La clinique des phrases (qq)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante, tirée des pages sportives d’un quotidien montréalais :

Gostkowski, leur botteur depuis 2006, séjourne sur la liste des blessés depuis le 2 octobre.

S’il faut en croire le Petit Robert (édition numérique de 2019), séjourner signifierait «Rester assez longtemps dans un lieu pour y avoir sa demeure sans toutefois y être fixé.» On peut imaginer que le botteur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre — c’est du football — ne souhaite pas «avoir sa demeure sur la liste des blessés».

Simplifions :

Gostkowski, leur botteur depuis 2006, est sur la liste des blessés depuis le 2 octobre.

Il est très bien le verbe être. On l’oublie trop souvent.

À votre service.

P.-S.—Plus puriste que l’Oreille tendue, on pourra préférer «Le nom de Gostkowski, leur botteur depuis 2006, est sur la liste des blessés depuis le 2 octobre.»

La clinique des phrases (pp)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la phrase suivante :

Notre conception de l’émancipation s’appuie sur un travail rationnel de mise à jour des processus et des effets des dominations.

On peut imaginer que ses auteurs ne veulent pas actualiser (mettre à jour) les «processus» et les «effets» des «dominations». Ils doivent vouloir les révéler (mettre au jour).

D’où :

Notre conception de l’émancipation s’appuie sur un travail rationnel de mise au jour des processus et des effets des dominations.

À votre service.

P.-S.—En effet, ce n’est pas la première fois que l’Oreille tendue s’en prend à cette confusion des sens.

La clinique des phrases (oo)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Il y a plusieurs mystères dans la vie, notamment des mystères de rédaction. Exemple.

Quelqu’un écrit une phrase. Il la trouve trop longue. Il la découpe en deux, en y mettant un point et en commençant une nouvelle phrase, au détriment de la logique syntaxique. Le mal est beaucoup répandu chez les étudiants, mais pas que.

Soit cette phrase, tirée d’un essai (puriste) sur la langue et portant précisément sur la syntaxe (ce qui ne s’invente pas).

La syntaxe est aussi parfois mal maîtrisée, et par ceux-là mêmes qui rédigent nos ouvrages de référence. Ce qui n’est évidemment pas sans inquiéter quant à la rigueur dans la formulation des définitions dans un futur dictionnaire du français québécois.

Le découpage en deux phrases est inutile; une virgule aurait parfaitement fait l’affaire.

La syntaxe est aussi parfois mal maîtrisée, et par ceux-là mêmes qui rédigent nos ouvrages de référence, ce qui n’est évidemment pas sans inquiéter quant à la rigueur dans la formulation des définitions dans un futur dictionnaire du français québécois.

Si l’on tient absolument à découper la phrase — Dieu sait pourquoi —, «Cela» serait plus juste, sur le plan de la syntaxe, que «Ce qui».

La syntaxe est aussi parfois mal maîtrisée, et par ceux-là mêmes qui rédigent nos ouvrages de référence. Cela n’est évidemment pas sans inquiéter quant à la rigueur dans la formulation des définitions dans un futur dictionnaire du français québécois.

À votre service.

P.-S.—Y a-t-il des cas où une phrase peut commencer par «Ce qui» ? Bien sûr. C’est l’exception qui confirme la règle.

La clinique des phrases (nn)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit le tweet suivant :

«Le défenseur central Rod Fanni effectue un retour avec l’Impact de Montréal.»

Simplifions :

«Le défenseur central Rod Fanni revient avec l’Impact de Montréal.»

À votre service.

P.-S.—En effet : l’Oreille tendue n’aime pas effectuer. C’est comme ça.

La clinique des phrases (mm)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit un texte historique :

«Dès le VIe siècle, le monde chrétien, occidental et oriental, peut tenter de présenter de manière relativement cohérente un corpus de doctrine et de savoir destiné à diffuser, et donc à sauvegarder, le culturalisme monastique. Flavius Magnus Aurelius Cassiodorus (490-v. 585), homme politique éminent, ministre de Théodoric, à la solde donc des rois ostrogoths, et moine conservateur de la culture romaine, en est le premier exemple.»

Tout texte qui utilise «donc» dans deux phrases de suite exige traitement. Lequel enlever de ces deux phrases ?

Le deuxième, évidemment : non seulement il est répétitif, mais, surtout, il vise à marquer la connivence des doctes, tout le monde sachant — n’est-ce pas, cher ami ? — qu’un «ministre de Théodoric» est nécessairement «à la solde […] des rois ostrogoths». Qui ne le sait pas mérite d’être exclu de la discussion. Ce n’est pas gentil, ça.

À votre service.

P.-S.—Ce n’est pas la première fois que nous croisons ce donc de connivence et donc d’exclusion; voir ici.