont pas seules dans le c(h)amp de la vérité.

«Parlons des vraies choses, M. Bolduc» (la Presse, 30 septembre 2010, p. A10).

«Sauf que, parfois, pour se dire les vraies choses, on a besoin d’une table avec vue imprenable sur la ville, un service impeccable et une carte raffinée» (Matamore no 29, 2008, p. 139).

«L’ADQ est le seul parti à s’occuper des affaires du vrai monde, selon Mario Dumont» (le Devoir, 28 février 2007, p. A2).

«Déjà à ce moment, raconte-t-il, j’étais allergique à la psychologie moumoune et bourgeoise, genre ma femme ne m’aime pas, mon père m’a fucké, je suis angoissé, etc. C’est pour cela que je me suis éventuellement tourné vers les nouveau-nés en difficulté ou handicapés : vers le vrai monde qui vivait de vrais drames» (la Presse, 21 décembre 2003).

«On parle-tu des vraies choses ?» (la Presse, 26 novembre 2003)

«Le Bloc veut parler des vraies choses» (la Presse, 4 avril 2003).

«Simon Durivage : comment aller chercher le “vrai fond” des gens» (la Presse, 8 septembre 2000).

Saluons la constance historicolinguistique du PLQ.

Références

Bock, Raymond, «Mélange de quelques-uns de mes préjugés», Liberté, 295 (53 : 3), avril 2012, p. 7-15.

Farah, Alain, Matamore no 29. Mœurs de province, Montréal, Le Quartanier, 2008, 208 p.

Les paires acoustiques du jour

Merci à François Bon

Que peut être l’accent ?

Chantant

Musical

Savoureux

Sympathique

Charmant

Craquant

Adorable

Affecté

Méridional

Paysan

Léger

Fort

Lourd

Incompréhensible

D’ici

Québécois

P.S.—Des suggestions d’ajouts ?

 

[Complément]

La taupe québécquoise de l’Oreille tendue lui a communiqué la liste des cooccurences proposées, pour accent, par le logiciel Antidote : particulier, prononcé, inimitable, traînant, étranger, doux, délicieux, rocailleux, nasillard, pointu, indéfinissable, terrible, mélodieux, guttural, rauque, bizarre, exotique, irrésistible, traînard, familier, lamentable, rude, hautain. L’Oreille avoue un faible pour indéfinissable.

Marie-Pier Frappier, elle, sur Twitter, lui a fait découvrir l’existence de la chanson «L’accent» des Fabulous Trobadors.

Quatre proverbes de saison

Les médias frétillent. Le 5 mars est le dernier jour où les échanges sont permis dans la Ligue nationale de hockey.

En cette journée solennelle, l’Oreille tendue s’en voudrait de ne pas participer à la frénésie.

Elle se contentera de rappeler certaines vérités que, par temps de crise, il vaut mieux ne jamais perdre de vue. Il y en a quatre.

Le meilleur échange est peut-être celui que tu ne fais pas.

Ton club est aussi bon que tes meilleurs joueurs.

Y en aura pas de facile.

C’qui s’passe dans chambre reste dans chambre.

Yapadkoi.