La clinique des phrases (oo)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Il y a plusieurs mystères dans la vie, notamment des mystères de rédaction. Exemple.

Quelqu’un écrit une phrase. Il la trouve trop longue. Il la découpe en deux, en y mettant un point et en commençant une nouvelle phrase, au détriment de la logique syntaxique. Le mal est beaucoup répandu chez les étudiants, mais pas que.

Soit cette phrase, tirée d’un essai (puriste) sur la langue et portant précisément sur la syntaxe (ce qui ne s’invente pas).

La syntaxe est aussi parfois mal maîtrisée, et par ceux-là mêmes qui rédigent nos ouvrages de référence. Ce qui n’est évidemment pas sans inquiéter quant à la rigueur dans la formulation des définitions dans un futur dictionnaire du français québécois.

Le découpage en deux phrases est inutile; une virgule aurait parfaitement fait l’affaire.

La syntaxe est aussi parfois mal maîtrisée, et par ceux-là mêmes qui rédigent nos ouvrages de référence, ce qui n’est évidemment pas sans inquiéter quant à la rigueur dans la formulation des définitions dans un futur dictionnaire du français québécois.

Si l’on tient absolument à découper la phrase — Dieu sait pourquoi —, «Cela» serait plus juste, sur le plan de la syntaxe, que «Ce qui».

La syntaxe est aussi parfois mal maîtrisée, et par ceux-là mêmes qui rédigent nos ouvrages de référence. Cela n’est évidemment pas sans inquiéter quant à la rigueur dans la formulation des définitions dans un futur dictionnaire du français québécois.

À votre service.

P.-S.—Y a-t-il des cas où une phrase peut commencer par «Ce qui» ? Bien sûr. C’est l’exception qui confirme la règle.

La clinique des phrases (nn)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit le tweet suivant :

«Le défenseur central Rod Fanni effectue un retour avec l’Impact de Montréal.»

Simplifions :

«Le défenseur central Rod Fanni revient avec l’Impact de Montréal.»

À votre service.

P.-S.—En effet : l’Oreille tendue n’aime pas effectuer. C’est comme ça.

La clinique des phrases (mm)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit un texte historique :

«Dès le VIe siècle, le monde chrétien, occidental et oriental, peut tenter de présenter de manière relativement cohérente un corpus de doctrine et de savoir destiné à diffuser, et donc à sauvegarder, le culturalisme monastique. Flavius Magnus Aurelius Cassiodorus (490-v. 585), homme politique éminent, ministre de Théodoric, à la solde donc des rois ostrogoths, et moine conservateur de la culture romaine, en est le premier exemple.»

Tout texte qui utilise «donc» dans deux phrases de suite exige traitement. Lequel enlever de ces deux phrases ?

Le deuxième, évidemment : non seulement il est répétitif, mais, surtout, il vise à marquer la connivence des doctes, tout le monde sachant — n’est-ce pas, cher ami ? — qu’un «ministre de Théodoric» est nécessairement «à la solde […] des rois ostrogoths». Qui ne le sait pas mérite d’être exclu de la discussion. Ce n’est pas gentil, ça.

À votre service.

P.-S.—Ce n’est pas la première fois que nous croisons ce donc de connivence et donc d’exclusion; voir ici.

La clinique des phrases (ll)

Polyclinique de l’Oreille, publicité, Laval, Québec, juin 2019

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit cette phrase, publiée hier sur le blogue d’une grande institution culturelle québécoise.

Ayant étudié et vécu durant une partie de sa jeunesse au Québec, cette lettre témoigne de l’attachement que Louis Riel porte envers les Canadiens français ainsi que des liens étroits que les Métis entretiennent avec eux.

Il paraît légitime de penser que ce n’est peut-être pas la «lettre» qui a «étudié et vécu durant une partie de sa jeunesse au Québec».

Scindons et changeons l’ordre des éléments de la phrase :

Louis Riel a étudié et vécu durant une partie de sa jeunesse au Québec. Sa lettre témoigne de l’attachement qu’il porte envers les Canadiens français ainsi que des liens étroits que les Métis entretiennent avec eux.

À votre service.

P.-S.—Merci au lecteur de l’Oreille tendue qui a repéré cette construction incorrecte.

 

[Complément du 28 juin 2019]

La phrase a été corrigée suivant les recommandations de l’Oreille, qui s’en réjouit.

La clinique des phrases (kk)

Polyclinique de l’Oreille, publicité, Laval, Québec, juin 2019

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit les phrases suivantes :

«[…] il a changé d’école et a quitté Dubnica pour Trencin, où le niveau de hockey y était supérieur.»

«C’est aussi une ville où le sport y est fortement enraciné.»

«Soixante ans de journalisme littéraire de Maurice Nadeau, un recueil d’articles dans lequel le fondateur de feu La Quinzaine Littéraire y déploie un art de la lecture qui est aussi un modèle de critique littéraire.»

«Il s’agit bien de mener un combat, là où précisément le terrain y est à la fois et le moins favorable et le plus efficace […].»

Dans les quatre cas, le pronom adverbial y est inutile. Enlevons-le.

Appuyons-nous pour cela sur le toujours éclairant Michel Francard, dans une de ses chroniques du Soir (Bruxelles) :

Les pléonasmes grammaticaux sont des cas de redondance syntaxique, récusés par les grammairiens. Tel l’emploi de et de y dans une même subordonnée : dans une maison où il y a placé ses économies; ou celui de dont et en, avec le même antécédent : une expérience dont il en tirera bénéfice.

À votre service.