La clinique des phrases (p)

Veuve de paradis(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante, lue dans la revue numérique En attendant Nadeau :

Dans un roman tendre et grave, mêlant aux emprunts à sa propre vie les échos angoissants des «Troubles» d’Irlande du Nord, Colm Tóibín peint le portrait d’une femme veuve qui, petit à petit, se libère des entraves du passé et des contraintes de son environnement […].

«Femme veuve» ? «Veuve» aurait suffi, non ? (Il ne paraît pas s’agir d’un oiseau.)

À votre service.

Illustration : «Veuve de paradis» (vidua paradise), National Aviary (Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis), disponible sur Wikimedia Commons.

La clinique des phrases (o)

Du cochon et de la tirelire

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante, lue dans la Presse du 14 janvier 2015 :

«On peut, par exemple, se donner le droit de réaliser un voyage si on accumule assez d’argent et qu’on atteint nos objectifs d’épargne.»

Proposons une traduction libre :

On peut, par exemple, se donner le droit de voyager si on accumule assez d’argent et qu’on atteint nos objectifs d’épargne.

Osons aller plus loin :

On peut, par exemple, se donner le droit de voyager si on épargne suffisamment.

À votre service.

La clinique des phrases (n)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante, lue dans la Presse+ du 11 novembre 2017 :

«Sur papier, cette télésérie, qui nous sortira de l’urbanité montréalaise, promet.»

Proposons une traduction libre :

Sur papier, cette télésérie, qui nous sortira de Montréal, promet.

À votre service.

La clinique des phrases (m)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit les deux phrases suivantes :

«Le rose des temps se veut un roman ambitieux.»

Son auteure «explique qu’elle a voulu écrire “un roman altermoderne”, un courant récent qui se veut une réponse à la perte de sens de l’époque postmoderne.»

Peut-on se défaire des deux se vouloir ? Évidemment.

«Le rose des temps est un roman ambitieux.»

Son auteure «explique qu’elle a voulu écrire “un roman altermoderne”, un courant récent qui est une réponse à la perte de sens de l’époque postmoderne.»

On l’aura compris : l’Oreille tendue n’apprécie pas se vouloir et ne voit pas de mal à utiliser être.

À votre service.

La clinique des phrases (l)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit cet extrait d’une chronique gastronomique parue dans la Presse+ du 9 septembre :

Ambiance et décor : Magnifique lieu tout en nuances de blanc, moderne et accueillant, où se retrouvent les gens qui travaillent dans le Vieux-Montréal ou qui passent par là, et qui ont envie de manger des produits frais. Chouette terrasse.

Si l’Oreille comprend bien, les clients du restaurant doivent être proches de lui pour le fréquenter, soit parce qu’ils «travaillent dans le Vieux-Montréal», soit parce qu’ils «passent par là». Dans la mesure où il est en effet nécessaire de se trouver dans le quartier d’un restaurant pour y manger — autrement, c’est un brin compliqué —, cette phrase pourrait être simplifiée :

Ambiance et décor : Magnifique lieu tout en nuances de blanc, moderne et accueillant, où se retrouvent les gens qui ont envie de manger des produits frais dans le Vieux-Montréal. Chouette terrasse.

À votre service.

P.-S.—Cette chronique contient un bel exemple de langue de margarine : on y chante les louanges d’un établissement à la «modernité savoureuse, sans autre prétention». Le lieu est «moderne» et sert de la cuisine qui ne l’est pas moins. Cela met l’eau à la bouche de l’Oreille.